Chapitre 1 : Aux sources de la mouvance wiccane au Québec

Table des matières

«Une fois le cercle tracé, personne ne peut en sortir à moins d'y faire une porte avec la baguette. La baguette de retour sur l'autel, les sorcières entreprennent de faire l'appel des gardiens des tours. Parmi les présentes, quatre personnes ont été assignées à la tâche. Toute l'assemblée se tourne pour faire face à l'est. Une prêtresse s'avance vers l'est (symbolisé par une chandelle jaune) et, munie d'une chandelle éclairant sa lecture, elle appelle la tour de l'est et l'invite à la célébration. D'une voix claire et douce, elle chante un petit air (de Lorenna McKennit). Son chant terminé, elle remet la chandelle sur l'autel et reprend sa place. L'assemblée tourne maintenant pour faire face au sud. À son tour, la deuxième prêtresse s'avance vers le sud (symbolisé par une chandelle rouge) et invite à son tour le gardien de la tour du sud. La troisième prêtresse s'avance vers la chandelle bleue et invite le gardien de la tour de l'ouest en décrivant les aspects reliés à l'élément de l'eau. Finalement, toutes se tournent vers le nord (symbolisé par la chandelle verte) et la dernière prêtresse invite le gardien de la tour du nord en se référant à la terre.

 

Une fois les tours appelées, elles invoquent la Déesse et le Dieu cornu. Pour la Déesse, l'une des prêtresses prend ses notes et récite la charge de la Déesse, en français [3] . Ceci terminé, une pause est prise avant de poursuivre avec la charge du Dieu. Une autre prêtresse lit à son tour la charge du Dieu cornu, en anglais [4] . Suit une autre pause. »

 
--Rituel du Mabon, Québec, 22 septembre 2002  

Pourquoi la Wicca prend-elle de plus en plus d’importance dans la sphère publique des croyances religieuses? Y existe-t-il une base de croyances et de pratiques qui a permis son évolution au Québec? Quelle était la situation de la sorcellerie au Québec avant l’arrivée de la Wicca? Toutes ces questions ne sont que quelques-unes servant à situer la présence de la wicca au Québec. Ce court chapitre montrera que la Wicca n’est ni la première, ni la seule forme de sorcellerie sur le sol québécois.

La sorcellerie n’est pas un phénomène récent au Québec. Dès la colonisation, des cas sont rapportés par le clergé catholique, par des religieuses et par des paysans. Or, la présence de cette pratique n’a pas déclenché de chasse aux sorcières telle que nous avons vue en Europe dans l’époque précédente. Les femmes étaient à ce moment très rares, et par conséquent nécessaires à la survie de la nouvelle colonie. Le clergé avait aussi d’autres préoccupations à son agenda telles l’installation de nouveaux chrétiens sur le territoire et la conversion des amérindiens (Mainville, 1979:p.21). Ceci ne signifie pas pour autant qu’il n’y a pas eu d’accusations ou de condamnations.

Dans l’histoire du Québec, certaines personnes ont été accusées de nouer l’aiguillette, une technique qui, croyait-on, avait pour but d’empêcher la consommation du mariage. Les accusés étaient plus souvent qu’autrement des hommes jaloux (Séguin, 1961:p.9) ou des curés adeptes de la sorcellerie (Dupont, 1978:p.31). Comme le mentionne Robert-Lionel Séguin, l’excommunication, proférée par le concile de Reims en 1585, était la plus grande menace qui pesait sur eux (1961: p.20).

Parmi les autres attributs liés à la pratique de la sorcellerie, le plus courant est celui du don de guérison. Le guérisseur est un personnage souvent rencontré dans le folklore québécois lorsqu’est abordé le sujet de la sorcellerie (Séguin, 1961; Dupont, 1978; Mainville, 1979; Aubin, 1983). Ces guérisseurs, parfois authentiques, parfois charlatans, étaient consultés lorsque seules leur connaissance des herbes et des médecines naturelles pouvait régler des problèmes[5]. Parfois, les adeptes de la sorcellerie se voyaient traités de rabdomanciens (chercheur d’or) de sourciers (chercheur d’eau), de quêteux, de jeteur de sort ou de magicien (Dupont, 1978, p.25). Ils étaient aussi reconnus pour la cartomancie, la nécromancie et la fabrication de philtres magiques.

Contrairement à ce que laissent croire les chasses aux sorcières d’Europe et de Nouvelle-Angleterre (Salem), il semble que la pratique de la sorcellerie au Québec ait été une affaire d’hommes. Que cela soit dans la Beauce, sur l’île d’Orléans, dans la région de Québec ou à Montréal, la sorcellerie était majoritairement pratiquée par les hommes et qui se transmettent leur art de père en fils (Dupont, 1978, p.14). Bien que des cas concernant des femmes aient été relevés (la Corriveau[6], d’une guérisseuse à St-Jean-Port-Joli (1793)[7], Anne la Marque (1682)[8]), ils sont plutôt rares.

Il est à noter que ces sorciers n’ont pas nécessairement été vus comme étant contre l’église catholique, mais plutôt, dans la plupart des cas, comme usant de moyens adjuvants à l’exercice de la prière (Dupont, 1978, p.13). Ceci dû au fait que la croyance populaire attribuait une « valeur magique » à la prière. Comme l’explique Pierre Des Ruisseaux :

La propriété magique des prières est chose reconnue depuis toujours et on peut penser que leur origine se trouve justement dans l’idée qu’elles peuvent obliger en quelques sorte le pouvoir divin envers la personne qui les profère. Ainsi la distinction entre le magique et le religieux se trouve souvent rapidement franchie et il est même parfois difficile de faire le partage entre les deux. (1973; pp.184)

Aux yeux de la population générale le sorcier devient donc un intermédiaire entre les forces divines ou surnaturelles et le monde naturel car il peut contrôler ces forces. Parfois, ces sorciers utilisaient des livres magiques ou grimoires pour accomplir leurs buts. Selon Dupont et Séguin, ces livres magiques circulaient à Montréal et dans la Beauce jusqu’au début de notre siècle. Ainsi, lors de son terrain dans les années soixante-dix, Jean-Claude Dupont remarquait que dans la Beauce, les gens ont « joué  à la sorcellerie, il n’y a pas plus de cinquante à soixante ans »(p.12).

Il est implicite chez les auteurs comme Séguin, Dupont, Mainville que la sorcellerie n’existe plus au moment. Si tel est le cas, que s’est-il passé? La sorcellerie traditionnelle a-t-elle simplement disparu comme bien d’autres traditions? Aucune explication n’est donnée. Il est possible que la sorcellerie n’ait jamais cessé d’exister au Québec. Elle s’est probablement transformée, adaptée à la venue d’autres pensées et de pratiques, et a continué sans nécessairement déborder sur la scène publique.

Parmi les nouveaux arrivés dans les pratiques de sorcellerie, se trouvent les wiccans, lesquels proviennent du milieu anglo-saxon. Avant de procéder à l’analyse de l’arrivée de la Wicca au Québec, nous devons jeter un coup d’œil aux origines lointaines de la Wicca. Retracer l’histoire de la Wicca n’est pas une mince tâche. La Wicca n’a pas qu’un point d’origine, mais plusieurs. En outre, le fait que plusieurs traditions wiccanes restent fermées aux non-initiés, rend difficile l’obtention d’informations. Souvent les données historiques sont incomplètes, soit faute de sources, soit en raison de la règle du secret. Néanmoins, il est possible d’en retracer les grandes lignes dans les publications et recherches récentes.

Pour plusieurs adeptes, la Wicca est conçue comme une pratique qui existe sans ruptures depuis l’époque païenne d’avant l’arrivée du christianisme et qui aurait survécu à la grande chasse aux sorcières européenne. Cette idée de survivance depuis l’époque pré-chrétienne serait inspirée des œuvres de Margaret Murray, une anthropologue qui a tenté de trouver l’origine des sabbats chez les sorcières victimes de la grande chasse européenne pendant le Moyen-Âge et la renaissance. Cette dernière affirmait que la sorcellerie était en fait une survivance d’un culte de fertilité centrée sur la Déesse et le dieu cornu Pan, lequel aurait été perçu comme étant Satan par les chrétiens.

Cette référence idéalisée au passé est ce que Margot Adler appelle le « Mythe de la Wicca »(1986,p.45-46)[9]. Le mythe de continuité (Rees, 1996, pp.26-27) fait appel à une imagerie forte qui se concentre sur l’importance de la femme et de son rôle dans un contexte religieux. Ce mythe est repris et devient souvent la référence des adeptes de la sorcellerie féministe (ex : la Wicca Dianique) qui cherchent en partie la justification et la validation de leurs pratiques en réaction aux systèmes patriarcaux des religions du livre (Judaisme, Christianisme, Islamisme). Elles cherchent aussi à mettre en valeur la femme dans la société moderne et à récupérer une place importante dans la société (Purkiss, 1996, p.40-41; Hutton, 1999, pp.345-346)[10].

En dépit des prétentions de la Wicca à une origine ancienne remontant à des temps immémoriaux, c’est en 1951 en Grande-Bretagne qu’apparurent les premiers bourgeons de ce qui deviendra le vaste champ de la Wicca contemporaine. Ce bourgeonnement se produisit au moment de la substitution de la loi contre la sorcellerie, le «Witchcraft and Vagrancy Act » de 1736 (Hutton,1999,p.242) par le “Fraudulent Medium’s Act” (Purkiss,1996, p.36). C’est à partir de ce moment, que la Wicca s’est dotée d’un visage public par la publication d’ouvrages littéraires, d’articles, d’entrevues journalistiques, puis par l’ouverture d’un musée de la sorcellerie. Cet aspect public a permis l’épanouissement de la Wicca et une renaissance de la sorcellerie sous les diverses formes que nous observons aujourd’hui.

Cette renaissance est due à Gerald Brousseau Gardner (1884-1964), un ancien fonctionnaire britannique et amateur d’occultisme[11] qui, peu de temps après la substitution de la loi, a créé son propre coven[12] (Moura,2000, p.168; Truzzi,1997, p.411) et écrit des traités de sorcellerie tels que «  Witchcraft Today  » et «  The Meaning of Witchcraft  » (Adler,1986,p.46, Hutton, 1999, p.206).

Gardner n’est pas le premier à avoir fondé un groupe de sorcières en Angleterre. Il fait d’ailleurs référence au fait qu’il a été initié en 1939 dans une coven de sorcières traditionnelles par une « Old Dorothy » (Hutton,1999, pp.205-206; Adler, 1986, p.61, Greenwood, 2001, p.188). Certains auteurs avancent la thèse que le coven auquel il aurait été initié était l’un des neuf covens créés sur une période de soixante ans par George Pickingill (1816-1909), un sorcier se proclamant d’une lignée de sorcières (Hutton,1999, p.290-292; Guily,1989, p.268-269). Il semblerait que chacun de ces neuf covens était dirigé par une prêtresse (Adler, 1986, p.82, Guily, ibid , Hutton, 1999, p.292) Ceci expliquerait l’emprunt par Gardner de la notion de prêtresse comme chef d’un coven. De même, cette thèse pourrait expliquer l’existence de différentes traditions non gardnériennes, mais qui partagent des éléments de base communs. Pour l’instant, toutefois, le lien possible entre Gardner et les covens de Pickingill reste à prouver.

Gardner est un personnage controversé. Il y a eu, et il continue d’y avoir des débats parmi les adeptes et les auteurs concernant l’authenticité de la création de la Wicca par Gardner. D’aucuns considèrent que Gardner a emprunté les notions et les pratiques de haute magie de ses contemporains et des sociétés secrètes auxquelles il aurait appartenu[13]. D’autres considèrent que c’est une pure invention de sa part. Vu l’âge qu’il avait lors de la création de son coven, les expériences acquises à travers les divers contacts et les groupes auxquels il a appartenu, il est permis de penser que Gardner a retiré ce qu’il voulait conserver de chacune de ces expériences et les a amalgamées pour former la base de la Wicca contemporaine en y ajoutant ses propres idées et pratiques personnelles, telle que la pratique skyclad [14].

Ce qui le plus sûrement attribuable à Gardner est l’utilisation de l’appellation Wicca. Il est le premier à s’être approprié le terme et à l’appliquer à la sorcellerie contemporaine en s’y référant comme à une religion. De cette façon, il acquiert la légitimité pour sa propre tradition wiccane et devient le fondateur de la sorcellerie contemporaine puisque que plusieurs groupes et traditions soit sont issus de sa tradition, soit ont été influencés et/ou inspirés par elle.

Dans la foulée de la création de son coven, Gardner a procédé à plusieurs initiations dont celle de Doreen Valiente, un des plus grands personnages de la Wicca moderne[15]. Elle a éventuellement quitté le coven pour former son propre coven. Parmi les autres initiés du coven de Gardner nous pouvons retrouver Raymond et Rosemary Buckland, lesquels ont immigré aux États-Unis en 1962 et ont diffusé la pratique de la Wicca dans ce pays ainsi qu’à travers le monde (Guily, 1989, p.40 à 41; Geenwood, 2001, p.204-205). À leur tour, ils intègrent leurs propres idées et notions à la pratique enseignée par Gardner et créent la tradition Seax-Wicca. Raymond Buckland a publié plusieurs livres et a adopté une politique de diffusion de la tradition en omettant les vœux de silence prisés dans les covens gardnériens. Leur coven s’accroît; bientôt ils ne peuvent plus répondre à la demande grandissante de la population américaine. Aussi, le couple Buckland ouvre en 1977 un séminaire Seax-Wicca qui offre des cours par correspondance. Ils ont eu à un moment jusqu’à 1000 étudiants de par le monde (Guiley, 1989, pp.40-41).

Un autre couple qui a contribué à la diffusion de la Wicca est le couple Yvonne et Gavin Frost. Ce couple très controversé (Guily, 1989, pp.61-63, Adler, pp.125-128) de tradition galloise a établi le « Church and School of Wicca » en 1963 en Caroline du Nord. Dans leur école, ils auraient formé plus de 10 000 étudiants[16]. Ils offrent des cours sur place et par correspondance, ce qui a contribue grandement à la diffusion des notions de la Wicca, de la sorcellerie et de la magie à travers le monde.

Une autre source de pratique Wicca en Amérique du Nord provient de l’immigration (Adler, 1986, pp.66-70). C’est le cas de Zsuzsanna Budapest, venue de Hongrie aux États-Unis et se réclamant d’une longue lignée de “sorcières”[17]. Militante pour la cause féministe, Budapest privilégie le culte à Diane et met en place en 1971 son premier coven: Susan B. Anthony Coven Number 1. Ce coven est le premier à n’être composé que de femmes vouant un culte à la Déesse sous toutes ses formes. Comme elle le mention dans la préface de son livre “The Holy Book Of Women‘s Mysteries”: “ We decided that it is a women-centered, female-only worship of women’s mysteries, built not confined to the worship of the goddess Diana alone.”(p. xiii). Son coven, ainsi que les traditions qui en découlent, deviennent vite des lieux où toutes femmes peuvent célébrer une croyance où elles ont la possibilité d’exprimer librement leur féminité, peu importe leurs origines ethniques et culturelles, leur rang social ou leurs préférences sexuelles.

Dans la même lignée que Z.Budapest nous retrouvons Starhawk, laquelle a été formée dans la tradition gardnérienne, mais initiée dans la tradition « Feary » de Victor Anderson (Guily, p.327; Hutton, p.345). Elle est fondatrice d’un collectif connu sous le nom de Reclaiming (Adler, 1986, p.413). C’est une tradition de sorcellerie féministe qui intègre l’activisme politique dans ses activités, que cela soit par des manifestions pour la conservation de la nature, les droits et libertés des femmes, ou contre la mondialisation corporative. Ses écrits « The Spiral Dance » et « Dreaming the Dark », ainsi que plusieurs autres ouvrages ont influencé un grand nombre de gens à se découvrir et à devenir adeptes de la sorcellerie féministe.

Bien qu’il existe encore plusieurs sources de diffusion de la wicca, nous retrouvons là les principaux. À partir de ces covens et de ces traditions, des initiés ont à leur tour fondé et développé leurs propres coven s en conservant les mêmes traditions ou en créant de nouvelles à saveur plus américaine, lesquelles fusionnent le mysticisme, les craintes écologiques, les droits de la femme et l’anti-autoritarisme (Berger, 1999, p.12).

Le monde change, les temps changent et la Wicca aussi. Ainsi l’écrivain Scott Cunningham, lui-même wiccan, a changé le visage de la Wicca contemporaine nord-américaine en rendant acceptable et valable la pratique solitaire par la publication en 1988 de livre « Wicca : A Guide for Solitary Practioner »[18]. Il répondait alors à un besoin qui se fait sentir encore aujourd’hui pour ceux et celles habitant les régions éloignées, qui n’ont pas accès à un groupe ou qui préfèrent travailler seuls. Les livres de Cunningham sont rapidement devenus des ouvrages de base pour plusieurs wiccans solitaires, y compris ceux du Québec puisque c’est l’un des rares ouvrages accessibles sur la Wicca qui ait été traduit en français.

De coven à coven, de publication en publication, de cours en cours, d’initié à néophyte, la Wicca se répand sur le territoire nord-américain.

Un autre facteur important de diffusion est l’internet. La toile va permettre à la mouvance wiccane de se créer des réseaux partout sur le continent et sur la planète. Dans ce contexte, étudier la mouvance wiccane permet d’observer, d’analyser et de comprendre les nouveaux modes de diffusion utilisés par les différents mouvements religieux. L’utilisation du réseau internet permet aux pratiquants de la Wicca de mettre en contact les adeptes et les covens, de discuter et de partager des idées. Des groupes qui se retrouvaient dans la même ville mais qui ignoraient l’existence l’un de l’autre, ou encore qui ne communiquaient pas entre eux peuvent maintenant établir des contacts de façon anonyme. Éventuellement, l’organisation de rencontres et d’activités va mettre en place la création d’une communauté locale permettant l’expression de leur croyance sur l’espace public et virtuel.

L’internet est aussi utilisé par certains wiccans comme outil d’information permettant de démystifier les stéréotypes tenaces associés à la sorcellerie. Il devient une porte d’entrée vers la wicca et lui ouvre de nouvelles possibilités ainsi que le soutient Macha Nightmare dans son ouvrage « Witchcraft and the Web; Weaving Pagan Traditions Online ». Elle constate que ce médium a occasionné plusieurs changements dans la pratique de la sorcellerie, surtout dans les vingt dernières années (2001, p.23). L’univers virtuel devient un carrefour où se rencontre les aînés, les néophytes, les covens, les solitaires, les militants et les curieux provenant de bassins socio-démographiques différents, occasionnant un développement et une évolution rapide de la Wicca.

À moins de connaître le monde néo-païen, la Wicca semble être quelque chose d’exotique et d’énigmatique. Elle est exotique par son originalité, par ses diversités de croyances, par la créativité de ses pratiques et par sa présence dans la modernité. Elle est énigmatique par le fait qu’elle baigne dans un monde de mystère, de secret et d’inconnu. Sa simple existence crée un choc dans la mémoire collective des sociétés occidentales qui conservent l’image de la sorcière du Moyen-Âge, augmentant du coup ces deux caractéristiques : exotique par sa situation dans le temps et énigmatique par la nature de ses activités.

Nous tenterons, dans ce chapitre, de décrire brièvement ce qu’est la Wicca en abordant ses notions, ses traditions, son mode de fonctionnement ainsi que ses pratiques et ses éléments de bases. Avant de procéder à la découverte de ce monde mystérieux, il faut définir, si ce n’est que pour l’aspect pratique de l’exercice, ce qu’est la Wicca.

Définir la Wicca est plus compliqué qu’il n’y paraît. Il y existe une grande diversité de pratiques et de croyances. De plus, il n’existe pas de consensus général sur sa définition, ce qui rend difficile l’établissement d’une notion claire et générale de la Wicca. Nous tenterons néanmoins l’expérience. Dans un premier temps, nous présenterons les trois écoles de pensée sur l’étymologie du terme Wicca. Par la suite, nous aborderons les diverses définitions qui circulent parmi les chercheurs. Pour terminer, nous introduirons notre propre définition de la Wicca.

Comme nous l’avons mentionné, il y a trois courants de pensée concernant l’étymologie du terme. Puisque la Wicca est une pratique d’origine anglo-saxonne, il y a un premier courant de pensée, moins répandu, qui veut que le terme Wicca signifie des gens rusés, ingénieux et sages (wise women and men, cunning folks). Pour certains, ce lien s’est fait par l’utilisation du mot anglais witch qui a la racine wit . Selon le Banhart Dictionary of Ethymology , ce terme, qui provient du vieil anglais witan , veut dire savoir (to know). Bien que cette conception de la sorcière fasse naître l’idée romantique de la paysanne ayant une grande connaissance de potions et de remèdes pour guérir, cette interprétation étymologique n’est pas directement associée à la pratique de la sorcellerie. Cette ligne de pensée ne peut donc pas, à notre avis, représenter une explication valable du terme Wicca.

Une deuxième école de pensée veut que le terme wican signifie “to bend”, i.e. l’action de plier (Guiley, 1989, p.363). Margot Adler souligne que la racine wic ou weik veut dire “to bend or to turn” (Adler, 1986, p.11; Watkins, 1985). Donc selon Adler, une sorcière serait une personne qui a l’habileté de manipuler, de changer et de plier la réalité. Bien que pratique pour sa référence au travail de la magie, cette définition reste à être analysée plus en profondeur vu les différences qui existent entre les significations possibles de wican , wic et weik[19] .

La troisième école de pensée, qui semble la plus plausible et la mieux établie, veut que le terme Wicca représente la forme masculine de wicce, soit un mot du vieil anglais (13e siècle) signifiant un sorcier, un magicien et/ou un pratiquant d’arts occultes (Guiley, 1989, p.363)[20]. Des auteurs, tels que Rosemary Ellen Guiley, mentionnent qu’aujourd’hui, plusieurs sorcières préfèrent utiliser le terme Wicca dû à l’absence de connotations péjoratives souvent associées au mot sorcière ( witch ).

Bien que dans le passé le terme Wicca réfère à la sorcellerie, donc relevait de l’univers de la magie et du jet de sort, la Wicca est aujourd’hui associée à des pratiques et des ensembles de concepts qui connotent un type d’activités de nature religieuse et spirituelle[21].

Au plan des pratiques, selon Rabinovitch, “Witches (also called Wiccans) are a subset of Neo Paganism, followers of a Goddess and a God in what they view as a pre- or non-Christian religion from the British Isles.” (1992, p.76). Cette définition a l’avantage de faire référence à l’origine moderne de la Wicca, mais a le désavantage de considérer toutes formes de sorcellerie comme étant wiccan[22].

Parallèlement, Diane Purkiss décrit la Wicca comme étant “an invented religion which draws syncretically on a variety of historiographically specific versions of “ancient” Pagan religion.(...) No one person is in charge of the process, so modern witchcraft is not a unified set of belief; every interpretation is subject to reinvention by others.” (1996,p.31). La définition de James W. Baker, dans “White Witches: Historic Fact and Romantic Fantasy”, va dans le même sens. Pour lui, “Modern Wicca is not a survival of an ancient tradition, but rather the modern syncretization of a number of old and new elements that never ever co-existed, much less were united.” (Baker, 1996, p.178). Ces deux définitions insistent sur le fait que la Wicca est une croyance récente, et dont le syncrétisme fait en sorte qu’il est difficile d’obtenir un consensus sur la nature des pratiques et des croyances de la Wicca.

D’autres encore y voient « an earth-based, feminist form of spirituality in later modernity » (Berger, 1999, p.123). Dans la même veine, Ève Gaboury considère que la Wicca (ou sorcellerie nouvelle) “est la remise en valeur d’usages religieux anciens qui laissent une place de choix à l’expression “féminine” du sacré” (1998, p.93). Comme nous l’avons mentionné, la femme a la possibilité et l’opportunité d’exprimer sa religiosité et ceci dans un univers, la sorcellerie, où la femme tient un rôle important. Bien que cet aspect du féminisme soit très important, il faut prendre en considération la présence des hommes dans certains groupes et le fait que le culte soit également rendu sous la forme masculine. Ces deux éléments, pour plusieurs, viennent rétablir une notion d’équilibre intrinsèquement liée à la conception du monde wiccane.

En somme, selon les chercheurs qui l’ont définie, nous pouvons provisoirement poser que la Wicca est une mouvance spirituelle ou religieuse organisée autour des rythmes de la nature, vouant un culte à la Déesse et au Dieu cornu. Le culte se pratique seul ou en groupe, et la mouvance est dépourvue de structures centrales ou dominantes reconnues par tous. Elle est composée d'un assemblage de croyances, de lois, de normes et de rituels s’adaptant aux exigences et aux croyances des pratiquants, lesquels utilisent les énergies et les forces, de la nature, des divinités ou de leur propre source, dans le but d’améliorer le soi (et par conséquent l’entourage) par des techniques diverses telles que l’utilisation de la magie[23]. Cette mouvance religieuse peut, en l’occurrence, devenir un mode de vie.

La Wicca confère à ses adeptes beaucoup de liberté, de créativité et de latitude dans la pratique et la croyance. C’est une réalité polymorphe rendant compliqué le travail de trouver des liens qui uniraient les composantes. Un effort a toutefois été réalisé par des adeptes états-uniens lors d’une rencontre à Minniapolis en 1974[24]. Un « Council of American Witches » a été formé à ce moment, lequel avait mandat de dresser une liste des notions communes à tous. Suite à de longs débats, le Conseil a finalement dressé une déclaration en treize points appelée « Principles of Wiccan Beliefs »[25]. Parmi ces principes, on retrouve les suivants: la double polarité de l’a divinité, l’absence de hiérarchie autoritaire, l’adaptation d’un calendrier basé sur les cycles de la nature, un code d’éthique, la loi du triple retour, les croyances en la réincarnation et en l’inexistence du diable.

Pour la Wicca, la Déesse et le Dieu cornu sont les déités fondamentales[26]. Pour certains, ils peuvent représenter les deux pôles d’une même entité divine alors que pour d’autres ils sont deux entités séparées. Ils revêtent diverses formes et fonctions et possèdent plusieurs noms appartenant à des mythologies diverses[27].

La déesse est la figure la plus importante de la sorcellerie wiccane. Elle est la Terre-Mère nourricière. Elle est la force créatrice de la vie, ainsi que sa force destructrice. Elle est la source des pouvoirs magiques, la Reine des cieux. La Déesse représente le principe féminin de la « Force Divine ». En tant qu’astre, elle est représentée sous trois formes associées aux aspects de la lune, soit la jeune fille (croissant de lune), la mère (pleine lune) et l’aïeule (lune décroissante). Dans la sorcellerie moderne, la Déesse a permis symboliquement le rétablissement du pouvoir de la femme (Guiley, 1989, p.139-141). Le Dieu-Cornu est le principe masculin de la « Force Divine » et de l’astre du jour. Il est le seigneur des bois, de la chasse, des animaux, de la vie et de la mort. Il est souvent représenté comme étant mi-homme et mi-animal, avec des cornes de cerf sur la tête ou encore sous la forme de Pan. Les bois sont associés à son domaine, soit celui de la forêt. De plus, le Dieu-Cornu représente la sexualité, la vitalité, la logique et la force (Guiley, 1989,pp.163-164). Cette représentation du Dieu cornu a été et est encore associée au diable dans l’imaginaire de l’homme occidental moderne. Les wiccans, comme il a été mentionné, ne croient pas au diable et ne lui vouent aucun culte. Pour eux, le diable est un être créé par les religions du Livre. Il ne figure pas dans la cosmologie wiccane.

L’un des attraits de la Wicca est l’absence d’intermédiaire entre le pratiquant et ses déités. Le pratiquant est en lien direct avec eux puisque les dieux (ou la nature divine) sont inhérents à toutes choses. Les adeptes sont par conséquents des représentants vivants des déités sur terre. En acceptant ce rôle, les adeptes wiccans doivent donc être responsables de leurs actes et doivent travailler encore plus fort à leurs croyances, à leurs pratiques et à leurs actions dans la vie mondaine. Comme le mentionne un informateur :

Being a living representative of the goddess is being a... is no more different then anything else! It doesn’t give you special status. If anything it makes you work harder. « I am a living representative of the appointed God!! I have to do good shit! OK? [...] I have to do that. That doesn’t mean that I’m special. It just means that I’ve added three more bricks to my nap sack, and I’ve got to work. [H, A, C1-2, p.26]

Il ne suffit donc pas simplement de se dire wiccan, il faut y travailler et tous les jours afin non seulement d’assurer une bonne représentation des déités, mais aussi pour évoluer dans son cheminement. Cette conception du travail sur soi dans la Wicca est souvent rebutante pour un nouvel adepte qui est à la recherche de solutions simples et faciles (ex : utilisation de la magie pour régler des problèmes) lorsqu’il réalise la quantité de travail et d’implication qui lui est demandée. Le fait que l’adepte soit tenu responsable de ses actes peut aussi décourager indirectement les nouveaux venus. Si quelque chose ne va pas, il ne peut porter le blâme sur quelqu’un d’autre. Il doit assumer l’entière responsabilité des développements positifs et négatifs de son existence.

Dans la Wicca il y a 21 cérémonies de base, soit 13 Esbats[28]et 8 Sabbats, lesquelles constituent le calendrier wiccan connu sous le nom de la roue de l’année wiccane ( Wheel of the Year ). Les quatre grands sabbats (Samhain, Imbolc, Beltane et Lughnasadh) sont des fêtes agraires et les petits sabbats, basés sur les solstices et les équinoxes, sont des fêtes solaires (Yule, Ostara, Midsummer, Mabon).[29] Puisque la Wicca suit le cours de la nature, ces cérémonies le fournissent l’occasion de se mettre en harmonie avec l’environnement.

En ce qui a trait aux lois, toutes les notions (religieuses, magiques, philosophiques etc.) sont acceptées dans la mesure où elles respectent la loi principale. Cette loi est connue sous le nom de Wiccan Rede, laquelle exhorte les pratiquants à une liberté responsable: “An ye harm none, do what ye will.”[30]. À cette loi s’ajoute la loi du triple retour, qui implique que tout ce que nous faisons nous revient par trois fois. Ensemble, ces principes s’avèrent un moyen efficace d’accorder une grande liberté d’action tout en limitant les actions néfastes.

Comme mentionné, la réincarnation est aussi un concept fondamental de la Wicca[31]. Les wiccans conçoivent que lors de la mort, l’essence de la personne passe par huit étapes[32]. À la première étape la personne est dépouillée de son enveloppe corporelle et la conscience devient un corps astral. Il atteint par la suite un état intermédiaire qui est le «Summerland » où cette conscience se prépare et se développe afin de passer à une autre incarnation. Ce qui reste est l’individualité de cette personne. Lorsque prêt et que la réincarnation va avoir lieu, cette individualité accumule les matériaux de bases dans le but de créer une nouvelle enveloppe corporelle. La dernière étape est celle de la réincarnation physique, soit la naissance.

À l’intérieur même de la mouvance wiccane se retrouvent différentes traditions telles que la Wicca Gardnerienne, Alexandrienne, Seax-Wicca, Dianique, Celtique, Faery, etc.[33]. Cette diversité s’explique en partie par le fait que chacune des traditions n’a pas la même origine, et que la liberté et la créativité exercées dans cette mouvance permettent la création de nouvelles traditions[34]. De plus, l’intégration de notions américaines (environnementalistes, féministes, politiques, etc.) ont contribué à la diversification.

Bien qu’il existe divers modes de fonctionnement dans la Wicca, il est possible d’établir la base de ce qui se retrouve dans la plupart des traditions. En premier lieu, nous jetterons un coup d’œil sur le fonctionnement de base d’un coven mixte. Par la suite, nous établirons les différences qui existent avec les groupes féminins et nous mentionnerons en dernier lieu le mode de fonctionnement de la pratique solitaire.

Comme nous l’avons mentionné, il n’existe pas d’autorité centrale, de dogmes reconnus par tous ou de hiérarchisations des covens entre eux. Or, à l’intérieur d’un coven il existe une forme de hiérarchie qui est associée à l’expérience et aux degrés d’initiation. Les initiations situent le pratiquant dans une hiérarchie verticale (néophyte à grand(e) prêtre(sse)). L’expérience de ce dernier, c’est-à-dire les techniques et les exercices acquissent via la pratique solitaire ou un autre coven, le situe sur une hiérarchie horizontale (peu d’expérience à beaucoup). Combinées ensemble, le pratiquant se situe dans une hiérarchie à la fois verticale et horizontale. Nous pouvons donc retrouver au sein d’un coven des néophytes, des prêtres(ses), des grand(e)s prêtres(ses) ainsi que des aîné(e)s[35]. Tous les membres ont théoriquement la même possibilité pour devenir prêtre(sse) et grand(e)s prêtres(ses), s’ils décident de poursuivre leur cheminement. Habituellement, les dirigeants du coven sont la grande prêtresse et le grand prêtre[36]. Ils agissent en tant que guides pour ceux et celles qui poursuivent leur cheminement.

Les néophytes sont celles[37] qui veulent débuter un cheminement dans la Wicca. Pendant un an et un jour, ils suivent un entraînement pour acquérir les bases qui leur seront nécessairement pour devenir prêtresses. Lorsque la personne est jugée prête par la grande prêtresse du coven, elle passe par l’initiation du premier degré ( )[38]. Cette initiation transforme sa position de néophyte à prêtresse, lui permettant de célébrer des rituels magiques. C’est à ce moment qu’elle pourra recevoir ses outils de travail wiccans et les consacrer (bénir). Elle ne peut être initiée que par une personne du deuxième ou du troisième degré[39].

Après une autre longue période d’études et de travail (au minimum une autre année et un jour), la prêtresse, lorsque jugée prête par la grande prêtresse du coven, subira l’initiation lui conférant le deuxième degré ( ou [40]), soit celui de grande prêtresse (grand-prêtre ou magus chez l’homme). Ce grade lui confère le pouvoir d’initier à son tour les adeptes vers le premier et le deuxième degré. Elle a maintenant la possibilité de quitter son coven et de créer son propre coven avec la permission de la grande prêtresse. Son coven devient alors un coven fille, gardant un lien avec son coven original. Elle peut créer et diriger un bosquet (grove) représentant une cour externe du coven. Dans ce bosquet, elle peut former les néophytes ainsi que de tenir des rituels publics.

Parmi les grandes prêtresses, il y en a une, la « Maiden », qui est choisi pour assister la grande-prêtresse du coven dans ses fonctions concernant les rituels. Il y a aussi le « Summoner », i.e. le messager, poste principalement occupé par un homme. Il est le messager confidentiel du coven et de la grande prêtresse. Il est celui envoyé lorsqu’il y a des communications avec d’autres covens. Il peut aussi agir en tant qu’escorte (Farrars, 1996, p.182).

Après une autre période de temps déterminée par la grande Prêtresse du coven (ou coven parent dans le cas où la grande prêtresse aurait décidé de fonder son propre coven), la grande prêtresse peut aller de l’avant avec la troisième initiation. Cette initiation, connue sous le nom du grand rite ou rite sublime ( ), confère l’indépendance totale de la grande prêtresse vis à vis du coven parent. Elle peut exécuter les initiations des trois niveaux ainsi que de fonder un coven totalement indépendant de son coven original. Éventuellement, si au moins trois covens sont créés par des prêtresses qu’elle aura initiées, elle pourra porter le nom de Witch Queen[41] . Le titre est conféré au cours d’un rituel qui implique un initiateur et un initié de sexes opposés, de préférence l’initiateur est le partenaire ou le conjoint de l’initiée. Le grand rite est un acte sexuel magique important qui utilise la femme comme autel[42] et représente l’acte d’union entre la Déesse, incarnée par la grande prêtresse, et le Dieu cornu, incarné par le grand prêtre (Adler, 1986, p.110). L’acte sexuel peut être symbolique ou manifeste. Dans le cas où il est symbolique, l’acte d’union est figuré par les outils du rituel tels l’athame et la coupe de vin. Les autres membres du coven sont alors présents. Dans le cas ou l’acte serait manifeste, les autres membres du coven sont appelés à quitter le cercle et la pièce, laissant le couple accomplir le rite en privé. Une fois l’acte terminé le coven est rappelé pour finaliser le rituel.

Il est à retenir que pour les wiccans, l’attitude envers le sexe est dépourvue de culpabilité. Les Farrars signalent que pour les wiccans : « sex is holy – an unashamed and beautiful polarity-force which is intrinsic to the nature of the universe. It is to be treated with reverence, but without prudery. The Craft makes no apology for using intercourse between an appropriate man and woman, in private, as a profound ritual sacrament, bringing in all the levels – physical, astral, mental and spiritual. The key to the ‘actual’ Great Rite is the statement in the declamation : ‘For there is no part of us that is not of the Gods’. » (1996 (1981), p.32.). L’acte sexuel magique n’est pas sensé donner lieu à des comportements sexuels pervertis.

Le coven mixte tente idéalement d’avoir un nombre égal d’hommes et de femmes. Bien que Gardner ait indiqué que le coven devait être composé de treize personnes, cela n’est pas toujours le cas. Les covens peuvent compter trois personnes et plus. Le problème qui peut survenir lorsqu’un groupe est trop nombreux, est qu’il soit difficile de travailler sur un plan plus personnel. Il est donc possible à ce moment de voir à la création d’un nouveau coven. Par ailleurs, une personne peut se voir bannir du groupe. Ce n’est pas une pratique courante, mais elle est employée dans certains cas. Les trois causes possibles de l’adoption d’une telle mesure sont 1) de trahir la confiance du coven 2) de mentir à sa Grande Prêtresse et à son Grand Prêtre 3) de poursuivre des activités illicites incompatibles avec celles du coven ou 4) d’aller volontairement à l’encontre des lois d’éthiques wiccanes (Farrars, 1996, p.189). Bien que bannis, ces gens conservent leurs titres de sorcièr(e)s, mais doivent attendre un an et 1 jour pour faire une demande de réadmission. Or, comme nous l’avons mentionné, cela se produit rarement.

En ce qui concerne les covens féminins, la notion de hiérarchie est en théorie éliminée. Toutes sont prêtresses à l’intérieur de groupes autogérés. Les initiations sont tenues à la convenance du groupe.

Les pratiquants solitaires, pour leur part, ne répondent en général à personne, sauf à eux-mêmes. Lorsqu’ils se sentent prêts, ils se consacrent au cheminement qu’ils désirent entreprendre par un rituel de dévouement ( dedication ). Ils peuvent plus tard dans leur cheminement décider de procéder à l’auto-initiation, se conférant ainsi le titre de prêtresse. Le déroulement et la tradition empruntée sont laissés au choix du pratiquant.

Nous avons discuté dans la section précédente des rituels d’initiation. Il existe d’autres rites de passage, tels que le Wiccaning (baptême), le Handfasting (le mariage) et le Requiem (funérailles). En ce qui concerne le baptême, il est à noter qu’aucun parent n’est tenu de soumettre ses enfants au rituel[43]. Ils peuvent le faire s’ils y tiennent vraiment, mais cela ne veut pas dire que l’enfant soit lié pour le futur. Il choisira idéalement, une fois adulte, son propre cheminement spirituel. Le mariage consiste, en général, en un échange de vœux qui peut être à vie ou renouvelable après une certaine période de temps[44]. Finalement, en ce qui concerne le requiem, il n’y a ni de format ni de méthode établie[45]. Chaque groupe procède de manière différente pour signaler le départ de l’un de ses membres, soit par inhumation, soit par crémation.

Comme nous l’avons mentionné, la magie est une pratique accessoire à la Wicca. Elle est multiforme et s’alimente à plusieurs sources: magie kabbalistique, magie égyptienne, magie verte, magie naturelle, blanche, noire ou rouge, etc.[46]. La magie n’est pas exclusivement la propriété d’une tradition. Chaque tradition est flexible ce qui permet, par exemple, à des pratiquants d’une tradition celtique d’intégrer l’utilisation de la magie kabbalistique dans sa pratique religieuse. Cependant, tous les wiccans ne pratiquent pas la magie.

Les quatre directions représentent les quatre points cardinaux (nord, est, sud et ouest) et sont essentielles au bon fonctionnement d’un rite. Chaque direction est associée à un élément, à une couleur, à une saison, à un outil, etc. De plus, chaque direction comprend un gardien des tours. Ces gardiens sont invités au début d’un rituel ou d’une cérémonie afin d’éloigner les forces négatives et de veiller au bon fonctionnement du rituel. Voyons une courte description de chaque direction.



[3] Cette charge est une traduction de la charge de la Déesse écrite par Doreen Valiente de la tradition gardnérienne. Cf. Annexe 1.

[4] Elles n'ont pas apporté une version française de la charge.

[5] Il est à noter que les guérisseurs étaient parfois utilisés en derniers recours, mais aussi lorsque l’accès à un professionnel de la santé était difficile. Ce cas s’est présenté à plusieurs occasions, aux habitants de l’île d’Orléans isolés de par leur situation géographique (Henri Aubin, L’Île d’Orléans : Pays des sorciers , Bibliothèque National du Canada : St-Pierre, Île d’Orléans, 1983,).

[6] Marie-Josephte Corriveau (1733-1763) a été accusée du meurtre de son deuxième mari. Sa sentence, prononcée par le gouverneur Murray, a été celle de la mise à mort. Sa dépouille a été suspendue à des chaînes à la croisée des chemins dans la Pointe-Lévis. Bien qu’il n’y ait pas eu d’accusation de sorcellerie lors de sa comparution en cour martiale, La Corriveau est devenue le centre d’une série de légendes. La mentalité populaire en fit une sorcière. Voir Nicole Guilbault, Il était cent fois La Corriveau , 1995; Luc Lacourcière, Le triple destin de Marie-Josephte Corriveau , 1968 et Le destin posthume de La Corriveau , 1969 dans le Cahier des dix ; A. Lebel , La Corriveau , 1988(1981) ; Alain Mainville, Analyse et interprétation de certaines manifestations de sorcellerie dans le folklore québécois , 1979; L.P.Bonneau, Josepthe Corriveau-Dodier : La Corriveau 1733-1763 une énigme non résolue , 1988.

[7] Ce cas concerne une dame enceinte qui déclarait que l’enfant qu’elle portait avait des pouvoirs surnaturels et chargeait des frais pour ses services. (Voir Séguin, 1961, p.45)

[8] Il semblerait qu’Anne la Marque, qui avait ouvert un service d’hôtellerie après la mort de son mari, avait en sa possession un livre de magie dont elle usait afin d’assouvir ses désirs. (Séguin, 1961,p.163-164)

[9] Anne Moura, dans « Origins of Modern Witchcraft » contribue à ce mythe en cherchant des associations entre l’origine de la sorcellerie et l’ancienne civilisation dravidienne. Elle tente d’expliquer les liens qui existeraient entre l’Inde, les croyances celtiques, la magie cérémonielle et la Wicca.

[10] Il faut tenir compte que le mouvement féministe de la Wicca a démarré dans les années soixante-dix aux États-Unis, et qu’à cette époque les revendications pour les droits des femmes ainsi que pour une reconnaissance de leur importance a créé une toile de fond sur laquelle la Wicca Dianique s’est développée.

[11] Gardner a fait partie de la Golden Dawn et a été impliqué dans le “Fellowship of the Crotona”, un groupe occulte de co-maçons, fondé par un ordre maçonnique établi par Mme Besant Scott, fille d’Annie Besant. Il aurait aussi connu Aleister Crowley, reconnu pour sa pratique de « magie noire » ou magie de la main gauche. De plus, Gardner a été membre honoraire de l‘Ordos Templi Orientis (OTO). Voir dans Diane Purkiss,1996, p.37; Rosemary Ellen Guilley, 1989, pp.133-134 ; Susan Greenwood, 2001, pp176-191. D’ailleurs, dans son ouvrage « Triumphe of the Moon », l’historien Ronald Hutton consacre quelques chapitres à Gerald Gardner. Il cherche à établir les liens existant entre Gardner et son entourage et les interactions possibles qui auraient contribué à la formation de son coven.

[12] Un coven est un groupe fermé de sorcières, composé idéalement de 13 personnes.

[13] Il est à noter qu’il existe toute une polémique entourant l’authenticité des écrits et des propos de Gardner. Plusieurs recherches ont relevé les nombreux emprunts à des contemporains tels Aleister Crowley (OTO), Doreen Valiente (grande prêtresse initiée de Gardner), Charles Leland (folkloriste), Rudyard Kipling et Margaret Murray. Diane Purkiss, 1996, p.37; Sabina Magliocco « Introduction », dans ethnologies, 1998, p.2 ; Adler, Margot, 1986, pp.56-69. Les dires qui veulent que Gardner ait inventé la religion de toutes pièces, n’ont pas empêché le mouvement de se répandre et de s’inscrire dans l’authenticité historique.

[14] Skyclad , qui veut dire vêtu de nuage, signifie être nu. Pour les covens gardnériens, la pratique des rituels se fait nu car elle est essentielle pour permettre une meilleure communication avec les déités. De plus, certains adeptes indiquent que c’était de cette façon que la sorcellerie se pratiquait dans les temps anciens. Néanmoins, c’est Gardner qui a introduit la pratique dans la Wicca. Il est à retenir que ce n’est pas toutes les traditions qui l’appliquent. Plusieurs groupes, surtout ceux situés dans des régions géographiques où la température le permet moins, vont porter des tuniques ou costumes de cérémonies ou, dans le cas de rituels publics, vont porter des vêtements de tous les jours.

[15] Elle a contribué énormément à la transformation des textes du livre des ombres de Gardner, à l’élaboration de ses rituels en mettant l’emphase sur les liens avec la nature et à la rédaction des poèmes tels que la charge des dieux (Greenwood, 2001, p.200, Adler,1986 , pp.84-85, Guily,1989, p.348).

[16] Selon leur dernière publication Witch’s Magical Handbook , 2000, p.vi.

[17] Selon son histoire personnelle présentée sur son site internet ainsi que dans son livre «The Holy Book Of Women‘s Mysteries». L’adresse du site est située dans la bibliographie.

[18] La notion du pratiquant solitaire a été longtemps critiquée par les membres de coven puisque que pour ces wiccans la personne doit être initiée à la tradition et aux secrets d’un groupe pour évoluer dans leurs croyances. Après Cunningham, les pratiquants solitaires furent acceptés, mais il reste encore aujourd’hui l’impression que ces gens n’atteindront pas le maximum de leurs possibilités puisqu’ils n’ont pas accès à toute l’information et au support nécessaire pour y arriver. Ils peuvent être vus par certains membres de coven traditionnels gardneriens comme étant inférieurs dans leur pratique ou encore comme n’étant pas des wiccans mais des néo-païens.

[19] Un exemple de cette différence peut être trouvé dans le Anglo-Saxon Dictionary , qui indique wic comme étant un mot neutre utilisé plus souvent au pluriel pour indiquer un lieu, une habitation, un village, etc. il mentionne aussi que wican signifie « to yiel, give way » ce qui n’a pas la même signification que « to bend ». L’action impliquée n’est pas la même. Selon la deuxième interprétation, nous pourrions inférer que la sorcière a un contrôle sur les énergies, alors que selon la première, elle se laisserait diriger par des énergies dont elle n’a pas le contrôle.

[20] Ann Arbor, 2000, Middle English Distionary. Part W.5, University of Michigan Press : Michigan, p.554 ; J. Bosworth, 1964, Anglo-Saxon Dictionary , Oxford University Press : Oxford, p.1213.

[21] Je tiens à remercier le professeur Frédérique Laugrand, d’attiré mon attention sur ce trait du jet de sort dans l’action sorcière. Bien qu’elles s’auto-désignent sorcières, les adeptes du mouvement étudié se révèlent beaucoup plus proche d’une religion de la nature que de la sorcellerie proprement dit.

[22] Il est à noter, que malgré le fait que les pratiquantes wiccanes soient des sorcières, toutes les sorcières ne sont pas wiccanes. Cela vaut de même pour les hommes.

[23] Cette définition représente davantage la Wicca éclectique. Ce choix est volontaire, puisque que nous essayons de définir de façon globale le mouvement et non qu’une seule tradition.

[24] Ce conseil était formé de 73 sorcières de traditions différentes. Voir Margot Adler, 1986,p.99.

[25] Cf. Annexe 2.

[26] Dans les traditions dites « dianiques », le dieu cornu n’est pas ou peu considéré. La Déesse occupe la place principale.

[27] Par exemple la Déesse peut être Diane, Morrigan, Isis, Cerridwen etc. et le Dieu cornu peut être Pan, Cerrnunos.

[28] L’Esbat est une célébration de la descente de la lune, laquelle se tient à toutes les pleines lunes. Cette cérémonie transfère les pouvoirs de la lune (la Déesse) à la terre. C’est à ce moment que les rituels sont les plus aptes à réussir, car les énergies sont très fortes et positives. Cette cérémonie a lieu treize fois par année car le calendrier wiccan est un calendrier lunaire.

[29] La première fête est le Yule (21 décembre), qui marque la nuit la plus longue de l’année. Par la suite, c’est l’ Imbolc (1er février) qui est la fête des chandelles, qui célèbre l’arrivée des premiers signes du printemps. Le 21 mars marque la cérémonie de l’ Ostara , l’équinoxe du printemps. Beltane (1er mai) est une fête qui a pour thème la fertilité. Vient le temps du solstice d’été Midsummer (21 juin). C'est le jour le plus long et il marque une journée où les mariages wiccans se célèbrent (s’il y en a). Cette cérémonie est suivie d’un grand sabbat, le Lugnasadh (1er août), qui marque la première moisson. Le Mabon, l’équinoxe d’automne, marque la deuxième moisson (21 septembre). Finalement, l’une des fêtes les plus connues dans le monde est le Samhain ou l’Halloween (31 octobre). C’est le nouvel an pour le calendrier wiccan. (cf. Annexe 3)

[30] Plusieurs versions de cette loi existent un peu partout dans la littérature et sur internet. (Cf. Annexe 4)

[31] Bien qu’il soit important, il n’est pas souvent expliqué ou développé dans la littérature ou sur internet. Certains wiccans n’y adhèrent pas.

[32] Nous résumons ici l’explication donnée dans le Witches’s Way , dans le Witches’ Bible de Janet et Stewart Ferrar (1996), pp.118-121. Il existe d’autres versions ailleurs, mais c’est la version la plus complète que nous ayons trouvé.

[33] Plusieurs tentatives de cerner l’ensemble des traditions existantes ont été faites. Souvent il est préférable de trouver une liste de ces différentes traditions via les sites internet, puisqu’ils sont plus facilement mis à jour et plus accessibles. Par exemple, il y a un site d’internet qui en dénombre 42 et donne une courte explication de chacune. Voir http://www.geocities/Wiccaworld_101/trad1-10.html . Une petite description des diverses traditions néo-païennes au Canada se trouve dans le mémoire de S.Rabinovitch, pp.49-72.

[34] Dans le vocabulaire anglais, il y a également référence au terme « sects » pour signifier la création d’un groupe à la suite d’une séparation avec une branche principale de la religion.

[35] Certains covens mettent plus d’accent sur les initiations que sur l’expérience. Il est donc possible de trouver parmi les aînées des personnes qui ont moins de cinq ans dans la pratique. D’ailleurs, l’attribution du titre d’aînée en est une qui est au centre de plusieurs débats, puisque pour certains, ce titre est associé à l’idée d’une personne qui a une longue expérience dans le milieu et qui est en position de guider une autre (suite) (suite) personne, alors que pour d’autre, il suffit de passer à travers des deux premières initiations pour être considéré comme tel.

[36] Ce dernier est soit le conjoint ou un ami de la grande prêtresse.

[37] Pour les besoins de l’exemple nous utiliserons le féminin.

[38] Puisque nous n’avons pas assisté à un rite d’initiation et que peu d’information sur le terrain à ce sujet a été recueilli, dû au vœu de secret, le déroulement des initiations présenté ici est un résumé assez sommaire de ce que nous pouvons retrouver dans Witches’ Bible de Janet et Stewart Ferrar (1996). Le choix de cette source réside dans le fait qu’elle est l’une des plus complète que nous ayons trouvé. Il est à retenir que ce n’est qu’un exemple de ce que nous pouvons retrouver. Chaque tradition a ses méthodes. De plus, le mode d’application peut aussi varier d’un coven à l’autre à l’intérieur d’une même tradition.

[39] L’initiateur peut être un homme ou une femme. Tout dépendant des traditions, ce rôle est tenu par un homme si l’initié est une femme et inversement si l’initié est un homme.

[40] Il semble que les covens états-uniens préfèrent utiliser le symbole avec la pointe vers le haut, car celle avec la pointe vers le bas est souvent associés au satanisme, et ils ne veulent pas que cette association soit faite. En Europe, le symbole avec la pointe vers le bas est plus utilisé. Le pentagramme représente les cinq éléments, air, feu, eau, terre et esprit (Farrar, 1986, p.25).

[41] Elle peut dorénavant porter une jarretelle sur laquelle sont posés des petits badges ou insignes indiquant le nombre de covens fille qui sont issue de sa tradition.

[42] Comme nous l’indique Guiley : «  In the Great Rite, which is actual or symbolic ritual sex, the naked body of the high priestess in considered an altar of the sacred forces of life, which echoes back to the ancient connection of altar to the Mother Goddess.» (p.9). Doreen Valiente, ancienne grande prêtresse du coven de Gardner, écrit que : « The use of a living woman’s naked body as the altar where the forces of Life are worshipped and invoked goes back to before the beginnings of Christianity; back to the days of the ancient worship of the Great Goddess of Nature, in whom all things were one, under the image of Woman. » dans An ABC of Witchcraft , 1973, p.44.

[43] Les parents qui choisissent ce rituel le considèrent plus comme un moyen d’assurer une forme de protection à l’enfant.

[44] Par exemple, les vœux peuvent être pris pour un an, comme pour une période d’essai. S’ils décident de poursuivre plus longtemps, ils renouvellent leurs vœux pour une période indéterminée.

[45] Il faut prendre note que le sujet de la mort est très peu abordé.

[46] En ce qui concerne les couleurs de la magie, pour la majorité des pratiquants, ces termes sont inexacts, puisque la magie n’a pas de “couleur”. Elle est neutre et représente les intentions de la personne qui la pratique. Par conséquent, si une personne a de mauvaises intentions lorsqu’elle utilise la magie, cela serait considéré comme de la magie noire. Par contre, ses intentions sont bonnes, elle sera considérée comme étant blanche.

[47] Les pointes du pentagramme peuvent aussi être associées à la tête, les mains et les pieds. Encore là, l’association des éléments se diffère d’une tradition à l’autre, mais nous retenons ici ce qui est le plus commun.

[48] Certains groupes ont retiré l’utilisation de cet objet lors de leurs rituels puisqu’ils considèrent le fouet comme un symbole de domination. Cet objet va, selon eux, à l’encontre de l’idée d’égalité entre les membres d’un même coven.