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CHAPITRE 8

Buffon compilateur génial des voyageurs et correspondants (XVIIe et XVIIIe siècles)

Table des matières

Peu à peu, […] le génie des découvertes a déployé ses ailes ;

les arts et les lettres ont cédé la place aux sciences ;

la passion des voyages s’est éveillée.

--François Le Vaillant [1]

Nos trois derniers chapitres ont montré l’importance des récits de voyage dans la fabrique des descriptions animalières de l’Histoire des quadrupèdes. Qu’il s’agisse de remettre en question les faits rapportés par les Anciens ou par les naturalistes de la Renaissance, ou de corriger les livres d’histoire naturelle publiés au Grand siècle, Buffon semble résolument se tourner vers les voyageurs pour faire progresser la connaissance de « l’économie animale [2]». En effet, débute au XVIIe siècle une période « exploratoire », animée notamment par l’étude approfondie des richesses faunistiques du Nouveau Monde, qui va progressivement se superposer à une période « académique [3]» (1660-1700) qui avait entraîné, parallèlement à la naissance des sociétés savantes et des académies, un essor important des études scientifiques. Si Buffon a plutôt tendance, pour construire ses « tableaux d’histoire », à privilégier les récits de voyages aux monographies produites par ses collègues de l’Académie des sciences, il ne faudrait pas conclure pour autant que le seigneur de Montbard témoigne d’une confiance sans réserve pour les explorateurs et autres correspondants. S’il les convoque le plus souvent comme ingrédient principal dans sa rhétorique de la preuve, il se montre tout aussi intransigeant pour les aventuriers qui, sans discipline, imaginent mal les nomenclatures, descriptions et illustrations des créatures que pourtant ils affirment, le plus souvent, avoir eues sous les yeux. Alors que les perspectives érudite et empirique [4] colorent une nouvelle littérature zoologique qui s’offre aux naturalistes des Lumières, Buffon trouve, dans les récits de ses contemporains ou de ses prédécesseurs immédiats, une matière idéale pour exprimer la force de son génie scientifique : à la fois « esprit curieux et sagace » qui entretient avec la science de son temps un rapport « explicite, réflexif, raisonné » et esprit attentif à la « topique diffuse héritée du passé [5]», Buffon nourrit ses « yeux de l’esprit » avec quantité de récits et d’illustrations de quadrupèdes nouvellement découverts, prétendument dépeints depuis leur milieu naturel par une panoplie de voyageurs de tous acabits. Ce chapitre propose, à la manière des trois précédents, d’examiner l’importance de la critique des relations de voyage dans le vaste projet buffonien « d’épuration » faunique. Pour ce faire, nous tenterons de préciser tout d’abord ce qu’aurait bien pu être, aux yeux de Buffon, la poétique du voyageur scientifique.

Nous avons vu, dans le dernier chapitre, que Buffon enjoint les voyageurs « à ne pas renoncer à leurs yeux pour prendre la lunette des autres [6]», insistant pour que ces derniers ne rapportent que ce qu’ils ont vu d’après nature. Ce leitmotiv, qui visait aussi à prémunir l’explorateur scientifique contre l’usage de méthodes classificatoires artificielles « avec lesquelles on se dispense de raisonner [7]», était une pièce maîtresse de l’arsenal du naturaliste engagé dans un vaste mouvement de sécularisation de la connaissance, contre les fables mal imaginées par les Anciens ou l’entre-recopiage d’erreurs commises par les naturalistes de la Renaissance. En effet, devant ces animaux extraordinaires observés au cours d’expéditions lointaines, le voyageur devait résister à l’interprétation allégorique et décrire ce qu’il voyait sans idées préconçues. Il fallait faire table rase des fables de l’Antiquité et des récits emblématiques de la Renaissance, avec l’innocence scientifique du regard direct sur une nature redevenue vierge, et réinventer le monde en convoquant l’explication rationnelle. L’auteur de recueil de voyage devait donc rendre compte des faits en essayant laisser la nature imprégner sa pensée sans la travestir, et reformuler selon de nouveaux paramètres plus objectifs nombre de demi-vérités véhiculées depuis plus de deux mille ans. Les nouveaux diktats de la philosophie naturelle imposaient donc un style (verbal et visuel) qui visait une retranscription idéale — à la fois esthétique et scientifique — des images que la nature avait présentées aux yeux des voyageurs, où les mots et les dessins seraient en quelque sorte des équivalents des choses.

Il est plausible de penser que le seigneur de Montbard devait attendre du voyageur (ou du correspondant) un compte rendu exempt de propos fortement connotés, dans un style correspondant à l’idéal classique du langage transparent (privilégié par exemple dans les mémoires présentés aux académies), sans égard au placere [8]. Comme le précise Barbara Maria Stafford, pour un voyageur « empirique », la transmission de la vérité avait intrinsèquement une valeur esthétique [9]. Ce voyageur ne saurait s’appuyer sur le ouï-dire ou sur quelqu’autre regard que le sien. Il doit donc se concentrer plus sur la matière à décrire que sur la finesse du propos, afin de produire un rapport fidèle (en mots et en images) des ouvrages de la nature. S’opposant en quelque sorte à la légèreté qui avait marqué un siècle fortement influencé par le libertinage, et rompant avec nombre de récits de voyages imaginaires qui avaient mis en scène différentes utopies [10], le traducteur du Voyage to the Cape of Good Hope (réalisé entre 1772 et 1776 par le physicien suédois Andrew Sparrman) illustre ce que les naturalistes de la deuxième moitié du XVIIIe siècle attendaient d’une relation de voyage « scientifique » :

The age in which we live, has not unfrequently been accused of frivolity and indolence. […] Its turn for experiment, however, and disposition to enquire into facts is universally acknowledged […]. Now every authentic and well written book of voyages and travels is, in fact, a treatise of experimental philosophy [11].

Comme l’avait aussi noté Thomas Sprat (1635-1713), chanoine anglais rompu aux bienfaits de la rationalité scientifique et premier historien de la Royal Society de Londres, le voyageur devenu philosophe expérimental devait utiliser son « génie expérimental » pour tenter de séparer le « savoir sur la Nature » de « l’embellissement rhétorique », des « dispositifs fantaisistes » et des « séduisantes fables trompeuses [12]».

Le voyageur en quête de découvertes ne pouvait cependant pas se soustraire complètement à la formulation d’hypothèses :

The traveler in search of fact inaugurated the habit of constructing a never-ending series of hypotheses concerning physical reality on the basis of constant exposure and scrutiny of its mutable data. At a fundamental perceptual level, therefore, the scientific discoverer promulgated an exploratory way of looking at the world [13].

Si l’intention des voyageurs scientifiques n’était pas de transformer les nouveautés qui se donnaient à voir, mais de fournir, par leurs descriptions et leurs illustrations, une reproduction la plus fidèle possible de réalités jusqu’alors rarement dépeintes, il reste que ceux-ci ne pouvaient faire l’économie d’un « sens-oriented and lucid idiom [14]» qui devait assurément transformer ces objets naturels pour les lecteurs néophytes.

Même si Buffon ne semble pas avoir lu le Voyage to the Cape of Good Hope de Sparrman — il n’en fait mention nulle part dans l’Histoire naturelle, ce qui s’explique assez facilement puisque que le récit du voyageur anglais est publié en 1785, à une époque où l’Histoire des quadrupèdes est pour ainsi dire terminée (hormis le VIIe tome du Supplément publié à titre pothume en 1789) —, il aurait probablement agréé aux qualités du voyageur présentées par le traducteur du récit :

The author of this journal, though a man of real knowledge and genuine learning, discovers in every page of his book too little attachment to system and hypothesis, to allow us to supose him likely to be guilty of similar error. Fired with the love of science and of truth […] the work itself in every page bears evident marks of that passionnate regard for truth […]. In the description of animals he is accurate to a degree, insomuch that it is to be feared, that some of his readers, who are not sufficiently apprized of their general utility, may think him tedious [15].

Que certains lecteurs puissent trouver les propos d’un pareil auteur « fastidieux », notamment lorsque ce dernier décrit les animaux, voilà ce qui était en quelque sorte le prix à payer pour s’assurer la transmission sans parasites de vérités naturelles. En somme, Sparrman apparaît, toujours d’après le portrait qu’en dresse le traducteur du Voyage to the Cape of Good Hope, comme le prototype du parfait voyageur scientifique :

Never relying on the relation of others, […] he sees everything with his own eyes, and trusts only to the report of his own senses : and at the same time knows perfectly well (which is never the case with the ignorant traveler) both how to see and what to lok for. Hence we have so many accurate descriptions and drawings of animals never before seen, or else strangely misrepresented by his predecessors [16].

Il est dommage que Buffon n’ait pas eu accès à ce récit car il aurait pu le comparer à celui d’une de ses têtes de turc favorites dans l’Histoire des quadrupèdes : Peter Kolbe (1675-1726), voyageur d’origine allemande qui fut envoyé par le roi de Prusse de 1704 à 1713 précisément au Cap de Bonne-Espérance, maintes fois toisé pour avoir reproduit tant de descriptions erronées de spécimens nouvellement découverts dans le monde des Hottentots. En fait, si Kolbe avait visité la même région que Sparrman, sa relation est aux antipodes de ce que les naturalistes attendaient du voyageur scientifique. Sa Description du Cap de Bonne-Espérance (1741) pose cette invariable question qui domine toute l’Histoire des quadrupèdes : quand les auteurs, voyageurs ou correspondant écrivent, « décrivent-ils — ce qui équivaudrait à respecter la dictée de la nature — ou imaginent-ils […] ? [17]» Le cas échéant, Buffon s’ingéniera à démontrer qu’ils l’ont fait, le plus souvent, sans aucune discipline.

La préface au Voyage de Sparrman constitue, en somme, une véritable poétique de ce que Buffon devait probablement attendre des voyageurs et correspondants : leurs descriptions et illustrations devaient être au service de l’historien-philosophe-artiste qui se propose d’imaginer pour « actualiser » la faune :

Few, indeed, are the travelers, whose writings may be relied on as the pure sources of truth, unadultered with error, or undisguised by wilful misrepresentation. […] the major part of these collectors greatly distorted and misrepresented the facts they have laid before the public, in consequence of a previous attachment to favorite systems. […] it is therefore in the original writers of itineraries and journals, that the philosopher looks for genuine truth and real observation ; as the authors of them for the most part have had neither philosophical abilities, nor any other motive sufficient to induce them to reports these facts, otherwise than they have presented themselves to their notice [18].

Grâce à son génie scientifique (et au jugement qui lui est intimement lié), Buffon fera la chasse à tous ceux qui « déforment délibérément » les faits qu’ils présentent au public lecteur. Le voyageur scientifique devra plutôt se contenter de rapporter sobrement la « pure vérité vierge d’erreur », tout en laissant les « habiletés philosophiques » à d’autres qui possèdent le génie nécessaire pour faire des analogies et des comparaisons qui permettront à la communauté scientifique de progresser sur le chemin de la découverte. Le voyageur pavait donc cette voie avec ses propres observations, qui pouvaient ensuite être validées esthétiquement et scientifiquement par un naturaliste de génie. Au risque de sombrer dans ces mauvaises analogies qui font reculer les connaissances, mieux valait pour le voyageur au génie scientifique incertain, qui risquait aussi de se laisser emporter par l’enthousiasme à extravaguer, laisser le soin à un naturaliste d’exception de peindre les objets naturels « in colours equally vivid with those of nature herself [19]».

Difficile tâche toutefois que de faire revire, par le texte ou le dessin, la présence de l’animal qui avait touché un observateur dont le souci premier devait être non pas de restituer cette émotion, mais de noter avec un soin attentif les détails de la réalité. Comment penser par exemple que l’art puisse être étranger au dessin scientifique ? Car les voyageurs étaient souvent à la fois savants et artistes : l’obligation de stricte exactitude pouvait difficilement annihiler la nécessité de plaire qui devait les habiter lorsqu’ils se mettaient à dessiner toutes ces espèces nouvellement découvertes. Tel que nous l’avons vu dans les trois chapitres précédents, l’illustration de l’histoire naturelle arrive au XVIIIe siècle avec le poids de toute une tradition qui remonte aux enluminures médiévales, avec des connotations qui relèvent tant de l’explication (illumination intellectuelle) que de l’embellissement de la réalité. Si l’étude de l’histoire naturelle amène invariablement le voyageur artiste à « transformer sa vision de la nature et à créer un genre particulier, lié à l’art de la miniature [20]», le savant en voyage doit par contre, lorsqu’il remplit avec son crayon noir, sa gouache ou son aquarelle le carnet où sont consignés ses dessins, s’en tenir au « rejet du pittoresque [21]». Les voyageurs étaient donc les vecteurs non seulement de realitas, mais aussi d’actualitas  [22], ces dernières impliquant nécessairement une déformation de la réalité (tant par la description que par l’illustration supposées présenter le portrait complet [23] d’une espèce animale). En rendant la science populaire dans sa fabrique des descriptions animalières, Buffon se trouvait aussi à moduler l’enregistrement visuel de l’explorateur pour le transformer en œuvre d’art, grâce à l’action de son génie « original » — artistique et scientifique — :

The word art, which traditionally meant mechanical skill, had already risen in value during the eighteenth century, when the emphasis on reproductive technical dexterity was undercut by the developing estimation for an ‘‘original’’ genius. A potential danger in laying stress on the overwhelming strength of the imagination can be seen in one nineteenth-century tendency to isolate art and to specialize the imaginative ‘‘aesthetic’’ faculty to this one kind of activity, thus weakening the bond forged earlier between the subjective, fancying fine arts and the objective, perceptual sciences [24].

La dernière remarque a l’avantage de mettre en évidence une fois de plus comment l’histoire naturelle du XVIIIe siècle — et plus particulièrement l’œuvre de Buffon — s’avère le lieu par excellence du « dernier état » de la République des Lettres où l’aventure empirique associée à l’enquête scientifique et à la créativité artistique étaient encore unies par ce lien [25] qui sera dissout avec la professionnalisation de la science et l’autonomisation des champs du savoir au XIXe siècle. Nous suivons sur ce point Barbara Maria Stafford : par cette heureuse alliance qui s’épanouissait des les ouvrages d’histoire naturelle au siècle des Lumières, l’art, libéré de sa « gangue dérisoire d’imaginations vides », se trouvait ainsi « élevé à représenter la réalité [26]». En fait, la fabrique des descriptions animalières de l’Histoire des quadrupèdes est peut-être le lieu où l’on s’approcha au plus près de cette fusion entre l’imagination de l’artiste et celle du savant. Rêve qui n’aboutit vraiment jamais après que le langage de la science se soit graduellement opacifié en accroissant ses composantes mathématiques quantifiables…

Les voyageurs devaient donc produire des rapports d’observation directe, après avoir, dans la mesure du possible, procédé à des contre-vérifications sur le terrain, pour consolider de nouvelles découvertes et tendre, pour revenir à un vocabulaire buffonien, vers la certitude physique. Il est donc permis de penser que, pour Buffon, seuls de rares privilégiés — certains individus exceptionnels avec un génie scientifique assez développé — pouvaient être en mesure, sur la base de ces rapports « objectifs » des voyageurs et correspondants, d’imaginer, sous la tutelle d’une certaine discipline, de nouvelles hypothèses susceptibles « d’actualiser » la faune. Cette combinaison de la tâche du voyageur — qui consiste à percevoir la nature le plus directement possible — et de la modulation secondairement opérée par l’imagination illustre l’importance conjointe des génies scientifique et artistique dans l’entreprise buffonienne. Au final, le produit, tout en étant plaisant à lire, devait avoir détruit au passage un maximum de fables et de préjugés.

La sincérité de l’auteur d’un recueil de voyage (non fictif) pouvait poser problème : le « pur regard » scientifique était toujours menacé par un « nouvel œil intérieur [27]» qui aurait pu focaliser non pas sur l’objet à décrire mais plutôt sur les sensations profondes et changeantes qui avaient envahi l’explorateur au moment de l’observation. Le danger ultime était de voir surgir l’indésirable imagination qui, sans discipline, pouvait créer des portraits d’animaux qui s’éloigne de la vue « d’après nature ». Même si Buffon ne l’écrit pas en toutes lettres, nous ne croyons pas trahir sa pensée en affirmant qu’il devait croire que, pour « esthétiser » l’histoire naturelle, il fallait posséder un génie « original » puissant. Le voyageur qui se risquait à animer la nature grâce au pouvoir de l’imagination courait le risque de créer une illusion plutôt que d’insuffler ce supplément de sens qui pouvait résulter de l’expression du génie scientifique. Pour Buffon, ce supplément de sens, aperçu avec ses « yeux de l’esprit », était presque toujours confirmé par un retour à l’objet, souvent grâce aux « yeux du corps » d’un observateur sur le terrain. Par sa description ou son dessin, ce dernier nourrissait la rhétorique de la preuve et aidait à confirmer ou à infirmer les hypothèses issues de l’ars inveniendi. Ainsi pouvait-on justifier, dans le produit final, la conciliation d’une littérature de savoir dont la fonction est d’instruire, avec le movere intrinsèque au produit artistique qui saura intéresser le plus grand nombre de lecteurs ; ainsi fonctionne la fabrique des descriptions animalières.

Buffon s’était donc donné, entre autres tâches, de faire imaginer à ses lecteurs ce qu’eux et lui-même n’avaient souvent pas vu. Comme il devait, pour ainsi dire, s’imbiber des formes animales transmises par les voyageurs, nous pouvons comprendre qu’il ait pu percevoir l’exploration scientifique comme une déclinaison de la méthode expérimentale, le recueil de voyage devenant l’épine dorsale de sa fabrique des descriptions animalières. Les explorateurs avaient en quelque sorte la même tâche que le savant : rendre l’étrange familier dans un style neutre, avec des images sobres. Au génie artistique de Buffon de le rendre intéressant, et à son génie scientifique de débarrasser la faune des trop nombreuses inexactitudes qui l’ont investie depuis plus de deux mille ans. Il devait donc chercher à créer l’enthousiasme chez le lecteur, sans se laisser envahir lui-même. Autrement dit , le goût ne devait jamais avoir préséance sur le jugement pour que l’Histoire des quadrupèdes demeure scientifique.

On peut aisément comprendre la préférence de Buffon pour les récits de voyage, au détriment des histoires emblématiques de la Renaissance ou encore des livres de zoologie du XVIIe siècle, souvent basés sur des copies de copies ou des traductions de traductions. Les relations de voyage se présentaient plutôt comme des « convoyeurs d’informations visuelles [28]», procurant un lien direct entre la nature et le savant (dans son cabinet), et faisaient des voyageurs les porte-étendards du sensualisme et de l’empirisme :

The quest for purity experience — whether achieved in the mind or out in the world — reposes at the core of most eighteenth-century thought. When philosophy and human history taught that all experience is mediated by ideas and conventions — in short, by self-reflexive interpretations — only the natural sciences and their implementors, the discoverers, could point refreshingly to the fact that nature was palpably, hence immediately, available to them in their privilegied role as conscious observers, probers, delvers   [29].

Mais tous les « découvreurs », peu s’en faut, n’étaient pas pour autant des « observateurs » ou des « enquêteurs » consciencieux. Buffon se trouvait donc devant ces récits de voyageurs et ces correspondances dans la même posture que le critique biblique interrogeant l’authenticité des textes prophétiques ; cependant, comme l’a souligné Thierry Hoquet, le naturaliste se trouve à transférer « les questions de l’autorité, de la certitude et du témoignage, du domaine de l’Écriture sainte à celui de l’écriture de la Nature [30]». La tâche de Buffon était de ce point de vue immense, car il devait alors user de son génie scientifique pour discriminer, parmi les illustrations et descriptions, entre celles qu’il croyait vérifiées dans les détails et les autres, mal imaginées par trop d’enthousiasme ou par manque de discipline. L’incipit de l’article sur le porc-épic du Nouveau Monde illustre bien l’attitude du naturaliste, devant le défi que lui imposait la fabrique de l’Histoire des quadrupèdes :

Dans chaque article que nous avons à traiter, il se présente toujours plus d’erreurs à détruire que de vérités à exposer : cela vient de ce que l’histoire des animaux n’a, dans ces derniers temps, été traitée que par des gens à préjugés, à méthodes, & qui prenoient la liste de leurs petits systèmes pour les registres de la Nature [31].

Pour le voyageur scientifique, la tâche consistait à voir les mystères de la nature de la manière la plus neutre possible, pour ensuite tirer des jugements appropriés de cette perception. Buffon, le savant, se double de l’artiste qui doit reproduire ce qu’il croit avoir capté sous la surface des apparences, tout en répondant aux exigences esthétiques qu’il s’est imposées. En ce sens, « l’histoire naturelle partage avec les autres types d’histoire la difficile question de la pesée des témoignages et doit déterminer quels sont les auteurs dignes de foi et dont la relation peut faire autorité [32]».

Avant de procéder à l’analyse de la critique du « Buffon lecteur » de quelques voyageurs particulièrement « déviants », nous avons cru bon terminer cette première section avec quelques exemples illustrant la posture générale du seigneur de Montbard, devant ces relations de voyage et ces correspondances qui regorgeaient de faits plus ou moins vraisemblables devant être passés au tamis du jugement, avant d’être incorporés dans la fabrique de l’Histoire des quadrupèdes.

Nous avons vu par ailleurs que, nonobstant le recours à l’imagination, Buffon respecte presque toujours l’empirisme lockien : à propos de la tétée ou des amours éléphantines, de l’existence supposée des « jumarts » ou du « blaireau-cochon », le seigneur de Montbard refuse d’accepter qu’une seule opinion ou intuition — fut-elle la sienne — puisse demeurer la base du savoir ; il attend presque toujours qu’un tiers — le plus souvent un voyageur ou un correspondant — prouve ou infirme ses propres hypothèses à l’aide d’une description ou d’un dessin faits indubitablement sous les yeux de l’observateur. Par ailleurs, une seule description réalisée par un témoin oculaire éclipsera parfois le savoir livresque véhiculé dans les livres de zoologie depuis l’Antiquité. Par exemple, lorsqu’il affirme que la langue du rhinocéros « étoit douce comme celle d’un veau [33]», Buffon ajoute, en note :

Que la pluspart des Voyageurs & tous les Naturalistes, tant anciens que modernes, ont dit que la langue du rhinocéros étoit extrêmement rude, & que les papilles en étoient si poignantes, qu’avec sa langue seule il écorchoit un homme & enlevoit la chair jusqu’aux os. Ce fait, que l’on trouve par-tout, me paroît très-douteux & même mal imaginé, puisque le rhinocéros ne mange point de chair, & qu’en général les animaux qui ont la langue rude sont ordinairement carnassiers [34].

Dans ce cas, le génie scientifique le conduit Buffon à privilégier sa propre intuition plutôt que de suivre « la plupart des Voyageurs & tous les naturalistes ». Il imagine, par comparaison et analogie, à l’intérieur de cadre formé par son épistémologie, que le rhinocéros a une langue aussi lisse que celle des autres espèces herbivores. Il s’appuie ensuite sur une seule description : celle de « M. Parsons, célèbre Médecin de Londres, auquel la République des Lettres est redevable de plusieurs découvertes en Histoire naturelle [35]», qui avait publié, dans les Transactions philosophiques de 1743, une description de l’animal à laquelle Buffon accorde autant « d’attention [que] de confiance [36]».

Daubenton, habituellement d’une précision chirurgicale dans la description anatomique des quadrupèdes, ne mentionne aucun détail concernant la langue du rhinocéros. En effet, il n’avait pu procéder, contrairement à son habitude, à la dissection d’un spécimen, se contentant de décrire celui « qui étoit à Paris il y a douze ans [37]». Ce rhinocéros, présent à la foire Saint-Germain en 1749, « étoit femelle & n’avoit au plus qu’onze ans » ; en comparaison, l’animal décrit par Parsons était un « très-jeune » mâle, arrivé à Londres en 1739 à l’âge deux ans. Daubenton avait bien fait remarquer que le rhinocéros décrit par Parsons différait « à plusieurs égards [38]» de celui qui était représenté dans la planche VII du onzième volume de l’Histoire naturelle (voir la figure 30, supra, p. 449) et sur lequel il avait construit sa description macroscopique qui, vraisemblablement, n’incluait pas une palpation linguale détaillée, férocité de la bête oblige... Ainsi, la douce langue évoquée par Parsons aurait bien pu s’expliquer par le tout jeune âge du spécimen qu’il avait examiné, et le compte rendu du médecin anglais ne suffisait pas à infirmer catégoriquement le constat de tous ces voyageurs qui prétendaient plutôt que l’appendice lingual du rhinocéros était indubitablement d’une rugosité propre à lacérer la chair humaine.

Il faudra attendre une douzaine d’années pour que Buffon revienne, assez discrètement, sur sa première hypothèse. Dans le troisième volume du Supplément, il précise avoir pu observer « un second Rhinocéros, nouvellement arrivé à la ménagerie du Roi » qui avait « au moins deux ou trois ans [39]» en 1770. Décrit d’après une observation faite en 1772, Buffon ajoute : « sa langue est dure & rude au point d’écorcher ce qu’il lèche ; aussi mange-t-il de grosses épines sans en ressentir de douleur [40]». En fait, Buffon ne pouvait que constater le résultat de l’action du rhinocéros lécheur, sans avoir eu accès à la dissection de l’animal (qui s’effectuera après le décès du mastodonte en 1793) [41]. Il aurait peut-être eu la satisfaction de constater que son hypothèse de départ n’était pas entièrement fausse. En effet, des études récentes ont clarifié le quiproquo. La langue du rhinocéros est composée de deux segments distincts : tout d’abord, une portion antérieure lisse — celle qui est majoritairement visible pour un observateur du sujet vivant —, occupée en grande partie par les papilles gustatives que l’on retrouve habituellement chez les autres quadrupèdes ; puis, en portion caudale — donc difficilement détectable chez un spécimen non disséqué et plutôt hostile [42] —, surmontant la partie lisse antérieure, se dresse tel un promontoire excessivement rugueux, l’éminence intermolaire caractéristique de tous les membres de la famille des Rhinocérotidés [43]. L’hypothèse imaginée par Buffon, qui était confortée par l’observation de Parsons, mais qui s’opposait à celles des autres naturalistes, ne sera en partie invalidée que quelque deux cents ans plus tard… Il reste que l’ars inveniendi,qui se basait sur la logique de la comparaison, respectait le cadre formée par l’ars iudicandi : à savoir que les herbivores ont habituellement une langue plutôt lisse. Buffon aura encore contribué, même en errant partiellement, à baliser le chemin de la découverte que ses successeurs emprunteront pour poursuivre le travail d’actualisation entrepris dans l’Histoire des quadrupèdes.

Buffon préfère souvent asseoir son jugement sur le rapport de ses correspondants, plutôt que de se fier aux « écrivains » dont la notoriété n’est pas toujours gage de validité scientifique. Dans l’article concernant le hamster, il reproche aux « Naturalistes plus récens » — en particulier Brisson et Linné — de s’être « contentés de copier ce que Gesner […] a dit » de ce rongeur très commun en Allemagne. Il dresse son « tableau d’histoire » après avoir annoncé, en préambule :

encore est-ce aux attentions constantes de M. le marquis de Montmirail [44] pour tout ce qui peut contribuer à l’avancement de l’Histoire Naturelle & aux bontés de M. de Vaitz Ministre d’État du Prince Landgrave de Hesse-Cassel, que nous sommes redevables de la connoissance précise & exacte de cet animal. Ils nous en ont envoyé deux vivans avec un mémoire instructif sur leurs mœurs & leurs habitudes naturelles [45].

Plutôt que de se référer aux naturalistes ayant publié des ouvrages à succès, Buffon se base plutôt sur les faits « extraits du mémoire de M. Waitz & des observations de M. de Montmirail », de même que sur un rapport de dissection réalisé par un certain Caspar Schwenckfeld (1563-1609), médecin qui publia plusieurs ouvrages de pharmacie et d’histoire naturelle sur la Silésie. Or, malgré la confiance témoignée envers ses sources, le génie scientifique amène tout de même Buffon à mettre en doute le fait suivant qui ne s’accorde pas avec ses propres observations des sujets vivants qui lui avaient été envoyés à Montbard :

mais il n’est pas également certain, comme on le dit dans ce même mémoire, qu’ils [les hamsters] soient engourdis & même desséchés pendant l’hiver, & qu’ils ne reprennent du mouvement & de la vie qu’au printemps. Le hamster que nous avons eu vivant a passé l’hiver dernier 1762-63 dans une chambre sans feu, & où il geloit assez fort pour glacer l’eau ; cependant il ne s’est point engourdi & n’a pas cessé de se mouvoir & de manger à son ordinaire, au lieu que nous avons nourri des Loirs et des Lerots qui se sont engourdis à un degré de froid beaucoup moindre : nous ne croyons donc pas que le hamster se rapproche des loirs ou de la marmotte par ce rapport, & c’est mal-à-propos que quelques-uns de nos Naturalistes l’ont appelé marmotte de Strasbourg, puisqu’il ne dort pas comme la marmotte, & qu’il ne se trouve pas à Strasbourg [46].

En effet, comme nous l’avions mentionné à propos de l’hibernation de l’ours [47], les hibernants obligatoires, comme le lérot ou la marmotte, hibernent n’importe quand dès que la température extérieure est inférieure à 6 °C pendant quarante-huit heures, alors que les hibernants facultatifs, comme le hamster, voient leur capacité à hiberner conditionnée par différents facteurs : température, réserves en nutriments, photopériode, etc. Ici, le génie scientifique aura permis à Buffon de conjecturer à juste titre, dans les limites prescrites par son épistémologie, sur une différence fondamentale qui allait être démontrée dans les siècles suivants.

De plus, le seigneur de Montbard avait bien anticipé la différence entre rongeurs Myomorphes (comme les rats et les hamsters) et Sciuromorphes (comme les marmottes, castors ou écureuils) [48]. De manière très fine et juste, il ajoutera dans l’article sur la marmotte d’Eurasie : « L’on a donné le nom de Marmotte de Strasbourg au Hamster, & celui de Marmotte de Pologne au Bobak ; mais autant il est certain que le hamster n’est point une marmotte, autant il est probable que le bobak en est une [49]». Cette hypothèse avérée sera renforcée par l’ajout d’une observation concernant le « Monax ou Marmotte du Canada, que quelques Voyageurs ont appelé Siffleur  [50]», qui amènera Buffon à la conclusion suivante : « Le monax du Canada, le bobak de Pologne & la marmotte des Alpes pourroient donc n’être tous trois que le même animal, qui par la différence des climats auroit subi les variétés que nous venons d’indiquer [51]». Nous dirions aujourd’hui que Marmota monax — la marmotte commune d’Amérique du Nord —, Marmota bobak — la marmotte d’Eurasie — et Marmota marmota — la marmottes des Alpes européennes — sont trois espèces d’un même genre appartenant au sous-ordre des Sciuromorphes.

Le récit de voyage ne portait évidemment pas la garantie d’être une idéale image en miroir des animaux décrits directement depuis la nature. Les voyageurs, en état d’exaltation devant des espèces inconnues, pouvaient parfois embellir la réalité et succomber à l’hyperbole, stimulés par la sensibilité « énargétique » du phénomène qu’ils avaient sous les yeux. Par exemple, Buffon exprime certaines réserves lorsqu’il s’apprête à faire le tableau d’histoire des orangs-outangs. S’il avait pu lui-même observer, vivant, « le petit orang-outang ou le jocko » (espèce qui correspond, dans la taxinomie moderne, au chimpanzé), Buffon doit par ailleurs se fier uniquement aux relations de voyageurs en ce qui a trait au « pongo ou grand orang-outang [52]», ce singe anthropoïde de grande taille des jungles côtières marécageuses de Bornéo et de Sumatra, aux bras très longs et à la fourrure d’un brun roux, que l’on a pu voir dans nombre de productions cinématographiques ou télévisuelles au cours des dernières décennies, mais qui était encore relativement méconnu à la fin du XVIIIe siècle [53]. Or, selon Buffon, si ces relations de voyageurs « étoient fidèles, si souvent elles n’étoient pas obscures, fautives, exagérées, nous ne douterions pas qu’il [le jocko ou « chimpanzé »] ne fût d’une autre espèce que le pongo [ou « orang-outang »], d’une espèce plus parfaite & plus voisine encore de l’espèce de l’homme [54]». Il reproche à « Bontius , qui étoit Médecin en chef à Batavia, & qui nous a laissé de bonnes observations sur l’Histoire naturelle de cette partie des Indes [55]» d’avoir

dit expressément qu’il a vu avec admiration quelques individus de cette espèce marchant debout sur leurs pieds, & entr’autres une femelle (dont il donne la figure) qui sembloit avoir de la pudeur, qui se couvroit de sa main à l’aspect des hommes qu’elle ne connoissoit pas, qui pleuroit, gémissoit & faisoit les autres actions humaines, de manière qu’il sembloit que rien ne lui manquât que la parole [56].

Buffon en profite au passage pour écorcher encore une fois son rival Linné : il reproche à ce dernier d’avoir suivi sans discernement les rapports de quelques voyageurs pour affirmer que l’orang-outang « pense, […] parle & s’exprime en sifflant », qu’il s’agit, en somme, d’un « homme nocturne [57]». Puis, le naturaliste montbardois ajoute :

je doute donc beaucoup de la vérité de la description de cet homme nocturne ; je doute même de son existence, & c’est probablement un Nègre blanc, un chacrelas que les Voyageurs, cités par M. Linnæus, auront mal vu & mal décrit. […] En écartant donc cet être mal décrit, en supposant aussi un peu d’exagération dans le récit de Bontius, un peu de préjugé dans ce qu’il raconte de la pudeur de sa femelle orang-outang, il ne nous restera qu’un animal, un singe, dont nous trouvons ailleurs des indications plus précises [58].

Il faut dire Linné avait déjà été maintes fois tancé dans les précédents volumes de l’Histoire des quadrupèdes pour avoir fondé une systématique qui conduisait souvent à un regroupement d’espèces « mal imaginé & […] souvent nuisible [59]». Rappelons que, pour Buffon, le « vrai travail d’un Nomenclateur ne consiste point à faire des recherches pour alonger sa liste, mais des comparaisons raisonnées pour la raccourcir [60]». Renvoyant systématiquement en notes aux passages incriminés dans la Systema naturae, le seigneur de Montbard estime « ridicule » d’avoir mis dans la même classe « l’homme & la chauve-souris », « l’éléphant & le lézard écailleux » ou encore « le rhinocéros & le rat », et il conclut à des « idées mal conçues [qui] ne peuvent se soutenir [61]». Buffon s’en était alors pris à l’existence suggérée de « deux espèces d’hommes, l’homme de jour & l’homme de nuit, homo diurnus sapiens ; homo nocturnus troglodites [62]», pour ajouter :

N’est-ce pas ajoûter des fables à des absurdités ? & peut-on présenter le résultat des contes de bonnes-femmes ou les visions mensongères de quelques voyageurs suspects, comme faisant partie principale du système de la Nature ? de plus ne vaudroit-il pas mieux se taire sur les choses qu’on ignore que d’établir des caractères essentiels & des différences générales sur des erreurs grossières, en assurant, par exemple, que dans tous les animaux à mamelles, la femme seule a un clitoris ; tandis que nous savons par la dissection que nous avons vû faire de plus de cent espèces d’animaux, que le clitoris ne manque à aucune femelle ? Mais j’abandonne cette critique, qui cependant pourroit être beaucoup plus longue, parce qu’elle ne fait point ici mon principal objet ; j’en ai dit assez pour que l’on soit en garde contre les erreurs, tant générales que particulières, qui ne se trouvent nulle part en aussi grand nombre que dans ces ouvrages de nomenclature, parce que voulant y tout comprendre, on est forcé d’y réunir tout ce que l’on ne sait pas au peu qu’on sait [63].

Nonobstant la violente diatribe contre son rival Linné, on remarque que Buffon est sur ses gardes et qu’il compte bien dénoncer tous ces « contes de bonne-femmes » et ces « visions mensongères de quelques voyageurs suspects » qu’il rencontrera en construisant son Histoire des quadrupèdes.

Mais revenons au jocko ou « petit orang-outang » (le chimpanzé). Buffon se sert alors de son génie artistique (et d’un anthropocentrisme évident) comme embrayeur rhétorique ; il livre alors un exercice de style propre à séduire son lectorat, qui sera d’autant plus convaincu que le génial naturaliste rapporte un comportement qu’il a pu observer lui-même. Il s’agit d’un bel exemple d’équilibre entre le jugement du savant et le goût de l’écrivain :

J’ai vu cet animal présenter sa main pour reconduire les gens qui venoient le visiter, se promener gravement avec eux & comme de compagnie ; je l’ai vu s’asseoir à table, déployer sa serviette, s’en essuyer les lèvres, se servir de la cuiller & de la fourchette pour porter à sa bouche, verser lui-même sa boisson dans un verre, le choquer, lorsqu’il y étoit invité, aller prendre une tasse & une soucoupe, l’apporter sur la table, y mettre du sucre, y verser du thé, le laisser refroidir pour le boire, & tout cela sans autre instigation que les signes ou la parole de son maître, & souvent de lui-même. Il ne faisoit du mal à personne, s’approchoit même avec circonspection, & se présentoit comme pour demander des caresses ; il aimoit prodigieusement les bonbons, tout le monde lui en donnoit ; & comme il avoit une toux fréquente & la poitrine attaquée, cette grande quantité de choses sucrées contribua sans doute à abréger sa vie : il ne vécut à Paris qu’un été, & mourut l’hiver suivant à Londres [64].

De plus, au-delà d’une rhétorique qui se contenterait uniquement du placere, Buffon utilise ce qu’il a observé lui-même pour mettre à l’épreuve sa logique de la comparaison :

si l’on veut reconnoître ce qui appartient en propre à cet animal, & le distinguer de ce qu’il avoit reçu de son maître ; si l’on veut séparer sa nature de son éducation, qui en effet lui étoit étrangère, puisqu’au lieu de la tenir de ses pères & mères, il l’avoit reçue des hommes, il faut comparer ces faits, dont nous avons été témoins, avec ceux que nous ont donnés les Voyageurs qui ont vu ces animaux dans leur état de nature, en liberté & en captivité [65].

Buffon doit donc utiliser son génie pour ne retenir « à très-peu près, tout ce que les Voyageurs les moins crédules & les plus véridiques [66]» ont écrit sur cet animal, le tout afin d’exposer « toutes les différences qui éloignent cette espèce de l’espèce humaine » et confirmer son intuition d’un infranchissable fossé entre les natures humaine et animale. Aussi restera-t-il toujours sceptique à la lecture de descriptions où il sent que l’auteur a pu souffrir d’un excès d’enthousiasme, surtout si le correspondant, après « avoir vu cela plusieurs fois », avoue ensuite« l’avoir vu avec admiration [67]». Pour donner un aperçu de ce qui attendait parfois Buffon, et pour terminer ce segment simiesque, voyons par exemple ce qu’écrit le médecin flamand Alexandre Olivier Œxmelin (v. 1645-v. 1710), manifestement emporté par l’enthousiasme, à propos de l’invraisemblable talent de secouriste dont seraient dotés les singes hurleurs :

ce qui me parut plus singulier, c’est qu’au moment que l’un d’eux est blessé, on les voit s’assembler autour de lui, mettre leurs doigts dans la plaie, & faire de même que s’ils la vouloient sonder ; alors s’ils voient couler beaucoup de sang, ils la tiennent fermée pendant que d’autres apportent quelques feuilles, qu’ils mâchent & poussent adroitement dans l’ouverture de la plaie [68].

Le « tableau d’histoire » de l’écureuil gris (que Buffon appelle le « Petit-Gris »), commun aux parties septentrionales de l’Ancien et du Nouveau Mondes, offre un autre exemple éloquent de l’excès d’enthousiasme qui guette les voyageurs scientifiques. Même si « [p]lusieurs Auteurs prétendent que les petits-gris d’Europe sont différens de ceux d’Amérique ; que ces petits-gris d’Europe sont des écureuils de l’espèce commune [les écureuils roux], dont la saison change seulement la couleur dans le climat de notre nord [69]», Buffon propose plutôt, tout en modérant sa réponse : « Sans vouloir nier absolument ce dernier fait, qui cependant ne nous paroit pas assez constaté ; nous regardons le petit-gris d’Europe & celui d’Amérique comme le même animal, & comme une espèce distincte & séparée de celle de l’écureuil commun [l’écureuil roux] [70]». Nonobstant le fait que les deux espèces (l’écureuil gris et l’écureuil roux) se retrouvent également dans les parties septentrionales des deux continents, le naturaliste montbardois croit « pouvoir assurer que ce sont des animaux dont, les différences étant constantes, les espèces, quoique voisines, ne se sont pas mêlées, & doivent par conséquent avoir chacune leur nom [71]». Afin de déconstruire l’hypothèse défendue par ceux qui affirment que les « petits-gris d’Europe sont des écureuils de l’espèce commune [des écureuils roux], dont la saison change seulement la couleur », Buffon entreprend l’examen d’un extrait des Œuvres de l’auteur dramatique Jean-François Regnard (1655-1709) :

M. Regnard dit affirmativement que les petits-gris de Laponie sont les mêmes animaux que nos écureuils de France ; ce témoignage est si positif qu’il seroit suffisant, s’il n’étoit pas contredit par d’autres témoignages ; mais M. Regnard, qui nous a donné d’excellentes pièces de théatre, ne s’étoit pas fort occupé d’histoire naturelle ; & il n’a pas demeuré assez longtemps en Laponie pour avoir vû de ses yeux les écureuils changer de couleur [72].

Nous retrouvons encore une fois le constat maintes fois réitéré par Buffon : un bon écrivain ne fait pas nécessairement un naturaliste fiable. Il faut préciser que le seigneur de Montbard avait toutes les raisons de se méfier des observations de ce dramaturge vagabond. En effet, bien avant de connaître le succès à la Comédie-Française, notamment avec Le Joueur (1696) et Le Légataire universel (1708), celui qui fut parfois considéré comme le premier comique français après Molière avait connu une vie mouvementée : enlevé par des corsaires algériens lors de son retour d’un voyage en Italie, il fut vendu comme esclave à Alger en 1678 ; dès sa libération en 1681, il visita, avec quelques amis, la Flandre, la Hollande, le Danemark, la Suède, pour s’avancer jusqu’en Laponie. On comprendra le scepticisme de Buffon à la lecture de cette relation de voyage qui avait assuré la célébrité à cet aventurier sans formation scientifique. Aussi ne se gêne-t-il pas pour citer intégralement un long extrait des propos certes bien tournés par Regnard, mais dont l’authenticité est fermement contestée :

Ces animaux [les « Petit-Gris »] changent de contrée ; lorsqu’ils veulent aller en un autre endroit, & qu’il faut passer quelque lac ou quelque rivière, qui se rencontre à chaque pas dans la Laponie, ces petits animaux prennent une écorce de pin ou de bouleau qu’ils tirent sur le bord de l’eau, sur laquelle ils se mettent & s’abandonnent ainsi au gré du vent, élevant leurs queues en forme de voiles, jusqu’à ce que le vent se faisant un peu fort & la vague élevée, elle renverse en même temps et le vaisseau & le pilote. Ce naufrage, qui est bien souvent de trois ou quatre mille voiles, enrichit ordinairement quelques Lapons qui trouvent ces débris sur le rivage, & les font servir à leur usage ordinaire, pourvû que ces petits animaux n’aient pas été trop long-temps sur le sable ; il y en a quantité qui font une navigation heureuse & qui arrivent à bon port, pourvû que le vent leur ait été favorable & qu’il n’ait point causé de tempêtes sur l’eau, qui ne doit pas être bien violente pour engloutir tous ces petits bâtimens. Cette particularité pourroit passer pour un conte si je ne la tenois par ma propre expérience. Œuvres de M. Regnard. Paris, 1742, tome I, page 163 [73].

La fonction de ce passage est évidemment double : d’une part, il s’agit de contester la vraisemblance d’un épisode douteux en citant les propos du voyageur dont l’imagination se serait laissé emporter par l’enthousiasme ; d’autre part, Buffon est probablement conscient qu’une telle séquence séduira son propre lectorat, dut-il contester par la suite les propos qu’il a cités. Quoi qu’il en soit, c’est surtout le Regnard « écrivain » qui est ici condamné, car le génie scientifique de Buffon lui interdit rejeter complètement l’épisode du naufrage, étant donné que l’écureuil gris demeure différent de l’écureuil roux des campagnes françaises, que le seigneur de Montbard a eu tout le loisir d’observer :

D’ailleurs nous ne voyons pas que les écureuils, qui sont en assez grand nombre dans nos forêts, se réunissent en troupes ; nous ne voyons pas qu’ils voyagent de compagnie, qu’ils s’approchent des eaux, ni qu’ils se hasardent à traverser les rivières sur des écorces d’arbres ; ils diffèrent donc des petits-gris, non seulement par la grandeur & la couleur, mais aussi par les habitudes naturelles ; car quoique ces navigations des petits-gris paroissent peu croyables, elles sont attestées par un si grand nombre de témoins que nous ne pouvons les nier [74].

Soulignons en terminant que, s’il est vrai que l’écureuil peut changer de couleur en hiver, comme la belette, le loup ou le lièvre, Buffon fait remarquer avec perspicacité que cette modification est toujours « du fauve ou roux au blanc […] ou du roux au blancheâtre » et non pas « du fauve ou du roux au gris-cendré [75]»… L’écureuil commun ne deviendra donc jamais «  Petit-Gris », même soumis au plus rigoureux des hivers.

Les trois derniers chapitres nous ont donné l’occasion de constater l’importance des illustrations — notamment les figures dessinées « sous les yeux » de ses correspondants —dans la rhétorique buffonienne de la preuve. Parfois, le seigneur de Montbard doit se fier principalement à son génie scientifique pour brosser le « tableau d’histoire » d’animaux dont certains s’avèrent « aussi célèbre[s] que peu connu[s] [76]». Nous avons vu qu’après avoir questionné le texte d’Aldrovandi — qui arguait que l’animal « duquel on tire le vrai musc [77]» arborait un ramage —, Buffon n’avait pu en donner la figure, faute de données suffisantes. Pour construire son article, il avait comme matière première une « histoire de cet animal, dans laquelle on ne trouve rien de fort exact, ni d’absolument nouveau [78]», qu’un certain Luc Schrockius avait fait imprimer à Vienne à la fin du XVIIe siècle :

nous combinerons seulement les faits que nous en pourrons tirer avec ceux qui sont épars dans les autres auteurs, & sur-tout dans les voyageurs les plus récens ; & au moins ne pouvant faire mieux, nous aurons rassemblé, non pas tout ce que l’on a dit, mais le peu que l’on sait au sujet de cet animal que nous n’avons pas vu, & que nous n’avons pu nous procurer [79].

Buffon est limité et il sait que la solution à la « description complète » du chevrotain porte-musc réside dans l’unité du triptyque : à son « tableau d’histoire », et à la description anatomique de la « poche du musc », il manque l’observation et la dissection d’un spécimen pour faire la lumière sur « la nature de cet animal » :

En général, aucun des animaux qui rendent des liqueurs odorantes, telles que le blaireau, le castor, le pecari, l’ondatra, le desman, la civette, le zibet ne sont du genre des cerfs ou des chèvres ; ainsi nous serions portés à croire que l’animal du musc approche plus de celui des cochons, dont il a les défenses, s’il avoit en même temps des dents incisives à la mâchoire supérieure ; mais il manque de ces dents incisives, & par ce rapport, il se rapproche des animaux ruminans, & sur-tout du chevrotain qui rumine aussi, quoiqu’il n’ait point de cornes ; mais tous ces indices extérieurs ne suffisent pas, ils ne peuvent que nous fournir des conjectures, l’inspection seule des parties intérieures peut décider la nature de cet animal, qui jusqu’à ce jour n’est pas connue [80].

Hormis la remarque importante concernant la présence de deux longues canines supérieures recourbées similaires à celles que l’on retrouve chez quelques Suidés (le sanglier ou le phacochère par exemple), on notera une rare contradiction : en effet, en écrivant « quoiqu’il [le chevrotain (famille des Tragulidés)] n’ait point de cornes », Buffon laisse entendre que le chevrotain porte-musc (famille des Moschidés) porte effectivement des cornes, alors qu’il avait justement reproché à Aldrovandi de lui avoir improprement imaginé un panache...

Encore une fois, Buffon reporte ses conclusions à plus tard, faute de données suffisantes, mais son hésitation à classer l’animal du musc témoigne que son génie scientifique lui avait fait imaginer, la nature particulière de cet étrange quadrupède. Il faudra attendre près de vingt ans pour qu’il puisse finalement donner une planche qui représente « la figure de l’animal du musc », qu’il dit avoir fait dessiner par Jacques de Sève « d’après nature vivante [81]» (voir la figure 57 à la page suivante). Il s’agit d’un spécimen arrivé « à l’Hermitage près de Versailles [82]» où l’animal vécut de 1772 à 1775. Cette planche contient, selon Buffon, une figure qui « manquoit à son Ouvrage & qui n’a jamais été donnée que d’une manière très-incorrecte par les autres Naturalistes [83]». Il en profite également pour y joindre la « description complète » qui faisait défaut dans l’article de 1764, d’après « un bon Mémoire [84]» donné par Daubenton à l’Académie des sciences, dont il rapporte un long extrait. L’unité du triptyque formée nous montre, a posteriori, que Buffon avait vu tout juste : le chevrotain porte-musc s’est avéré (avec les autres chevrotains) le plus archaïque de tout les membres du sous-ordre des Ruminants (herbivores polygastriques), car il présente paradoxalement toutes les caractéristiques des non-Ruminants (absence de cornes ou de bois, croissance permanente des canines supérieures, et présence quatre doigts bien développés plutôt qu’un pied fourchu).

(Courtesy of Rare Books and Special Collections Division — McGill University Library)

Nous ne pourrons évidemment pas traiter exhaustivement de tous ces voyageurs ou correspondants que Buffon convoque à profusion dans l’Histoire des quadrupèdes. Un tel exercice aurait demandé une autre thèse, monumentale. En effet, à partir de l’article sur le cerf (HN, VI, 1756, p. 63), les notes introductives regorgent de références précises aux ouvrages qui ont servi de fondations à chacun des « tableaux d’histoire ». Sont en général convoqués, en plus d’Aristote, Pline, Gesner, Aldrovandi, Ray, Jonston, Brisson et même Linné, une panoplie de naturalistes, d’explorateurs et de correspondants plus ou moins connus. Nous avons sélectionné les cas de figures qui nous apparaissaient passablement « dévier » de la poétique des voyageurs détaillée au début de ce chapitre, car ce sont eux qui stimulent le plus Buffon à exercer son génie scientifique : d’une part, en ayant recours à son jugement pour tâcher de repérer ce qu’ils auraient mal imaginé, et, d’autre part en se servant de l’ars inveniendi pour imaginer de nouvelles hypothèses explicatives. Nous serons également attentif à ces correspondants qui, par leurs descriptions ou leurs illustrations, fournissent ici et là des ingrédients que Buffon pourra intégrer dans sa rhétorique de la preuve, soit pour discréditer les mauvais voyageurs, soit pour soutenir ses propres hypothèses (voire, parfois, les infirmer).

Si d’aucuns pourraient encore douter de l’importance des relations de voyage dans l’Histoire naturelle, il suffit de considérer la « Table des auteurs et des voyageurs, cités dans cet ouvrage. Par M. de Buffon [86]» : les quelque deux cents cinquante « voyageurs » mentionnés (sur quelque trois cents noms répertoriés, incluant entre autres les Pline, Aristote, Gesner et Aldrovandi) témoignent de l’influence déterminante qu’ils ont exercée sur l’Histoire des quadrupèdes. Cette « Table » est cependant loin d’être parfaite et comporte plusieurs erreurs, imprécisions et oublis. Cités en ordre alphabétique, les noms des « auteurs et […] voyageurs » sont suivis d’un renvoi à la première occurrence où chacun apparaît dans l’Histoire naturelle : sont inscrits le numéro du volume, puis la page où il devrait être possible pour le lecteur de retrouver les informations pertinentes relatives au personnage cité. Entre autres lacunes, nous avons constaté, par exemple, l’absence dans cette « Table » de Mathurin-Jacques Brisson — auquel Buffon renvoie pourtant régulièrement en note au début de ses articles —, ou encore un renvoi erroné concernant Jacob Theodor Klein : Buffon indique le volume IX et la page 232, alors qu’aucune mention concernant le naturaliste prussien n’apparaît à cet endroit [87]. Autre problème concernant cette table : certains renvois pointent à une première occurrence où le nom de l’auteur ou du voyageur apparaît certes, mais sans indication d’un quelconque ouvrage auquel le lecteur pourrait se référer. Par exemple, dans le cas de Georg Marcgrave (1610-1644), le renvoi nous amène au cœur de l’article sur le jaguar, où il est inscrit sans plus de détails que le naturaliste allemand fut un des « premiers qui […] aient donné une description détaillée [88]» de ce quadrupède du Nouveau Monde. Enfin, cette « Table » parue dans le volume XV de l’Histoire naturelle ne tient évidemment pas compte des intervenants de marque qui font leur apparition dans le Supplément.

Nonobstant les quelques faiblesses susmentionnées, la densité de cette « Table » nous porte à reprendre ce que Stéphane Schmitt a écrit à propos du cas particulier des « Variétés dans l’espèce humaine », pour le transposer à l’Histoire des quadrupèdes : les « tableaux d’histoire » sont effectivement composés « en majorité d’extraits de récits de voyageurs. Mais ceux-ci sont plus ou moins modifiés (tous les degrés existent, de la citation simple et fidèle, avec ou sans guillemets, à la réécriture totale) », et l’on « constate, au fur et à mesure de la publication des volumes de l’Histoire des quadrupèdes, la multiplication des témoignages d’amateurs, provinciaux et étrangers, dont Buffon publie souvent les lettres in extenso, ou en grande partie [89]». Cette abondance de sources diverses s’explique notamment par un réseau impressionnant de correspondants qui étaient encouragés (ou directement interrogés) par Buffon. Le seigneur de Montbard avait créé le brevet de correspondant du Jardin du Roi, titre purement honorifique, mais recherché pour le prestige de voir son nom cité dans un ouvrage à succès. Ces correspondants jouent un rôle de premier plan dans la fabrique des descriptions animalières, car ils apportent souvent la preuve (textuelle ou iconographique) pour confirmer (ou infirmer) ce que les grands voyageurs ou auteurs d’histoire naturelle (incluant Buffon lui-même [90]) ont imaginé. Buffon sélectionnait donc, parmi cet ensemble « sans doute très volumineux et de qualité très inégale [91]» le matériel qui allait être mis « au service d’un talent et d’un génie particulier » : ce génie scientifique au cœur de la fabrique des quadrupèdes. Dans cette optique, rappelons, avec Stéphane Schmitt, que l’Histoire naturelle est « à la fois une entreprise collective et l’expression d’une volonté unique [92]».

Cette volonté est clairement exprimée dans le discours introductif à l’Histoire des quadrupèdes. S’interrogeant alors sur « cette espèce de prévoyance » remarquée chez certains animaux pourtant « dépourvûs d’entendement, d’esprit & de mémoire » et « privés de toute intelligence [93]», Buffon se lance tout d’abord dans une longue tirade où il énumère une quantité de faits ancrés dans la croyance populaire, pouvant suggérer que certaines bêtes possèdent une « inquiétude raisonnée [94]» :

pourquoi trouve-t-on à la fin de l’automne dans le trou d’un mulot assez de glands pour le nourrir jusqu’à l’été suivant ? pourquoi cette abondante récolte de cire & de miel dans les ruches ? pourquoi les fourmis font-elles des provisions ? pourquoi les oiseaux feroient-ils des nids, s’ils ne savoient pas qu’ils en auront besoin pour y déposer leurs œufs & y élever leurs petits, &c. & tant d’autres faits particuliers que l’on raconte de la prévoyance des renards, qui cachent leur gibier en différens endroits pour le retrouver au besoin & s’en nourrir pendant plusieurs jours ; de la subtilité raisonnée des hiboux, qui savent ménager leur provision de souris en leur coupant les pattes pour les empêcher de fuir ; de la pénétration merveilleuse des abeilles, qui savent d’avance que leur reine doit pondre dans un tel temps tel nombre d’œufs d’une certaine espèce, dont il doit sortir des vers de mouches mâles, & tel autre nombre d’œufs d’une autre espèce qui doivent produire les mouches neutres, & qui, en conséquence de cette connoissance de l’avenir, construisent tel nombre d’alvéoles plus grandes pour les premières, & tel autre nombre d’alvéoles plus petites pour les secondes ? &c, &c, &c [95].

Puis, il enchaîne avec un commentaire qui résume admirablement le rôle prépondérant qui est dévolu à la critique des sources les plus récentes dans sa fabrique :

Avant que de répondre à ces questions, & même de raisonner sur ces faits, il faudroit être assuré qu’ils sont réels & avérés, il faudroit qu’au lieu d’avoir été racontés par le peuple ou publiés par des observateurs amoureux du merveilleux, ils eussent été vûs par des gens sensés, & recueillis par des philosophes : je suis persuadé que toutes les prétendues merveilles disparoîtroient, & qu’en y réfléchissant on trouveroit la cause de chacun de ces effets en particulier [96].

Ces « gens sensés » vont donc être chargés de transmettre ce que leurs « yeux du corps » ont vu aux philosophes qui, après avoir recueilli ces données avec leurs « yeux de l’esprit », exprimeront leur génie scientifique en proposant de nouvelles hypothèses construites grâce à l’analogie et à la logique de la comparaison, afin de faire disparaître « toutes les prétendues merveilles » qui encombrent les descriptions animalières.

Avant de plonger dans l’analyse de la critique buffonienne de quelques voyageurs sélectionnés, nous avons cru bon illustrer, à l’aide d’un seul exemple, l’érudition phénoménale de Buffon. Pour expliquer la présence d’ânes en Suède, le naturaliste propose comme hypothèse une « migration [qui] paroît assez bien prouvée par le rapport des voyageurs [97]», renvoyant en note au « voyage de Chardin, tome II, pages 26 & 27  [98]», dont il cite un long passage à la page suivante. Cet extrait contient des données qui concordent avec l’épistémologie de Buffon (la théorie des climats, la « dégénération » des animaux et la boussole des deux faunes), ce qui lui permet de conclure que les ânes « paroissent être venus originairement d’Arabie, & avoir passé d’Arabie en Égypte, d’Égypte en Grèce, de Grèce en Italie, d’Italie en France, & ensuite en Allemagne, en Angleterre, & enfin en Suède, &c. car ils sont en effet d’autant moins forts & d’autant plus petits, que les climats sont plus froids [99]». Par la suite, pour soutenir la migration des ânes depuis l’Arabie en Barbarie et en Égypte « où ils sont beaux & de grande taille, aussi-bien que dans les climats excessivement chauds, comme aux Indes & en Guinée, où ils sont plus grands, plus forts & meilleurs que les chevaux du pays [100]», Buffon renvoie, en note, au « voyage de Shaw, tome I, page 308  [101]», au « voyage de Guinée de Bosman. Utrecht, 1705, pages 239 & 240 [102]», de même qu’au « voyage de Pietro della Valle, tome VIII, page 49 [103]», au « voyage d’Adam Olearius. Paris, 1656, t. I, p. 511 [104]» et au « nouveau voyage aux isles de l’Amérique. Paris, 1722, tome II, page 203  [105]». Nous avons donné in extenso les différentes sources susmentionnées, non pas pour assommer notre lecteur, mais pour bien faire saisir l’ampleur de la masse documents compilés par Buffon (et, fort probablement, aussi par une armée de secrétaires) pour chacun des articles de description animalière. La précision avec laquelle le naturaliste prend soin de noter ses références (incluant le numéro des pages consultées dans chaque ouvrage cité) témoigne d’un esprit scientifique remarquable.

Si Buffon se sert des relations de voyage pour appuyer sa rhétorique de la preuve, il reste qu’une grande partie de l’Histoire des quadrupèdes est consacrée plutôt à dénoncer « ces convenances [qui] ont trompé les Voyageurs & ensuite les Naturalistes qui ont copié les Voyageurs [106]». En effet, selon Buffon, l’homme « ne sait pas assez ce que peut la Nature, ni ce qu’il peut sur elle : au lieu de la rechercher dans ce qu’il ne connoit pas, il aime mieux en abuser dans tout ce qu’il en connoit [107]». Le naturaliste génial devra examiner ces relations de voyage et ces correspondances, le plus souvent « en réformant ou supprimant les faits sur lesquels ils [les voyageurs] se sont trompés [108]». Cette entreprise de « correction » demande évidemment de recourir au génie scientifique, à la fois pour « supprimer » les erreurs manifestes, mais aussi pour « imaginer » de nouvelles hypothèses susceptibles de « réformer » la faune.

Afin d’illustrer la manière dont Buffon utilise les récits de voyage dans la fabrique des descriptions animalières, nous avons arrêté notre choix sur trois cas de figure emblématiques : tout d’abord, l’astronome allemand Peter Kolbe, « mauvais » voyageur par excellence du Cap de Bonne-Espérance, dont les confusions taxinomiques feront les choux gras du jugement buffonien ; puis, l’apothicaire hollandais Albertus Seba, voyageur « indirect » qui démontre un manque total de génie scientifique en essayant d’organiser les spécimens de sa collection, qui lui proviennent des confins du monde connu ; enfin, le directeur du cabinet d’histoire naturelle du prince d’Orange, Arnout Vosmaer, lui aussi voyageur « par procuration », dont les fonctions en faisaient le compétiteur direct d’un Buffon probablement agacé par l’abondance de spécimens d’animaux nouvellement découverts qui aboutissaient à la ménagerie du stathouder Guillaume V plutôt qu’au Jardin du Roi. À travers la critique buffonienne de ces trois contributeurs importants à la fabrique de l’Histoire des quadrupèdes, nous avons cru bon souligner quelques apparitions de Jean-Nicolas-Sébastien Allamand, savant professeur à Leyde ; son édition annotée de l’Histoire naturelle allait devenir pour Buffon, dans les volumes du Supplément, une source intarissable de « faits » confirmant ou infirmant nombres d’hypothèses issues de l’ars inveniendi. Ce survol nécessairement fragmentaire donnera toutefois une idée générale assez juste du fonctionnement de la fabrique des descriptions animalières dans l’Histoire des quadrupèdes.

Les voyageurs qui parcouraient les contrées lointaines étaient confrontés à un problème de taille : comment donner la description exacte des espèces exotiques nouvellement découvertes, qui n’avaient pratiquement jamais été nommées, encore moins illustrées. Les méprises étaient nombreuses et plusieurs descriptions et gravures exécutées sous le coup de l’enthousiasme donnaient lieu à des portraits imaginés sans grande discipline — certains voyageurs ne possédant manifestement pas le génie scientifique et les connaissances en histoire naturelle nécessaires pour remplir adéquatement leur tâche —, ce qui ajoutait plus de confusion que de lumière sur la faune étrangère. Si nous devions décerner la palme du plus « mauvais » voyageur en ce domaine, le nom de l’astronome allemand Peter Kolbe (1675-1726) viendrait spontanément en tête de liste. Buffon s’échine tout au long de l’Histoire des quadrupèdes à mettre en évidence les erreurs d’interprétation de celui qui, en 1704, avait été envoyé par la roi de Prusse au Cap de Bonne-Espérance pour y faire des observations astronomiques. Kolbe séjourna dans l’extrême sud du Continent africain jusqu’en 1713, recueillant de nombreuses informations sur les peuples et sur la faune, en cette contrée encore mystérieuse pour la majorité des Européens. Nonobstant ses qualifications en astronomie, il est clair que Kolbe ne possédait pas le bagage de connaissances nécessaires pour procéder comme il le faisait à des descriptions animalières « fiables », d’autant plus qu’il se contentait souvent des témoignages des villageois, le plus souvent sans se donner la peine d’aller observer les espèces in situ, pour dresser le portrait (littéraire et iconographique) de la faune du pays des Hottentots. Quoi qu’il en soit, sa relation [109] fut pendant de nombreuses années « la seule source disponible sur cette région […], ce qui explique son grand succès [110]».

Parfois, Buffon ne fait que relever sans plus d’argumentation la nomenclature incorrecte de cet apprenti naturaliste : « L’animal du Cap de Bonne-Espérance, que Kolbe appelle hermine, et duquel il dit que la chair est saine et agréable au palais, n’est point une hermine, ni même rien d’approchant [111]». Il faut dire que Kolbe avait presque avoué son crime de l’entre-recopiage, en évitant de s’étendre trop sur la description de « ces animaux trop connus en Europe pour s’y arrêter » :

L’Hermine est, suivant Gesner, une sorte de Rat : on en trouve beaucoup dans les campagnes du Cap. Mais ces animaux sont trop connus en Europe pour s’y arrêter. Je dirai seulement ici, que sa chair est saine, & en même temps agréable au palais. J’en ai souvent mangé à l’étuvée [112].

Il était alors clair pour Buffon, d’après sa boussole des deux faunes, que l’hermine, confinée aux territoires septentrionaux, qui voyait son pelage passer du brun au blanc lors de la saison hivernale, ne pouvait être la même espèce que celle décrite malhabilement par Kolbe, qui confond un Rongeur myomorphe méridional non identifié (probablement de la famille des Muridés) avec un Carnivore septentrional de la famille des Mustélidés.

De manière similaire, Buffon reproche à Kolbe, dans une description tout aussi succincte que celle qu’il avait donnée à propos de « l’hermine » sud-africaine, d’avoir été le seul voyageur à affirmer que le lynx est « commun au Cap de Bonne-Espérance, & qu’il ressemble parfaitement à celui de Brandebourg en Allemagne [113]». En effet, d’écrire le naturaliste montbardois, aucun voyageur, « du moins ceux que j’ai lûs, ne dit avoir rencontré cet animal dans les climats chauds de l’Afrique & de l’Asie [114]». En fait, Kolbe avait la fâcheuse manie d’éluder le nécessité de la description — et a fortiori de l’illustration — dès qu’il trouvait une ressemblance entre l’espèce sud-africaine et une autre, européenne, dont il se rappelait vaguement la physionomie : « Le Linx est un animal qui se trouve fort souvent au Cap : mais je ne m’arrêterai pas à donner sa description, parce qu’il ressemble à tous égards aux animaux de ce nom qu’on voit en Allemagne [115]». La boussole interdisait à Buffon d’admettre le lynx, exclusivement septentrional, sous le tropique du Capricorne [116]. Le ton qu’il adopte ensuite est emblématique du traitement sans merci réservé à l’œuvre de Kolbe : « j’ai reconnu tant d’autres méprises dans les Mémoires de cet Auteur, que je n’ajoûte presque aucune foi à son témoignage, à moins qu’il ne s’accorde avec celui des autres [117]».

Buffon sera conséquent. Contre l’observation de l’astronome allemand qui prétend avoir vu le tamandua (une espèce de fourmilier) dans le sud du Continent africain, il écrit : « & à l’égard de Kolbe nous comptons pour rien son témoignage, car un homme qui a vû au cap de Bonne-espérance des élans & des loups cerviers tous semblables à ceux de Prusse, peut bien y avoir vû des tamandua [118]». À l’exception de Renaud Desmarchais, qui prétend « qu’on trouve cet animal [le tamandua] en Afrique » — quoiqu’il ne fournisse cependant « aucune circonstance qui puisse prouver le fait [119]» —, tous les témoignages des autres voyageurs s’accordaient pour infirmer cette hypothèse qui choquait la boussole des deux faunes. En effet, l’épistémologie de Buffon interdisait la présence commune d’espèces méridionales dans les deux Continents :

Aucun des Auteurs qui ont écrit sur les productions de l’Afrique & de l’Asie, n’ont parlé des tamandua, & au contraire tous les Voyageurs & presque tous les Historiens de l’Amérique en font mention précise ; de Lery [120], de Laëta [121], le P. d’Abbeville [122], Maffé [123], Faber [124], Nieremberg [125] & M. de la Condamine [126] s’accordent à dire […] que ce sont des animaux naturels aux pays chauds de l’Amérique, ainsi nous ne doutons pas que Desmarchais & Kolbe ne se soient trompés, & nous croyons pouvoir assurer de nouveau que ces trois espèces d’animaux [le tamanoir, le tamandua et le fourmiller] n’existent pas dans l’ancien continent [127].

Nous verrons ainsi souvent Buffon trancher, en cas de dilemme biogéographique, en faveur de l’option supportée par le plus grand nombre de témoignages, dussent-ils être le résultat d’un silence éloquent : il propose ainsi que l’on ne trouve point de loir dans les climats très froids, « comme la Lapponie et la Suède [128]» parce que « les Naturalistes du nord n’en parlent point » ; de même « on ne les trouve pas dans les climats très-chauds, puisque les Voyageurs n’en font aucune mention [129]».

Mais revenons à Kolbe qui prétend, ailleurs, suivant en cela ce qu’avait avancé Pline l’Ancien [130], que l’hippopotame plonge régulièrement dans les eaux de la mer. Buffon ne manque pas de faire remarquer à ce propos des failles majeures dans la Description du Cap de Bonne-Espérance. Tout d’abord, les descriptions (textuelles et iconographiques) de Kolbe sont si mauvaises qu’elles ne semblent pas avoir été réalisées en présence des sujets vivants. Puis, son iconographie est considérée par Buffon comme étant « encore plus mauvaise que celle de Gesner [131]». En effet : certaines gravures semblent tout droit sorties des livres de zoologies de la Renaissance, imaginées sans discipline et non pas dessinées « d’après l’animal vivant [132]». C’est ainsi que l’on peut voir par exemple (figure 58, infra, p. 565), sous un mouton « vraisemblable », un tigre fort peu convaincant qui, lui, jouxte un énigmatique… « Chat musqué » ! Enfin, l’amateur d’astronomie est suspecté d’avoir cédé au vice de l’entre-recopiage. D’après Buffon, il est fort probable que Kolbe ait vu l’hippopotame beaucoup moins souvent qu’il le prétend,

puisque la figure qu’il a jointe à sa description est plus mauvaise que celles de Columna [133], d’Aldrovande [134] & de Prosper Alpin [135], qui, cependant n’ont été faites que sur des peaux bourrées. Il est aisé de reconnoître, qu’en général, les descriptions & les figures de l’ouvrage de Kolbe, n’ont été faites, ni sur le lieu ni d’après nature ; les descriptions sont écrites de mémoire, & les figures ont pour la pluspart été copiées ou prises d’après celles des autres Naturalistes [136].

(Courtoisie de la Bibliothèque de l’Université Laval — Thèses et livres rares)

Pris en flagrant délit d’avoir fait ses descriptions « de mémoire », Kolbe est donc suspect d’avoir mal imaginé en particulier la figure qu’il donne de l’hippopotame, qui « ressemble beaucoup au cheropotame de Prosper Alpin [138]» :

(Courtoisie de la Bibliothèque de l’Université Laval — Thèses et livres rares)

En effet, Kolbe semble s’être plus basé sur la dénomination « Cheval de mer » pour produire la gravure d’un animal qui possède manifestement plus le chanfrein d’un membre de la famille des Équidés que la bouille aplatie caractéristique des Hippopotamidés. Signe que Buffon semble avoir raison en doutant que Kolbe ait réellement vu l’hippopotame, on note a contrario, dans le même ouvrage, une reproduction beaucoup plus fidèle d’un rhinocéros africain (à deux cornes). Indice que Kolbe a probablement vu l’animal cette fois, il n’hésite pas y superposer le « Rhinocéros fabuleux » dérivé de la gravure célèbre de Dürer :

(Courtoisie de la Bibliothèque de l’Université Laval — Thèses et livres rares)

Incidemment, Buffon n’a pas remarqué (ou ne l’a-t-il délibérément pas rapporté ?) cet éclair de lucidité scientifique de l’explorateur allemand.

De plus, « Kolbe, en assurant donc que l’hippopotame séjourne dans les eaux de la mer, pourroit bien ne l’avoir dit que d’après Pline, & non pas d’après ses propres observations [141]». Buffon ne manque pas d’ajouter que « la pluspart des autres Auteurs rapportent que cet animal se trouve seulement dans les lacs d’eau douce & dans les fleuves, quelquefois à leur embouchure & plus souvent à de très-grandes distances de la mer [142]». Se fiant à ce que Merolla se soit étonné que l’on nomme l’hippopotame « cheval marin, parce que […] cet animal ne peut souffrir l’eau salée [143]», et s’appuyant encore sur sa boussole des deux faunes — tel que nous l’avons indiqué précédemment (supra, p. 518 sq.) — Buffon préfère la véritable étymologie à la dénomination mal imaginée par Kolbe : l’hippopotame, littéralement, est plutôt un « cheval de fleuve ». Un examen de la situation actuelle pourrait laisser croire que le génie scientifique de Buffon a peut-être été un peu trop prompt à condamner Kolbe : en effet, il est bien connu aujourd’hui que certaines lignées d’hippopotame peuvent peut affronter l’eau de mer. Bien qu’ils ne soient pas d’excellents nageurs, certains individus traversent parfois les trente kilomètres qui séparent la côte de la Tanzanie aux îles de Mafia et de Zanzibar. Mais condamner Buffon serait ignorer son humilité scientifique. Grâce au yeux d’un tiers — M. Gordon, collaborateur résidant au pays des Hottentots —, le naturaliste montbardois pourra, dans un volume du Supplément, « ajuster » sa propre hypothèse. Citant le professeur Jean-Nicolas-Sébastien Allamand, Buffon écrit :

j’ai dit aussi qu’il n’y avoit pas d’apparence qu’ils [les hippopotames] entrassent dans la mer : […] & M. de Buffon semble avoir été dans la même idée. Les nouvelles observations de M. Gordon m’ont désabusé ; il a tué un hippopotame à l’embouchure de la rivière Gambous, où l’eau étoit falée ; il en a vu dans la baie de Sainte-Hélène, & il en a vu sortir d’autres de la mer à deux lieues de toute rivière : à la vérité ils ne s’éloignent pas beaucoup de terre, la nécessité d’y venir prendre leur nourriture ne le leur permet pas ; ils vont le long des côtes d’une rivière à l’autre, cependant cela suffit pour prouver qu’ils peuvent vivre dans l’eau salée, & justifier en quelque façon ceux qui leur ont donné le nom de chevaux marins, aussi bien que Kolbe qui suppose qu’ils vivent indifféremment dans les rivières & dans la mer : ceux qui habitent dans l’intérieur du pays n’y vont vraisemblablement jamais ; si ceux qui en sont près y entrent, ce n’est pas pour aller fort loin, à cause de la raison que je viens de dire, & cette même raison doit les engager à préférer les rivières [144].

En effet, Allamand avait tout juste, si ce n’est qu’il aurait pu ajouter que la peau extrêmement sensible de ces Périssodactyles dépourvus de pelage, soumise à des chaleurs torrides et sensible aux insolations, les obligent à passer la journée dans l’eau… de préférence plus douce que salée. Faisant amende honorable à l’endroit de Kolbe par la seule publication du commentaire d’Allamand, Buffon donne cependant la figure de l’hippopotame tué, puis dessiné par M. Gordon, qui corrige le chanfrein « équin » (un peu trop étroit) qui apparaissait sur la figure donnée par l’auteur de la Description du Cap de Bonne-Espérance :

(Courtesy of Rare Books and Special Collections Division — McGill University Library)

Profitant des commentaires de M. Gordon rapportés par Allamand, Buffon enchaîne ensuite pour revenir sur une observation qu’il avait incluse à son article de 1764, tirée d’un « petit ouvrage écrit en Italien, [qui] paroît avoir été négligé des Naturalistes contemporains [146]» et qui a été pratiquement ignoré depuis sa publication [147]. Cette monographie était alors le premier texte où l’on pouvait trouver « des connoissances exactes » sur l’hippopotame, avec la seule description qui soit « bonne » et « si vraie [148]». Elle avait permis, entre autres éclaircissements, après l’avoir comparée aux descriptions tirées d’autres relations de voyage, d’établir que ce gros quadrupède herbivore n’avait « de cornes, ni sur le nez comme le rhinocéros, ni sur la tête comme les animaux ruminans [149]». Buffon avait ensuite enchaîné en s’appuyant sur l’ouvrage de Zerenghi pour démentir un autre fait :

les Voyageurs Hollandois disent qu’elle [la femelle hippopotame] porte trois ou quatre petits, mais ce fait me paroît très-suspect & démenti par les témoignages que cite Zerenghi ; d’ailleurs, comme l’hippopotame est d’une grosseur énorme, il est dans le cas de l’éléphant, du rhinocéros, de la baleine & de tous les autres grands animaux, qui ne produisent qu’un petit, & cette analogie me paroît plus sûre que tous les témoignages [150].

Le génie de Buffon lui fait préférer, à juste titre, l’analogie qu’il peut tirer depuis les « témoignages que cite Zerenghi » plutôt que les rapports douteux de « tous les témoignages » des « Voyageurs Hollandois », comme Kolbe, qui prétendent pourtant avoir vu de femelles hippopotames multipares. En effet, la femelle met au monde en général un seul petit, exceptionnellement deux mais jamais « trois ou quatre », au terme d’une gestation qui dure environ huit mois. S’il avait imaginé à tort l’impossibilité de la baignade en eau salée, Buffon put savourer la justesse de son hypothèse de la gestation unipare. C’est encore une fois Allamand qui confirmera que « l’observation […] démontre la fausseté [151]» des grossesses multiples chez l’hippopotame. Le génie scientifique a donc encore ici guidé le naturaliste montbardois sur le chemin d’une autre découverte.

Restons sur le cas Kolbe pour analyser un dernier exemple de la persévérance avec laquelle Buffon poursuit sa croisade contre l’imagination indisciplinée de l’astronome allemand, jusque dans les volumes du Supplément. Grâce à Allamand, Buffon revient tout d’abord sur « une notice (tome XV, page 148), au sujet d’un animal qui se trouve en Afrique, & que nous avons appelé Sanglier du cap Verd [152]». S’appuyant sur une gravure et une description de cet animal — « encore vivant (5 mai 1767) dans la ménagerie de M. le Prince d’Orange [153]» — envoyées par Allemand à Daubenton, Buffon propose la figure de ce « Sanglier d’Afrique » :

(Courtesy of Rare Books and Special Collections Division — McGill University Library)

Le lecteur du XXIe siècle aura reconnu aisément le phacochère [155], avec ses deux énormes incisives maxillaires qui font protrusion à la commissure des lèvres. Mais le défi taxinomique de Buffon était d’autant plus complexe qu’il devait tout d’abord établir si ce Suidé était de la même « espèce » — en fait du même genre (Sus) — que le porc ou le sanglier. Le naturaliste montbardois fait preuve d’humilité en avouant que la logique de la comparaison lui avait tout d’abord fait imaginer l’unité « spécifique » de tous ces Suidés : en effet, à la vue de « défenses d’un sanglier tué dans [les] bois de Bourgogne, qui approchoient un peu celles de ce sanglier du cap Verd », Buffon se croit alors autorisé à « présumer, avec quelque fondement, que ce sanglier du cap Verd, pouvoit être une simple variété & non pas une espèce particulière dans le genre des cochons [156]». En prenant en considération toutefois un « fait rapporté par M. Allamand » — fait qui concordait avec son propre critère éthologique de l’identité « spécifique » — Buffon affirme que le « dédain & […] la cruauté de ce sanglier [du cap Verd] envers la truie en chaleur, semble prouver qu’il est d’une espèce différente de nos cochons [157]». C’est à partir de cet épisode que Buffon annonce qu’il insérera désormais « les notes & les additions de M. Allamand, si judicieuses & si bien écrites [158]», à la suite de ses propres « Additions » dans les volumes subséquents du Supplément. Voyons maintenant « ce que ce savant homme a dit au sujet du sanglier d’Afrique [159]».

Dans cette « Addition », Buffon cite intégralement les remarques faites par Allamand à propos d’un « sanglier qui a été envoyé en 1765, du cap de Bonne-espérance à la ménagerie du prince d’Orange, & qui jusqu’alors a été inconnu de tous les naturalistes [160]». On remarquera au passage que Buffon ne se prive pas de faire partager à ses lecteurs la communauté d’esprit qui le lie à Allamand, notamment lorsque ce dernier entreprend de discréditer les commentaires de Kolbe à propos des « cochons sauvages » qu’il dit avoir aperçus dans les contrées qu’occupent les Hollandais : « Comme il [Kolbe] n’ajoute à cela aucune description, on n’en peut rien conclure, & ensuite il range au nombre des cochons du Cap, le grand fourmillier [sic] ou le tamandua, qui est un animal d’Amérique, qui ne ressemble en rien au cochon. Quel cas peut-on faire de ce que dit un Auteur aussi mal instruit ! [161]». La conclusion d’Allamand va dans le même sens que celle adoptée par Buffon : « On ne peut pas douter que cet animal ne fasse un genre très-distinct de ceux qui sont connus jusqu’à présent, dans la race des cochons […]. Ce qui confirme ce que je dis ici, c’est qu’il ne paroît pas qu’il puisse multiplier avec nos cochons [162]». Beau joueur, Buffon renvoie la balle et souscrit « à la plupart des réflexions que fait ici M. Allamand [163]». En définitive, le génie scientifique de Buffon lui aura permis de conjecturer avec justesse non seulement que le phacochère et le sanglier (de même que le porc) sont des membres de l’ordre des Suidés appartenant à des « espèces » différentes — en fait, la taxinomie moderne dirait des genres différents : Phacochoerus pour celui-là et Sus pour ceux-ci —, mais aussi que « le sanglier d’Afrique » (ou phacochère commun) et « celui du Cap Verd » étaient deux « variétés » de la même « espèce » — ou encore, deux espèces du même genre. Encore une fois, Buffon a réussi, en imaginant, à « démerveiller » la faune de Kolbe.

Si Albertus Seba (1665-1736) n’est pas, à proprement parler, un voyageur, nous avons inclus la critique qu’en fait Buffon dans l’Histoire des quadrupèdes pour deux raisons : tout d’abord, il est un candidat sérieux pour ravir la palme du plus mauvais « imagineur » d’espèces à Kolbe et, tout comme Buffon lui-même, il est en quelque sorte un « voyageur de cabinet », vers qui convergent une multitude de spécimens empaillés, peaux bourrées et autres artéfacts de quadrupèdes que le commerçant achète et expose dans son cabinet de curiosités. Seba n’est cependant pas aussi grand lecteur que Buffon et s’avère un amateur plutôt dépourvu de ce génie scientifique si essentiel au naturaliste compétent. Quoi qu’il en soit, l’apothicaire possédait un génie artistique certain (ou à tout le moins savait-il s’entourer de dessinateurs et de graveurs au « talent supérieur »), si bien que les magnifiques illustrations en couleurs reproduites dans le premier volume de son imposant ouvrage in-folio ont fait du Thesaurus la principale édition luxueuse de descriptions animalières au XVIIIe siècle, avant que ne soit publiée l’Histoire des quadrupèdes [164].

Illustrations et nomenclature seront au menu des critiques de Buffon à l’endroit du collectionneur hollandais. Nous avons vu (supra, p. 481) que le seigneur de Montbard avait reproché à Seba d’avoir erronément répertorié six espèces de fourmiliers (plutôt que trois), qualifiant avec mépris le Thesaurus de « gros ouvrage » produit par un amateur, certes « Écrivain [165]», mais bien peu naturaliste. La méfiance de Buffon va même jusqu’à faire porter à Seba la responsabilité d’avoir induit en erreur Linné lui-même. Relevant l’incorrecte dénomination dans les quatrième — « Myrmecophaga manibus tridactylis » —, sixième — « Myrmecophaga palmis tridactylis » — et dixième — « Myrmecophaga palmis tridactylis » — éditions du Systema naturae, Buffon ajoute, dans sa note introductive de l’article : « Nota. Qu’il y a erreur dans toutes ces phrases, cet animal ayant quatre doigts ou plutôt quatre ongles, & non pas trois aux pieds de devant ; cette erreur vient originairement de Seba [166]». Linné aurait donc erré, selon Buffon, en se rapportant « aux descriptions imparfaites de cet Auteur [167]». En fait, cela est vrai et faux. La description et les figures [168] données par Seba sont vraisemblablement celles du tamanoir (ou grand fourmilier), beaucoup plus rarement observé que le tamandua abondamment décrit par un grand nombre de voyageurs. Linné n’avait pas tort de nommer son grand fourmilier Myrmecophaga tridactyla — la systématique moderne a conservé ces taxons —, puisque l’animal est doté de trois griffes puissantes, à l’extrémité distale de chaque membre thoracique, ce qui lui permet de détruire les termitières où l’attendent ses repas. Pourquoi Buffon prétend-il alors que le tamanoir aurait, comme le tamandua — Tamandua tetradactyla —, quatre griffes aux membres thoraciques ? [169].

La méprise semble venir effectivement de Seba qui accole la dénomination Tamandua à une description et à des illustrations qui sont celles du grand fourmilier tridactyle (le tamanoir). Amateurisme, connaissances insuffisances, ou, dirions-nous, absence de génie scientifique ? Voilà contre quoi Buffon s’élève lorsqu’il s’engage à corriger la faune de Seba. Nous croyons important de préciser, à la défense du collectionneur hollandais toutefois, que la confusion régnait alors dans la nomenclature des Myrmécophagidés. Comme le mentionne Buffon, le « premier de ces mangeurs de fourmis […] que les Brasiliens appellent Tamandua-guacu, c’est-à-dire, grand Tamandua, auquel les François, habitués en Amérique, ont donné le nom de Tamanoir [170]», posséderait des membres thoraciques « armés de quatre ongles [171]». L’examen attentif de la planche représentant le tamanoir (voir figure 63, infra, p. 577) permet effectivement de deviner ce quatrième ongle, plus petit, à l’endroit où se trouve habituellement l’ergot (le « pouce ») chez les quadrupèdes qui ont cinq doigts. Le « second de ces animaux […] que les Américains appellent simplement Tamandua [172]», possède, toujours selon Buffon, « le même nombre d’ongles que ceux du tamanoir [173]». Enfin, la planche représentant le « Fourmilier » (voir figure 64, infra, p. 578), que l’on peut assurément identifier comme étant le Cyclopes didactylus ou myrmidon, le « troisième de ces animaux […] que les Naturels de la Guiane appellent Ouatiriouaou [174]», est de qualité plutôt discutable, en ce que le graveur semble avoir fondu les deux griffes en un unique et imposant crochet, quoique Buffon ait précisé dans son « tableau d’histoire » que, chez cette espèce, « les pieds de devant n’ont que deux ongles [175]». Comment expliquer alors un tel fouillis ? Simplement parce que le tamanoir « tridactyle » possède le plus souvent, en plus de ses trois doigts ornés chacun d’une énorme et puissante griffe, un quatrième (voire parfois un cinquième !) ongle, plus petit, plus ou moins articulé ou fonctionnel qui aura échappé à Seba, et à Linné, mais pas à l’examen attentif de Buffon…

Les cas de mauvaise association entre nomenclature et figure sont légion dans le Thesaurus. Voici un autre exemple éloquent, que Buffon n’a pas relevé, mais qui nous aidera à comprendre pourquoi le seigneur de Montbard semble toujours sur la défensive lorsqu’il se réfère au Locupletissimi rerum naturalium. Dans une planche maginifique (du point de vue artistique), Seba présente un « Canis volans, maxima aurita » que le lecteur moderne pourra facilement relier à une quelconque espèce de chauve-souris ; par contre, le « Felis volans, Tenata », qui se trouve sous le « chien-volant », a de quoi déconcerter (voir la figure 65, infra, p. 579). Outre la dénomination composée mal imaginée, on remarquera que le détail des « ailes » et la forme de la tête suffisent à nous convaincre qu’il s’agit d’une espèce tout à fait étrangère au « chien volant ». En les représentant sur la même planche, Seba imagine un rapprochement malheureux ; en proposant une distinction artificielle ancrée dans l’opposition traditionnelle entre chien et chat, il jette plus de confusion que de lumière sur ce qui semble, dans la figure du haut, un membre de l’ordre des Chiroptères et, dans la figure du bas, un Rongeur sciuromorphe de la famille des Sciuridés : le polatouche (ou écureuil volant). Voilà ce que Buffon devait appréhender chez un Seba qui avait mal imaginé la taxinomie de ces quadrupèdes, en privilégiant sans discipline un critère anatomique — ici les « ailes » —, pour donner, il est vrai cependant, une très belle figure…

(Courtesy of Rare Books and Special Collections Division — McGill University Library)

Buffon s’en prend à Seba, de la même manière, pour dénoncer sa « description imparfaite » du « Cachicame ou Tatou à neuf bandes » : « Quoique l’auteur fasse mention de dix bandes dans sa description, il n’y en a que neuf dans la figure [179]». Il faut dire que la classification de ces quadrupèdes d’Amérique tropicale et subtropicale, reconnus aujourd’hui comme des membres du superordre des Xénarthres (avec les paresseux et les fourmiliers), n’était pas chose aisée en raison du nombre de genres (et d’espèces) particulièrement élevé chez ces insectivores [180]. Dans un tel contexte, il est compréhensible que Buffon souligne à plus gros traits cette mauvaise description de Seba, car elle entraînera ensuite d’autres naturalistes, atteints du vice de l’entre-recopiage, à perpétuer la même imprécision, et à inventer un improbable tatou à dix bandes (que l’on n’a jamais pu observer), qui ne mérite même pas un soupçon de certitude morale [181].

Buffon notera encore deux énormes méprises de Seba à propos des tatous. Tout d’abord, mentionnons cette impardonnable description où l’apothicaire hollandais ne relève que trois bandes au « plus grand de tous les Tatous [182]» — le kabassou — qui en compte pourtant… douze ! [183] Le naturaliste montbardois tente d’expliquer cette bourde ainsi :

Que ce qui a pû tromper le Descripteur du cabinet de Seba & lui faire croire que cet animal n’avoit en effet le têt divisé qu’en trois parties, c’est que les douze bandes mobiles de la cuirasse du corps ne paroissent pas aussi distinctes et anticipent beaucoup moins les unes sur les autres que dans les autres espèces, en sorte que cette cuirasse paroît au premier coup d’œil comme si elle n’étoit que d’une seule pièce dont les rangs seroient immobiles comme ceux des boucliers, mais pour peu qu’on y regarde de plus près on voit que les bandes sont mobiles entr’elles & qu’elles sont au nombre de douze [184].

Quelque paradoxale que puisse paraître cette remontrance d’un homme à la « vûe courte » qui semonce le « Descripteur » censé avoir décrit minutieusement l’animal sous ses yeux, elle témoigne de l’importance du jugement dans la fabrique des descriptions animalières. Infatigable compilateur critique, Buffon vient corriger les mauvaises observations d’un tiers avec ses yeux de l’esprit. Il peut ainsi exprimer son génie scientifique, en ayant recours à la logique de la comparaison :

nous avons comparé dans cette vûe, non seulement les dépouilles de tatous, que nous avons en grand nombre au Cabinet du Roi, mais encore celles que l’on conserve dans les autres Cabinets ; nous avons aussi comparé les indications de tous les Auteurs avec nos propres descriptions [185].

D’aucuns pourraient en avoir contre l’immodestie d’un Buffon qui prétend avoir consulté « tous les Auteurs », mais il suffit de prendre conscience de la kyrielle d’ouvrages cités dans les notes de cet article pour croire un peu plus à cette exhaustivité autoproclamée.

Il faudrait un chapitre complet pour dépouiller et souligner toutes ces manifestations d’érudition, mais nous nous contenterons d’analyser une seule séquence : Buffon attaque encore Seba, cette fois pour avoir fort mal nommé (et localisé) le tatou à douze bandes. S’en prenant à la dénomination — « Tatu seu Armadillo Africanus  [186]» —, Buffon affirme d’emblée que « ce tatou, comme tous les autres, ne se trouve qu’en Amérique & non pas en Afrique [187]». Le naturaliste génial se fonde sur le principal pilier de son épistémologie — sa boussole des deux faunes — pour discréditer la nomenclature mal imaginée par Seba. Soutenu aussi par l’immense majorité des témoignages de quantité de voyageurs, Buffon peut synthétiser sa pensée en expliquant du même coup la méprise du collectionneur hollandais :

Tous les tatous sont originaires de l’Amérique ; ils étoient inconnus avant la découverte du nouveau monde, les Anciens n’en ont jamais fait mention, & les Voyageurs modernes ou nouveaux en parlent tous comme d’animaux naturels & particuliers au Mexique, au Bresil, à la Guiane, &c. aucun ne dit en avoir trouvé l’espèce existante en Asie ni en Afrique ; quelques-uns ont seulement confondu les pangolins & les phatagins ou lézards écailleux des Indes orientales avec les armadilles de l’Amérique ; quelques autres ont pensé qu’il s’en trouvoit sur les côtes occidentales de l’Afrique, parce qu’on en a quelquefois transporté du Bresil en Guinée [188].

Après avoir rappelé que Pierre Belon avait déjà écrit « il y a plus de deux cents ans » que le tatou était « originaire du nouveau continent », Buffon indique les innombrables sources qui lui ont permis de conforter sa théorie. En plus des ouvrages de Johannes de Laët, du père d’Abbeville et de Jean de Léry (dont nous avons déjà fait mention), Buffon ajoute ceux de Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés (1478-1557) [189], Francisco López de Gómara (1511-1566) [190], André Thevet (v.1503-1592) [191], Antonio de Herrera y Tordesillas (1559-1625) [192], Francisco Jiménez (1560?-1620?) [193], Nicolás Monardes (v.1493-1588) [194] et José de Acosta [195] : « tous les Auteurs plus recens, tous les Historiens du nouveau monde font mention de ces animaux comme originaires des contrées méridionales de ce continent [196]». Faisant partager la faute entre Seba et Pison [197], Buffon mentionne qu’il est probable que l’un comme l’autre ait

confondu les pangolins ou lézards écailleux avec les tatous : les Espagnols ayant appelé Armadillo ces lézards écailleux, aussi bien que les tatous, cette erreur s’est multiplié sous la plume de nos descripteurs de Cabinets & de nos Nomenclateurs, qui ont non seulement admis des tatous aux Indes orientales, mais en ont créé en Afrique, quoiqu’il n’y en ait jamait eu d’autres dans ces deux parties du monde que ceux qui y ont été transportés d’Amérique [198].

Comme le « climat de toutes les espèces de ces animaux n’est […] pas équivoque [199]», et que les espèces méridionales ne peuvent se trouver communément dans l’Ancien et le Nouveau Mondes, Buffon exprime par le fait même son génie scientifique : son ars iudicandi est encore une fois guidé par la boussole des deux faunes va le conduire à quitter momentanément Seba pour poursuivre son entreprise de « démerveillement ». Aussi pointe-t-il du doigt ces mêmes voyageurs qui, quoiqu’ils aient bien situé les tatous, leur ont par ailleurs attribué, faute d’une discipline de l’imagination, certaines propriétés merveilleuses :

Monard, Ximenès, & plusieurs autres après eux, ont attribué d’admirables propriétés médicinales à différentes parties de ces animaux. Ils ont assuré que le têt réduit en poudre & pris intérieurement, même à petite dose, est un puissant sudorifique ; que l’os de la hanche, aussi pulvérisé, guerit du mal vénérien ; que le premier os de la queue appliqué sur l’oreille fait entendre les sourds, &c. Nous n’ajoûtons aucune foi à ces propriétés extraordinaires, le têt & les os des tatous sont de la même nature que les os des autres animaux. Des effets aussi merveilleux ne sont jamais produits que par des vertus imaginaires [200].

Selon un schéma comparable à ce que nous venons de présenter concernant les tatous, Buffon reviendra, dans une réflexion on ne peut plus pointilleuse, sur la description du sarigue (ou opossum) [202] donnée par Seba. Pour Buffon, il est certain que l’opossum est « un animal de l’Amérique qu’il est aisé de distinguer de tous les autres par deux caractères singuliers [203]» : le premier est que « la femelle a sous le ventre une ample cavité dans laquelle elle reçoit & alaite ses petits [204]», alors que le second se résume à ce que « la mâle & la femelle ont tous deux le premier doigt des pieds de derrière sans ongle & bien séparé des autres doigts, tel qu’est le pouce dans la main de l’homme [205]». Buffon s’appuie surtout sur les observations de « Will Cowper, célèbre Anatomiste Anglois [206]», qui avait communiqué par lettre sa description de l’opossum mâle à son collègue Edward Tyson, ce dernier étant « le seul qui ait donné une bonne description de la femelle de cet animal, imprimée à Londres en 1698, sous le titre Carigueya seu Marsupiale Americanum, or, the Anatomy of an Opossum [207]». Or, d’écrire Buffon, les « autres Auteurs [que Cowper & Tyson], & sur-tout les Nomenclateurs ont ici, comme par-tout ailleurs, multiplié les êtres sans nécessité, & ils sont tombés dans plusieurs erreurs que nous ne pouvons nous dispenser de relever [208]». Nous ne serons pas surpris de retrouver, aux premières loges réservées à ces « Auteurs […] & […] Nomenclateurs », l’ineffable Seba qui confond « l’opossum de Tyson » avec son « grand philandre oriental  [209]». Encore une fois, le cœur de l’épistémologie buffonienne — la boussole des deux faunes — servira à déconstruire la méprise de Seba :

(Courtesy of Rare Books and Special Collections Division — McGill University Library)

de tous les animaux dont Seba donne les figures & auxquels il applique le nom de Philandre, d’Opossum ou de Carigueya, celui-ci est le seul qui ait les deux caractères de la bourse sous le ventre & des pouces de derrière sans ongles. De même l’on ne peut douter que notre sarigue, qui est le même que le grand philandre oriental de Seba, ne soit un animal naturel aux climats chauds du nouveau monde, car les deux sarigues que nous avons au Cabinet du Roi nous sont venus d’Amérique ; celui que Tyson a disséqué lui avoit été envoyé de Virginie. M. de Chanvallon, Correspondant de l’Académie des sciences à la Martinique, qui nous a donné un jeune sarigue, a reconnu les deux autres pour des vrais sarigues ou opossums de l’Amérique. Tous les Voyageurs s’accordent à dire que cet animal se trouve au Bresil, à la Nouvelle-Espagne, à la Virginie, aux Antilles, &c. & aucun ne dit en avoir vû aux Indes orientales ; ainsi Seba s’est trompé lorsqu’il l’a appelé Philandre oriental, puisqu’on ne le trouve que dans les Indes occidentales [213].

Dans l’esprit de Buffon, comme Seba « ignoroit donc de quel pays venait son philandre, [il] n’a pas laissé de lui donner l’épithète d’oriental, cependant il est certain que c’est le même animal que le sarigue des Indes occidentales ; il ne faut, pour s’en assurer, que comparer sa figure, planche XXXIX, avec la Nature [214]» (figure 69, supra, p. 588). Encore une fois, le jugement se superpose à la logique de la comparaison et c’est l’image qui vient jouer son rôle déterminant dans la rhétorique de la preuve. Mais Buffon va plus loin dans son analyse de la confusion générée par la nomenclature mal imaginée par Seba. En effet, écrit le seigneur de Montbard,

ce qui ajoûte encore à l’erreur, c’est qu’en même temps que cet Auteur donne au sarigue d’Amérique le nom de grand Philandre oriental, il nous présente un autre animal, qu’il croit être différent de celui-ci, sous le nom de Philandre d’Amérique (pl. XXXVI, fig. 1 et 2), & qui cependant, selon sa propre description, ne différe du grand philandre oriental qu’en ce qu’il est plus petit & que la tache au dessus des yeux est plus brune ; différences, comme l’on voit, très-accidentelles & trop légères pour fonder deux espèces distinctes, car il ne parle pas d’une autre différence qui seroit beaucoup plus essentielle si elle existoit réellement comme on la voit dans la figure ; c’est que ce philandre d’Amérique (Seba, pl. XXXVI, fig. 1 & 2) a un ongle aigu aux pouces des pieds de derrière, tandis que le grand philandre oriental (Seba, pl. XXXIX) n’a point d’ongle à ces deux pouces. Or, il est certain que notre sarigue, qui est le vrai sarigue d’Amérique, n’a point d’ongles aux pouces de derrière : s’il existoit donc un animal avec des ongles aigus à ces pouces, tel que celui de la planche XXXVI de Seba, cet animal ne seroit pas, comme il le dit, le sarigue d’Amérique [215].

Nous avons été franchement étonné que le Buffon à la « vûe courte » ait été en mesure de saisir ces subtils détails anatomiques [216]. Ses « yeux de l’esprit » ont probablement ici alerté ses « yeux du corps » ; ou encore ceux d’un tiers auront fait le travail…

(Courtesy of Rare Books and Special Collections Division — McGill University Library)

Buffon, qui n’a manifestement pas encore enfoncé le dernier clou dans le cercueil de Seba, en rajoute :

Mais ce n’est pas tout, cet Auteur donne encore un troisième animal sous le nom de Philandre oriental (pl. XXXVIII, fig. 1), duquel au reste il ne fait nulle mention dans la description des deux autres, & dont il ne parle que d’après François Valentin, auteur qui, comme nous l’avons déjà dit, mérite peu de confiance [218] ; & ce troisième animal est encore le même que les deux premiers. Il nous paroît donc que ces trois animaux des planches XXXVI, XXXVIII & XXXIX de Seba n’en font qu’un seul ; il y a toute apparence que le Dessinateur, peu attentif, aura mis un ongle pointu aux pouces des pieds de derrière comme aux pouces des pieds de devant & aux autres doigts dans les figures des planches XXXVI & XXXVIII, & que, plus exact dans le dessein de la planche XXXIX, il a représenté les pouces des pieds de derrière sans ongles, & tels qu’ils sont en effet. Nous sommes donc persuadés que ces trois animaux de Seba ne sont que trois individus de la même espèce ; que cette espèce est la même que celle de notre sarigue. […] il nous paroit donc certain que ces trois animaux n’en font qu’un seul, puisqu’ils n’ont entr’eux que des différences si petites qu’on doit les regarder comme de très-légères variétés, avec d’autant plus de raison & de fondement que l’Auteur ne fait aucune mention du seul caractère par lequel il auroit pû les distinguer, c’est-à-dire, de cet ongle pointu aux pouces de derrière qui se voit aux figures des deux premiers & qui manque au dernier. Son seul silence sur ce caractère, prouve que cette différence n’existe pas réellement, & que ces ongles pointus aux pouces de derrière, dans les figures des planches XXXVI & XXXVIII, ne doivent être attribués qu’à l’inattention du Dessinateur [219].

Guidé par la boussole des deux faunes qui sous-tend son épistémologie, le naturaliste montbardois met sur le compte de « l’inattention du Dessinateur » tout cet imbroglio où se nourrissent nomenclature et gravure mal imaginées. Mais, implicitement, en insinuant que Seba ne s’est pas rendu compte de la bourde de son « Dessinateur peu attentif », Buffon le discrédite doublement : son manque de jugement l’a conduit à mal imaginer la nomenclature de ses philandres, et son ars iudicandi déficient ne lui a pas permis de repérer les maladresses de son dessinateur. En somme, le génie scientifique n’étant pas au rendez-vous, Seba n’a pu imaginer correctement ses philandres, nonobstant de magnifiques gravures, expression d’un génie artistique indéniable de la part du « Dessinateur ».

Après avoir relevé les erreurs taxinomique et iconographique de Seba et de son « Dessinateur », Buffon en profite pour dénoncer le vice du recopiage à la source d’une énième mauvaise observation du collectionneur hollandais, en prenant soin de remonter la filière de tous ceux qui avaient avancé, à tort, que la fameuse « poche » du sarigue femelle était une matrice dans laquelle sont conçus les petits :

Le vrai de tout ceci, c’est que Valentin qui assure que rien n’est si commun que ces animaux aux Indes orientales, et sur-tout à Solor [220], n’y en avoit peut-être jamais vû ; que tout ce qu’il en dit, & jusqu’à ses erreurs les plus évidentes, sont copiées de Pison et de Marcgrave, qui tous deux ne sont eux-mêmes, à cet égard, que les copistes de Ximénès, & qui se sont trompés en tout ce qu’ils ont ajouté de leur fond ; car Marcgrave et Pison disent expressément & affirmativement, ainsi que Valentin, que la poche [221] est la vraie matrice où les petits du sarigue sont conçûs ; Marcgrave dit qu’il en a disséqué un, & qu’il n’a point trouvé d’autre matrice à l’intérieur ; Pison renchérit encore sur lui en disant qu’il en a disséqué plusieurs [222], & qu’il n’a jamais trouvé de matrice à l’intérieur ; & c’est-là où il ajoûte l’assertion, toute aussi mal fondée, que cet animal se trouve à Amboine [223]. Qu’on juge maintenant de quel poids doivent être ici les autorités de Marcgrave, de Pison & de Valentin, & s’il seroit raisonnable d’ajoûter foi au témoignage de trois hommes dont le premier a mal vû, le second a amplifié les erreurs du premier, & le dernier a copié les deux autres. Je demanderois volontiers pardon à mes Lecteurs de la longueur de cette discussion critique, mais lorsqu’il s’agit de relever les erreurs des autres, on ne peut être trop exact ni trop attentif, même aux plus petites choses [224].

On remarquera que Buffon, conscient que ces petits détails peuvent lasser son lecteur, n’en fait pas moins primer le docere sur le placere. La dernière séquence témoigne encore une fois de son esprit critique et de sa rigueur scientifique : il privilégie le jugement au goût — le génie scientifique devant primer sur le génie artistique — pour « démerveiller » tout ce qui a été écrit sur le marsupium. Il ne se prive pas de souligner à gros traits cette filière de l’entre-recopiage qui avait embrouillé toute une panoplie de voyageurs, jusqu’à Brisson. De fait, ce dernier reprend les trois différents philandres de Seba, dans son ouvrage Règne animal divisé en IX classes, « très-utile, [quoiqu’il] pèche principalement en ce que la liste des espèces y est beaucoup plus grande que celle de la Nature [225]». Un développement accessoire permet ensuite à Buffon, qui n’allait pas s’en priver, de reprocher à Linné d’avoir également « fait du même animal deux espèces différentes ; le Marsupialis […] & l’Opossum [226]». Au terme de cette démonstration critique, qui s’étend sur plus de vingt pages, Buffon conclut dans une remarquable synthèse :

De tout cet examen que nous venons de faire avec autant de scrupule que d’impartialité, il résulte que le Philander, Opossum seu Carigueya Brasiliensis, pl. XXXVI, fig. 1, 2 & 3 ; le Philander orientalis, pl. XXXVIII, fig. 1 ; & le Philander orientalis maximus, pl. XXXIX, fig. 1 de Seba, vol. 1, pages 56, 61 &64 ; que le philandre, […] le philandre oriental, […] & le philandre d’Amboine […] de M. Brisson […] ; & enfin que le Marsupialis […] & l’Opossum […] de M. Linnæus, édition X, pages 54 & 55, n’indiquent tous qu’un seul et même animal, & que cet animal est notre sarigue, dont le climat unique & naturel est l’Amérique méridionale, & qui ne s’est jamais trouvé aux grandes Indes que comme étranger & après y avoir été transporté [227].

Après que la logique de la comparaison et le jugement aient permis à Buffon de liquider la nomenclature et les illustrations mal imaginées de l’opossum, le seigneur de Montbard revient sur un détail qui lui permettra d’exprimer son génie scientifique pour préciser un phénomène sur lequel planait encore une part d’ombre. Tout d’abord, il décrit admirablement le marsupium :

Sous le ventre de la femelle est une fente qui a deux ou trois pouces de longueur, cette fente est formée par deux peaux qui composent une poche velue à l’extérieur & moins garnie de poil à l’intérieur, cette poche renferme les mamelles ; les petits nouveaux-nés y entrent pour les sucer, & prennent si bien l’habitude de s’y cacher qu’ils s’y réfugient, quoique déjà grands, lorsqu’ils sont épouvantés. Cette poche a du mouvement & du jeu, elle s’ouvre & se referme à la volonté de l’animal ; la méchanique de ce mouvement s’exécute par le moyen de plusieurs muscles & de deux os qui n’appartiennent qu’à cette espèce d’animal [228] ; ces deux os sont placés au devant des os pubis auxquels ils sont attachés par la base, ils ont environ deux pouces de longueur & vont toûjours en diminuant un peu de grosseur depuis la base jusqu’à l’extrémité ; ils soûtiennent les muscles qui font ouvrir la poche & leur servent de point d’appui. […] Cette poche n’est pas, comme l’ont avancé faussement Marcgrave & Pison, le lieu dans lequel les petits sont conçûs ; le sarigue femelle a une matrice à l’intérieur, différente, à la vérité, de celle des autres animaux, mais dans laquelle les petits sont conçûs et portés jusqu’au moment de leur naissance [229].

Buffon estime par ailleurs être d’accord avec « certains Voyageurs » qui affirment que le petits sarigues « ne sont pas plus gros qu’une mouche au moment de leur naissance [232]» :

Ce fait n’est pas aussi exagéré qu’on pourroit l’imaginer, car nous avons vû nous-mêmes, dans un animal dont l’espèce est voisine de celle du sarigue, des petits attachés à la mamelle qui n’étoient pas plus gros que des fèves, & l’on peut présumer avec beaucoup de vrai-semblance, que dans ces animaux la matrice n’est, pour ainsi dire, que le lieu de la conception, de la formation & du premier développement du fœtus, dont l’exclusion étant plus précoce que dans les autres quadrupèdes, l’accroissement s’achève dans la bourse où ils entrent au moment de leur naissance prématurée [233].

Encore une fois, la précision de ces observations est soumise à la discipline de l’imagination : ars iudicandi et ars inveniendi sont ici en équilibre et autorisent Buffon supporter un fait dont il serait possible de douter. Le génie scientifique le conduit ensuite à imaginer une explication philosophique livrée dans une tournure stylistique propre à séduire le lectorat, qui témoigne de la superposition de son génie artistique. En effet, cette entrée postpartum dans la poche marsupiale, au moment de la « naissance prématurée » des sarigues, stimule Buffon à formuler une autre hypothèse géniale qui témoigne d’une profonde « humanité ». Docere et placere sont unis pour faire progresser le savoir utilitaire, le tout livré dans une des formulations les plus touchantes de toute l’Histoire des quadrupèdes, révélant tant le grand écrivain que le savant accompli :

Personne n’a observé la durée de la gestation de ces animaux, que nous présumons être beaucoup plus courte que dans les autres ; & comme c’est un exemple singulier dans la Nature que cette exclusion précoce, nous exhortons ceux qui sont à portée de voir des sarigues vivans dans leur pays natal, de tâcher de savoir combien les femelles portent de temps, & combien de temps encore après la naissance les petits restent attachés à la mamelle avant que de s’en séparer ; cette observation, curieuse par elle-même, pourroit devenir utile, en nous indiquant peut-être quelque moyen de conserver la vie aux enfans venus avant le terme  [234] .

Il est bien établi aujourd’hui que les sarigues nouveaux-nés, après une gestation de deux semaines, sont ensuite portés dans la poche ventrale (ou marsupium) de la mère pendant 60 à 70 jours, car ils sont très faibles et ne pèsent que 0,2 grammes [235]. À la fin de cette période, les petits sarigues pèsent 50 grammes, et ils passeront encore 8 à 12 jours dans un nid rudimentaire. Après quoi, pesant entre 80 et 120 grammes, les petits quittent leur mère. Rien n’indique cependant que ces connaissances aient contribué directement à l’amélioration des soins aux enfants prématurés, comme l’avait imaginé Buffon ; probablement en raison de la physiologie de la gestation très différente chez ces Métathériens dépourvus de placenta, alors que tous les autres quadrupèdes Euthériens sont des mammifères placentaires.

Buffon annonce, en fin d’article, que tout ce qu’il vient d’écrire sur le marsupium « n’est pas douteux » et n’est « pas même particulier à cette seule espèce » puisque Daubenton et lui ont vu « des petits ainsi attachés aux mamelles dans une autre espèce, […] la Marmose  [236]», qui fera l’objet de l’article suivant immédiatement celui consacré au sarigue. Cependant, « cette femelle marmose n’a pas, comme la femelle sarigue, une poche sous le ventre où les petits puissent se cacher [237]», mais seulement un repli cutané qui recouvre les mamelles, que l’on peut « peut aisément ouvrir » afin de « regarder, compter & même toucher les petits sans les incommoder [238]». Avant de dresser le « tableau d’histoire » de la marmose, Buffon prépare son lecteur en lui rappelant l’importance de se préserver des conjectures hasardeuses, grâce à un ars iudicandi éprouvé et à une imagination « disciplinée » :

ce n’est donc pas de la commodité ou du secours que la poche prête aux petits que dépend uniquement l’effet de la longue adhérence aux mamelles, non plus que celui de leur accroissement dans cette situation immobile : je fais cette remarque afin de prévenir les conjectures que l’on pourroit faire sur l’usage de la poche, en la regardant comme une seconde matrice, ou tout au moins comme un abri absolument nécessaire à ces petits prématurément nés [239].

Le « tableau d’histoire » de la marmose sera effectivement le lieu d’une autre critique de la nomenclature mal imaginée par Seba.

Même si « [l]’espèce de la Marmose paroit être voisine de celle du Sarigue [241]», car ces deux animaux habitent le même climat dans le même continent et qu’ils se ressemblent « par la forme du corps, par la conformation des pieds, [et] par la queue prenante qui est couverte d’écailles dans la plus grande partie de sa longueur [242]», il reste que « la marmose est bien plus petite que le sarigue » et, surtout, que la femelle « n’a pas de poche sous le ventre comme celle du sarigue », mais plutôt « deux plis longitudinaux près des cuisses entre lesquels les petits se placent pour s’attacher aux mamelles [243]». Seba subit alors les foudres de Buffon pour avoir mal nommé la marmose « Mus silvestris Americanus Scalopes dictus [244]». Ce qui irrite particulièrement le naturaliste montbardois, c’est que « ce nom Scalopès que Seba donne à cet animal, & que M.rs Klein & Brisson ont aussi adopté, a été très mal appliqué [245]» :

Le scalopès des Grecs n’est certainement pas la marmose du Bresil. Et d’ailleurs il n’est pas possible de déterminer ce que c’est que le scalopès par les indications des Anciens : ad finem quidam mures sunt quos scalopes vocant ut Scholiastes Aristophanis in Acharnensibus animadvertit. Aldrov. de quadrup. digit. vivip. pag. 416. Je crois que voilà la seule notice que nous ayons du scalopès, elle ne suffit pas à beaucoup près pour déterminer une espèce, & encore moins pour en appliquer le nom à un animal du nouveau monde [246].

La dernière séquence montre, après une dénonciation du vice de l’entre-recopiage par Klein et Brisson, une autre illustration de l’ars iudicandi : le scientifique consciencieux s’appuie implicitement sur sa boussole des deux faunes pour condamner la nomenclature fautive de Seba. Puis, son génie scientifique le conduit à imaginer cette hypothèse lumineuse : le scalopès des Grecs est probablement une « espèce » de taupe, et non un opossum. En effet, comme les taupes d’Amérique vivent dans un climat plus nordique que la marmose, il n’est donc pas étonnant de les retrouver à la fois dans l’Ancien Continent (il s’agit selon la taxinomie moderne, du genre Talpa, qui regroupe les espèces européennes dont ferait partie le scalopès des Grecs) et dans le Nouveau Monde (la taxinomie moderne a paradoxalement retenu les genres Scalopes (ou Scalopus) et Parascalops, pour l’identification des taupes d’Amérique). Quoi qu’il en soit, Buffon avait raison de distinguer clairement la marmose — un Métathérien exclusif à l’Amérique centrale et sub-tropicale — de la taupe — un Euthérien appartenant à l’ordre des Insectivores, qui sévit dans une zone plus septentrionale sur les deux Continents. Buffon réitère son appel à tous les voyageurs du Nouveau Monde, qui sont invités, dans un style qui rappelle celui employé dans l’article sur le sarigue, à observer attentivement les marmoses, afin de fournir d’autres faits susceptibles d’actualiser la faune :

c’est principalement sur les femelles de cette espèce [la marmose] qu’il faudroit faire les observations que nous avons indiquées dans l’article précédent [à propos du sarigue], je suis persuadé que ces animaux mettent bas peu de jours après la conception, & que les petits au moment de l’exclusion ne sont encore que des fœtus qui, même comme fœtus, n’ont pas pris le quart de leur accroissement ; l’accouchement de la mère est toûjours une fausse-couche très-prématurée, & les fœtus ne sauvent leur vie naissante qu’en s’attachant aux mamelles sans jamais les quitter jusqu’à ce qu’ils aient acquis le même degré d’accroissement & de force qu’ils auroient pris naturellement dans la matrice si l’exclusion n’eût pas été prématurée [247].

Pour terminer cet survol de l’article sur la marmose, soulignons que Buffon en vient à douter d’un phénomène rapporté par quelques voyageurs, à savoir que certains individus sont « friands de poisson & d’écrevisse, qu’ils pêchent, dit-on, avec leur queue [248]». Comme l’écrit ensuite le naturaliste génial : « Ce fait est très-douteux & s’accorde fort mal avec la stupidité naturelle qu’on reproche à ces animaux qui, selon le témoignage de la pluspart des Voyageurs, ne savent ni se mouvoir à propos, ni fuir, ni se défendre [249]». Est-il besoin de rappeler que le cerveau des Métathériens est relativement peu volumineux : « il occupe approximativement un volume équivalent au tiers de celui d’un Euthérien de même poids [250]». L’ars iudicandi vient ici « démerveiller » ce que d’autres, dépourvus de génie scientifique, avaient imaginé sans aucune discipline.

Encore une fois, Buffon avait « vu » juste, même s’il ne se réfère nullement au volume cérébral de la marmose pour expliquer cette « stupidité naturelle ». L’hypothèse du seigneur de Montbard s’appuie cependant sur la constitution physique commune à tous les marsupiaux d’Amérique, qui sera évoquée dans le « tableau d’histoire » d’une troisième « espèce » d’opossums, le cayopollin. Selon un schéma comparable à ce que nous avons déjà présenté dans nos analyses des articles sur le sarigue et la marmose, Buffon commence à reprocher — encore — à Seba d’avoir mal nommé cet « opossum à queue touffue », en situant sa terre d’origine sur le continent africain [251]. Il vilipende ensuite le collectionneur hollandais pour avoir recopié bêtement — sans aucune forme d’ars iudicandi — ses prédécesseurs qui, entre autres discrédits, n’avaient « jamais vu » l’animal :

Le premier Auteur qui ait parlé de cet animal est Fernandès [252]. […] Nieremberg a copié mot à mot ces indications de Fernandès, & n’y a rien ajoûté. Seba [253], qui le premier a fait dessiner & graver cet animal, n’en donne aucune description, il dit seulement qu’il a la tête un peu plus épaisse & la queue un tant soit peu plus grosse que la marmose ; & que quoiqu’il soit du même genre, il est cependant d’un autre climat, et même d’un autre continent ; & il se contente de renvoyer à Nieremberg [254] & à Jonston [255] pour ce qu’on peut desirer de plus au sujet de cet animal : mais il paroît évidemment que Nieremberg & Jonston ne l’ont jamais vû, & qu’ils n’en parlent que d’après Fernandès. Aucun de ces trois auteurs n’a dit qu’il fût originaire d’Afrique, ils le donnent au contraire comme naturel & particulier aux montagnes des climats chauds de l’Amérique ; & c’est Seba seul qui, sans autorité ni garants, a prétendu qu’il étoit Africain. Celui que nous avons vû venoit certainement d’Amérique  [256].

S’appuyant sur la boussole des deux faunes, Buffon fait donc le résumé de ses observations sur les trois espèces d’opossums en guise de conclusion au Xe tome de l’Histoire naturelle :

Ces trois animaux se ressemblent beaucoup par la conformation des parties intérieures & extérieures, par les os surnuméraires du bassin, par la forme des pieds, par la naissance prématurée, la longue & continuelle adhérence des petits aux mamelles, & enfin par les autres habitudes de nature ; ils sont aussi tous trois du nouveau monde & du même climat ; on ne les trouve point dans les pays froids de l’Amérique ; ils sont naturels aux contrées méridionales de ce continent, & peuvent vivre dans les régions tempérées [257].

Puis, dans une finale où l’on peut encore déceler l’élégance du style — ou encore le génie artistique qui vient s’associer au génie scientifique —, Buffon opère une association étonnante où la physiognomonie vient jouer son rôle d’embrayeur rhétorique au service du placere, pour expliquer, depuis une cause finale interne, la « stupidité naturelle » des Marsupiaux :

au reste ce sont tous des animaux très-laids ; leur gueule fendue comme celle d’un brochet, leurs oreilles de chauve-souris, leur queue de couleuvre & leurs pieds de singe présentent une forme bizarre qui devient encore plus desagréable par la mauvaise odeur qu’ils exhalent, & par la lenteur et la stupidité dont leurs actions & tous leurs mouvemens paroissent accompagnés [258].

Outre le ton humoristique du passage, il faut reconnaître la perspicacité de Buffon qui avait bien imaginé ce comportement particulier à l’opossum en danger [259].

(Courtesy of Rare Books and Special Collections Division — McGill University Library)

Après cette mise en pièces d’Albertus Seba, un peu trop artiste et écrivain et pas assez scientifique au goût de Buffon, il nous a paru intéressant de comparer la critique que le seigneur de Montbard réserve à Arnout Vosmaer (1720-1799), celui-là même qui allait faire l’achat des collections de Seba, et se charger de la publication des deux derniers volumes du Thesaurus. D’autant plus que l’autodidacte Vosmaer, après avoir été nommé directeur du cabinet d’histoire naturelle du stathouder Guillaume V (1756), publia, dès 1766, des monographies d’espèces rares ou nouvellement découvertes, qui furent réunies en 1804 en un seul volume : le Regnum animale  [261]. Nous verrons que, même si Buffon se mesure alors à un rival plus imposant — en fait son principal concurrent [262]—, directeur du deuxième cabinet d’histoire naturelle d’Europe (derrière celui du Jardin du Roi), le seigneur de Montbard reste fidèle à son épistémologie : il n’hésite jamais à dénoncer quiconque se serait commis à mal imaginer la nomenclature des quadrupèdes.

Dès le troisième volume du Supplément, les allusions à Vosmaer sont plus fréquentes et, en général, de prime abord élogieuses, ce dernier étant présenté avec déférence comme le « Directeur des Cabinets d’Histoire Naturelle de S. A. S. M. le Prince d’Orange [263]». Par exemple, Buffon dit s’être inspiré de la planche trouvée « dans les Miscellanea & les Spicilegia zoologica de M. Pallas, & aussi dans les descriptions de M. Vosmaër [264]» pour faire dessiner et graver celle du « Sanglier d’Afrique » ou phacochère qu’il a incluse dans son propre ouvrage [265]. De même, il « fait copier », selon la même logique, la « bonne figure » que « M.rs Vosmaër et Pallas [266]» ont donné de la chèvre de Grimm qu’il insère à la suite de son « Addition » (voir la figure 75, ci-dessous). Puis, avec encore plus d’emphase, Buffon souligne avoir « vu avec plaisir la description de ce grand écureuil volant [le taguan] [267]» dans l’ouvrage de Vosmaer , et dit s’être inspiré du commentaire très conforme et des dimensions prises par son collègue hollandais pour aider Jacques de Sève à produire la figure de « cet animal rare » dont le Cabinet du Roy ne possédait qu’une « dépouille [268]». En retour, Vosmaer cite Buffon « dans presque toutes ses descriptions de mammifères » et considère son Regnum animale comme « une sorte de supplément hors-série à l’Histoire naturelle [269]».

(Courtesy of Rare Books and Special Collections Division — McGill University Library)

(Courtesy of Rare Books and Special Collections Division — McGill University Library)

On retrouvera pareillement une vingtaine de renvois tout aussi admiratifs concernant les observations de Vosmaer dans l’Histoire naturelle des oiseaux, publiée concomitamment aux premiers volumes du Supplément. Or, le ton change passablement dans le dernier quart du troisième volume. Tout d’abord, Buffon fait amende honorable et, avec l’humilité qui le caractérise, se rétracte :

Mais le seigneur de Montbard ne s’en laissera pas imposer aussi facilement. Bien qu’il admette que l’erreur soit un risque inhérent dans la recherche de la vérité, bien qu’il conçoive que ses propres méprises puissent servir en quelque sorte de balises sur le chemin menant à la découverte, Buffon devait tout de même ressentir un certain agacement à se voir remettre à sa place par son principal compétiteur. Il devait être bien conscient que sa réputation ne devait pas trop souffrir, au risque d’encourager les autres naturalistes, voyageurs et correspondants à faire converger leurs spécimens, illustrations et relations vers le cabinet du Prince d’Orange plutôt qu’au Jardin du Roi. Buffon n’hésitera donc pas à émettre certaines réserves quant à d’autres critiques faites à son endroit par le même « habile Naturaliste » dont il cite les propos : « On doit absolument rejeter le rapport de M. de Buffon, qui prétend que ces animaux (l’unau et l’aï) trop lents pour descendre de l’arbre, sont obligés de se laisser tomber comme un bloc lorsqu’ils veulent être à terre [273]». Ce à quoi Buffon répond : « Cependant je n’ai avancé ce fait que sur le rapport de témoins oculaires, qui m’ont assuré avoir vu tomber cet animal quelquefois à leurs pieds, […] & que par conséquent, l’on ne doit pas (comme le dit M. Vosmaër) absolument rejeter mon rapport à cet égard [274]». En effet, ce comportement, bien attesté aujourd’hui, lui permet de gagner du temps, car on estime qu’à sa pleine vitesse de croisière, le plus lent quadrupède de la planète se déplace à environ 4,5 mètres à la minute. Comme il est beaucoup plus vulnérable au sol que dans les arbres, il n’y descend pour uriner et déféquer que tous les dix jours, et ainsi se libérer de plus d’un tiers de son poids. Dans l’urgence, une chute bien calculée peut donc être salutaire.

La controverse avec Vosmaer va s’amplifier lorsque Buffon tente de faire disparaître une fois pour toutes la dénomination myrmécophage africain qu’il croit fermement mal imaginée. Déjà, en 1776, le naturaliste montbardois n’avait guère apprécié cette « critique assez mal fondée [275]» de ce qu’il avait écrit à propos des fourmiliers qu’il avait inexorablement confinés au Nouveau Monde. En effet, Vosmaer, se basant sur le premier volume du Thesaurus de Seba [276], avait insinué contre Buffon, que le fourmilier pouvait se rencontrer en Afrique. La réplique des Buffon est cinglante :

si le myrmécophage de Seba […] se trouve en Afrique, cela prouve seulement que Seba s’est trompé, en l’appelant myrmécophage d’Amérique ; mais cela ne prouve rien contre ce que j’ai avancé, & je persiste avec toute raison, à soutenir que le tamanoir, le tamandua et le fourmillier, ne se trouvent qu’en Amérique & point en Afrique [277].

Or, cette insinuation de Vosmaer, qui compromettait l’épistémologie de Buffon, lui valut, plus d’un demi-siècle plus tard, d’être couvert d’opprobre par le grand biologiste Pierre Marie Jean Flourens. Ce dernier juge sévèrement l’auteur du Regnum animale, qu’il considère comme « un des opposants les plus obstinés qu’ait jamais rencontrés une grande idée », notamment pour avoir dit que « la belle loi de Buffon [la boussole des deux faunes] ne reposait que sur des propositions idéales [278]».

Flourens renvoie aussi à un autre article, inclus dans le dernier tome du Supplément — qui regorge d’espèces nouvellement découvertes —, traitant du « Loris de Bengale ». Il s’agit en effet pour Buffon « d’une espèce voisine de celle du loris dont [il a déjà] donné l’histoire, la description & la figure (volume XV[279]».

Il convient de préciser que la famille des Loridés fait partie — avec les Lémuridés — du groupe phylogénétique des Strepsirhiniens, qui se distinguent des autres primates par la présence d’un « peigne dentaire » à l’avant de leur denture mandibulaire : il s’agit d’un ensemble de six dents constitué de quatre incisives et de deux canines, toutes allongées et orientées vers l’avant, dont la fonction est de récupérer la gomme des arbres, qui leur sert de nourriture. En comparaison, le groupe des Haplorhiniens (du grec aploos, simple, et rhinos, nez), ou Simiens — qui comprend l’homme, les singes et les tarsiers —, possèdent six incisives et ont perdu leur rhinarium (ou truffe) au profit du nez, de même que leurs vibrisses (moustaches sensitives). De plus, les Loridés sont spécifiques à l’Afrique et à l’Asie, et ne se retrouvent pas dans le Nouveau Monde.

Dès le début de son article sur le « Loris de Bengale », Buffon cite une description minutieuse de cette espèce, basée sur celle donnée par Vosmaer — qui avait pu observer l’animal vivant à la ménagerie du Prince d’Orange entre 1770 et 1774 [281] —, et il inclut une illustration copiée sur un dessin d’Aart Schouman, qui accompagnait le texte de la monographie publiée en 1785. Cependant, Vosmaer nomme cet étrange quadrupède le « paresseux pentadactyle du Bengale [282]». Il va sans dire que l’auteur du Regnum animale bafouait le « rejet des dénominations composées [283]», qui s’était avéré un des principaux leitmotive de la poétique de Buffon dans l’Histoire des quadrupèdes. Après avoir cité la description de Vosmaer, le naturaliste montbardois entre dans le vif du sujet :

Par l’inspection de la figure, ainsi que par la description de M. Vosmaer, il me paroît que cet animal qu’il nomme mal-à-propos le paresseux de Bengale, approche plus de l’espèce du loris, que de celle d’aucun autre animal, & que ces deux loris se trouvant également dans l’ancien continent, on ne doit pas les dénommer par le nom de paresseux, ni les confondre avec l’unau & l’aï qui portent ce nom de paresseux, & qu’on ne trouve qu’en Amérique [284].

(Reproduction tirée de l’exemplaire accessible sur le site Gallica)

Même s’il « excellait » dans l’art de « [r]éunir correctement les objets de la nature », même « s’il n’avait pas son pareil dans les ventes aux enchères » et qu’il « était habile à extorquer des objets de la nature auprès des administrateurs des régions d’outre-mer [286]», Vosmaer ne tenait « aucun compte de la répartition zoogéographique [287]» lorsqu’il devait nommer ses quadrupèdes. Il n’est donc pas surprenant que Buffon sorte de ses gonds lorsque cet « autodidacte, sans formation scientifique [288]» — et manifestement sans aucune aptitude pour l’ars iudicandi —, s’obstinera à ignorer la boussole des deux faunes pour imaginer cette taxinomie invraisemblable : « M. de Buffon nie que l’animal qu’on nomme proprement paresseux se trouve dans l’ancien monde, en quoi il se trompe [289]». Piqué au vif, Buffon, de répondre avec aplomb : « je persiste à nier aussi fermement aujourd’hui que ces deux animaux [l’unau et l’aï — les « véritables » paresseux] se trouvent nulle autre part qu’en Amérique [290]».

Voulant crever l’abcès une fois pour toutes, Buffon retranscrit les grandes lignes de l’argumentaire de Vosmaer qui repose… sur les observations de l’ineffable Seba ! En effet, l’auteur du Regnum animale avait écrit

que Séba donne deux paresseux de Ceylan, la mère avec son petit, qui à la figure paroissent être de l’espèce de l’unau que M. de Buffon prétend n’exister que dans le nouveau monde. J’ai moi-même acheté […] le plus grand des deux ; savoir, la mère représentée dans Séba, planche XXXIV, & l’on doit avouer qu’il n’y a guère de différence entre ce paresseux que Séba dit être de Ceylan. […] Je conviens qu’il est étonnant de voir tant de ressemblance entre deux animaux de contrées aussi éloignées que l’Asie & l’Amérique. […] L’on peut objecter à cela, comme M. de Buffon semble l’insinuer, que ce paresseux peut avoir été transporté de l’Amérique en Asie ; c’est ce qui n’est nullement croyable. […] Séba [dit] qu’il l’a reçu de Ceylan. […] Laissons au temps à découvrir si le paresseux de Séba, qui ressemble si bien à celui des Indes occidentales, se trouve réellement aussi dans l’île de Ceylan [291].

La réponse de Buffon se veut l’illustration de ce que nous avons tenté de démontrer tout au long de ce travail, c’est-à-dire que le jugement (lié intimement au génie scientifique, tel que nous l’avons vu dans la dernière section du chapitre 4), s’exerce selon un art — l’ars iudicandi — qui se fonde sur le principal pilier de l’épistémologie — la boussole des deux faunes —, qui va permettre au seigneur de Montbard de corriger toutes ces observations, nomenclatures et illustrations mal imaginées, faute de discipline, voire du génie scientifique approprié pour l’étude de l’histoire naturelle. Par le fait même, Buffon insiste sur ce qui sera retenu sans doute comme sa plus grande découverte, qui a le mérite d’illustrer ce va-et-vient entre l’histoire naturelle particulière de chacune des descriptions animalières et la philosophia naturalis qui sous-tend l’histoire naturelle générale :

Le temps ne découvrira que ce qui est déjà découvert sur cela ; c’est-à-dire, que l’unau & l’aï d’Amérique ne se sont point trouvés, & ne se trouveront pas à Ceylan, à moins qu’on ne les y ait transportés. […] Au reste, cette assertion n’est point fondée sur des propositions idéales, comme le dit M. Vosmaer, […] puisqu’elle est au contraire établie sur le plus grand fait, le plus général, le plus inconnu à tous les naturalistes avant moi ; ce fait est que les animaux des parties méridionales de l’ancien continent ne se trouvent pas dans le nouveau, & que réciproquement ceux de l’Amérique méridionale ne se trouvent point dans l’ancien continent.

Ce fait général est démontré par un si grand nombre d’exemples, qu’il présente une vérité incontestable. C’est donc sans fondement & sans raison que M. Vosmaer parle de ce fait comme d’une supposition idéale, puisque rien n’est plus opposé à une supposition, qu’une vérité acquise & confirmée par une aussi grande multitude d’observations. Ce n’est pas que philosophiquement parlant il ne pût y avoir sur cela quelques exceptions ; mais jusqu’à présent l’on n’en connoît aucune, & le paresseux pentadactyle du Bengale de M. Vosmaer, n’est point du tout de l’espèce ni du genre du paresseux de l’Amérique, c’est-à-dire, ni de l’unau ni de l’aï, dont les pieds & les ongles sont conformés très-différemment de ceux de cet animal du Bengale : il est, je le répète, d’une espèce voisine de celle du loris, dont il ne semble différer que par l’épaisseur du corps [292].

Pour reprendre les mots de Flourens : Buffon « avait vu de haut, il avait vu avec génie ; et, cette fois-ci encore, la vue haute, la vue de génie s’est trouvée la vue juste [293]». Nonobstant sa « vûe courte », le seigneur de Montbard a employé ses « yeux de l’esprit » pour discriminer entre les faits ; les « yeux du corps » des voyageurs et correspondants viennent supporter son ars iudicandi, et tendent, par la « grande multitude d’observations » vers la certitude physique d’une hypothèse imaginée grâce à la logique de la comparaison :

Un coup-d’œil de comparaison sur les figures de l’unau & de l’aï d’Amérique, & sur celle de ce prétendu paresseux d’Asie, suffit pour démontrer qu’ils sont d’espèces différentes & même très-éloignées. […] Tous les petits rapports que M. Vosmaer trouve entre son paresseux pentadactyle & ces animaux de l’Amérique, ne font rien contre le fait, & il est bien démontré par la seule inspection de ces animaux, qu’ils sont aussi différens par l’espèce qu’ils le sont par le climat ; car je ne nie pas que ce pentadactyle de Bengale ne puisse être aussi lent, aussi lourd & aussi paresseux que les paresseux d’Amérique ; mais cela ne prouve pas que ce soient les mêmes animaux, non plus que les autres rapports dans la manière de vivre, dormir, &c [294].

Buffon conclut, sans équivoque, quelques pages plus loin :

C’est sans doute cette conformité dans le cri & dans la lenteur de l’aï de l’Amérique, qui a porté M. Vosmaer à croire que c’étoit le même animal ; mais, je le répète encore, il n’y a qu’à comparer seulement leurs figures pour être bien convaincu du contraire. De tout ce que M. Vosmaer expose & dit à ce sujet, on ne peut conclure autre chose, sinon qu’il y a dans l’ancien continent des animaux peut-être aussi paresseux que ceux du nouveau continent ; mais le nom de paresseux qu’on peut leur donner en commun, ne prouve nullement que ce soit des animaux du même genre [295].

Est-ce nécessaire d’ajouter que Buffon avait tout juste ? Son « loris de Bengale » — Nycticebus coucang ou, en langue vernaculaire « loris paresseux » — appartient à la même famille des Loridés que l’animal qu’il avait effectivement décrit au volume XII — Loris tardigradus ou « loris grêle ». Ces deux prosimiens représentants de l’ordre des Primates de l’Ancien Monde, possédant un « peigne dentaire [296]» et cinq doigts à chaque membre, sont évidemment bien différents des paresseux tridactyles — genre Bradypus ou aïs — ou des paresseux à deux doigts — genre Choloepus ou unaus — de l’Amérique méridionale, membres de l’ordre des Xénarthres, pratiquement édentés, n’arborant seulement que quelques petites molaires. Encore une fois, Buffon avait imaginé correctement et « actualisé » une portion supplémentaire de cette faune exotique.

Lorsque Buffon doute des rapports des voyageurs, il n’hésite pas à faire appel à ses correspondants ou à ses collaborateurs. Le pécari, une des espèces « des plus nombreuses & des plus remarquables parmi les animaux du nouveau monde » présente cette difficulté : il y a « peu d’animaux qui aient reçû autant de différens noms que celui-ci [297]».

(Reproduction tirée de l’exemplaire accessible sur le site Gallica)

En effet, ce petit « cochon sauvage » vivant surtout dans les forêts d’Amérique du Sud (Bolivie, Pérou, Brésil, Guyane), au Mexique et dans le Sud des États-Unis — aujourd’hui en voie de disparition —, avait reçu différentes dénominations, ce dont témoignent la variété des sources consultées : aux côtés des habituels Linné, Brisson, Ray ou Aldrovandi apparaissent le noms de voyageurs moins connus qui ont tous eu cependant l’avantage de visiter les pays d’origine de l’animal. Alors que le « [s]anglier appelé pécari » apparaît dans le « Voyage de Desmarchais [300]», le « Voyage de Wafer [301]» et le « Voyage de Dampier », Buffon présente, dans sa longue note introductive, les autres appellations : « Tajassu suivant de Lery ; Tajacu suivant Pison & Marcgrave ; Caaigoura aussi suivant Marcgrave ; Tajoussou suivant Coreal [302]», sans compter une multitude d’autres dénominations que lui ont attribuées d’autres « Voyageurs [303]». De cette masse de commentaires, Buffon retient que, même si le pécari est appelé « Sanglier ou Cochon d’Amérique », il est cependant « d’une espèce particulière […] qui ne peut se mêler » avec celle des sangliers ou cochons européens, « comme nous nous en sommes assurés par des essais réitérés, ayant nourri & gardé pendant plus de deux ans un pecari avec des truies sans qu’il ait rien produit [304]». Buffon imagine la différence « interspécifique », conforme à sa définition de « l’espèce » basée sur le critère mixiologique, en s’appuyant sur ses propres observations sérielles qui l’orientent vers la certitude physique. De plus, il respecte son épistémologie fondée sur la spécificité exclusive des faunes de l’Ancien Continent et du Nouveau Monde méridionaux :

L’espèce du pecari s’est conservée sans altération & ne s’est point mêlée avec celle du cochon maron ; c’est ainsi qu’on appelle le cochon d’Europe transporté et devenu sauvage en Amérique : ces animaux se rencontrent dans les bois & vont même de compagnie sans qu’il en résulte rien ; il en est de même du cochon de Guinée qui s’est aussi multiplié en Amérique, après y avoir été transporté d’Afrique. Le cochon d’Europe, le cochon de Guinée & le pecari sont trois espèces qui paroissent être fort voisines, & qui cependant sont distinctes & séparées les unes des autres, puisqu’elles subsistent toutes trois dans le même climat sans mélange & sans altération. […] ainsi l’on ne doit pas regarder le pecari comme un cochon d’Europe dégénéré ou dénaturé sous le climat d’Amérique, mais comme un animal propre & particulier aux terres méridionales de ce nouveau continent [305].

Ce dernier passage est important car il marque une transition majeure dans l’épistémologie de Buffon. Contrairement à ce qu’il avait proposé en 1761 [306], la faune du Nouveau Monde ne serait pas « dégénérée par vétusté [307] ». Ainsi, comme il l’écrira dans sa remarquable synthèse en 1766 : l’origine des animaux « particuliers au nouveau monde ne peut être attribuée à la simple dégénération[308] » sous l’influence du climat et de la nourriture, mais à « cette dégénération plus ancienne & de tout temps immémoriale [309] » qui renvoie à ce que Darwin nommera « l’origine des espèces » — lorsqu’il introduira ce concept jusqu’alors impensable : l’évolution. Ainsi, comme chacun des animaux a, « suivant sa nature, choisi sa zone & sa contrée[310] », il y aurait donc « une conformité préalable entre le climat et la nature des espèces », une sorte de « correspondance […] a priori » où « c’est la nature de chaque espèce qui détermine le choix d’un climat, et s’en renforce[311] ». Cette « nature » du pécari, sorte de terra incognita découverte grâce à la boussole des deux faunes, devait donc receler quelques particularités anatomiques étrangères aux « cochons d’Europe ».

Buffon s’appuie donc sur l’autre pilier de son épistémologie : la conformation anatomique proposée par Daubenton dans sa « Description », de même que les planches qui la complètent. En effet, contrairement aux membres de la famille des Suidés européens, le pécari, exclusif à l’Amérique méridionale, possède une caractéristique unique : « il a sur le dos, près de la croupe, une fente de deux ou trois lignes de largeur, qui pénètre à plus d’un pouce de profondeur, par laquelle suinte une humeur ichoreuse fort abondante & d’une odeur très-désagréable [312]». Pour Buffon, le fait que le pécari soit « de tous les animaux le seul qui ait une ouverture dans cette région du corps [313]» suggère qu’il appartienne à une « espèce » — plutôt famille selon la taxonomie moderne — particulière. Pour imaginer avec discipline la différence « interspécifique » du pécari, Buffon fait appel à toutes les ressources de son ars iudicandi : tant les remarques des voyageurs passées au crible du génie scientifique, que les comparaisons et analogies anatomiques faites, grâce à la description de Daubenton illustrée par les planches, vont contribuer à « actualiser » une autre portion de la faune du Nouveau Monde. L’apport des planches sera dans ce cas décisif [314].

Buffon s’appuie donc sur les descriptions de Daubenton pour nourrir sa rhétorique de la preuve : comme ce « cochon sauvage » a « l’estomac & les intestins différemment conformés [315]» en comparaison avec les autres membres de la famille des Suidés, le naturaliste montbardois peut se risquer à écrire que, pour une rare fois, le « Docteur Tyson s’étoit trompé en assurant que cet animal avoit trois estomacs, ou comme le dit Ray, un gézier & deux estomacs [316]». À cela, il oppose que « M. Daubenton démontre clairement qu’il [le pécari] n’a qu’un seul estomac, mais partagé par deux étranglemens qui en font paraître trois [317]». En somme, comme « il n’y a qu’une seule de ces trois poches qui ait une issue de sortie ou pylore, […] on ne doit regarder les deux autres poches que comme des appendices, ou plutôt des portions du même estomac, & non pas comme des estomacs différents [318]» :

A l’ouverture de l’abdomen, je n’ai vû qu’une très-petite portion de l’épiploon qui recouvroit le troisième estomac (A, pl. VII, fig. 1 & 2) dans le côté droit. Je dis le troisième estomac parce qu’on en a distingué trois dans le pecari ; mais je ne les distingue ici que pour désigner plus clairement la situation du viscère que l’on a prétendu être triple dans cet animal. […] L’estomac du pecari a une figure si irrégulière & si extraordinaire que Tyson en a compté trois [319].

Ces précisions allaient permettre au génie scientifique de Buffon de s’exprimer pleinement : le naturaliste pouvait alors imaginer le pécari à la fois hors du sous-ordre des Ruminants polygastriques, et le distinguer de la famille des Suidés monogastriques. Encore une fois, il avait correctement imaginé cette famille marginale que la taxinomie moderne identifiera comme étant les Tayassuidés, et fait la lumière sur les faits relatifs à ce « cochon sauvage » qui n’avait pas dégénéré depuis le continent européen, mais qui était bien particulier à l’Amérique méridionale.

En guise de conclusion à ce chapitre et à l’ensemble de nos analyses des descriptions animalières dans l’Histoire des quadrupèdes, nous aimerions présenter le terme d’une autre enquête buffonienne, qui s’étale depuis les volumes de la première série jusque dans le Supplément, et qui se veut une synthèse de la poétique scientifique qui sous-tend la fabrique des descriptions animalières buffoniennes.

Une polémique, qui convoque des acteurs que nous connaissons maintenant assez bien — Kolbe, Seba et Allamand entre autres —, oppose principalement, encore une fois, Buffon à Vosmaer. Cet épisode s’anime lorsque le directeur du cabinet d’histoire naturelle du prince d’Orange reçoit, en provenance du Cap de Bonne-Espérance, un animal qui se nourrit de fourmis, contredisant la grande idée que Buffon avait défendue, à savoir que les fourmiliers étaient exclusifs à l’Amérique méridionale et ne pouvaient se retrouver dans l’Ancien Continent. Pour compliquer un peu plus les choses, ce fourmilier du Cap avait été nommé par Kolbe le « Cochon de terre ». Après avoir assuré que ce quadrupède n’avait « absolument point de dent », l’astronome allemand donne une description qui laisse transparaître une imagination indisciplinée : « La terre lui sert de demeure. Il s’y creuse une grotte […] ; & s’il a seulement la tête & les pieds de devant dans la terre, il s’y cramponne si bien, que l’homme le plus robuste ne sauroit l’en arracher  [324]». Voilà donc un animal qui semblait être la concrétion d’un Suidé de l’Ancien Monde et d’un Myrmécophagidé américain.

Dans un des derniers articles de description animalière publié de son vivant, Buffon a tout le loisir de laisser libre cours à son ars iudicandi pour discréditer sans ménagement Vosmaer, tout en faisant à nouveau l’éloge d’Allamand — qui avait entre autres atouts de rappeler les fautes commises par Kolbe et Seba. Tout d’abord, Buffon fait un résumé de ses âpres réflexions qui avaient occupé une bonne partie de son « tableau » original sur les fourmiliers (HN, X, 1763, p. 144-160) :

Nous avons dit & répété souvent qu’aucune espèce des animaux de l’Afrique ne s’est trouvée dans l’Amérique méridionale, & que réciproquement aucun des animaux de cette partie de l’Amérique ne s’est trouvé dans l’ancien continent. L’animal dont il est ici question a pu induire en erreur des Observateurs peu attentifs, tels que M. Vosmaër ; mais on va voir, par sa description & par la comparaison de sa figure avec celle des fourmilliers d’Amérique, qu’il est d’une espèce très-différente, & qu’il n’a guère d’autres rapports avec eux, que d’être de même privé de dents, & d’avoir une langue assez longue pour l’introduire dans les fourmillières. Nous avons donc adopté le nom de cochon de terre que Kolbe donne à ce mangeur de fourmis, de préférence à celui de fourmillier, qui doit être réservé aux mangeurs de fourmis d’Amérique, puisqu’en effet cet animal d’Afrique en diffère essentiellement par l’espèce, & même par le genre. Le nom de cochon de terre, est relatif à ses habitudes naturelles & même à sa forme, & c’est celui sous lequel il est communément connu dans les terres du Cap [325].

Suivant son épistémologie, sous-tendue encore ici par la boussole des deux faunes, Buffon en vient ensuite à imaginer que « cet animal d’Afrique […] diffère essentiellement par l’espèce, & même par le genre » des fourmiliers américains. En effet, Flourens sera un des premiers à souligner que ce quadrupède, appelé « Cochon de terre » à la fin du XVIIIe siècle, allait être désormais identifié clairement comme l’oryctérope, un mammifère « tout à fait distinct des fourmiliers d’Amérique [326]». Ainsi, Buffon avait bien anticipé cette différence qui, pour lui, se limitait au « genre » et à « l’espèce », mais qui s’avérera beaucoup plus fondamentale : l’oryctérope du Cap [327] constitue en effet la seule espèce de l’ordre marginal des Tubulentidés. Bien qu’ils se nourrissent de fourmis comme les fourmiliers d’Amérique (édentés), les oryctéropes possèdent une mâchoire qui arbore quelques molaires à croissance continue. Considérant que ces caractéristiques dentaires étaient inconnues au moment où Buffon écrivit son « tableau d’histoire » du « Cochon de terre », il est particulièrement remarquable que le seigneur de Montbard ait maintenu fermement, toujours guidé par sa boussole des deux faunes, un fossé infranchissable entre les myrmécophages d’Amérique méridionale et ceux d’Afrique du Sud.

(Courtesy of Rare Books and Special Collections Division — McGill University Library)

Pour soutenir son hypothèse, Buffon recourt encore une fois à la description de cet animal faite par Allamand, qu’il a puisée dans l’édition de l’Histoire naturelle commentée par le professeur de Leyde :

M. de Buffon semble avoir épuisé tout ce qu’on peut dire sur les animaux mangeurs de fourmis ; l’article qu’il en a dressé doit lui avoir coûté beaucoup de peine, tant à cause des recherches qu’il a dû faire de tout ce qui a été dit de ces animaux, que de la nécessité où il a été de relever les fautes de ceux qui en ont parlé avant lui, & particulièrement de Séba. Celui-ci ne les a pas seulement mal décrits, mais il a encore rangé parmi eux un animal d’un genre très-différent  [329].

Après avoir rappelé les lacunes de Seba — ce qui ne pouvait déplaire à Buffon —, Allamand met cependant un baume sur la mauvaise réputation de Kolbe. Ce dernier avait pourtant laissé croire qu’il existât des fourmiliers identiques aux spécimens d’Amérique méridionale :

quant à Kolbe, fon témoignage est si suspect, que M. de Buffon a été très-autorisé à n’y pas ajouter foi. J’ai pensé comme lui au sujet de Kolbe, & je n’ai point cru qu’il eût des mangeurs de fourmis en Afrique ; mais M. le capitaine Gordon m’a tiré de l'erreur où j’étois ; il m’a envoyé la dépouille d’un de ces animaux tué au cap de Bonne-espérance, où ils font connus fous le nom de cochons de terre ; c’est précisément celui que Kolbe leur donne, ainsi je lui fais réparation d’avoir révoqué ici en doute sa véracité, & je suis persuadé que M. de Buffon lui rendra la même justice. Il est vrai que M. Pallas a confirmé le témoignage de Kolbe par ses propres observations [330].

Si Buffon a tout de même dû sourciller en copiant ces lignes qui réhabilitaient en quelque sorte celui dont il avait tant combattu l’imagination indisciplinée, il reste que le seigneur Montbard a fait preuve d’humilité en conservant, sous les auspices d’Allamand, la dénomination « Cochon de terre » adoptée par Kolbe. Encore une fois, le génie scientifique de Buffon le conduit, sur la foi d’une triple autorité — un voyageur ayant observé directement l’animal inconnu, un digne membre de la Royal Society qui avait corroboré la description autrement suspicieuse de Kolbe, et un savant professeur qui en rapportait la synthèse —, à imaginer l’existence de myrmécophages africains.

Par contre, Buffon ne peut se résoudre à abandonner sa grande idée de la boussole des deux faunes, à laquelle adhère aussi Allamand : si le « Cochon de terre » « a une langue fort longue qu’il enfonce dans les fourmilières, pour avaler ensuite les fourmis qui s’y attachent ; on ne peut pas douter que celui qui est représenté ici n’en mérite le nom ; cependant il diffère très-fort des trois espèces décrites par M. de Buffon, & que je crois, avec lui, être particulières à l’Amérique [331]». Après avoir décrit les principales caractéristiques du cochon de terre, Allamand conclut finalement dans le même sens que Buffon :

On voit par cette description que cet animal est très-différent du tamanoir, par son poil, sa couleur, sa tête & sa queue ; il surpasse aussi fort en grandeur le tamandua, dont il diffère de même par son pelage, par sa couleur & par ses ongles ; je ne dis rien de sa différence avec le fourmillier, avec lequel personne ne le confondra ; il appartient donc à une quatrième espèce [de myrmécophages] inconnue jusqu’à présent ; & tout ce que j’en sais de certain, c’est que cet animal fourre sa langue dans les fourmillières, qu’il avale les fourmis qui s’y attachent, & qu’il se cache en terre dans des trous [332].

En guise d’épilogue, ajoutons que si les Kolbe, Seba, Vosmaer et autres voyageurs ont goûté sans répit à la médecine du génie scientifique buffonien, nous aurions pu croire que le naturaliste montbardois vieillissant, pratiquement aveugle, aux prises avec la gravelle, aurait relâché un peu sa discipline dans les derniers tomes du Supplément. Peu s’en faut ! Buffon montre une pugnacité admirable pour, autant que faire se peut, poursuivre et mener à terme ses vastes enquêtes. Il se montre particulièrement à l’affût des nouvelles publications et tente de maintenir à jour les connaissances d’une faune qui se complexifie au rythme des explorations de plus en plus lointaines, à l’intérieur des terres naguère inaccessibles. Mais qui dit nouvelle relation de voyage ne signifie pas pour autant carte blanche à la discipline de l’imagination ! Erik Pontopiddan (1698-1764), théologien et zoologiste danois, semble être, à ce propos, la dernière tête de turc de Buffon. Ignorée dans les quinze premiers volumes, l’Histoire naturelle de la Norwège [333] est mise en pièces dans le Supplément. Il faut dire que Pontopiddan, grand ami du fondateur de la zoologie danoise — Morten Thrane Brünnich (1737-1827) [334] —, était surtout reconnu pour sa somme théologique. L’histoire naturelle retiendra de ses écrits zoologiques la description et les illustrations du kraken [335], créature fantastique issue des légendes scandinaves médiévales, à qui Pontopiddan avait attribué, tel que s’était plu à le rappeler Borges dans le Livre des êtres imaginaires, un dos mesurant un mille et demi de longueur et des bras pouvant étreindre le plus grand navire. Aussi, Buffon a toute les raisons de s’étonner lorsqu’il apprend que, selon le père du kraken, les lièvres norvégiens « prennent & mangent les souris comme les chats  [336]»… avant d’ajouter : « Je doute fort que ces lièvres mangent des souris, d’autant que ce n’est pas le seul fait merveilleux ou faux que l’on puisse reprocher à Pontoppidan [337]».

Nous ne serons pas surpris de l’extrême méfiance de Buffon envers ce naturaliste danois « qui souvent donne dans le merveilleux » et qui aurait prétendu, par exemple, « qu’un renard avoit mis par rangées plusieurs têtes de poissons à quelque distance d’une cabane de pêcheurs, qu’on ne pouvoit guère deviner son but, mais que peu de temps après un corbeau qui vint fondre sur ces têtes de poissons, fut la proie du renard [338]». Nous ne serons pas plus étonné si, depuis la même source, Buffon se montre pour le moins circonspect lorsque Pontoppidan assure que le bois du renne « est mobile, de façon que l’animal peut le plier en avant ou en arrière, & qu’il a au-dessus des paupières une petite ouverture dans la peau, par laquelle il voit un peu, quand une neige trop abondante l’empêche d’ouvrir les yeux [339]». Buffon use ensuite de son ars iudicandi pour mettre en évidence l’analogie inappropriée de son collègue danois :

Ce dernier fait me paroît imaginé, d’après l’usage des Lappons, qui se couvrent les yeux d’un morceau de bois fendu, pour éviter le trop grand éclat de la neige, qui les rend aveugles en peu d’années, lorsqu’ils n’ont pas l’attention de diminuer, par cette précaution, le reflet de cette lumière trop blanche, qui fait grand mal aux yeux [340].

Jusque dans ses derniers écrits sur les quadrupèdes, Buffon sera sans répit pour ces voyageurs qui imaginent mal, sans discipline, et qui, faute d’avoir été doté du génie scientifique propre à l’étude de l’histoire naturelle, propagent le merveilleux par-delà l’histoire naturelle des Lumières.



[1] François Le Vaillant, « Préface », cité par Jacques Boulenger, dans Voyages de F. Le Vaillant dans l’intérieur de l’Afrique 1781-1785, 1931, p. II.

[2] Buffon, « Les Animaux carnassiers », HN, VII, 1758, p. 22.

[3] Nous suivons la périodisation proposée par Laurent Pinon, Livres de Zoologie de la Renaissance : une anthologie (1450-1700), 1995, p. 16-18.

[4] D’une part, la perspective érudite se retrouve, tel que nous l’avons évoqué dans le chapitre précédent, dans les ouvrages de naturalistes du XVIIe siècle qui poursuivent la visée encyclopédique des zoologistes de la Renaissance — par exemple chez Jan Jonston (Historiae naturalis de quadrupedibus libri, 1657) et Juan-Eusebio Nieremberg (Historiae Naturae, maximae peregrinae, 1635). D’autre part, la perspective empirique privilégie les monographies d’espèces prises isolément, à la manière des Mémoires pour servir à l’Histoire naturelle des Animaux (1733) de Claude Perrault. Comme nous l’avons mentionné précédemment (supra, p. 388, note 42 et p. 390, note 50), ce « renouveau fondamental de l’histoire naturelle, par la pratique systématique de l’observation et de l’expérience anatomique sur les animaux », qui annonce une histoire naturelle plus « critique, raisonnée, fondée sur l’expérience » (Patrick Dandrey, La fabrique des fables, 1991, p. 129), constitue en quelque sorte les prémices des descriptions anatomiques qui accompagnent les planches de l’Histoire des quadrupèdes. Si Buffon a peu commenté l’histoire naturelle particulière de Perrault dans ses « tableaux d’histoire » — ce sera évidemment davantage le cas pour Daubenton —, il était probablement conscient de l’importance de la perspective empirique pour les voyageurs qui devaient décrire et illustrer les espèces épiées dans leur milieu naturel.

[5] Patrick Dandrey, La fabrique des fables, op. cit., p. 130.

[6] Buffon, « La Giraffe », HN, XIII, 1765, p. 8.

[7] Id.

[8] À cette exception notable où Buffon concède, en note, que l’élégance stylisque peut parfois supporter la justesse de la description : « Voyez l’Histoire naturelle des Voyages, tome V, page 86. M. l’Abbé Prevost qui, comme tout le monde sait, écrit avec autant de chaleur que d’élégance, y fait une très-belle description du lion, de ses qualités & de ses habitudes naturelles » (« Le Lion », HN, IX, 1760, p. 24). Il faut préciser toutefois queBuffon se réfère ici à une synthèse critique et monumentale d’une multitude de récits de voyages antérieurs, réalisée par Antoine-François Prévost d’Exiles, dit l’abbé Prévost (1697-1763) : Histoire générale des voyages ou Nouvelle collection de toutes les Relations de voyages par mer et par terre qui ont été publiées jusqu’à présent dans les différentes langues de toutes les nations connues, Paris, Didot, 1746-1789, 20 vol. Prévost n’est donc pas un voyageur, mais, comme Buffon, le compilateur critique qui peut exercer son génie artistique à esthétiser le récit des autres, tout en sollicitant son génie scientifique pour, d’une part, en réorganiser le contenu et l’enrichir de notes et de commentaires, et, d’autre part, proposer une synthèse inédite. Buffon ne se réfère que rarement à l’Histoire générale des voyages dans toute l’Histoire des quadrupèdes, souvent pour souligner les qualités stylistiques de l’abbé Prévost : « Ces deux exemples suffisent pour donner une idée de la force de ces animaux ; on trouvera quantité de pareils faits dans l’Histoire générale des voyages, où M. l’abbé Prevost a présenté avec avantage & avec cette netteté de stile qui lui est ordinaire, un précis de tout ce que les Voyageurs ont rapporté de l’hippopotame » (« L’Hippopotame », HN, XII, 1764, p. 42). Parfois, Buffon se montre plus critique et reproche à Prévost d’avoir confondu, au « Tome VI, pages 565 & 603 », « les hermines grises de la Tartarie orientale & du nord de la Chine » avec « nos belettes & […] nos hermines » (« L’Hermine ou le Roselet », HN, VII, 1758, p. 242). Et parfois, il utilise dans sa rhétorique de la preuve certains passages de véritables récits de voyage écrits en langue étrangère, traduits en français par Prévost (voir notre développement, infra, p. 568, note 143).

[9] « It was in the explorer’s implementation of a method of discovery based on a willed nonmetamorphic scrutiny of the particulars of this world that truth telling was elevated to aesthetic status » (Barbara Maria Stafford, Voyage into Substance. Art, Science, Nature, and the Illustrated Travel Account, 1760-1840, 1984, p. 1 [nous soulignons]).

[10] Nous pensons tant aux textes du XVIIe siècle, comme La terre australe connue (1676) de Gabriel de Foigny, qu’aux récits fantastiques du XVIIIe, tels les romans utopiques La découverte australe (1781) de Restif de la Bretonne et l’Icosaméron (1788) attribué à Casanova, qui sont tous du registre de la fiction. De plus, il ne saurait être question ici de ces voyageurs du XIXe siècle qui produiront des œuvres essentiellement lyriques, tel Eugène Fromentin avec Un été dans le Sahara (1856) ou Une année dans le Sahel (1858).

[11] Anonyme, « Préface du traducteur », dans Andrew Sparrman, A Voyage to the Cape of Good Hope, 1785, vol. I, p. iii-iv. Cette édition est une traduction depuis l’original suédois.

[12] Selon Sprat, le voyageur philosophe qui possède « the Genius of Experimenting » devrait être en mesure de séparer « the knowledge of Nature, from the colours of Rhetorick, the devices of Fancy, or the delightful deceit of Fables » (The History of the Royal-Society of London, for the Improving of Natural Knowledge, 1702, p. 62 et 71 [souligné dans le texte]).

[13] Barbara Maria Staford, Voyage into Substance, op. cit., p. 486.

[14] Ibid., p. 40.

[15] Anonyme, « Préface du traducteur », dans Andrew Sparrman, A Voyage to the Cape of Good Hope, vol. I, p. v-vi.

[16] Ibid., p. vii.

[17] Thierry Hoquet, Buffon : histoire naturelle et philosophie, 2005, p. 629 [nous soulignons].

[18] Anonyme, « Préface du traducteur », dans Andrew Sparrman, Voyage to the Cape of Good Hope, vol. I, p. iv-v [nous soulignons].

[19] Ibid., p. vi.

[20] Madeleine Pinault-Sørensen, Dessiner la nature. Dessins et manuscrits des Bibliothèques de France XVII e -XVIII e -XIX e siècles, 1996, p. 11.

[21] Id.

[22] Barbara Maria Stafford, Voyage into Substance, op. cit., p. 51.

[23] « An illustration, therefore, is a picture of the world inserted into a verbal text, and represents a gesture toward semiotic wholeness » (id.). Nous partageons en ce sens l’opinion de Barbaria Maria Stafford, qui se rapproche de la « description complète » de chaque animal proposée par Buffon : association entre le « tableau d’histoire », la description anatomique et la planche qui donne le portrait optimal de « l’économie » d’une espèce animale.

[24] Ibid., p. 451.

[25] « […] a unique and fruitful relationship was forged between the creative and the empirical adventure of scientific investigation » (ibid., p. 55-56).

[26] « By this felicitous alliance, art was liberated from its derisory consortment with empy fancying and was elevated to the task of picturing reality » (ibid., p. 445).

[27] « […] the new internal eye is ‘‘faceted’’, and its prisms are brought to bear not on objects but on sensations experienced in depth and in evolution during the course of a long voyage » (ibid., p. 443 [nous soulignons]).

[28] Nous traduisons l’expression « conveyor of visual information » (ibid., p. 440).

[29] Id.

[30] Thierry Hoquet, Buffon : histoire naturelle et philosophie, op. cit., p. 629.

[31] Buffon, « Le Coendou », HN, XII, 1764, p. 418.

[32] Thierry Hoquet, Buffon : histoire naturelle et philosophie, op. cit., p. 632.

[33] Buffon, « Le Rhinocéros », HN, XI, 1764, p. 183.

[34] Id. [nous soulignons]

[35] Ibid., p. 178. James Parsons (1707-1770), médecin londonien, membre de la Royal Society, avait notamment inspiré Buffon dans la section « De l’Age viril. Description de l’Homme » (HN, II, 1749, planche VIII, p. 536). Les cinq figures représentant des expressions liées à la physiognomonie sont tirées de la dissertation Human Physionomy explain’d in the Crounian Lectures on Muscular Motion (London, C. David), publiée par Parsons en 1747.

[36] Buffon, « Le Rhinocéros », HN, XI, 1764, p. 178.

[37] Daubenton, « Description du Rhinocéros », HN, XI, 1764, p. 198.

[38] Id.

[39] Buffon, « Addition à l’article du Rhinocéros », SHN, III, 1776, p. 297. Pour de plus amples détails sur ce célèbre pensionnaire, un rhinocéros indien (Rhinoceros unicornis) mâle arrivé, depuis le nord du Bengale, à la ménagerie de Versailles le 11 septembre 1770, on pourra consulter avec profit : L. C. Rookmaaker, « Histoire du rhinocéros de Versailles (1770-1793) », Revue d’histoire des sciences, 1983, vol. XXXVI, nos 3-4, p. 307-318. Buffon serait venu observer l’animal « à trois occasions au moins » (ibid., p. 308).

[40] Buffon, « Addition à l’article du Rhinocéros », SHN, III, 1776, p. 298.

[41] L’animal, disséqué à Paris, fut l’objet de 38 dessins anatomiques. Les résultats de cette dissection n’ont été publiés qu’en 1804 par Cuvier.

[42] Georges Cuvier rapporte que la bête « tua deux jeunes gens qui s’étaient imprudemment introduits dans son parc » (« Le rhinocéros unicorne. Rhinoceros unicornis », dans Étienne de Lacépède, La Ménagerie du Muséum national d’Histoire naturelle, Paris, Miger, Patris, Gilbert, Grandcher & Dentu, 1804, p. 5).

[43] Quelques schémas et photos de cette « éminence intermolaire » sont inclus dans l’article de A. J. E. Cave, « Observations on rhinoceros tongue morphology », Journal of Zoology, 1977, no 181, p. 265-284. En page 281, l’auteur précise : « Palpation alone suffices to establish the non-epithelial nature of the intermolar eminence which thereby proves to be an intensely hard, unyielding, immobile lump, inseparable from the underlying tissue » [nous soulignons].

[44] Charles François Le Tellier, marquis de Montmirail (1734-1764), militaire et savant, membre de l’Académie des sciences qu’il présida à compter de 1763. Buffon le remercie à quelques reprises dans l’Histoire des quadrupèdes : « son goût pour les arts et les sciences, son zèle pour leur avancement sont fondés sur un discernement exquis & sur des connoissances très-étendues dans toutes les parties de l’Histoire Naturelle ; nous publierons donc, avec autant de plaisir que de reconnoissance, les bontés dont il nous honore & les lumières que nous lui devons ; l’on verra dans la suite de cet ouvrage, combien nous aurons d’occasions de rappeler son nom (« L’Éléphant », HN, XI, 1764, p. 76-77).

[45] Buffon, « Le Hamster », HN, XIII, 1765, p. 117-118. Buffon cite en note cet « Extrait d’une Lettre de M. le marquis de Montmirail à M. de Buffon, datée de Krumback, 31 juillet 1762 » : « Voici un Mémoire assez étendu sur l’espèce de mulot que l’on appelle Hamster dans ce pays, il m’a été fourni par M. de Waitz, Ministre d’État du Landgrave de Hesse-Cassel, qui joint aux qualités les plus propres à former un homme d’État le goût le plus vif pour l’Histoire Naturelle… il m’a envoyé en même-temps deux de ces animaux vivans, que je vous enverrai par la première occasion ». Nous n’avons trouvé aucune précision supplémentaire concernant M. de Vaitz (ou Waitz).

[46] Buffon, « Le Hamster », HN, XIII, 1765, p. 125.

[47] Voir supra, p. 343, note 154.

[48] L’anatomie comparée établira que, chez les rongeurs appartenant au sous-ordre des Sciuromorphes, l’arcade zygomatique est essentiellement formée par l’os zygomatique ; alors que chez les Myomorphes, il y a plutôt une longue apophyse zygomatique de l’os maxillaire, qui forme la majeure partie de l’arcade zygomatique. Pour un schéma représentant cette différence, voir Jean Piérard, Mammalogie. Mammifères du Québec, 1983, p. 36-37.

[49] Buffon, « Le Bobak et les autres Marmottes », HN, XIII, 1765, p. 136.

[50] Id.

[51] Ibid., p. 137.

[52] Buffon, « Les Orangs-outangs ou le Pongo & le Jocko », HN, XIV, 1766, p. 44. L’orang-outang et le chimpanzé sont des singes sans queue originaires de l’Ancien Monde (super-famille des Catarhiniens). Le chimpanzé est classé, comme l’homme dans la famille des Hominidés, alors que l’orang-outan est classé dans celle des Pongidés.

[53] Le premier orang-outan « jamais parvenu vivant sur le sol de l’Europe » arriva à la ménagerie du stathouder Guillaume V d’Orange le 29 juin 1776. Il fallut attendre 1778 avant que le directeur du cabinet, Arnout Vosmaer, publie « une œuvre double […] illustrée par deux belles gravures sur cuivre d’après des originaux de peintre de la cour T. P. C. Haag » (Florence Pieters et Kees Rookmaaker, « Arnout Vosmaer, grand collectionneur de curiosités naturelles, et son Regnum animale », dans B. C. Sliggers et A. A. Wertheim, Le zoo du prince. La ménagerie du stathouder Guillaume V, 1994, p. 29).

[54] Buffon, « Les Orangs-outangs ou le Pongo & le Jocko », HN, XIV, 1766, p. 44.

[55] Id. Jacob de Bondt (1591 ou 1592-1631), dit Bontius, médecin et naturaliste néérlandais qui s’établit à Batavia (aujourd’hui Djakarta) où il s’intéressa à l’histoire naturelle de l’île de Java.

[56] Ibid., p. 44-45 [nous soulignons]. Buffon cite en note un extrait, en latin, tiré de l’Historiae naturalis et medicae Indiae orientalis en indiquant comme référence le chapitre XXXII aux pages 84 et 85. Selon Stéphane Schmitt, Buffon citerait cet ouvrage de Bontius « dans Willem Pison, De Indiae utriusque re naturali et medica libri quatuordecim, quorum contenta pagina sequens exhibet, Amsterdam, Louis et Daniel Elsevier, 1658 » (dans Buffon Œuvres, op. cit., p. 1564, note 1).

[57] Buffon, « Les Orangs-outangs ou le Pongo & le Jocko », HN, XIV, 1766, p. 46. Buffon indique précisément le passage incriminé dans la dixième édition du Systema naturae : « Homo nocturnus. Homo silvestris Orang-outang Bontii. […] Habitat in Javæ, Amboinæ, Ternatæ speluncis. Linn. Syst. nat. edit. X, pag. 24 » (ibid., p. 45).

[58] Ibid., p. 46-47 [nous soulignons, excepté homme nocturne souligné dans le texte]. Buffon renvoie en note pour ces « indications plus précises » à l’ouvrage d’Edward Tyson, The anatomy of a Pygmie, London, 1699. Edward Tyson (1650-1708), médecin et gouverneur du Bethlem Royal Hospital à Londres, est considéré comme l’un des fondateurs de l’anatomie comparée. Buffon insistera notamment sur les qualités du « célèbre Anatomiste Anglois, qui a fait une très-bonne description, tant des parties extérieures qu’intérieures de l’orang-outang » (« Les Orangs-outangs ou le Pongo & le Jocko », HN, XIV, 1766, p. 47) en se référant à l’ouvrage Orang-outang, sive, Homo sylvestris, or, The anatomy of a pygmie compared with that of a monkey, an ape, and a man (London, Bennet, Brown and Hunt, 1699). Tyson sera souvent convoqué dans l’Histoire des quadrupèdes de manière élogieuse ; ses ouvrages et monographies sont des sources privilégiées que Buffon utilise régulièrement dans sa rhétorique de la preuve.

[59] Buffon, « Animaux communs aux deux Continens », HN, IX, 1760, p. 122.

[60] Ibid., p. 121.

[61] Ibid., p. 123. Dans la 4e édition du Systema Naturæ, (Paris, M.-A. David, 1744, p. 63), l’homme était en effet rangé, avec le pangolin, dans le premier ordre des Anthropomorpha. Buffon avait déjà insisté sur cette classification linnéenne « non seulement arbitraire mais encore très-mal imaginée » dans le « Premier discours » (HN, I, 1749, p. 39 [nous soulignons]).

[62] Buffon, Animaux communs aux deux Continens », HN, IX, 1760, p. 124. Dans la 10e édition du Systema Naturæ, (Stockholm, L. Salvius, 1758, p. 20 et 24), Linné distingue deux espèces dans le genre Homo : Homo diurnus (l’être humain) et Homo nocturnus (l’orang-outan).

[63] Ibid., p. 124-125 [nous soulignons].

[64] Buffon, « Les Orangs-outangs ou le Pongo & le Jocko », HN, XIV, 1766, p. 53-54.

[65] Ibid., p. 55 [nous soulignons].

[66] Buffon cite alors, en note, une dizaine de relations de voyage écrites par autant de voyageurs tombés aujourd’hui dans l’oubli (ibid., p. 56-59).

[67] Alexandre Olivier Œxmelin, cité dans Buffon, « L’Ouarine et l’Alouate », HN, XV, 1767, p. 10 [nous soulignons].

[68] Id. Œxmelin ou Exquemelin fit publier le récit de ses aventures dans les îles de la mer des Caraïbes sous le titre : Histoire des aventuriers qui se sont signalés dans les Indes, Paris, J. Le Febvre, 1686, 2 vol. Buffon cite ici le « tome II, page 251 & suivantes » (ibid., p. 11). Les alouates ou « singes hurleurs » sont des singes d’Amérique tropicale (super-famille des Platyrrhiniens), à longue queue préhensile, qui appartiennent à la famille des Atélidés. Le genre Alouatta comprend plusieurs espèces, qui varient selon la couleur du pelage.

[69] Buffon, « Le Petit-Gris », HN, X, 1763, p. 116.

[70] Ibid., p. 116-117.

[71] Ibid., p. 117. Buffon avait encore vu juste car, même si la génétique de ces rongeurs appartenant au genre Sciurus n’est pas encore bien connue de nos jours (on compte plus de 280 espèces différentes), il est clairement établi que l’écureuil gris ou noir (Sciurus carolinensis) — originaire de l’Amérique du Nord —, et l’écureuil roux (Sciurus vulgaris) — originaire d’Europe — ne se sont jamais mêlés malgré l’introduction de chacune de ces espèces dans le continent étranger. Mentionnons de plus la juste hypothèse de Buffon qui avait proposé, d’après ses nombreuses lectures, « comme une chose […] très-vraisemblable » (ibid., p. 122) que l’écureuil noir et l’écureuil gris étaient de la même espèce.

[72] Buffon, « Le Petit-Gris », HN, X, 1763, p. 117-119 [nous soulignons].

[73] Jean-François Regnard, cité dans ibid., p. 118. Le Voyage de Laponie, se trouve dans Œuvres de M. Regnard, Paris, Compagnie des Libraires, 1742, t. I. Selon Martin Wålhberg, l’ouvrage de Regnard serait en grande partie une réécriture libertine du Lapponia de Jean Scheffer (Francfort, 1673), ce qui expliquerait par exemple les séquences où l’aventurier écrit avoir vu skier les Lapons, alors qu’il ne séjourna dans cette contrée nordique qu’en été (1681), « période où il n’y a jamais de neige » (« L’anthropologie des Lumières et le l’hospitalité lapone — Regnard, Buffon, Maupertuis, Voltaire, Sade », SVEC, 2007 : 12, p. 283).

[74] Buffon, « Le Petit-Gris », HN, X, 1763, p. 120 [nous soulignons]. Buffon renvoie notamment à Klein « de quadrup. pag. 53 ». Jacob Theodor Klein (1685-1759), naturaliste prussien qui publia de nombreux ouvrages de zoologie, dont le Quadrupedum dispositio brevisque historia naturalis (Leipzig, Jonas Schmidt, 1751), auquel se réfère régulièrement Buffon dans les notes liminaires introductives à ses « tableaux d’histoire ». Par contre, comme Buffon ne critique à peu près jamais le renommé professeur de Dantzig — peut-être par respect pour un des rares naturalistes à s’être opposé à la systématique linnéenne ? — nous n’avons pas cru bon trop insister sur le « Buffon lecteur » de Klein. Le même commentaire pourrait être transposé au « Buffon lecteur » de Brisson.

[75] Buffon, « Le Petit-Gris », HN, X, 1763, p. 119.

[76] Buffon, « Le Musc », HN, XII, 1764, p. 361.

[77] Id. Voir au chapitre précédent, supra, p. 509.

[78] Buffon, « Le Musc », HN, XII, 1764, p. 365.

[79] Ibid., p. 365-366 [nous soulignons].

[80] Ibid., p. 366-367 [nous soulignons].

[81] Buffon, « Du Musc », SHN, VI, 1782, p. 221.

[82] Id.

[83] Id.

[84]  Ibid., p. 224. Buffon ajoute en note la source précise : « Mémoires de l’Académie des sciences, année 1772, seconde partie, page 215 & suivantes ».

[85] Dessin de Jacques de Sève, gravure de Catherine Haussard, SHN, VI, 1782, planche XXIX, p. 232. À noter que, dans l’édition princeps que nous avons consultée, la planche est incorrectement insérée à cette position, alors qu’elle devrait plutôt se trouver, tel qu’annoncé en son coin supérieur droit, après la page 228. De plus, la gravure n’est étonnamment pas signée, ni par le dessinateur, ni par le graveur. Afin de fournir une reproduction de qualité, nous avons commandé et reçu la gravure ci-dessus qui porte étrangement la mauvaise tomaison, un numéro de planche et une pagination différentes de celle de l’édition que nous avions consultée, de même que la signature du dessinateur et du graveur ; les deux dessins sont par ailleurs identiques.

[86] Buffon, « Table des auteurs et des voyageurs, cités dans cet ouvrage », HN, XV, 1767, p. xxxvii-xliv [nous soulignons].

[87] Dans ce dernier cas, la méprise est partielle car le nom de Klein apparaît à la page précédant celle indiquée dans la « Table ». Mais les informations sont plutôt limitées : un simple renvoi en tête de l’article, en note, au « de quadrup. pag. 77 » (Buffon, « Le Lynx ou Loup-cervier », HN, IX, 1760, p. 231). Au lecteur de chercher la référence complète, qui n’apparaît nulle part ailleurs : Quadrupedum dispositio brevisque historia naturalis, Leipzig, Jonas Schmidt, 1751.

[88] Buffon, « Le Jaguar », HN, IX, 1760, p. 204. Encore une fois, il faut revenir quelques pages auparavant, en tête d’article, pour trouver, en note : « Marcgravius, Hist. Brasil. pag. 235 »(ibid., p. 201). Au lecteur de comprendre qu’il s’agit de l’ouvrage : Historia naturalis Brasiliae (Leyde, Hackium, & Amsterdam, Elzevier, 1648 [éd. Johannes de Laët]). Encore faut-il savoir que Marcgrave, parfois appelé Marcgraf, médecin originaire de Saxe est considéré comme un des explorateurs les plus importants du XVIIe siècle, parcourut le Brésil et la Nouvelle-Guinée où il trouva la mort avant d’avoir publié ses notes. C’est Johannes de Laët qui réussit à décrypter le code qu’utilisait Marcgraf dans ses cahiers qu’il publia dans le cinquième volume de son Historia naturalis Brasiliae,agrémenté de 55 figures. Les gravures accompagnant l’ouvrage étaient cependant si sommaires que la détermination précise des espèces représentées est le plus souvent « délicate ». Ses descriptions, toutefois, furent une source fiable pour les naturalistes du XVIIIe siècle comme John Ray, Johann Friedrich Gmelin ou Carl von Linné et, bien sûr, Buffon.

[89] Stéphane Schmitt, « Introduction », dans Buffon, Œuvres, op. cit., p. LIV.

[90] Buffon n’hésite jamais à faire amende honorable. Autre preuve d’une humilité trop souvent négligée par la critique : après avoir écrit, dans le septième volume de l’Histoire naturelle, que l’hermine était une bête que l’on ne pouvait apprivoiser, Buffon avoue plutôt, après avoir pris connaissance d’une lettre écrite par Madame la comtesse de Noyan, datée du 20 juillet 1771, puis d’une autre rédigée par M. Giely de Mornas — tous deux relatant leur propre expérience où chacun avait domestiqué une hermine —, ne pas s’être occupé assez « de l’éducation […] des hermines » (« Addition aux articles de la Belette & de l’Hermine, du Suricate, de la Mangouste & du Vansire », SHN, III, 1776, p. 165), pour adopter finalement les mêmes conclusions que ses deux correspondants.

[91] Stéphane Schmitt, « Introduction », dans Buffon, Œuvres, op. cit., p. LIV.

[92] Id.

[93] Buffon, « Discours sur la nature des Animaux, HN, IV, 1753, p. 101.

[94] Ibid., p. 102. Pour de plus amples remarques sur l’instinct des animaux selon Buffon, voir notre commentaire concenrant les Lettres sur les animaux, de Charles-Georges Leroy, supra, p. 217sq.

[95] Id.

[96] Ibid., p. 102-103 [nous soulignons].

[97] Buffon, « L’Asne », HN, IV, 1753, p. 397.

[98] Plus précisément : Voyages de M. le chevalier de Chardin en Perse, et autres lieux de l’Orient, Amsterdam, J.-L. de Lorme, 1711. Jean Chardin (1643-1713), voyageur français qui, après deux séjours en Orient (1665-1670 et 1671-1681), s’établit à Londres où il travailla pour la Compagnie des Indes. Selon Stéphane Schmitt, ses récits furent longtemps considérés « comme l’une des sources les plus fiables sur la Perse et les régions voisines » (dans Buffon, Œuvres, op. cit., p. 1454, note 4).

[99] Buffon, « L’Asne », HN, IV, 1753, p. 397.

[100] Ibid., p. 399.

[101] Il s’agit des Voyages de M. Shaw, M. D. dans plusieurs provinces de la Barbarie et du Levant, La Haye, J. Neaulme, 2 vol., 1743. Thomas Shaw (v. 1694-1751) parcourut la Syrie, le Liban et l’Égypte dans les années 1720, de même que l’Afrique du Nord en 1727. Après son retour en Angleterre et son admission à la Royal Society, il publia le récit de ses voyages.

[102] Plus précisément : Voyage de Guinée, contenant Une Description nouvelle & très-exacte de cette Côte où l’on trouve & où l’on trafique l’or, les dents d’Elephant, & les Esclaves, Utrecht, A. Schouten, 1705. Le Hollandais Willem Bosman (né en 1672) s’engagea dans la Compagnie des Indes orientales et séjourna pendant une quinzaine d’années en Afrique de l’Ouest. Selon Stéphane Schmitt, il rédigea « l’une des descriptions les plus complètes de son temps des côtes du Golfe de Guinée » (dans Buffon, Œuvres, op. cit., p. 1482, note 188).

[103] Buffon, « L’Asne », HN, IV, 1753, p. 400. Il s’agit des Voyages de Pietro Della Valle, gentilhomme romain, dans la Turquie, l’Égypte, la Palestine, la Perse, les Indes orientales, et autres lieux, Rouen, R. Machuel, 8 vol., 1745 [nouvelle édition revue, corrigée et augmentée]. Pietro Della Valle (1586-1652) visita l’Empire ottoman, la Perse et l’Inde de 1614-1624, avant de retourner dans sa Rome natale où il publia le récit de son séjour en Orient. Selon Stéphane Schmitt, cet ouvrage « eut beaucoup de succès et fut traduit en plusieurs langues » (dans Buffon, Œuvres, op. cit., p. 1419, note 92), dont l’édition française susmentionnée.

[104] Buffon, « L’Asne », HN, IV, 1753, p. 400. Cette Relation du voyage d’Adam Olearius en Moscovie, Tartarie et Perse d’Adam Œlschlaeger, dit Olearius (v. 1599-1671) — dont nous avons déjà fait mention (supra, p. 430, note 184) est erronément datée ici par Buffon de 1656. On devrait lire plutôt 1659, comme l’inscrit cependant correctement Buffon dans « Le Chameau et le Dromadaire », HN, XI, 1764, p. 241.

[105] Buffon, « L’Asne », HN, IV, 1753, p. 401. Il s’agit d’une volumineuse relation de voyage écrite par le dominicain français Jean-Baptiste Labat (1663-1738), qui passa plusieurs années aux Antilles : Nouveau voyage aux îles de l’Amérique, Paris, G. Cavelier, 6 vol., 1722. Buffon indique cependant les mauvaises pages qui sont plutôt, comme l’a relevé Stéphane Schmitt, « p. 393-394 » (dans Buffon, Œuvres, op. cit., p. 1528, note 40).

[106] Buffon, « L’Hyæne », HN, IX, 1760, p. 269.

[107] Buffon, « L’Élan & le Renne », HN, XII, 1764, p. 96.

[108] Ibid., p. 97.

[109] Peter Kolbe, Description du Cap de Bonne-Espérance, Amsterdam, Jean Catuffe, 3 vol., 1741. Les quadrupèdes sont traités dans le troisième volume.

[110] Stéphane Schmitt, dans Buffon, Œuvres, op. cit., p. 1483, note 205. Schmitt ajoute : « La publication de nouvelles relations dans la seconde moitié du XVIIIe siècle contribua à jeter du discrédit sur son œuvre, qui continua cependant d’influencer les voyageurs et les anthropologues ». Comme nous l’avons mentionné en début de chapitre, le Voyage to the Cape of Good Hope (1785) d’Andrew Sparrman permit de dissiper plusieurs imprécisions et erreurs de Kolbe.

[111] Buffon, « L’Hermine ou le Roselet », HN, VII, 1758, p. 242. Buffon indique en note la référence à la « Description du Cap de Bonne-Espérance, […] 1741, partie III, chap. VI, page 54 ».

[112] Peter Kolbe, Description du Cap de Bonne-Espérance, op. cit., p. 54 [souligné dans le texte].

[113] Buffon, « Le Lynx », HN, IX, 1760, p. 233. En note, le revoi indique le « tome III, page 63 » de la Description du Cap de Bonne-Espérance.

[114] Ibid., p. 234.

[115] Peter Kolbe, Description du Cap de Bonne-Espérance, op. cit., p. 63.

[116] Le lecteur attentif aura compris que l’animal décrit par Kolbe est assurément le caracal (voir notre développement, supra, p. 405sq.).

[117] Buffon, « Le Lynx », HN, IX, 1760, p. 233.

[118] Buffon, « Le Tamanoir, le Tamandua et le Fourmiller », HN, X, 1763, p. 159-160. Buffon renvoie en note à la « Description du cap de Bonne-espérance, […] tome III, page 43 ».

[119] Ibid., p. 159. Buffon renvoie, en note, au « Voyage de Desmarchais, tome III, page 307 ». Il s’agit du Voyage du Chevalier Des Marchais, publié par Jean-Baptiste Labat, dont nous avons déjà fait mention au chapitre précédent, supra, p. 513, note 233.

[120] Jean de Léry (v.1534-v.1613), protestant français qui écrivit : Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil, autrement dite Amérique, La Rochelle [en réalité Genève], A. Chuppin, 1578. Buffon ne donne cependant aucune information, en note, sur cet ouvrage.

[121] Johannes de Laët, Histoire du Nouveau Monde ou Description des Indes occidentales, Leyde, Elseviers, 1640. Buffon précise en note les « pages 485 & 556 ».

[122] Buffon indique, en note : « Mission en l’isle de Maragnon, […] page 248 ». Clément Foullon (dit père) Claude d’Abbeville (mort en 1632), capucin missionnaire au Brésil dont les remarques précieuses sont par ailleurs assombrie par une « crédulité […] déjà dénoncée au XVIIIe siècle » (Stéphane Schmitt, dans Buffon, Œuvres, op. cit., p. 1566, note 4). Le titre complet de son ouvrage est : Histoire de la mission des pères capucins en l’île de Maragnan et terres circonvoisines, Paris, F. Huby, 1614. Le fait que Buffon s’appuie sur cet opus non exempt de crédulité, pour diminuer celle de Kolbe, en dit long sur la méfiance qu’il entretient à l’endroit du voyageur allemand.

[123] Buffon renvoie, en note, à  : « Histoire des Indes, […] page 71 ». Giovanni Pietro Maffei (1535?-1603), jésuite érudit et écrivain italien, avait aussi traduit, en latin, la relation du père d’Acosta sur les Indes orientales. Il s’agit de l’ouvrage : L’Histoire des Indes orientales et occidentales, traduction par de Pure, Paris, R. de Ninville, 1665.

[124] Il y a bien un Johannes Faber qui fut évêque de Vienne au tournant des XIV et XVe siècles, mais il s’agit probablement plutôt de Johannes Faber (1574?-1629?), botaniste italien d’origine allemande, médecin du pape Urbain VII, qui participa à la fondation de la première société scientifique du monde, l’Accademia dei Lincei. Cependant, Buffon ne donne aucune précision et renvoie, ailleurs, à un vague « ouvrage de Jean Faber qui est à la suite de celui de Hernandès » (« La Civette & le Zibet », HN, IX, 1760, p. 300). Or ce Hernandès, parfois transformé Hernández (ou en Fernandès), au gré de Buffon, n’est pas plus facile à identifier avec certitude. D’après Stéphane Schmitt (dans Buffon, Œuvres, op. cit., p. 1583, note 76), il s’agirait de Francisco Hernández (1517-1587), médecin et naturaliste espagnol qui fut envoyé par Philippe II en Amérique du Sud afin d’y étudier la faune et la flore. Cette hypothèse est vraisemblable car, à sa mort, ses papiers furent recueillis et publiés par l’Academia dei Lincei, justement fondée par Faber. Vraisemblablement, le texte de Faber devrait donc suivre le Rerum medicarum Novae Hispaniae thesaurus (Rome, V. Mascardi, 1651) de Francisco Hernández, mais nous n’avons pas été en mesure de le vérifier.

[125] Juan Eusebio Nieremberg, Historia naturae, op. cit., « pag. 190 & 191 ».

[126] Le renvoi est : « Voyage de la rivière des Amazones, […] page 167 ». Charles-Marie de La Condamine (1701-1774), ami de Buffon, produisit, au retour d’une expédition, cet ouvrage considéré comme « l’une des meilleures relations scientifiques sur l’Amazonie » (Stéphane Schmitt, dans Buffon, Œuvres, op. cit., p. 1489, note 258), dont le titre complet est : Relation abrégée d’un voyage fait dans l’intérieur de l’Amérique méridionale, Paris, Veuve Pissot, 1745.

[127] Buffon, « Le Tamanoir, le Tamandua et le Fourmiller », HN, X, 1763, p. 160.

[128] Buffon, « Le Loir », HN, VIII, 1760, p. 164-165.

[129] Ibid., p. 165.

[130] Voir notre développement, supra, p. 392, note 63.

[131] Buffon, « Le Papion ou Babouin proprement dit », HN, XIV, 1766, p. 133.

[132] Id.

[133] Fabius Columna (ou Fabio Colonna), botaniste italien (1567-1650) qui avait contribué à apporter un peu d’ordre dans les ouvrages des auteurs anciens qui avaient traité des plantes. Si ses descriptions botaniques, comme ses illustrations, étaient considérées d'une très grande qualité, nous n’avons pu cependant identifier à quel ouvrage Buffon renvoie ici. Le seul élément concernant le titre de l’ouvrage de Columna, donné en début d’article, est un elliptique « aqua » (Buffon, « L’Hippopotame », HN, XII, 1764, p. 22).

[134] Buffon renvoie au « de quad. digit. vivip. pag. 181 & seq. » (id.)

[135] Prospero Alpini (1553-1617), médecin et botaniste italien qui avait passé trois années en Égypte. Buffon renvoie au quatrième livre du premier tome de l’ouvrage Historiæ Ægypti Naturalis pars Prima, Leyde, G. Potuliet, 1735.

[136] Buffon, « L’Hippopotame », HN, XII, 1764, p. 47-48 [nous soulignons].

[137] Peter Kolbe, Description du Cap de Bonne-Espérance, op. cit., p. 50.

[138] Ibid., p. 48. Buffon ajoute en note que ces figures représentant le cheropotame, qui se trouvent au tableau 22 de l’Historiæ Ægypti Naturalis, « paroissent avoir été faites d’après des peaux bourrées ». Nous n’avons pu avoir accès à cet ouvrage pour y consulter les illustrations.

[139] Peter Kolbe, Description du Cap de Bonne-Espérance, op. cit., p. 64 [extrait].

[140] Ibid., p. 14.

[141] Buffon, « L’Hippopotame », HN, XII, 1764, p. 49.

[142] Id.

[143] Id. [souligné dans le texte] Buffon renvoie en note à « Histoire générale des Voyages, tome V, page 95 ». Girolamo Merolla (mort en 1697), capucin italien, passa plusieurs années au Congo. Buffon ne semble pas citer l’original — Breve e succinta relazione del viaggio nel regno di Congo nell’Africa meridionale fatto dal P. Girolamo Merolla da Sorrento (1684-1688), Naples, F. Mollo, 1692 —, mais plutôt le compte-rendu traduit en français par l’abbé Prévost dans l’Histoire générale des voyages. Sur cet ouvrage, voir dans ce chapitre, supra, p. 530, note 8.

[144] Jean-Nicolas-Sébastien Allamand, cité dans Buffon, « Nouvelle addition à l’article de l’Hippopotame », SHN, VI, 1782, p. 73-74.

[145] Dessin de Jacques de Sève, gravure de Claude Baron, SHN, VI, 1782, planche IV, p. 76.

[146] Buffon, « L’Hippopotame », HN, XII, 1764, p. 24.

[147] Frederico Zerenghi, Hippopotamo, la vera descrittione dell Hippopotamo, Napoli, Constantino Vitale, 1603, in-4º.

[148] Buffon, « L’Hippopotame », HN, XII, 1764, p. 24.

[149] Ibid., p. 35.

[150] Ibid., p. 49.

[151] Jean-Nicolas-Sébastien Allamand, cité dans Buffon, « Nouvelle addition à l’article de l’Hippopotame », SHN, VI, 1782, p. 74.

[152] Buffon, « Addition aux articles du Cochon, du Sanglier du cap Verd ou Sanglier d’Afrique, du Babiroussa, du Pécari ou Tajacu », SHN, III, 1776, p. 76[souligné dans le texte].

[153] Jean-Sébastien-Nicolas Allemand, cité dans id.

[154] Dessin de Jacques de Sève, gravure de Madeleine Rousselet (veuve Tardieu), SHN, III, 1776, planche XI, p. 90.

[155] L’animal décrit par Buffon est le phacochère du Cap — Phacochoerus aethiopicus aethiopicus — qui s’est éteint au siècle dernier pour laisser place au Phacochoerus aethiopicus delamerei (ou phacochère du désert), commun dans la Corne de l’Afrique de l’Est. Selon les plus récentes analyses d’ADN mitochondriale, ce phacochère du désert est considéré par certains taxinomistes comme une espèce différente du phacochère commun — Phacochoerus africanus —, qui se retrouve également jusqu’aux extrémités Ouest et Sud du Continent africain.

[156] Buffon, « Addition aux articles du Cochon, du Sanglier du cap Verd ou Sanglier d’Afrique, du Babiroussa, du Pécari ou Tajacu », SHN, III, 1776, p. 76. Plus loin, il ajoute : « les grosses défenses que j’ai trouvées sur une tête énorme d’un sanglier, tué dans mes propres bois, il y a environ trente ans, défenses qui étoient presque aussi grosses que celles du sanglier du Cap, me laissent toujours dans l’incertitude, si ce sont en effet deux espèces différentes ou deux variétés de la même espèce, produites par la seule influence du climat & de la nourriture » (ibid., p. 84). Nous verrons ci-après que cette incertitude disparaîtra à la suite des commentaires formulés par Allamand.

[157] Ibid., p. 78.

[158] Ibid., p. 85. Les remarques du célèbre professeur de Leyde infléchiront profondément le jugement du seigneur de Montbard dans les volumes III, VI et VII du Supplément : « Dans le temps même que je revoyois la feuille précédente & que j’en corrigeois l’épreuve pour l’impression, il m’est arrivé de Hollande une nouvelle Édition de mon Ouvrage sur l’Histoire Naturelle, & j’ai trouvé dans le quinzième volume de cette édition, des additions très-importantes, faites par M. Allamand, dont je viens de parler. Quoique ce quinzième volume soit imprimé à Amsterdam en 1771, je n’en ai eu connoissance qu’aujourd’hui 23 juillet 1775, & j’avoue que c’est avec la plus grande satisfaction que j’ai parcouru l’édition entière qui est bien soignée à tous égards » (id.).

[159] Id.

[160] Jean-Sébastien-Nicolas Allamand, dans Buffon, « Addition De l’Éditeur hollandois (M. le Professeur Allamand). Du Sanglier d’Afrique », cité dans SHN, III, 1776, p. 86.

[161] Ibid., p. 87.

[162] Jean-Sébastien-Nicolas Allamand, dans Buffon, ibid., p. 89.

[163] Buffon, ibid., p. 91.

[164] Sur Seba, son ouvrage et la récupération de sa collection par Vosmaer pour le compte du Cabinet d’histoire naturelle du stathouder Guillaume V de Hollande, voir notre commentaire, supra, p. 460, note 72. L’exemplaire du premier volume du Thesaurus ou Locupletissimi rerum naturalium (1734) que nous avons consulté, en parfait état de conservation, nous a confirmé la qualité artistique impressionnante des gravures, nettement supérieure à celle des planches de l’Histoire des quadrupèdes ; cependant, comme nous le verrons dans cette section, la rigueur scientifique n’est pas toujours au rendez-vous…

[165] Buffon, « Le Tamanoir, le Tamandua et le Fourmiller », HN, X, 1763, p. 151.

[166] Buffon, « Le Tamanoir, le Tamandua et le Fourmiller », HN, X, 1763, p. 144 [souligné dans le texte].

[167] Id.

[168] Buffon renvoie aux planches XXXVII et XL du Thesaurus.

[169] Mentionnons que la famille des Myrmécophagidés compte également un troisième genre — Cyclopes — dont les sujets, beaucoup plus petits que les tamanduas (eux-mêmes de taille moindre que les tamanoirs) comptent seulement deux griffes à chaque membre thoracique : Cyclopes didactylus.

[170] Buffon, « Le Tamanoir, le Tamandua et le Fourmiller », HN, X, 1763, p. 145.

[171] Ibid., p. 146.

[172] Ibid., p. 147.

[173] Ibid., p. 148. Le tamandua n’est pas représenté dans les planches qui suivent les descriptions de Daubenton.

[174] Id.

[175] Ibid., p. 149.

[176] Dessin de Jacques de Sèves, gravure de Jean-Charles Baquoy, HN, X, 1763, planche XXIX, p. 164. Nous avons indiqué avec la flèche le fameux quatrième ongle (à peine perceptible) de ce fourmilier « tridactyle ».

[177] Dessin de Jacques de Sèves, gravure de Claude Baron, HN, X, 1763, planche XXX, p. 178.

[178] Albertus Seba, Locupletissimi rerum naturalium, op. cit., planche LVIII, p. 92-93 [extrait]. L’illustration est au quart de sa dimension originale.

[179] Buffon, « Les Tatous », HN, X, 1763, p. 215. La référence précise est donnée au début de la note : « Tatu seu Armadillo Americanus. Seba, vol. I, pag 45, Tab. 29, fig. 1 ». Nous avons reproduit la planche représentant le cachicame (ou tatou à neuf bandes) à la figure 52, supra, p. 516. Nous mettons au défi le lecteur de ne pas compter dix bandes plutôt que neuf au premier coup d’œil. La « vue courte » de Buffon aurait donc été capable de focaliser ponctuellement pour nous surprendre… à moins qu’il n’ait eu l’aide d’un collaborateur… possiblement Daubenton.

[180] Buffon répertorie, en plus du tatou à neuf bandes dont il est question ici, « L’Apar ou le Tatou à trois bandes » (« Les Tatous », HN, X, 1763, p. 206), « L’Encoubert ou le Tatou à six bandes » (ibid., p. 209), « Le Tatuète ou Tatou à huit bandes » (ibid., p. 212), « Le Kabassou ou Tatou à douze bandes » (ibid., p. 218) et « Le Cirquinçon ou Tatou à dix-huit bandes » (ibid., p. 220). Cette liste, loin d’être exhaustive — on reconnaît aujourd’hui près d’une vingtaine d’espèces de tatous répartis en neuf genres —, illustre en condensé le monumental travail de débroussaillage scientifique entrepris par le seigneur de Montbard.

[181] « Tatu porcinus, Tatu simpliciter, porcellus Cataphractus, Armadillo communiter. Klein, de quadrup. pag. 48. Nota. Que cet auteur suit à la lettre la description de Seba, & qu’il se trompe comme lui en donnant dix bandes au lieu de neuf à cet animal » (Buffon, « Les Tatous », HN, X, 1763, p. 215 [souligné dans le texte]). Il s’agit du Quadrupedum dispositio brevisque historia naturalis (1751) de Jacob Theodor Klein, dont nous avons déjà fait mention (supra, p. 550, note 74).

[182] Buffon, « Les Tatous », HN, X, 1763, p. 218. La référence précise apparaît en note : « Scutum osseum toto incumbens corpori tripartitum est. Seba, vol. I, pag. 47 ».

[183] Voir la figure 66, infra, p. 584.

[184] Buffon, « Les Tatous », HN, X, 1763, p. 218.

[185] Ibid., p. 225-226 [nous soulignons].

[186] Ibid., p. 218. La référence précise est ajoutée à cette note : « Seba, vol. I, pag. 47, Tab. 30, fig. n.os 3 & 4 ».

[187] Buffon, « Les Tatous », HN, X, 1763, p. 218.

[188] Ibid., p. 223. Dans le quinzième volume de l’Histoire naturelle, Buffon reproche similairement à Seba d’avoir mal nommé l’animal représenté à la « planche XLVIII, fig. 3 » de son Thesaurus. En effet, il ne pouvait s’agir du « Petit singe de Ceylan » car cet animal — le sajou ou capucin (du genre Cebus dans la taxonomie moderne) — « ne se trouve point à Ceylan, mais en Amérique » (« Le Sajou », HN, XV, 1767, p. 37).

[189] Directeur des mines de l’île d’Hispaniola de 1514 à 1523, il pratiqua l’esclavage avant de devenir historiographe des Indes occidentales et de publier : Sumario de la Natural Historia de las Indias, 1526. Buffon semble avoir consulté une des nombreuses traductions, ici latine, car il donne comme référence « Summarium Ind. Occid. »

[190] Historien espagnol, ami du célèbre conquistador Hernán Cortés, qui rédigea une histoire de la conquête du Mexique très favorable aux Espagnols, sous le titre Historia de la conquista de México (1552). Deux éditions récentes sont disponibles : Historia de la conquista de México, prólogo y cronología de Jorge Gurría Lacroix, Caracas, Biblioteca Ayacucho, 1984 ; La Conquista de México, ed. José Luis de Rojas, Madrid, Historia 16 (Crónicas de América), 1987. Il n’est pas certain que Buffon ait eu accès à ce texte, car il renvoie vaguement ici à « Hist. Mexican &c. ». D’après Stéphane Schmitt, Buffon cite sans doute Gómara depuis L’Écluse (ou Clusius), Exoticorum libri decem, Anvers, 1605 (dans Buffon, Œuvres, op. cit., p. 1611, note 1).

[191] Moine et voyageur français, il participa notamment à l’expédition menée par Villegagnon au Brésil, avant de revenir en France où il fut aumônier de Catherine de Médicis, puis historiographe et cosmographe du roi. Buffon ne mentionne pas ici l’ouvrage auquel il se réfère, mais il s’agit probablement de : Les singularités de la France antarctique, autrement nommée Amérique, et de plusieurs terres et isles découvertes de nostre tems, Paris, Héritiers de Maurice,1558.

[192] Historien espagnol qui publia entre 1601 et 1615 la Historia general de los hechos de los castellanos en las Islas y Tierra Firme del mar Océano que llaman Indias Occidentales. Buffon se réfère à la traduction française : Description des Indes ocidentales, Amsterdam, 1622.

[193] Buffon le nomme François Ximénes et ne donne pas, contrairement aux autres auteurs cités dans la séquence, l’ouvrage auquel il se réfère. Selon Stéphane Schmitt, Buffon cite probablement Jiménez d’après Marcgraf, Historia naturalis Brasiliae, op. cit. (dans Buffon Œuvres, op. cit., p. 1611, note 1).

[194] Buffon nomme Monard ou encore Nicholas Monardi ce médecin et botaniste espagnol qui est surtout connu pour son Historia Medicinal de las cosas que se traen de nuestras Indias Occidentales, publiée en trois parties (1565, 1571 et 1574). Buffon donne cependant comme renvoi « Simplicium Medic. hist. pag. 330 », sans année d’édition. Il s’agit probablement de l’ouvrage De simplibus medicamentis es Occidentalis India de latis gnorum in medicina usus est, Anvers, [s. é.], 1574.

[195] José de Acosta (1540-1600), jésuite espagnol connu comme le « Pline du Nouveau Monde », qui explora le Pérou dans le dernier tiers du XVIIe siècle. Buffon ne le précise pas, mais il pense certainement à l’Histoire naturelle et morale des Indes, tant orientales qu’occidentales […] traduite en français par Robert Regnault Cauxois, Paris, M. Orry, Paris, 1600.

[196] Buffon, « Les Tatous », HN, X, 1763, p. 224-225. Buffon mentionne, en notes, pour chacun des auteurs cités, le titre de l’ouvrage et la pagination qui se rapporte à son propos. Nous avons déjà commenté dans ce chapitre les autres auteurs de l’énumération qui précède, et avons cité leurs ouvrages.

[197] Willem Pison (1611-1678), médecin et naturaliste hollandais, considéré comme le fondateur de la médecine coloniale. Il accompagna Jean-Maurice de Nassau au Brésil, d’où il rapporta une vaste collection de spécimens. Outre le De Indiae utriusque re naturali et medica libri quatuordecim, quorum contenta pagina sequens exhibet (Amsterdam, Louis & Daniel Elsevier, 1658), il a publié aussi une Historia naturalis Brasiliae (Leyde & Amsterdam, 1648). C’est à ce deuxième ouvrage, « pag. 100 », que Buffon renvoie ici : « Pison, qui a écrit postérieurement à tous ceux que je viens de citer, est le seul qui ait mis en avant, sans s’appuyer d’aucune autorité, que les armadilles se trouvent aux Indes orientales » (« Les Tatous », HN, X, 1763, p. 225).

[198] Buffon, « Les Tatous », HN, X, 1763, p. 225 [nous soulignons]. Bien qu’il ne soit pas nommé dans ce passage, l’allusion à Seba est manifeste. Buffon lui reproche, comme à Pison, d’avoir mal imaginé le lieu d’origine des tatous.

[199] Id.

[200] Ibid., p. 230-231 [nous soulignons].

[201] Dessin de Jacques de Sève, gravure de Jean-Charles Baquoy, HN, X, 1763, planche XL, p. 262. À noter l’arrière-plan qui devrait suggérer un décor propre à l’Amérique méridionale. S’agit-il vraiment de vestiges qui pourraient se rapprocher des constructions d’une peuplade précolombienne maya ou guarani ? Nous n’en sommes pas convaincu. Ces incohérences fréquentes en arrière-plan des gravures de l’Histoire des quadrupèdes (telle la pagode chinoise derrière l’éléphant indien) ont été souligné notamment par Benoît De Baere (« Représentation et visualisation dans l’Histoire naturelle de Buffon », Dix-huitième siècle, 2007, no 39, p. 626-627). En fait, il s’agissait, pour le dessinateur, d’évoquer l’exotisme de ces bêtes lointaines, sans plus de souci d’exactitude. Il s’agit d’une rare faiblesse scientifique, récurrente, dans la fabrique buffonienne.

[202] L’opossum (dérivé du mot algonquin wapathemwa) ou sarigue est le nom donné aujourd’hui aux mammifères Marsupiaux américains de la famille des Didelphidés. Plusieurs genres sont regroupés dans cette famille, dont les plus populaires sont : Didelphis, Marmosa et Philander.

[203] Buffon, « Le Sarigue ou l’Opossum », HN, X, 1763, p. 279.

[204] Ibid., p. 279-280.

[205] Ibid., p. 280-281. Voir la figure 67, infra, p. 586. On remarque cette « ample cavité dans laquelle [le sarigue femelle] reçoit et alaite ses petits » ; nous avons indiqué à l’aide de flèches le « pouce » de chacun des membres pelviens du sujet représenté sur la gravure. Ce « pouce » est aussi bien représenté sur les éléments du squelette (voir la figure 68, infra, p. 587 [Fig. 4, segment A B E]). Nous avons indiqué, à l’aide d’une flèche, l’extrémité sans ongle de ce « pouce » ; comparez avec les autres doigts qui portent chacun un ongle.

[206] Buffon, « Le Sarigue ou l’Opossum », HN, X, 1763, p. 283.

[207] Ibid., p. 282-283. Sur Tyson, voir dans ce chapitre, supra, p. 545, note 58.

[208] Buffon, « Le Sarigue ou l’Opossum », HN, X, 1763, p. 284.

[209] Id. [nous soulignons]Buffon renvoie dans le texte au Locupletissimi rerum naturalium, op. cit., « Seba, vol. I, pag 64, pl. XXXIX ». Nous avons reproduit cette planche de Seba à la figure 69, infra, p. 588.

[210] Dessin de Jacques de Sève, gravure de Jean-Charles Baquoy, HN, X, 1763, planche XLVI, p. 334.

[211] Dessin de Jacques de Sève, gravure de A. J. De Fehrt, HN, X, 1763, planche LI, p. 334.

[212] Albertus Seba, Locupletissimi rerum naturalium, op. cit., planche XXXIX, p. 64 [reproduit au 3/5 de la grandeur originale].

[213] Buffon, « Le Sarigue ou l’Opossum », HN, X, 1763, p. 284-285 [nous soulignons, sauf Philandre, Opossum, Carigueya et Philandre oriental, soulignés dans le texte].

[214] Ibid., p. 286 [souligné dans le texte].

[215] Ibid., p. 286-287 [souligné dans le texte]. Voir cette planche XXXVI à la figure 70, infra, p. 590.

[216] Nous avons reproduit en vignette (figure 70, infra, p. 590) un agrandissement du membre pelvien droit du sujet représenté à la figure 1 de la planche XXXVI afin que le lecteur puisse déceler l’ongle incriminé…

[217] Albertus Seba, Locupletissimi rerum naturalium, op. cit., planche XXXVI, p. 56 [reproduit au 1/4 de la dimension originale]. Nous avons indiqué à l’aide d’une double flèche les figures 1 et 2 auxquelles Buffon renvoie. La vignette représente un agrandissement du membre pelvien droit du sujet en vue latérale droite. Une flèche pointe sur le petit ongle mal imaginé… Buffon semble avoir été particulièrement sensible au nombre de doigts mal imaginé par le « Dessinateur » de Seba, car il remarque aussi, dans une note à son article sur la chauve-souris d’Amérique : « M. Brisson s’est trompé en ne donnant à cette chauve-souris que quatre doigts aux ailes ; c’est la figure donnée par Seba qui l’a induit en erreur, elle ne présente en effet que trois doigts dans la membrane de l’aile, & un quatrième qui fait le pouce, mais c’est une faute du Dessinateur » (« La Chauve-souris fer-de-lance », HN, XIII, 1765, p. 226). Il s’agit de la planche LV du Thesaurus, que nous avons reproduite à la figure 19, supra, p. 412.

[218] François Valentijn (1666-1727), pasteur hollandais, naturaliste et explorateur qui effectua deux séjours aux Indes orientales (notamment sur le territoire de l’actuelle Indonésie) de 1685 à 1714. Il fit paraître, à son retour (1724-1726), un riche ouvrage illustré (5 tomes, 8 volumes, 1050 planches), souvent cité par Seba, mais qui fut souvent critiqué par les naturalistes du XVIIIe siècle. Buffon insiste sur « le peu de confiance que mérite en effet le témoignage de cet auteur » (« Le Sarigue ou l’Opossum », HN, X, 1763, p. 289), même si ce dernier a fait « imprimer en cinq volumes in-folio l’Histoire Naturelle des Indes Orientales » (ibid., p. 289-290 [souligné dans le texte]). Buffon précise, en note, le titre le titre du recueil de Valentijn : « Ond en nieuw Oost-Indien, &c. Dordrecht, Jean Braam, 1724 » (ibid., p. 290 [souligné dans le texte]). Le titre exact est : Oud en Nieuw Oost-Indiën vervattende een naaukeurige en uitvoerige verhandelinge van Nederlands mogentheyd in die gewesten (Dordrecht & Amsterdam, J. van Braam & G. onder de Linden).

[219] Buffon, « Le Sarigue ou l’Opossum », HN, X, 1763, p. 287-288 [nous soulignons].

[220] Les îles Solor font partie des Petites îles de la Sonde, en Indonésie, dans la province du Nusa Tenggara oriental.

[221] Buffon précise en note : « Hæc bursa ipse uterus est animalis, nam alium non habet, uti ex sectione illius comperi : in hâc semen concipitur & catuli formantur. Marcg. Hist. Brasiliens. pag. 223 » (« Le Sarigue ou l’Opossum », HN, X, 1763, p. 291). Sur cet ouvrage de Marcgraf, publié par Johannes de Laët,voir notre commentaire, supra, p. 555, note  88.

[222] Buffon précise en note : « Ex REITERATIS horum animalium sectionibus, alium non invenimus uterum præter hanc bursam, in quâ semen concipitur & catuli formantur. Pison, Hist. nat. Bras. pag. 323 » (« Le Sarigue ou l’Opossum », HN, X, 1763, p. 291). Sur cet ouvrage de Pison, voir notre commentaire, supra, p. 583, note 197.

[223] Petite île montagneuse située dans l’archipel des Moluques en Indonésie.

[224] Buffon, « Le Sarigue ou l’Opossum », HN, X, 1763, p. 290-291 [nous soulignons]. Daubenton ajoute, au terme de sa minutieuse description des organes reproducteurs du mâle et de la femelle : « On en fait déjà assez pour détruire l’erreur de Pison, qui prétendoit que le sarigue n’avoit point d’autre matrice que la poche qui est au dehors du corps ; il est bien confirmé qu’il a au moins une matrice à l’intérieur, & qu’il ne se trouve aucune communication entre cette matrice & la poche extérieure qui sert de retraite aux petits après leur naissance » (« Description du Sarigue », HN, X, 1763, p. 324).

[225] Buffon, « Le Sarigue ou l’Opossum », HN, X, 1763, p. 293.

[226] Ibid., p. 294.

[227] Ibid., p. 296 [souligné dans le texte].

[228] Il s’agit en effet des os épipubiens, caractéristiques des membres de l’ordre des Marsupiaux (mais présents aussi chez d’autres mammifères primitifs de l’ordre des Monotrèmes, tels les échidnés et les ornithorynques), qui font défaut à l’ensemble des mammifères placentaires (euthériens). Les os épipubiens représentés par les segments (O N) et (Q P) de la figure 3, sur la planche LI que nous avons présentée, supra, figure 68, p. 587). Mentionnons que les deux os épipubiens sont accompagnés d’une autre particularité spectaculaire : la femelle possède un vagin double, apte à recevoir le pénis bifide du mâle. Ces particularités anatomiques n’avaient évidemment pas échappé à Buffon — peut-être conscient que ces détails n’étaient pas pour déplaire au public libertin dans les salons — qui en fait mention (ibid., p. 302-303), de même qu’à Daubenton, qui en fait une description détaillée (« Description du Sarigue », HN, X, 1763, p. 318-324) en s’appuyant sur une dissection représentée dans la planche XLIX (reproduite à la figure 72, infra, p. 595).

[229] Ibid., p. 301-302.

[230] Dessin de Jacques de Sève, gravure de Claude Baron, HN, X, 1763, planche XLVII, p. 334. À noter les ouvertures anale (a b) et vaginale (Y Z), les trois mamelles (R S T) exposées par la dissection de deux replis rabattus (O N) afin de faciliter l’observation. On perçoit aussi la tête d’un petit sarigue (X) tétant sur une autre mamelle (V).

[231] Dessin de Jacques de Sève, gravure de Juste Chevillet, HN, X, 1763, planche XLIX, p. 334. À noter, dans le haut de la figure, l’anatomie standard : les ovaires (a a), les trompes utérines (d d), les cornes utérines (T) [intacte] et (V) [disséquée], de même que la vessie (I). Le long segment tubulaire non disséqué sur la portion droite de la structure anatomique [donc à gauche sur la figure car il s’agit d’une vue ventro-dorsale] représente le rectum (e) qui se termine par l’anus (h) ; les deux glandes périanales (f) [disséquée] et (g) [intacte] contiennent un liquide verdâtre malodorant qui peut être expluser en cas de danger. Maintenant, depuis la portion inférieure droite de la figure : les lèvres vaginales (A B), les branches du gland clitoridien (C D), le canal commun du vagin et de l’urètre (E) ; puis la fameuse bifurcation qui donne un canal vaginal droit (H H) [à gauche sur la figure] dont les parois (O O P P) ont été disséquées ; puis un canal vaginal gauche (G F) [à droite sur la figure] dont les parois n’ont pas été disséquées (N R).

[232] Buffon, « Le Sarigue ou l’Opossum », HN, X, 1763, p. 304. Buffon cite, en note, la page 220 de cet ouvrage — identifié quelques pages plus loin « Histoire de la Virginie, Amsterdam, [traduite de l’Anglois, Chez Thomas Lombrail], 1707 » (ibid., p. 306) — rédigé par Robert Beverley (1673-1722), riche planteur de la colonie anglaise de Virginie, favorable à la société exclavagiste : « J’ai vû moi-même de ces petits attachés à la tétine lorsqu’ils n’étoient pas plus gros qu’une mouche, & qui ne s’en détachoient qu’après avoir atteint la grosseur d’une souris ». Stéphane Schmitt propose plutôt, comme édition de cet ouvrage : « Paris, P. Ribou, 1707 » (dans Buffon, Œuvres, op.cit., p 1556, note 9). Cette dernière suggestion pourrait être exacte car l’orthographe de l’édition hollandaise diffère quelque peu et s’étend aussi à la page 221 : « J’ai vû moi-même de ces petits attachez à la tetine, lors qu’ils n’étoient pas plus gros qu’une Mouche, & qui ne s’en détachoient qu’après avoir ateint la grosseur d’une Souris ». L’édition princeps est cependant : History and Present State of Virginia, London, R. Parker, 1705.

[233] Buffon, « Le Sarigue ou l’Opossum », HN, X, 1763, p. 304 [nous soulignons].

[234] Ibid., p. 304-305 [nous soulignons].

[235] Pour illustrer l’importance de cette naissance prématurée, mentionnons qu’un « jeune opossum pèse approximativement 1/8400e du poids de sa mère ; par comparaison, un chiot pèsera 1/40e du poids maternel » (Jean Piérard, Mammalogie. Mammifères du Québec, 1983, p. 16).

[236] Buffon, « Le Sarigue ou l’Opossum », HN, X, 1763, p. 305 [souligné dans le texte]. Le genre Marmosa regroupe aujourd’hui neuf espèces de sarigues de petite taille, que l’on appelle communément opossums-souris, car ils ne mesurent pas plus de 10 centimètres de longueur. En comparaison, les plus gros sarigues, du genre Didelphis — dont le représentant le plus connu est l’opossum d’Amérique du Nord (ou opossum de Virginie) —, peuvent mesurer jusqu’à 85 centimètres.

[237] Buffon, « Le Sarigue ou l’Opossum », HN, X, 1763, p. 305.

[238] Ibid., p. 306. Buffon ne cite pas ici Beverley, mais il s’inspire probablement de la page 221 de l’Histoire de la Virginie (édition hollandaise), op. cit. : « D’ailleurs, on peut ouvrir cette Poche, & y regarder les petits, sans que cela fasse aucun mal à la Mere ».

[239] Ibid., p. 305-306 [nous soulignons].

[240] Dessin de Jacques de Sève, gravure de Louis Claude Legrand, HN, X, 1763, planche LIII, p. 348.

[241] Buffon, « La Marmose », HN, X, 1763, p. 335.

[242] Ibid., p. 335-336 [souligné dans le texte].

[243] Ibid., p. 335.

[244] Id. [souligné dans le texte] Buffon ajoute la référence exacte : « Seba, vol. I, pag. 46, Tab. 31, fig.1 & 2 ».

[245] Id.

[246] Id. [souligné dans le texte]

[247] Ibid., p. 337.

[248] Id.

[249] Id.

[250] Jean Piérard, Mammalogie. Mammifères du Québec, op. cit., p. 16.

[251] Buffon, « Le Cayopollin », HN, X, 1763, p. 350 : « Mus Africanus Kayopollin dictus. Seba, vol. I, pag. 39, Tab. 31, fig. 3. Nota. Qu’il y a erreur dans cette indication, cet animal n’étant pas d’Afrique, mais d’Amérique ». Il s’agit plutôt de la page 49 et non de la page 39.

[252] Buffon renvoie, en note, à : « Fernandès, Hist. Nov. Hisp. pag. 10 ». Sur cet ouvrage — Rerum medicarum Novae Hispaniae thesaurus (1651) de Francisco Hernández —, voir notre commentaire dans ce chapitre, supra, p. 563, note 124.

[253] Ici, Buffon renvoie correctement ici, en note, à la page 49 du Thesaurus de Seba, où se trouve effectivement le tableau 31 (« Le Cayopollin », HN, X, 1763, p. 351).

[254] La référence avait été donnée dans la note introductive de l’article : « Hist. nat. Peregrin. lib. IX, cap. V, pag. 158 ». Juan Eusebio Nieremberg, Historiae Naturae, maximae peregrinae, 1635.

[255] La référence avait été donnée dans la note introductive de l’article : « de quadrup. pag. 118 ». Jan Jonston, Historiae naturalis de quadrupedibus libri, 1657.

[256] Buffon, « Le Cayopollin », HN, X, 1763, p. 350-351 [nous soulignons]. Dans le même ordre d’idées, Buffon reprochera à Seba d’avoir donné, à la figure 1 (planche LII) du Thesaurus, le nom de « Porc-épic singulier des Indes orientales » au porc-épic d’Amérique (aujourd’hui nommé Erethizon dorsatum) : « ce ne seroit pas, comme on la vu, l’unique et première fois que Seba auroit donné pour Orientaux des animaux d’Amérique » (« L’Urson », HN, XII, 1764, p. 427). Voir notre figure 74 (infra, p. 602) où est représenté le « Porcus aculentus sylvestris sive Hystrix orientalis singularis ». Les espèces de porcs-épics européens font plutôt partie de la famille Hystricidés, alors que leurs cousins du Nouveau Monde appartiennent la famille des Éréthizontidés. À la décharge de Seba, tous appartiennent à l’ordre des Rongeurs (hystricomorphes), et ils se ressemblent passablement. En fait, Buffon attaque plutôt par réflexe la nomenclature de Seba, car il ne peut probablement pas faire la distinction uniquement d’après la planche du Thesaurus.

[257] Buffon, « Le Cayopollin », HN, X, 1763, p. 351-352.

[258] Ibid., p. 352.

[259] Lorsqu’il est menacé, l’opossum pousse des cris aigus et grogne en montrant les dents. Il peut aussi excréter un liquide verdâtre et malodorant de deux glandes situées de part et d’autre de l’anus (voir la figure 72, supra, p. 595: les glandes correspondent aux lettres f et g). En cas de danger grave, l’opossum tombe dans un état catatonique. Feignant d’être mort, il reste immobile, couché sur le côté, bouche ouverte » (Jacques Prescott et Pierre Richard, Mammifères du Québec et de l’est du Canada, op. cit., p. 26).

[260] Albertus Seba, Locupletissimi rerum naturalium, op. cit., vol I, planche LII, p. 84 [reproduit au 1/8 de la dimension originale]. À noter le désordre caractéristique des planches du Thesaurus où se côtoient quadrupèdes, oiseaux et reptiles, sans aucune discrimination.

[261] Le titre complet est : Natuurkundige beschryving eener uitmuntende verzameling van zeldsaame Gedierten, bestaande in Oost : en Westindische viervoetige Dieren, Vogelen en Slangen, weleer leevend, voarhanden geweest zynde, buiten den Haag, op het Kleine Loo van Z.D.H. den Prins van Oranje-Nassau, Amsterdam, B. Elwe, 1804.

[262] Sur Vosmaer et le cabinet d’histoire naturelle du stathouder Guillaume V, voir notre développement, supra, p. 460, note 72, de même que l’article de Florence Pieters et Kees Rookmaaker : « Arnout Vosmaer, grand collectionneur de curiosités naturelles, et son Regnum animale », dans B. C. Sliggers et A. A. Wertheim, Le zoo du prince. La ménagerie du stathouder Guillaume V, 1994, p. 11-38.

[263] Buffon, « Addition aux articles du Sarigue, de la Marmose & du Cayopolin », SHN, III, 1776, p. 268.

[264] Buffon, « Addition à l’article du Cochon, du Sanglier du cap Verd […]. Du Sanglier du cap Verd », SHN, III, 1776, p. 77. On ne sera pas surpris de voir le nom de Vosmaer à côté de celui du linnéen Peter Simon Pallas (1741-1811), car les deux collaboraient souvent au cabinet d’histoire naturelle de Hollande et avaient conjoint leurs efforts pour publier les deux derniers tomes du Thesaurus de Seba en 1759 et 1765 (voir encore à ce sujet, supra, p. 460, note 72).

[265] Dans SHN, III, 1776, planche XI, p. 90 (voir la figure 62, supra, p. 571). En effet, la cabinet du stathouder Guillaume V fut la première institution européenne à posséder un « sanglier d’Afrique » vivant.

[266] Buffon, « Addition aux articles des Chèvres. De la Grimm », SHN, III, 1776, p. 98.

[267] Buffon, « Addition aux articles du Lièvre & de l’Écureuil, avec […] le Taguan ou grand Écureuil volant. Du Taguan ou grand Écureuil volant », SHN, III, 1776, p. 153 (voir la figure 76, infra, p. 605).

[268] Id.

[269] Florence Pieters et Kees Rookmaaker : « Arnout Vosmaer, grand collectionneur de curiosités naturelles, et son Regnum animale », art. cit., p. 33.

[270] Dessin de Jacques de Sève, gravure de Madeleine Thérère Rousselet, SHN, III, 1776, planche XIV, p. 100.

[271] Dessin de Jacques de Sève, gravure de Menil (?), SHN, III, 1776, planche XXI, p. 156. Nous n’avons pu retracer le nom complet de ce graveur qui n’apparaît ni dans le « Répertoire des dessinateurs et graveurs » proposé par Stéphane Schmitt (dans Buffon, Œuvres, op. cit., p. 1649-1650), ni dans les quelques « Dessinateurs et graveurs » répertoriés par Thierry Hoquet (Buffon illustré, op. cit., p. 18-20), ni dans le troisième chapitre de la thèse d’Elizabeth Amy Liebman, intitulé « Making the Histoire naturelle » (Painting Natures : Buffon and the Art of the Histoire naturelle, 2003, p. 35-74).

[272] Buffon, « Addition à l’article de l’Unau et de l’Aï », SHN, III, 1776, p. 291 [nous soulignons]. Effectivement, les paresseux, bien qu’ils ne présentent aucune incisive, canine ou prémolaire, sont toutefois pourvus de quatre ou cinq petites molaires maxillaires et autant de molaires mandibulaires qui poussent lentement mais continuellement (Jean Piérard, Mammalogie. Mammiféres du Québec, op. cit., p. 51). Buffon demeure courtois, même si Vosmaer, en réponse au seigneur de Montbard qui venait de le ranger parmi le « Observateurs peu attentifs » (« Le Cochon de terre », SHN, VI, 1782, p. 230 ») avait écrit : « Seroit-ce, par exemple, une preuve d’exactitude, que de dire, comme il [Buffon] le fait, que le paresseux manque de dents, tandis que cet animal en est si bien fourni ? » (Monographie sur la Taupe dorée du Cap, Amsterdam, 1787, p. 8, traduit en français par M. E. Fabricotti-Vaute, dans Florence Pieters et Kees Rookmaaker, « Arnout Vosmaer, grand collectionneur de curiosités naturelles, et son Regnum animale », art. cit., p. 34).

[273] Arnout Vosmaer, « Description d’un Paresseux pentadactile du Bengale, page 5. Amsterdam, 1767 », cité dans Buffon, « Addition à l’article de l’Unau et de l’Aï », SHN, III, 1776, p. 290.

[274] Buffon, ibid., p. 291 [nous soulignons].

[275] Buffon, « Addition aux articles du Tamanoir, du Tamandua, du Fourmillier & des Tatous. Du Tamandua », SHN, III, 1776, p. 283.

[276] Encore une fois, Seba avait donné (figure 2 de la planche XXXVII dans le Thesaurus) une illustration d’un animal qu’il nomme « myrmécophage d’Amérique », mais qui n’a rien à voir avec le tamanoir, le tamandua ou le myrmidon. Nous n’avons malheureusement pas de reproduction de cette planche, mais, pour l’avoir consultée, il s’agit vraisemblablement de la reproduction d’un oryctérope du Cap, myrmécophage appartenant à l’ordre marginal des Tubulentidés, exclusivement africain (voir à ce sujet la conclusion du présent chapitre).

[277] Buffon, « Addition aux articles du Tamanoir, du Tamandua, du Fourmillier & des Tatous. Du Tamandua », SHN, III, 1776, p. 285.

[278] Pierre Marie Jean Flourens, Histoire des travaux et des idées de Buffon, 1850, p. 143[souligné dans le texte].

[279] Buffon, « Le Loris de Bengale », SHN, VII, 1789, p. 125 [souligné dans le texte]. Cependant, le renvoi n’est pas juste car l’article « Le Loris » est dans le volume XIII (HN, 1765, p. 210-225), et non dans le volume XV. Peut être la confusion est-elle due à une erreur d’inattention provoquée par le fait que les loris sont, comme les singes du Nouveau Monde auxquels est consacré l’essentiel du volume XV, des membres de l’ordre des Primates. L’erreur n’est peut-être pas la résultante d’un Buffon vieillissant distrait par la maladie, mais peut-être est-elle simplement due à l’inattention de Lacépède qui a organisé les articles de ce volume, publié après la mort de Buffon.

[280] Dessin de Jacques de Sève, gravure de Juste Chevillet, HN, XIII, 1765, planche XXX, p. 220.

[281] Voir à ce sujet : Florence Pieters et Kees Rookmaaker, « Arnout Vosmaer, grand collectionneur de curiosités naturelles, et son Regnum animale », art. cit., p. 27-29. Le « lavis sur dessin à la plume » de Schouman est reproduit à la page 27. Aart Schouman (1710-1792) fut « le plus important des artistes travaillant pour Vosmaer », et la « plupart des illustrations du Regnum animale […] furent gravées d’après des dessins de Schouman », qui était « particulièrement habile à donner l’illusion que l’animal représenté a été observé dans la nature » (Frans Grijzenhout, « ‘‘Dessiné sur le vif dans la ménagerie de Son Altesse’’. Les artistes et le jardin zoologique du prince Guillaume V », dans B. C. Sliggers et A. A. Wertheim, Le zoo du prince. La ménagerie du stathouder Guillaume V, op. cit., p. 76-79).

[282] Buffon, « Le Loris de Bengale », SHN, VII, 1789, p. 125 [souligné dans le texte].

[283] Thierry Hoquet, Buffon : histoire naturelle et philosophie, op. cit., p. 272.

[284] Buffon, « Le Loris de Bengale », SHN, VII, 1789, p. 127 [nous soulignons] (voir figure 78, infra, p. 610).

[285] Dessin de Jacques de Sève, graveur non identifié, SHN, VII, 1789, planche XXXVI, p. 124.

[286] Florence Pieters et Kees Rookmaaker, « Arnout Vosmaer, grand collectionneur de curiosités naturelles, et son Regnum animale », art. cit., p. 21.

[287] Ibid., p. 35.

[288] Id.

[289] Arnout Vosmaer, cité dans Buffon, « Le Loris de Bengale », SHN, VII, 1789, p. 127 [nous soulignons].

[290] Buffon, « Le Loris de Bengale », SHN, VII, 1789, p. 128.

[291] Arnout Vosmaer, cité dans Buffon, « Le Loris de Bengale », SHN, VII, 1789, p. 128. Voir cette planche XXXIV, représentant effectivement un affable paresseux didactyle (unau), que nous avons reproduite à la figure 56, supra, p. 527.

[292] Buffon, « Le Loris de Bengale », SHN, VII, 1789, p. 128-130 [nous soulignons].

[293] Pierre Marie Jean Flourens, Histoire des travaux et des idées de Buffon, op. cit., p. 141.

[294] Ibid., p. 130-131 [nous soulignons, sauf pentadctyle de Bengale souligné dans le texte].

[295] Ibid., p. 134 [nous soulignons].

[296] Voir la figure 79, infra, p. 614.

[297] Buffon, « Le Pecari ou le Tajacu », HN, X, 1763, p. 21 (voir la figure 80, infra, p. 615).

[298] Dessin de Jacques de Sève, [nom du graveur illisible], SHN, VII, 1789, planche XXXVII, p. 125. Nous avons indiqué à l’aide d’une flèche la canine mandibulaire droite, projetée vers l’avant [qui se situe, avec la canine mandibulaire gauche, de part et d’autre de quatre incisives malheureusement indétectables sur ce dessin] ; l’ensemble de ces six dents mandibulaires forment le « peigne » dont les Loridés se servent pour récupérer la gomme des arbres, qui leur sert de nourriture. À noter aussi les imposantes canines supérieures (dont une est exposée en arrière-plan devant un drapé), de même que le nombre impressionnant de grosses molaires. Rien à voir avec les paresseux quasi édentés !

[299] Dessin de Jacques de Sève, gravure de Jean-Charles Baquoy, HN, X, 1763, planche III, p. 50.

[300] Il s’agit de l’ouvrage publié par Jean-Baptiste Labat : Voyage du Chevalier Des Marchais en Guinée, îles voisines, et à Cayenne, fait en 1725, 1726 et 1727, op. cit. (voir supra, p. 513, note 233).

[301] Voyage de M. Wafer, où l’on trouve la description de l’isthme de l’Amérique, dans William Dampier, Voyage aux terres australes, à la NouvelleHollande, etc., Rouen, Machuel, t. IV, 1715. Lionel Wafer (1660?-1705?), chirurgien et corsaire gallois qui explora l’Amérique centrale et méridionale et participa à plusieurs expéditions avec Dampier (1652-1715), navigateur anglais dont l’intérêt pour les sciences naturelles fit de la relation de ses voyages « un précieux document sur les pays rencontrés » (Stéphane Schmitt, dans Buffon, Œuvres, op. cit., p. 1469, note 39).

[302] Ces noms se retrouvent encore dans la nomenclature actuelle, qui regroupe les espèces de pécaris dans l’ordre des Cétartiodactyles suiformes, au sein de famille des Tayassuidés, qui jouxte celles des Suidés (porcs et sangliers) et des Hippopotamidés. Trois genres différents sont employés pour les taxons de rang inférieur, dont le Pecari tajacu (pécari à collier) et le Tayassu pecari (pécari à lèvres blanches).

[303] Buffon renvoie entre autres à José de Acosta (1540-1600), Histoire naturelle et morale des Indes, tant orientales qu’occidentales, op. cit.

[304] Buffon, « Le Pecari ou le Tajacu », HN, X, 1763, p. 22.

[305] Ibid., p. 25-26 [souligné dans le texte].

[306] Buffon, « Animaux communs aux deux Continens », HN, IX, 1761, p. 103 : « tous les animaux qui ont été transportés d’Europe en Amérique […] y sont devenus plus petits ; & […] ceux qui n’y ont pas été transportés et qui y sont allés d’eux-mêmes, ceux en un mot qui sont communs aux deux mondes […] sont aussi considérablement plus petits en Amérique qu’en Europe & cela sans aucune exception ».

[307] Buffon, « Des Époques de la Nature », SHN, V, 1778, p. 179.

[308] Buffon, « De la dégénération des Animaux », HN, 1766, p. 373. Pour de plus amples détails sur l’évolution de la thèse de la dégénération dans l’Histoire des quadrupèdes, on pourra consulter avec profit Thierry Hoquet, « La nouveauté du Nouveau Monde du point de vue de l’histoire naturelle », Cromohs, 2005, no 10, p. 1-19 ; de même que Violeta Aréchiga Córdova, « El concepto de degeneración en Buffon », Ludus Vitalis, 1996, vol. IV, no 6, p. 55-73. Voir aussi notre article à paraître : « Le castor à la rescousse du pygargue à tête blanche : Buffon, Jefferson et la dégénération des animaux d’Amérique septentrionale », dans Influences et modèles étrangers en France (XVI e -XVIII e siècles), 2008, p. 150-172.

[309] Buffon, « De la dégénération des Animaux », HN, 1766, p. 373. p. 335.

[310] Ibid., p. 316.

[311] Thierry Hoquet, « La théorie des climats dans l’Histoire naturelle de Buffon », Corpus, 1998, no 34, p. 84.

[312] Buffon, « Le Pecari ou le Tajacu », HN, X, 1763, p. 22.

[313] Ibid., p. 22-23.

[314] Voir les figures 81, 82, et 83, infra, p. 620, 621 et 622, accompagnées par la description respective de Daubenton.

[315] Buffon, « Le Pecari ou le Tajacu », HN, X, 1763, p. 22.

[316] Ibid., p. 23. Buffon renvoie, dans la même page, aux « Transactions Philosophiques, numéro 153 » pour la description de Tyson, et, en note, au « Synops quadrup. pag. 99 » pour celle de Ray (Synopsis methodica animalium quadrupedum et serpentini generis, 1693).

[317] Buffon, « Le Pecari ou le Tajacu », HN, X, 1763, p. 23.

[318] Id.

[319] Daubenton, « Description du Pecari », HN, X, 1763, p. 32-33 [souligné dans le texte] (voir la figure 84, infra, p. 623, associée à cette description).

[320] Dessin de Jacques de Sève, gravure de Jean-Charles Baquoy, HN, X, 1763, planche IV, p. 50. Daubenton précise : « le caractère le plus particulier au pecari & le plus extraordinaire est un orifice assez grand, placé au dessus de la croupe (pl. IV, où le pecari est vû par-derrière pour faire paroître cet orifice) » (« Description du Pecari », HN, X, 1763, p. 27) [souligné dans le texte]). Ensuite, deux « agrandissements » de cette particularité sont données aux planches V et VI. Notons, sur la reproduction ci-dessus, gravée sur la ruine en arrière-plan, la figure d’un vieillard barbu avec une couronne de lauriers qui rappelle plus la Grèce ou la Rome de l’Antiquité que les fôrets d’Amérique centrale…

[321] Dessin de Buvée l’Amériquain, gravure de Pelletier, HN, X, 1763, planche V, p. 50. Nous n’avons pu retracer le nom complet de ce graveur qui n’apparaît ni dans le « Répertoire des dessinateurs et graveurs » proposé par Stéphane Schmitt (dans Buffon, Œuvres, op. cit., p. 1649-1650), ni dans les quelques « Dessinateurs et graveurs » répertoriés par Thierry Hoquet (Buffon illustré, op. cit., p. 18-20), ni dans le troisième chapitre de la thèse d’Elizabeth Amy Liebman, intitulé « Making the Histoire naturelle » (Painting Natures : Buffon and the Art of the Histoire naturelle, 2003, p. 35-74). Daubenton précise : « En enlevant la peau il s’est trouvé à l’endroit de l’orifice (A. pl. V) qui paroissait au dehors sur la croupe, à trois pouces neuf lignes de distance de l’anus (B), une très-grosse glande (C D vûe par dessus, pl. v ; & A B vûe par-dessous, pl. VI) » (« Description du Pecari », HN, X, 1763, p. 31). La planche VI est présentée à la page suivante.

[322] Dessin de Buvée l’Amériquain, gravure de Pelletier, HN, X, 1763, planche VI, p. 50.

[323] Dessin de Buvée l’Amériquain, gravure de A. J. De Fehrt, HN, X, 1763, planche VII, p. 50. La figure 2, montre bien les trois renflements de l’estomac unique chez cette espèce. La planche IX présente aussi l’estomac, mais disséqué cette fois. La complexité effarante de la description qui y est associée nous a convaincu de ne pas l’inclure ici, afin de prévenir les brûlements d’estomac chez notre lecteur…

[324] Peter Kolbe, Description du Cap de Bonne-Espérance, op. cit., t. III, p. 43 [nous soulignons]. En fait, le « Cochon de terre » décrit par Kolbe ressemble étrangement à la figure du « Chat musqué » qu’il donne au bas d’une planche que nous avons présentée à la figure 58, supra, p. 565.

[325] Buffon, « Le Cochon de terre », SHN, VI, 1782, p. 230 [nous soulignons] (voir à la figure 85, infra, p. 626, la reproduction qui suit l’article de Buffon).

[326] Pierre Flourens, Histoire des travaux et des idées de Buffon, Paris, Hachette, 1850, p. 142-143.

[327] On retrouve, pour la première fois, associé à la description de ce myrmécophage d’Afrique du Sud, le nom Orycteropus afer dans l’ouvrage Miscellania Zoologica (1766) du linnéen Peter Simon Pallas. Le nom oryctérope entra dans l’usage surtout après que Cuvier eût fixé le genre Orycteropus en 1798.

[328] Dessin de Jacques de Sève, gravure de Madeleine Thérèse Rousselet, dans SHN, VI, 1782, planche XXXI, p. 234.

[329] Jean-Sébastien-Nicolas Allamand, cité dans Buffon, « « Le Cochon de terre », SHN, VI, 1782, p. 230-231 [nous soulignons].

[330] Ibid., p. 231.

[331] Ibid., p. 232.

[332] Ibid., p. 233.

[333] L’édition princeps est : Versuch einer natürlichen Historie von Norwegen, Mumme, Kopenhagen, Flensburg, 1753-69. Buffon se refère aux passages traduits en français dans le Journal étranger.

[334] Brünnich avait étudié surtout les insectes, les oiseaux et les poissons. S’il est absent de l’Histoire des quadrupèdes, on peut compter sur les doigts d’une main les renvois à l’Ornithologia borealis (Kall & Godiche, Kopenhagen, 1764) du père de la zoologie danoise l’Histoire naturelle des oiseaux.

[335] Il s’agit d’un monstre marin de très grande taille, doté de nombreux tentacules. Dans ses rencontres avec l’homme, il est réputé capable de se saisir de la coque d’un navire pour le faire chavirer, faisant ainsi couler ses marins, qui sont parfois dévorés. En réalité, cet animal légendaire est probablement un calmar géant. En effet, ces derniers, qui peuvent mesurer jusqu’à vingt mètres de long, avaient de quoi stimuler certains naturalistes à imaginer sans discipline.

[336] Pontopiddan, cité dans « Addition aux articles du Lièvre & de l’Écureuil […]. Du Lièvre », SHN, III, 1776, p. 145 [souligné dans le texte].

[337] Id.

[338] Buffon, « Addition aux articles du Chien, du Loup, du Renard, du Chacal & de l’Isatis. Du Renard », SHN, III, 1776, p. 112. Buffon indique, en note, s’inspirer d’un extrait de l’Histoire naturelle de la Norwège paru dans le Journal étranger de juin 1756.

[339] Buffon, « Addition aux articles du Cerf, du Daim, du Chevreuil & du Renne. Du Renne », SHN, III, 1776, p. 132.

[340] Id.

© Swann Paradis, 2008