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CHAPITRE II : L’ÉTAT DE LA QUESTION

Table des matières

Depuis quelques années maintenant, le discours sur le développement est orienté vers l’atteinte des objectifs duMillénaire pour le développement (OMD). Ces objectifs globaux ont été fixés par les dirigeants du monde entier lors du Sommet du Millénaire en septembre 2000 et constituent un agenda ambitieux pour réduire la pauvreté, ses causes et ses manifestations. (PNUD, 2004) Pour atteindre ces objectifs, différentes stratégies ont été mises en place. Ledocument de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) du Fond monétaire international (FMI) s’inscrit dans cette ligne de pensée. Dans ce chapitre, nous étudierons donc ces deux mouvances incontournables du développement et nous aborderons aussi certaines approches participatives qui sont de plus en plus considérées par les agences d’aide internationale.

Les OMD ont été adoptés par les 191 États Membres de l’ONU pourintensifier leurs efforts et unir leurs forces en vue de lutter contre la pauvreté. Les OMD sont les suivants : réduire de moitié l'extrême pauvreté et la faim ; promouvoir l'éducation primaire universelle et l'égalité des sexes ; diminuer des deux tiers la mortalité des enfants de moins de cinq ans et des trois quarts la mortalité maternelle ; inverser la tendance en matière de propagation du VIH/sida et du paludisme et finalement réaliser un développement durable et assurer la viabilité de l'environnement. Ils impliquent de plus l'établissement d'un partenariat mondial pour le développement, avec des objectifs pour l'aide, les échanges et l'allégement de la dette. (PNUD, 2004) Les OMD sont au nombre de huit et comportent18 cibles et 48 indicateurs servant à mesurer les progrès accomplis durant leur réalisation. Ceux-ci ont été retenus à l'unanimité par un groupe d'experts du Secrétariat de l'ONU, du FMI, de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de la Banque mondiale. (ONU, 2005, Base de données sur les indicateurs du millénaire )

Les OMD constituent en fait un test sur la volonté politique de forger des partenariats plus solides. Ils engagent les pays en développement à prendre la responsabilité d’une politique de réformes pour renforcer la gouvernance et libérer les énergies créatrices de leurs peuples. Cependant, ces objectifs ne pourront être atteints sans de nouveaux apports en matière d’aide, des règles équitables de commerce et un allègement de leur dette. Les OMD offrent au monde le moyen d’accélérer le rythme du développement et d’en mesurer les résultats.(ONU, Division statistiques, 2005)

Source : ONU, 2003, Pourquoi des objectifs du Millénaire pour le développement ?

L’échéance fixée pour l’accomplissement des OMD est 2015, soit une limite de 15 ans depuis leur mise en œuvre en 2000. Desévaluations périodiques mesurent les progrès vers la réalisation de ces objectifs. Le dernier rapport date de juin 2005 et fait état de ce qui a été accompli jusqu’à maintenant ainsi que des efforts qu’il reste encore à fournir. Dans l’introduction de ce rapport, Kofi Annan, le Secrétaire général de l’ONU, explique les particularités des OMD comme suit :

En premier lieu, [les OMD] sont axés sur l’homme, ils ont des délais précis et ils sont quantifiables. En deuxième lieu, ils supposent la formation d’un partenariat mondial et ne cachent pas le fait que les pays en développement doivent balayer devant leur propre porte et les pays développés les y aider. En troisième lieu, ils jouissent d’un soutien politique inédit, ils sont acceptés au plus haut niveau dans les pays développés, les pays en développement, la société civile et les grands organismes de développement. En quatrième lieu, ils sont réalisables. (ONU, 2005, p.3)

Cette dernière affirmation est parfois mise en doute par différents acteurs du développement international qui oeuvrent sur le terrain, étant donné l’ambition de l’agenda et l’ampleur du travail à accomplir avant d’atteindre les OMD. Toujours dans le rapport de juin 2005, le Secrétaire général admet que« si les tendances actuelles se maintiennent, beaucoup des pays les plus pauvres risquent de ne pas atteindre beaucoup [des OMD] ». (ONU, 2005, p.3)Il ajoute que « après ce que nous avons déjà fait, un échec de cet ordre serait la preuve tragique que nous avons laissé passer notre chance ». (ONU, 2005, p.3)Enfin, toujours selon le Secrétaire général, le rapport de juin 2005 « montre aussi que nous avons bel et bien les moyens de faire que tous les pays du monde ou presque mettent à exécution les promesses qu’expriment les objectifs du Millénaire. Il ne nous reste plus qu’à mettre ces moyens en œuvre ». (ONU, 2005, p.3)

Comme l’Afghanistan est le pays qui nous intéresse particulièrement dans ce cas-ci, nous nous sommes demandé s’il serait en mesure d’atteindre lui aussi les OMD. Dans un document intitulé Securing Afghanistan’s Future, publié en mars 2004 sur le site du gouvernement afghan, on trouve le tableau suivant qui expose les indicateurs de pauvreté en Afghanistan, en comparaison avec ses cinq voisins, l’Afrique sub-saharienne et les pays en développement en général. Ce tableau révèle l’important retard qu’accuse l’Afghanistan par rapport à tous les OMD. Il faut par contre tenir compte du fait que les chiffres utilisés datent de 2003, soit à peine deux ans après le début de la reconstruction.

Source: World Development Indicators. Except Gross National Income per capita and population below 2$ day in Afghanistan (staff estimates) [Notre traduction] dans TIGAet al., 2004, Securing Afghanistan’s Future .

Ces chiffres sont accablants et il est difficile d’imaginer comment l’Afghanistan pourra atteindre d’ici les dix prochaines années, les objectifs qu’il s’est fixé avec les autres États Membres de l’ONU. D’ailleurs, à la conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement d’octobre 2004, le représentant de l’Afghanistanavait exprimé sa crainte que l’on ne sous-estime les obstacles rencontrés par les pays les moins avancés. Selon lui, « la réduction de la pauvreté représente encore un grand défi et l’interaction entre le commerce et la réduction de la pauvreté est plus complexe qu’on ne le pense, la pauvreté étant un problème multiforme qui englobe notamment des questions telles que les conflits civils, la faible mise en valeur des ressources humaines et le manque de capacités productives ». (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, 2004,p. 9)Chose certaine, même si les OMD ne sont pas atteints par l’Afghanistan, l’évidence qui s’impose est de travailler en leur sens et c’est ce que le pays fait en ce moment.[4]Mais avec 70 pour cent de la population vivant avec moins de deux dollars américains par jour, un taux d’inscription de 29 pour cent à l’école primaire et un taux de mortalité maternelle de 1600 pour 100 000 naissances vivantes, le travail à accomplir reste imposant, pour un pays qui compte si peu de moyens. Dans le tableau ci-haut, on peut voir que l’écart entre l’Afghanistan et les pays en voie de développement est souvent aussi large que celui entre les pays en voie de développement et les pays développés. L’Afghanistan a nécessairement besoin d’une aide supplémentaire si l’on veut qu’il soit en mesure d’améliorer les conditions de vie de sa population et atteindre les OMD.

Comme les OMD ont pour but de réduire l’extrême pauvreté, une stratégie économique devait nécessairement être mise en place. Au cours des années 80 et 90, le FMI et la Banque mondiale avaient été largement critiqués pour leurs programmes d’ajustement structurel.Ceux-ci préconisaient l’ajustement des économies au marché mondial. Ils proposaient la libéralisation, c’est à dire, la régulation par les marchés et la réduction du rôle des États dans l’économie. (Massiah, 2000)L’ajustement structurelvisait à rendre les économies plus compétitives et à relancer la croissance, notamment par le rétablissement des équilibres macroéconomiques et budgétaires. Pourtant, la lutte contre la pauvreté mise plutôt sur l’amélioration des conditions de vie des pauvres en investissant dans la satisfaction des besoins primaires. (Sarrasin, 1999) L’ajustement structurel a donc eu des résultats mitigés, voir même des échecs, dépendamment des points de vue.

En 1999, le FMI et la Banque mondiale ont mis en place une nouvelle stratégie économique, pour succéder aux programmes d’ajustement structurel : les documents de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP). Ce dispositif venait remplacer celui de l’ajustement structurel et ilétait concrétisé par des stratégies générales de réduction de la pauvreté pilotées par les pays eux-mêmes. Ces stratégies assurent un lien essentiel entre les actions des autorités nationales, les concours des bailleurs de fonds et les résultats requis pour atteindre les objectifs du Millénaire des Nations Unies. (FMI, 2005)Les DSRP sont établis par les gouvernements des pays à faible revenu selon un processus participatif, dans lequel s'impliquent à la fois les parties prenantes au niveau national et les partenaires extérieurs du développement, dont le FMI et la Banque mondiale. Le DSRP décrit les politiques et les programmes macroéconomiques, structurels et sociaux qu'un pays mettra en œuvre pendant plusieurs années, pour promouvoir la croissance et réduire la pauvreté; il expose aussi les besoins de financement extérieur et les sources de financement connexes. (FMI, 2005)Il incombe donc maintenant aux gouvernements des pays à faibles revenus de déterminer leurs propres besoins et de s’impliquer activement dans le processus de financement de leurs activités. Cette stratégie s’inscrit nécessairement dans une approche de développement des capacités locales et nationales.

C'est le mécanisme qui permet de rassembler la richesse d'une expérience locale fructueuse, de rendre systématiques les pratiques exemplaires et les leçons tirées et de les appliquer à grande échelle. Dans le même temps, le développement des capacités est essentiel à l'établissement de liens en aval entre les sphères nationale et locale ainsi qu'à l'adaptation de normes nationales à des visions et à des besoins locaux, en vue d'une communication et d'un dialogue efficace dans l'exécution de projets et, surtout, d'un acheminement efficace des ressources. (Brown, 2004)

Les DSRP sont donc le pendant économique qui contribue à l’accomplissement des OMD. Ils sont aussi pensés et conçus sous un mode participatif, qui a pour but de développer davantage les capacités des États à faible revenu. Cette nouvelle perspective teinte maintenant la vaste majorité des programmes et des projets de développement international. Dans la section à venir, nous observerons quelques unes des approches qui orientent ce mouvement.

La définition du développement s’est profondément transformée au cours de la dernière décennie et peut-être encore plus particulièrement dans le secteur de la consolidation de la paix. Les acteurs doivent maintenant réfléchir et agir d’une façon beaucoup plus intégrée, qui va au-delà des frontières classiques que nous imaginions au développement traditionnel. La sectorisation du développement international, de même que l’interdépendance entre chacun de ses secteurs, impliquent des approches beaucoup plus adaptées, appropriées et incorporées les unes aux autres. Les divers champs d’action, comme l’assistance humanitaire, la résolution de conflit, le développement, les droits humains ou encore la protection de l’environnement sont tous profondément inter-reliés et nécessitent une compréhension approfondie les uns des autres. (Ricigliano, 2003, p.1) La façon de livrer l’aide est également particulièrement importante en ce qui concerne la réussite des interventions. Comme le mentionne les Brinkerhoff dans leur article intitulé Governance reforms and failed states: challenges and implications , les modalités de livraison de cette aide sont intimement liées à son éventuel succès.

A point made repeatedly about post-conflict intervention and rebuilding governance systems in failed states is that it matters greatly how assistance is provided and how reforms are designed and implemented. Important process considerations relate to reconciliation, participation and inclusion and empowerment. Following participatory conflict mediation and cessation of hostilities, restarting economic processes, getting people back to work and giving them a stake in rebuilding are basic steps.(Brinkerhoff et Brinkerhoff, 2002,p. 523)

Les acteurs externes de l’aide internationale, souvent parachutés en plein cœur d’une situation de crise, n’ont pas toujours su bien évaluer la complexité et les risques de certaines interventions. Pour pallier les erreurs du passé, plusieurs chercheurs et acteurs du développement ont réfléchi à des solutions possibles.

…the best way to assist the defunct economy of a failed state is to employ as many people as possible, using the resources from international aid and reconstruction, which are likely to be the largest industry and primary investment for some time. Political leadership, at national and sub-national levels, also needs a stake in the nation-building process. Several scholars and practitioners have argued that how aid is provided will have an impact on political will to reform, and the appropriate targets are at the regional and local levels.(Kumar, 2002; Maxwell, 2000; GWU et Banque mondiale, 2002; Ottaway et Lieven, 2002, dans Brinkerhoff et Brinkerhoff, 2002,p. 523)

De nouvelles approches sont nées de ces réflexions et plusieurs d’entre elles possèdent une composante commune, soit celle du développement participatif et de l’implication des acteurs locaux dans la recherche de solutions locales et nationales. Ces nouvelles approches portent différentes appellations mais se ressemblent en plusieurs points. Voici quelques définitions ou mises en contexte, pour mieux saisir les nuances de ces différents termes.

Participation  : « Une paix durable et juste ne peut être atteinte qu’avec le consentement et la participation de ceux qui sont le plus affectés par le conflit. Le travail de construction de la paix devrait donc être vu comme une manière de permettre aux gens de créer les conditions de la paix. Ceci implique une approche participative au travail de développement, qui prend les gens au sérieux et soutient les initiatives locales ». (Leonhardt, 2000, p.250)La participation signifie prendre part et s’inscrire au sein des structures du pouvoir en place en tant que communauté locale. Si les projets de développement, de reconstruction et de construction de la paix sont pensés et conçus en intégrant cette composante, ils laisseront l’espace nécessaire et la flexibilité requise pour une participation active de la collectivité au sein des différents programmes d’aide.

Mobilisation de la communauté : La mobilisation de la communauté est une autre approche participative du développement. Elle permet de réunir les connaissances et les ressources de la communauté locale et de stimuler un esprit de prise en charge de la collectivité. C’est une stratégie clé pour permettre à la population de prendre ses propres décisions et pour favoriser, soutenir et consolider la capacité d'entretenir et de s’occuper à nouveau des membres de leur communauté qui sont dans le besoin.[5](Erasmus, 2001, p.246)Cette approche est davantage associée au développement, plutôt qu’aux processus de paix.

Grassroots process design : Le grassroots process cherche à favoriser le sens d’appropriation des acteurs locaux dans un processus d'intervention, à redonner le pouvoir aux communautés locales et à créer un environnement plus propice à la paix durable.[6](Maiese, 2003) Il reconnaît que les stratégies du processus de paix doivent redonner aux individus et aux groupes l'occasion de redécouvrir leurs identités culturelles et de regagner leur indépendance.[7](Boyce, Koros, Hodgson, p. 5)

Appropriation  : L’appropriation est une stratégie qui promeut l’acquisition des interventions pour la paix par les communautés locales. L’appropriation locale exige plus qu’un simple dialogue, elle requiert une réelle adaptation à l’environnement de travail. Dans un document signé par Catherine Barnes et intitulé Owning the process : Mechanisms for Political Participation of the Public in Peacemaking , l’auteur met l’accent sur l’importance de l’appropriation des processus de paix par les locaux pour qu’une paix durable soit possible.

Most stressed that the key process challenge is to ensure the widest ownership possible of the peace process. Reaching an agreement does not necessarily ensure that the public accepts it; ‘agreements’ can be the trigger for further disagreement. Without proper ownership, peace is less likely to be sustainable. This principle has both pragmatic and transformative implications: when different sectors of the populace are committed to the agreement because they feel it is their own, they can serve as a bulwark against those who might want to take up arms again to pursue their own self-interests. This can be seen as the development of social consensus. It was observed that sometimes it is more helpful to work towards maximum consensus / minimum agreement than the opposite. If ownership is not sufficiently shared, then excluded political and social groupings may pursue their interests elsewhere. This could mean that both the political negotiations and the agreements they reach will be sidelined.(Barnes, 2002)

L’appropriation, dans un contexte de construction de la paix, est donc un outil essentiel qui a une force déterminante par rapport au succès ou à l’échec des initiatives proposées.

Habilitation sociale  : L’habilitation sociale ou encore le renforcement du pouvoir de la population, exprime la détermination de contribuer à un changement tangible dans les relations de pouvoir. Ce transfert de pouvoir s’effectuerait à partir des acteurs internationaux de l’aide au développement ou à la reconstruction, vers les acteurs locaux et les communautés en cause. Ce terme est devenu très en vogue dans les milieux du développement et il englobe de façon plus large la participation. L’habilitation socialetente de redonnerun sens aux valeurs et aux forces des individus, ainsi qu’à leurs capacités à trouver des solutions aux problèmes de leur vie.[8]Cette définition est issue de l’ouvrage deBaruch Bush et Joseph Folger intitulé The Promise of Mediation. Cet ouvrage publié en 1994 aux États-Unis a popularisé le terme de l’habilitationdans le contexte de la médiation.

Ces concepts sont maintenant au cœur des stratégies de développement et de reconstruction. Ils définissent des notions qui ont toutes plus ou moins la même orientation et qui sont aujourd’hui l’idéologie même du développement et des interventions internationales dans les pays en voie de développement ou en reconstruction. Ils représentent une nouvelle tentative pour venir en aide aux pays qui en ont besoin, sans toutefois créer une dépendance envers l’aide financière et humanitaire. L’idée maîtresse est de permettre aux communautés de développer leurs capacités et de répondre à leurs problèmes avec des solutions qui leurs sont propres, tant sur le plan culturel, que politique ou social. Les OMD s’inscrivent dans ces approches et le document de stratégie de réduction de la pauvreté aussi. Ces deux stratégies ont comme mandat d’inclure les collectivités et les gouvernements locaux et nationaux au sein des processus de développement. Cette implication pourrait ainsi habiliter les différentes instances politiques et sociales et amorcer une réelle indépendance. Tel est en fait l’objectif de l’habilitation sociale. Pourtant, même si ces approches tentent d’inclure les acteurs locaux le plus possible et de leur laisser un espace de décision, elles sont parfois fortement critiquées et même rejetées par certains groupes de la population. L’exemple de l’Afghanistan est justement révélateur des problèmes qui peuvent survenir, même en adoptant des approches participatives.

Values that support self-determination, inclusion, participation and empowerment in both economic and governance spheres underlie international post conflict interventions [...]. From both intrinsic and instrumental perspectives, they inform the objectives of interventions and the tools used to help achieve those objectives. However, these values, and their expression in assistance priorities and strategies, resource allocation and resulting programs and projects, may not be shared by local actors in failed states. For example, in Afghanistan, international efforts to include and empower women as part of reconstruction programs are viewed by some local actors as unwelcome western cultural impositions.(Brinkerhoff et Brinkerhoff, 2002,p.522)

Le changement est nécessairement porteur de réactions négatives et de craintes, parfois très difficiles à surmonter. Dans ce cas en particulier, se pose un problème éthique, où la population locale refuse aux femmes de la collectivité le droit de participer à la reconstruction du pays et de prendre part à la vie publique de la communauté. L’imposition de ces valeurs dites occidentales pourrait-elle exacerber les tensions et faire échouer les projets mis de l’avant par les organisations qui font la promotion de l’équité des genres ? Il s’agit certainement d’une éventualité envisageable. Mais l’égalité entre les sexes et l’inclusion de la femme dans la sphère publique sont-elles des valeurs occidentales ou un droit humain fondamental ? Dans ce cas, les acteurs externes ont-ils le devoir de faire accepter leurs visions ou plutôt de se retirer du débat et de laisser la communauté prendre ses propres décisions ? Ces questions nous ont incitée à réfléchir aux rôles des différents acteurs de l’aide au développement, pour tenter de trouver des réponses satisfaisantes à de telles situations.

Toutes ces théories du développement participatif impliquent une connaissance réellement approfondie des contextes culturels, sociaux et politiques qui influent sur les populations en cause. À défaut de quoi on risque de commettre de graves erreurs de parcours qui pourraient avoir des conséquences désastreuses sur l’évolution d’un conflit. « L’aide au développement et à la reconstruction s’est avérée être souvent au service des élites, favorisant ainsi une instabilité structurelle certaine. Dans des situations de conflit, les projets d’aide ont aussi trop souvent contribué involontairement au conflit en essayant d’atteindre leurs objectifs internes ». (Leonhardt, 2000, p.244)Sans être infaillibles, les nouvelles approches participatives sont certainement une partie de la solution. Reconnaître que l’aide au développement comporte à la fois des risques et des opportunités, et cela davantage encore dans des zones de conflit, est déjà un pas vers la lucidité et la pertinence des interventions.

Avec en lumière les nouvelles tendances de l’aide au développement et à la reconstruction, nous vous présenterons au prochain chapitre, l’angle précis que nous avons choisi d’observer et la question de recherche élaborée pour réaliser ce mémoire.



[4] Dans les faits, l’Afghanistan n’était pas présent au moment de signer la Déclaration du Millénaire en septembre 2000 et ce n’est qu’en mars 2004 que le pays a vraiment rejoint l’effort de développement global. Dans le rapport afghan 2005 sur les OMD, tout le deuxième chapitre est dédié à « l’afghanisation » des OMD, soit une révision réaliste des OMD pour l’Afghanistan.(Islamic Republic of Afghanistan et PNUD, 2005)

[5] [ Notre traduction]“Community mobilization is a means of tapping into the knowledge and resources of the local community and fostering a spirit of community ownership. It is a key strategy in re-empowering the community to make vital decisions by themselves, and to promote, support, and nurture a capacity within the community to once again care for their own vulnerables: doing things with people”.

[6] [Notre traduction] “Grassroots process design seeks to increase local actors sense of ownership in an intervention process, empower local communities, and create an environment more conducive to lasting peace”.

[7] [Notre traduction] “Peacebuilding strategies should provide compromised individuals and groups with an opportunity to rediscover their identities and situate themselves in a context of peace”.

[8] [Notre traduction] “Empowerment means the restoration to individuals of a sense of their own value and strength and their own capacity to handle life's problems”.

© Amélie Doyon, 2006