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3 – Encadrer, entretenir et instruire : la vie entre les murs de l’Hospice Saint-Charles

Table des matières

L’analyse des clientèles est plutôt statique si elle ne prend pas en compte un autre aspect majeur de l’institutionnalisation, c’est-à-dire les régimes de vie et de formation, car au-delà des statuts ou des effectifs, ce sont les conditions de vie de ces clientèles à l’école de réforme et à celle d’industrie qui déterminent l’impact réel de ces dernières. Ces deux aspects sont d’autant plus liés que les effectifs de l’Hospice Saint-Charles ont eu, durant son existence, des répercussions indéniables sur l’organisation de la vie dans ses murs.

Ce dernier chapitre vise donc à circonscrire le plus précisément possible ce qui caractérise les régimes de vie et de formation de l’Hospice Saint-Charles entre 1870 et 1950 en fonction du mandat légal et des clientèles en présence. Pour ce faire, l’argumentation est concentrée sur trois dimensions, soit l’encadrement, l’entretien et l’instruction.

Ces dimensions sont traversées par les questionnements rattachés à ces régimes. D’une part, quel est le cadre légal de ces régimes et comment se distingue la gestion de l’Hospice Saint-Charles ? D’autre part, en vertu des précédents constats et des devoirs de protection ou de réforme, d’entretien et d’instruction des enfants, quelles sont les structures mises sur pied et quels sont les résultats obtenus par les religieuses dans les trois dimensions de la vie institutionnelle explorées ici ? Et puis, en filigrane de l’analyse principale, peut-on relever des éléments distinctifs reliés au caractère féminin[209] de l’institution ? Les régimes de vie et de formation de l’Hospice se rapprocheraient-ils plus de ceux en vigueur dans les orphelinats et les pensionnats féminins que de ceux des établissements pour garçons du même type ?

L’hypothèse présidant la démonstration qui suit est qu’en vertu d’un cadre légal souple accordant une grande liberté d’action, les religieuses ont mis sur pied des structures d’encadrement, d’entretien et d’éducation fonctionnelles, voire même efficaces, par leurs résultats, et ce, même si la qualité de vie et de l’instruction a souffert de problèmes reliés aux finances, au personnel et aux populations. De plus, ces structures sont inspirées de l’idéologie guidant les congrégations religieuses enseignantes pour l’instruction des filles et influencées par le statut de ces deux écoles.

Les sources privées et publiques concernant ces aspects sont incomplètes, mais équilibrées. Elles proviennent d’intérêts différents, ce qui améliore la qualité de l’analyse. Il faut, par contre, garder à l’esprit que des rapports des inspecteurs des écoles de réforme et d’industrie transpire un préjugé favorable, ces derniers étant représentants du gouvernement bailleur de fonds, mais aussi proches des cercles catholiques. Bref, les archives des Soeurs du Bon-Pasteur, les rapports ci-nommés, ceux des inspecteurs scolaires, ceux du département de l’Assistance publique et ceux du Secrétaire et Registraire de la province sont ici mis à profit.

Ce dernier chapitre est divisé en quatre parties qui traiteront des trois dimensions du modèle d’apprentissage mis de l’avant. Ainsi, il sera tout d’abord question de l’encadrement des effectifs, dont le cadre disciplinaire est une variable importante. Puis, dans un second temps, nous ferons état de leur entretien. En troisième lieu, les régimes de formation intellectuelle et professionnelle seront examinés. Finalement, un coup d’oeil sur les trajectoires des enfants à leur sortie permettra de conclure l’étude de la gestion des effectifs et de l’encadrement des enfants en dépeignant, entre autres, les initiatives de la communauté religieuse en la matière.

En lever de rideau, il est pertinent de se pencher sur la base de la vie quotidienne, c’est-à-dire l’encadrement des enfants. Il est analysé ici à travers la gestion de l’institution et le régime disciplinaire en vigueur entre les murs de l’établissement.

Après un rappel du cadre légal balisant les régimes de vie et de formation, on pourra mieux saisir la marge de liberté d’action des Soeurs. De plus, l’étude des éléments touchant la gestion de l’Hospice soulignera leur ingéniosité à gérer l’oeuvre et l’ampleur des problèmes vécus au fil des ans. De même, celle du régime disciplinaire montrera sa similarité à ceux des institutions accueillant des clientèles féminines.

Comme il en fut déjà question au premier chapitre, la question du cadre légal régissant les écoles de réforme et celles d’industrie n’est ici abordée que pour dévoiler les obligations des communautés religieuses et des corporations laïques dirigeant de telles institutions sur cette question précise. Les lois de 1869 prescrivent que ces institutions doivent élever, instruire et pourvoir aux besoins fondamentaux des enfants, c’est-à-dire les nourrir et les vêtir, en addition du mandat de les loger, évident dans ce système institutionnel. Les lois ne fournissent pas plus d’indications, laissant une grande initiative aux gestionnaires et donnant ainsi à chaque institution un visage particulier. Dans ce contexte, les Soeurs du Bon-Pasteur disposent d’un cadre légal théorique souple accordant une grande liberté d’action.

Le fait que la gestion soit confiée au privé est inspiré du système anglais et fut fortement demandé au législateur en 1869 par les hautes instances catholiques. Ces dernières étaient influencées par certaines congrégations religieuses qui disposaient déjà de personnel et de bâtiments et qui n’avaient besoin que d’argent pour agir. Ainsi, les lois stipulent qu’avant toute certification, les gestionnaires doivent disposer d’établissements adéquats et d’un personnel stable et en nombre suffisant pour assurer la pérennité des écoles. Elles spécifient aussi que toute rénovation ou nouvelle construction sera à la charge du privé. Dans le cas qui nous occupe, au moment de l’ouverture de la réforme, l’oeuvre est située dans une maison modeste et dispose d’humbles moyens. Mais la congrégation fut capable d’assurer le développement de l’oeuvre grâce à une gestion méthodique et serrée.

Les structures mises sur pied pour encadrer, entretenir et instruire les enfants dépendent des moyens financiers et matériels disponibles. Les difficultés vécues au sein du cadre organisationnel, dont les finances, le personnel et la gestion des effectifs sont des variables importantes, viennent entraver, parfois grandement, la prise en charge des enfants et la liberté d’action des religieuses.

Il est nécessaire de s’arrêter sur ce facteur pour comprendre à quel point les Soeurs du Bon-Pasteur ont dû déployer des efforts constants pour contrer une situation financière précaire, efforts qualifiés de « rentables » et d’ « efficaces[210]  » par Josette Poulin. En vertu de la conception du système, soit privé, mais encadré et financé par l’État québécois, la communauté religieuse doit supporter plusieurs charges qui ne sont pas couvertes par la pension mensuelle. Nous ne disposons d’aucune indication sur les éléments sur lesquels cette dernière est basée, mais une chose est sûre, elle a dû se situer à un niveau de survie, couvrant les éléments essentiels comme la nourriture et l’habillement. Le chauffage et l’entretien du bâtiment, les fournitures scolaires ou les soins de santé sont à la charge de la communauté.

[211]

Source : ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, Recherches de Sr Dionne. Dossier III Finances (1870-1959).

Comme le montre le tableau 9, les pensions versées mensuellement pour chaque fille placée à l’Hospice Saint-Charles évoluent lentement. Ceci peut s’expliquer par l’absence relative d’inflation de la fin du XIXe siècle jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. En ce qui a trait aux hausses, l’État se fait tirer l’oreille. Les Soeurs et les inspecteurs, souvent alliés de ces dernières, essuient de nombreux refus avant d’obtenir une hausse, souvent moins marquée que souhaitée[212] . De même, il y a quelques bonds aux environs des deux Guerres mondiales (1918, 1921, 1942 et 1947). L’État ne procèdera à des ajustements majeurs que dans les années 1940, alors que le système est en piteux état partout dans la province[213] et est en voie de transformation. Fait à noter, jusqu’en 1921, les montants sont les mêmes pour l’école de réforme et celle d’industrie. Nous savons qu’en 1936, cette situation est encore identique aux écoles de réforme et d’industrie de Laval-des-Rapides.

Source : Rapports annuels des inspecteurs des écoles de réforme et d’industrie dans l’Annuaire statistique du Québec pour l’année 1936.

La pension accordée à Saint-Charles est souvent inférieure à celle attribuée aux institutions pour filles et/ou garçons du Québec, comme le dépeint notamment le tableau 10 pour l’année 1936. La différence entre les filles et les garçons peut s’expliquer par le fait que les garçons en croissance mangent plus que les jeunes filles, que les métiers enseignés aux garçons requièrent plus de moyens et aussi peut-être par l’influence du système scolaire public[214] . Par contre, il est ici impossible d’expliquer la très grande différence à Shawbridge. Tout de même, on peut constater que l’Hospice Saint-Charles et les autres institutions de Québec sont désavantagés par rapport aux autres écoles de la province. Les inspecteurs n’expliquent pas cette différence. Par contre, il est possible de supposer que les autorités jugent que le coût de la vie est moins élevé à Québec qu’en région et qu’à Montréal. Cette variable du coût de la vie semble déterminante dans le calcul de la pension, car, par exemple, en 1936, cinq écoles d’industrie pour garçons catholiques situées dans quatre lieux différents se voient décerner quatre pensions distinctes.

La structure de paiement de ces pensions est à la base tripartite et se complexifie au fil des ans. Ainsi, l’État provincial, la municipalité où l’enfant se trouve au moment de son placement et les parents, mais aussi la communauté religieuse (ou la corporation laïque), l’Assistance publique (1944) et les allocations familiales (1946) sont mises à profit à divers niveaux au fil des amendements. À quelques reprises, le paiement des pensions se fait en retard[215]. Les amendements en la matière sont le fait d’une volonté claire de désengagement financier de l’État. Ce dernier se défausse sur les municipalités, qui doivent entre 1892 et 1894 assumer 75% et même 100%, dans certains cas, du montant de la pension mensuelle. Ces dernières, voyant cela sans pouvoir intervenir, refusent longtemps de s’impliquer. Les religieuses doivent donc composer avec des revenus fluctuants en raison du mouvement des effectifs et incertains en raison des retards ou des refus de payer. L’impact se ressent sur les moyens financiers de l’Hospice et, par ricochet, sur la qualité de vie des enfants.Entre 1914 et 1950, quinze années financières se soldent par un déficit à l’école d’industrie (voir le tableau 11 aux pages 92 et 93). À l’école de réforme, cette situation touche trois années entre 1914 et 1921, soit 1914, 1920 et 1921, bien que les déficits soient très légers.

Les religieuses dénichent d’autres sources de revenus pour subvenir aux besoins des enfants. À l’interne, on profite du travail des jeunes filles pour faire périodiquement des ventes de produits qu’elles ont confectionnés ou d’objets donnés par la population. Des contrats, comme des corvées de cueillette de fraises, sont aussi signés pour apporter quelques revenus. Cette utilisation du travail des protégées soulève des questions quant aux motifs y présidant, car le mandat de formation semble s’effacer devant des impératifs de survie matérielle de l’institution. Mais l’un peut s’accorder avec l’autre selon la nature du travail qu’on leur impose. Aussi, les Soeurs obtiennent des contrats de fabrication de produits, comme celui du tonique Anchor à partir de 1893 qui, pour quelques temps, rapporte jusqu’à 600 dollars par année[216] . De même, à partir de 1940, les produits de la terre sur la ferme de Cap-Rouge seront profitables, comme en fait foi le tableau 11 (p.92-93) dans la colonne « Autres revenus ». Par ailleurs, l’accueil de pensionnaires aide grandement à assurer une stabilité financière[217] . Cette dynamique est semblable à celle prévalant dans le système scolaire, où l’on se sert de la clientèle payante des pensionnats féminins pour financer et assurer la survie des classes publiques[218] . Ceci fut peut-être le cas pour l’école de réforme, mais l’état des données ne permet pas de le confirmer.

À l’externe, les sources de revenus sont les dons financiers et matériels de bienfaiteurs[219] et d’organismes de charité[220] , les revenus de quêtes[221] , de loteries ou d’expositions d’oeuvres fabriquées par les enfants et les emprunts. La ville de Québec participe également. En 1916, l’Hospice Saint-Charles est inscrit à la liste des institutions qui bénéficient du Sou du pauvre[222] , taxe volontaire prélevée notamment dans les théâtres de la ville. Le Département de l’Instruction publique offre des livres et des subventions ciblées pour l’achat de manuels scolaires. Les Soeurs louent des parties de leur terrain à Saint-Roch, par exemple à des marchands de bois profitant de la proximité de la rivière Saint-Charles[223] .

Elles réussissent donc tant bien que mal à contrer une situation financière difficile et précaire grâce à des efforts constants. D’ailleurs, partout, elles développent une grande autonomie dans le soin de leurs maisons et de leur personnel (peinture, vêtements, réparation de meubles) afin d’économiser. Un des signes remarquables, selon Poulin, de leur « ingéniosité » financière, est leur grand développement immobilier au XIXe siècle, phénomène accompli sans accumulation de graves déficits[224] . Les difficultés vécues ont, par contre, certainement nui dans une certaine mesure aux soins consacrés aux enfants.

Source : Rapports annuels des inspecteurs des écoles de réforme et d’industrie du Québec, 1914-1950. Avant 1914, les données sur la situation financière sont malheureusement incomplètes, mais les archives dévoilent qu’à quelques occasions, les Soeurs doivent emprunter pour garantir la stabilité de l’Hospice.

Pour assurer la réalisation des objectifs éducatifs, le personnel a évidemment une importance capitale et requiert l’attention. La règle de la communauté stipule que :

« La soeur préposée à la direction de ces maisons (orphelinats et maisons de réforme) a toujours plusieurs soeurs avec elle pour l’aider dans le soin des enfants, les surveiller, les instruire et les former à la vertu. […] Il y aura un règlement fixant les heures du lever et du coucher, des prières du matin et du soir, des repas, des classes, des récréations et des parloirs, où les enfants n’iront jamais sans être accompagnés par une soeur. Partout ailleurs, il y aura toujours plusieurs soeurs avec les enfants, la nuit comme le jour[225]. »

En regard de cette indication, des besoins et des effectifs, le personnel de l’Hospice semble restreint. De 1870 jusqu’à la fin des années 1930, le ratio fluctue entre 10 et 17 enfants[226] placés par l’État par religieuse, sans compter les pensionnaires et les enfants gardés par charité. Ce nombre de religieuses ne spécifie pas non plus celles qui n’ont aucun contact avec les enfants, comme celles s’occupant de l’administration ou de l’entretien. Il apparaît que les effectifs ne sont parfois pas suffisants pour assurer l’attention et la surveillance souhaitée. Par la suite, le ratio baisse entre 5 et 10 enfants par religieuse, toujours selon les mêmes paramètres. Des témoignages écrits d’anciens de l’institution ayant été présents dans les années 1940 soulignent leur gentillesse et leur attention. Le nombre de soeurs en service n’est pas fixe, car la communauté gère d’autres établissements et des réquisitions et des remplacements se produisent occasionnellement, à tout moment de l’année. Les Soeurs du Bon-Pasteur font appel aux filles les plus âgées pour les aider auprès des plus petites et pour l’entretien des lieux. Des dames volontaires, laïques, viennent leur donner un coup de main sur initiative personnelle ou dans le cadre d’une organisation comme l’Ouvroir[227] . Des institutrices laïques sont aussi embauchées annuellement.

Les Soeurs travaillent dans un cadre hiérarchique strict. Chacune se voit attribuer une obédience tous les ans en juillet ou en août. Elles bénéficient d’une longue tradition de prise en charge et d’aide aux populations en difficulté et développent au fil du temps des spécialisations, comme l’enseignement en classe ou ménager, l’administration, les travaux ménagers, les soins médicaux ou la surveillance. En raison, entre autres, du grand nombre d’enfants et d’un certain roulement de personnel, il semble qu’il y ait uniformisation des façons de faire. C’est du moins ce que révèle le coutumier, la règle de la communauté, ses Annales et sa correspondance, notamment sur l’entretien des plus jeunes, sur les obligations comme le ménage et sur les attitudes à adopter vis-à-vis certaines situations, comme le départ des enfants et leur potentiel retour. Nouveauté à partir des années trente, les sources révèlent que certaines religieuses poursuivent des études universitaires en Service social. C’est donc dans ce cadre que les Soeurs doivent gérer les problèmes touchant la gestion des populations.

En effet, l’efficacité de la gestion est fortement perturbée par l’encombrement de l’Hospice à ses débuts, mais notamment à partir des années 1920, lorsque les différents dortoirs et salles sont pratiquement remplis à capacité[228] . Il en découle, entre autres, des classes très populeuses et une utilisation parfois inadéquate de locaux destinés à d’autres activités, mais qui, sous le poids des besoins, sont réquisitionnés. Des cas d’abus sont dénoncés par les inspecteurs. Par exemple, quelques filles étant en âge ou en état d’être relâchées continuent à vivre dans l’institution. Il est permis de croire que ces filles plus âgées sont celles qui aident les religieuses dans leur travail et que ces dernières n’ont pas intérêt à les voir partir. Ces situations problématiques sont esquivées dans la correspondance de la congrégation au profit de l’utilité morale de l’oeuvre.

Par ailleurs, d’incessants mouvements de population, problème insurmontable, nuisent au bon fonctionnement de l’institution. Les admissions et les sorties se produisent à tout moment, même en plein milieu de l’année scolaire. De plus, des internements de courte durée, dus à la dynamique que l’on a vue au second chapitre, des pardons hâtifs accordés par le Secrétaire provincial et des incohérences dans l’âge maximum de sortie nuisent à la bonne efficacité des régimes de formation.

Bref, nous pouvons conclure sur le plan de la gestion de l’Hospice qu’une situation financière sur la corde raide, un personnel qui ne semble pas toujours suffisant et des problèmes de surpopulation et d’instabilité des effectifs ont vraisemblablement produit des effets néfastes sur la qualité de la vie et de la formation aux plans de l’attention accordée aux enfants et de leur cheminement scolaire. Mais l’ingéniosité administrative des religieuses et le cadre disciplinaire serré qu’elles appliquent permettent de les atténuer.

En effet, cet état de fait pousse les dirigeantes de l’Hospice Saint-Charles à utiliser un cadre disciplinaire rigoureux. Les sources disponibles sur ce cadre sont incomplètes, mais, accompagnées d’autres études sur les pensionnats féminins et sur l’éducation des filles, elles offrent tout de même une bonne idée de l’encadrement des enfants. Il est aussi intéressant de comparer les éléments constitutifs de ce régime à ceux des autres écoles de réforme ou d’industrie.

Les différents établissements occupés par l’Hospice Saint-Charles ne présentèrent pas de visage fortifié à l’image des prisons. Tout comme à l’école de réforme de Montréal pour garçons, située en ville, il n’y pas de murs d’enceinte ou de portes en fer[231] . En 1870, lors de l’ouverture, les Soeurs font cependant poser un grillage pour empêcher les évasions[232] . Par la suite, il n’y a plus de signes dans les archives d’un quelconque aménagement des lieux qui irait dans une direction pénale. De même, lors du transfert à Cap-Rouge, il n’y aura pas plus de système de protection[233] . En cela, l’école de réforme et d’industrie de l’Hospice ne diffère pas vraiment des orphelinats et des pensionnats.

Le discours des congrégations religieuses enseignantes est basé à l’époque sur une conception conservatrice de l’éducation des filles qui prône la piété, l’obéissance, l’esprit de sacrifice, l’ordre, la pureté du corps et de l’âme et le silence[234] . Pour ce faire, un encadrement serré et constant est requis. À l’Hospice, un ensemble de règles de vie doit être suivi, à l’origine rigide, mais qui s’assouplira au XXe siècle. Le but des religieuses est de former les enfants à une vie honnête et chrétienne et d’assurer leur bonheur selon des principes de respect, de politesse et d’optimisme. La règle de 1927 reconnaît aussi que « [l]’enfant a droit à la joie et à la franche gaieté, il faut les leur donner abondantes[235]  ». Par contre, le calme et l’ordre doivent régner. Il est aisé de supposer que la discipline fut plus stricte à l’école de réforme en raison des enfants qu’on doit y envoyer, mais il n’y a pas d’indications en ce sens dans la règle de la communauté[236] . Ceci peut s’expliquer par le fait qu’il n’y eut que peu de cas difficiles. Toutefois, nous ne pouvons rien confirmer, faute de preuves. Cette discipline, accompagnée de leçons de bienséance, est présente pour apprendre aux petites à mener une vie rangée et leur inculquer la discipline et l’ardeur au travail. De même, cet encadrement serré est caractéristique des pensionnats accueillant des jeunes filles de milieux populaires, jugées plus susceptibles de subir de mauvaises influences[237] . Cette vision éducative a des répercussions sur l’organisation des horaires quotidiens. Celui en vigueur en 1903 est présenté à l’annexe 6 aux pages 135 et 136.

On y voit que plus les filles grandissent, plus l’accent est mis sur la formation ménagère[238] . Ceci distingue l’école d’industrie du pensionnat. La vie des jeunes filles est réglée au quart de tour, ce qui n’est pas étranger au caractère populaire de leur milieu d’origine. Leur vie entière est guidée par des horaires stricts, qui le sont d’ailleurs plus que chez les garçons, dont la nécessité de les faire bouger à l’orée de l’adolescence est reconnue. Ces derniers auront davantage de temps de récréation occupé à la pratique des sports. Le cas de Saint-Charles montre que la division du temps, comme le nombre d’heures de sommeil, de loisirs ou d’instruction, ne diffère pas vraiment de celle des orphelinats, comme celui, mixte, de Chicoutimi[239] , par exemple, et des pensionnats[240] . Par ailleurs, en septembre 1907, les Soeurs créent le Jardin d’Enfance pour les plus petites qui ne peuvent suivre ces horaires[241] .

Les enfants sont divisés en « salles », groupes d’importance variable basés sur l’âge et sur les aptitudes, afin d’exercer un contrôle adéquat. Cette classification est utilisée dans toutes les sphères de la vie à l’Hospice : cours, dortoirs, loisirs, douches, … On les nomme salles des Petites, Moyennes, Grandes ou par numéro. À l’image des pensionnats féminins, il y a une Soeur « maîtresse de salle » qui accompagne les enfants en tout temps et qui est aidée d’une sous-maîtresse. Elle peut adapter l’horaire quotidien de « ses » filles au besoin. Elles sont donc sous constante surveillance. Exception à noter, les jeunes filles de l’école de réforme ne vivent pas dans des quartiers séparés, en partie en raison de leurs statuts, qui ont été analysés précédemment, et de leur petit nombre à certains moments.

Aussi les Soeurs font-elles plus appel à l’émulation qu’à la peur du châtiment comme procédé au coeur du régime disciplinaire, ce qui adoucit le traitement des enfants. Les punitions, comme l’isolement, bien que théoriquement bannies, sont présentes lorsqu’on estime que la situation l’impose. Parmi les différents moyens d’émulation des enfants, notons les tableaux et les médailles[242] d’honneur, les concours, les bulletins mensuels et les récompenses de l’aumônier ou des visiteurs. On souligne alors en public la réussite de certaines. Des associations religieuses sont formées pour accueillir les plus méritantes, comme la Confrérie des Enfants de Marie, une congrégation mariale fondée en octobre 1906, ou la Croisade Eucharistique. Il existe aussi des clubs de lecture, des chorales et des groupes de peinture[243] . Ces activités « para-scolaires » se retrouvent dans la plupart des pensionnats pour filles[244] .

De même, des enfants peuvent partir en vacances l’été ou pendant les Fêtes, suivant leur bonne conduite. Par exemple, en 1903, les enfants peuvent passer huit jours dans leur famille l’été[245] . Les pensionnaires ont de plus longs congés, n’étant pas détenus. Pendant l’absence des enfants, le gouvernement ne paie pas pension[246] . Cette structure perdure jusqu’en 1950.

L’accent sur la promotion de la bonne conduite permet d’adoucir quelque peu un régime réglementé et rigoureux. Mais les régimes de vie se démarquent aussi par la tendance uniformisatrice du modèle éducatif visant les jeunes filles.

En effet, différents facteurs mènent à ce constat même si nous ne disposons que de peu d’indices sur la place et l’interprétation des règles par les Soeurs. En raison du fait que les enfants sont divisés en grands groupes et que le personnel semble parfois insuffisant, les jeunes filles ne peuvent évidemment recevoir la tendresse de tous les instants que l’on prête à une mère. Ceci est dénoncé dès les années 1930 par les pourfendeurs du placement institutionnel. L’enfant, dans ce contexte, n’est pas suivi de près pour assurer son plein développement personnel. Mais cette préoccupation ne se retrouve pas dans le discours et la règle des religieuses, qui désapprouvent les rapprochements avec les enfants et les rapprochements entre enfants.

En deuxième lieu, le modèle d’avenir inculqué aux jeunes filles est celui de la femme pieuse et bonne travaillante, résignée à son sort[247] . Peu de débouchés professionnels s’offrent à elles, mais, du moins, on ne les dirige pas toutes vers des emplois de domestiques. L’austérité de l’encadrement évacue tout esprit d’initiative[248] . Finalement, et dans une moindre mesure, dans un souci d’égalité et surtout sous le poids des impératifs financiers, les enfants sont toutes vêtues de la même façon au sein de leurs classes, ce qui n’est certes pas unique à Saint-Charles puisque dans toutes les écoles privées et publiques, le costume est obligatoire jusque dans les années 1960. Ce moule fait en sorte que la vie à l’Hospice Saint-Charles n’est pas toujours idéale, car les régimes de vie sont construits de manière à uniformiser les comportements et les manières de faire, plutôt que de mettre l’accent sur le développement individuel de chaque enfant. Mais, en vertu des pressions des effectifs, les religieuses n’ont guère de temps à consacrer à l’épanouissement personnel de toutes leurs protégées. Les fluctuations des clientèles ont donc ici un grand impact sur la vie quotidienne des enfants.

L’encadrement des enfants à l’Hospice Saint-Charles s’effectue théoriquement en toute liberté d’action, liberté peinant toutefois sous le poids de problèmes touchant les finances, le personnel et les effectifs. Les religieuses ont mis en place un régime disciplinaire strict, réglementé et unificateur pour maintenir l’ordre, régime s’accordant avec une vision éducative des jeunes filles en vogue dans certains pensionnats. Les sources sur la question ne dévoilent qu’un moment, en 1903, où des plaintes de mauvais traitements, notamment dans les médias, forceront une enquête gouvernementale, qui ne trouvera rien à dénoncer ni à redresser. De même, la crise institutionnelle générale du début du siècle, où l’on dénonce des régimes carcéraux très sévères et l’insalubrité, et l’enquête provinciale de 1948, qui témoigne d’une discipline stricte, ne trouvent pas totalement résonance à Saint-Charles. Par contre, la surpopulation et la rigidité des horaires sont bien présentes entre les murs de cette institution. C’est donc dans cette situation que les religieuses travaillent sur leurs deux autres grands mandats : entretenir et instruire.

L’entretien des enfants touche plusieurs sphères de la vie quotidienne. Cinq aspects sont ici retenus en regard des sources consultées, soit la nourriture, l’habillement, les loisirs, l’état des lieux et l’état de santé des petites. Chacun de ces derniers sera analysé pour vérifier si les structures d’entretien des enfants sont fonctionnelles et donnent des résultats raisonnables à l’Hospice Saint-Charles, en dépit d’un contexte de surpopulation et de problèmes divers.

Jusqu’au déménagement de l’Hospice à Cap-Rouge en 1940, il y a peu d’indices sur le régime alimentaire des enfants. En 1903, la Soeur directrice, en réponse à des accusations de mauvais traitements, fait un rapport détaillé des conditions de vie à l’Hospice. Selon ce dernier, les filles ont de la soupe chaque jour, de la viande deux fois par jour (pâtés, viandes fromagées, ragoûts, etc.), du lait pour les plus jeunes, du thé pour les autres, et des desserts chaque jour[249] . Il est certain que ce rapport est rédigé sous la pression de critiques négatives, mais il donne tout de même une certaine idée. Après ce moment, nous ne disposons que d’un bon commentaire de l’inspecteur en 1911 et de l’indication de l’ajout d’un poulailler en 1914[250] . Les petites peuvent participer à la préparation des repas dans le cadre de leur formation. Lors du déménagement à Cap-Rouge en 1940, l’Hospice Saint-Charles acquiert la possibilité de cultiver de grandes terres. Les enfants, dans leurs tâches quotidiennes, sont mises à contribution. Ces travaux étant très exigeants physiquement, il se peut que la décision d’admettre des garçons à l’Hospice n’y soit pas étrangère. Les récoltes sont fructueuses[251] . L’école d’industrie, en plus de s’autosuffire sur plusieurs points, offre aux enfants la possibilité de s’initier aux métiers de la terre. Toutefois, une enquête du Ministère de la Santé en 1943 sur les menus de l’établissement révèle que le régime alimentaire est loin de convenir à des enfants qui sont en pleine période de croissance et qu’il faut plus de lait, de pain brun, de fruits, de légumes crus et de variété dans les céréales[252] . Le chef insiste pour qu’une fois semaine du foie et des rognons, ainsi que des oeufs, soient servis et qu’au moins un repas par jour offre de la viande bien apprêtée. Tout de même, il faut convenir que le menu offert à ce moment (voir annexe 7 à la p.137) est comparable à celui qu’un couple ouvrier pouvait offrir à ses enfants et même mieux que celui offert à certains enfants de milieux très défavorisés.

Ce thème ayant déjà été abordé, il est inutile de répéter les premiers constats. Outre l’uniformité, l’austérité des costumes dans les pensionnats pour jeunes filles, aux couleurs sombres, a comme objectif d’éviter aux jeunes filles la vanité et la fantaisie des modes féminines[253]. Au vu des archives, les Soeurs répondent au devoir d’habiller les enfants de la bonne façon. À trois reprises, en 1885, 1905 et 1911, les inspecteurs considèrent qu’elles sont bien vêtues. En 1927, il y a changement de bas, de tabliers de salles, de chemises, de pantalons et de serviettes chaque semaine[254] . Les vêtements sont raccommodés sur place par les jeunes filles elles-mêmes ou par les Soeurs. Chaque salle a son costume[255] pour aider à les différencier.

Outre les classes et la formation ménagère, les jeunes filles ont, entre autres, des loisirs quotidiens qui consistent en des activités de détente à l’intérieur ou à l’extérieur (balançoires, glissades), des activités artistiques (chant, musique, théâtre) et des activités occasionnelles comme des pèlerinages et des pique-niques. Ces loisirs font partie intégrante de la formation physique et spirituelle des enfants[256] , de leur processus de socialisation et de leur apprentissage de la discipline. Par contre, les horaires révèlent que le nombre d’heures consacré à ces loisirs quotidiens est limité. Ces activités servent le programme éducatif. Comme l’énonce le coutumier des religieuses, il faut augmenter « leurs forces qui seront plus tard leur gagne-pain[257]  ».

Source : ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, PH. D. 23.1. Album photo.

Les jeunes filles sont choyées par la diversité des activités et des sorties, comme les excursions à la Chute Montmorency, les pique-niques annuels à Maizerets et à Sainte-Anne-de-Beaupré ou les visites au zoo. Le travail, qui implique souvent tous les membres du foyer, ne permet pas ces sorties régulièrement pour les familles populaires de l’époque[258] . La générosité des citoyens est à noter, car les sorties sont bien souvent le fait d’actes de charité. Ceci constitue une grande évolution par rapport aux prisons de réforme, car les jeunes filles ne sont pas enfermées. On leur reconnaît le droit au divertissement. On aménage les lieux pour leur confort. Par exemple, entre 1902 et 1907, on pave partiellement la grande cour de bois pour protéger les enfants de la boue lorsqu’elles sortent. Par ailleurs, il est certain, comme le soutient Ménard, que ces sorties augmentent la visibilité de l’institution et peuvent aider les Soeurs à bénéficier de l’aide financière et matérielle des citoyens et des organismes charitables[259] .

Autre aspect d’un cadre de vie sain, l’analyse des améliorations techniques, des rénovations et de l’entretien du bâtiment permet de soutenir que l’état des lieux était somme toute convenable aux enfants, sauf au début du XXe siècle. Des innovations, comme le téléphone[260] et la lumière électrique, apparaissent à l’Hospice en 1891 et 1902[261] . En 1907, des échelles de sécurité en fer sont placées à l’extérieur. Par contre, en raison du manque de fonds, les Soeurs réparent ou rénovent rarement. La situation, au début des années 1900, est déplorable; on doit placer des piliers de fer pour soutenir les murs et on doit doubler des planchers très usés[262] . Mais grâce aux dons de citoyens, les religieuses procèdent à de grands travaux de rénovation et d’agrandissement. En 1914, l’inspecteur dira que l’institution fut «… réparée d’une manière presque incroyable depuis quelques années[263]  ».

Source : ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, PH. D. 23.1. Album photo.

Par ailleurs, sur la question de l’ordre et de la propreté, les Soeurs sont irréprochables. Les rapports des inspecteurs renouvellent leurs éloges à plusieurs reprises. Les jeunes filles participent à chaque activité selon des règles définies et sont supervisées par les religieuses. Certaines deviennent chef d’équipe. Par contre, la surpopulation cause parfois un aménagement des lieux un peu boiteux. Des locaux qui ne sont pas destinés à recevoir des enfants sont réquisitionnés. Par exemple, en 1950, une étable est aménagée temporairement pour installer un dortoir, un réfectoire, des classes et une chapelle[264] .

Cette variable est très intéressante si l’on considère que la population en général ne disposait pas, pendant une grande partie de la période étudiée, d’un accès à des soins médicaux et dentaires gratuits. On remarque qu’à l’Hospice Saint-Charles, les préoccupations hygiéniques et sanitaires sont importantes, ce qui peut s’expliquer par les liens étroits entre la municipalité et l’établissement, mais aussi par la forte influence du discours hygiéniste sur les congrégations religieuses[265] . L’école de réforme et celle d’industrie semblent constituer ici une sorte de première ligne d’implantation.

Les normes hygiéniques sont très strictes, tout comme au Mont Saint-Antoine de Montréal. Les enfants sont soumises à des règles et à des vérifications des Soeurs sur leur toilette. Elles sont vaccinées contre diverses maladies, notamment en 1901, 1903 et 1930. En 1927, les grandes doivent se laver les dents tous les jours et les petites, deux ou trois fois la semaine. De même, une fois par mois, les Soeurs inspectent les pieds, les genoux et les ongles des pieds. Il y a aussi inspection du Bureau d’hygiène, comme dans les écoles publiques. Les archives dévoilent qu’en 1927 et en 1933, des gens de ce Bureau, respectivement une inspectrice et un dentiste, viennent faire des conférences sur différents points. Ils ont alors de bons mots sur la tenue de la maison[266] .

Source : ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, PH. D. 23.1. Album photo.

Un médecin vient régulièrement visiter l’Hospice. De même, une Soeur pharmacienne et une Soeur infirmière sont constamment présentes sur place pour soigner les enfants. Un dentiste, le Docteur Gaudreau, viendra gratuitement de 1912 à 1937 à chaque année pour traiter les petites. En 1930, par exemple, 128 dents sont amalgamées ou émaillées sur plus de 350 enfants examinés[267] .

Il y aura quelques épidémies dans l’institution, comme la rougeole (1907), la fièvre typhoïde (1915) et la grippe espagnole (1918). Autrement, les rapports des inspecteurs font état d’un état de santé des enfants fort acceptable. « Bonne », « excellente », « florissante », tels sont les qualificatifs. Si l’on s’attarde aux informations disponibles dans les registres tenus par les Soeurs pour vérifier les allégations des inspecteurs, il est possible de voir qu’il y a 15 décès à l’école de réforme entre 1870 et 1921. Les visites à l’infirmerie ne sont comptabilisées qu’à partir de 1914 et concernent six cas entre ce moment et la fermeture de l’école de réforme. Du côté de l’école d’industrie, entre 1884 et 1914, il y eut 35 décès. De même, entre 1914 et 1950, on décompte 2369 présences à l’infirmerie, soit une moyenne de 66 visites par an. Pour la même période, on y dénote 11 décès. Le portrait est satisfaisant si l’on tient compte du milieu d’origine des enfants, certains enfants ayant pu se présenter à l’Hospice déjà mal en point. Une comparaison des taux de mortalité pour la période allant de 1914 à 1930 entre Saint-Charles, l’école d’industrie de l’Hospice Saint-Joseph-de-la-Délivrance pour filles et garçons et l’école d’industrie de Montfort pour garçons montre qu’ils sont, toutes proportions gardées, de 0,26% à Saint-Charles, 0,40% à Montfort et 1,28% à Saint-Joseph[268] . Globalement, le milieu de vie de l’Hospice, c’est-à-dire les repas, les loisirs, l’état des lieux et les soins médicaux, semble donc assez sain pour préserver la santé des enfants.

L’analyse de ces cinq points permet de conclure que les enfants placés à l’Hospice Saint-Charles étaient relativement bien traités et que ces structures, bien qu’ayant certaines imperfections, ont produit des résultats honnêtes. Rappelons que les enfants placés par la Cour, les pensionnaires et les enfants gardés par charité n’étaient pas traités différemment et suivaient tous le même régime de vie. En vertu d’un contexte parfois difficile, le cadre disciplinaire strict contribua à maintenir l’ordre et à contrôler les dépenses. De plus, sur les plans de la nourriture, des loisirs et des soins de santé, les enfants à Saint-Charles sont certainement plus choyés que certains autres enfants des milieux populaires de Québec. L’institutionnalisation dans ce milieu a pu présenter des avantages en regard de maintes situations familiales. Mais un autre facteur majeur reste à considérer dans l’étude de la matérialisation du placement en institution, l’instruction des enfants.

Malgré les problèmes vécus et le visage particulier de l’institution, un encadrement serré des enfants et des structures d’entretien relativement efficaces font en sorte que la situation est tout de même propice pour inculquer des connaissances. Il est pertinent ici de s’attarder sur les structures et les résultats des régimes de formation de l’Hospice Saint-Charles afin de vérifier quels sont les objectifs poursuivis par les religieuses. De plus, considérant le caractère transitoire des deux écoles, il est intéressant de déterminer si les éléments de pédagogie sont uniques à Saint-Charles ou semblables à ceux d’autres institutions féminines. La formation semble se caractériser par des structures semblables à celles en vigueur dans le système public, par son caractère pratique inspiré du discours sur l’instruction des jeunes filles se retrouvant, entre autres, dans les pensionnats féminins, et par les résultats satisfaisants obtenus par les élèves au fil des ans.

Les sources disponibles sur la question[269] sont fragmentaires ou manquent de fiabilité et concernent surtout la fréquentation scolaire. En sachant que fréquentation ne signifie pas automatiquement alphabétisation, il est difficile de brosser un portrait précis, mais quelques grandes lignes ressortent. Il apparaît qu’une bonne partie arrive tout de même avec une certaine base, même si le travail des enfants a constitué un frein important. Les travaux de Mélanie Julien révèlent que la fréquentation scolaire des jeunes filles de Québec entre 1871 et 1901 évolue chez les 7-11 ans, clientèle majoritaire de l’école d’industrie, passant de 77,06% à 88,6%[270] . De même, en 1921, 51,67% des filles de 6 ans, 90,32% des 7 à 9 ans et 87,94% des 10 à 14 ans fréquentent l’école au Québec[271] . Le taux d’enfants alphabétisées à l’entrée ira augmentant tout au long du vingtième siècle, sauf lors de moments où un grand nombre d’enfants en bas âge est placé. Seule statistique interne disponible, entre 1922 et 1930, 51,35% des enfants admises à Saint-Charles ont fréquenté l’école avant le placement, contre 29,80% qui n’y sont jamais allées et 18,86% pour qui nous ne disposons d’aucune donnée[272] .

Les Soeurs du Bon-Pasteur comptaient dans leurs rangs des religieuses institutrices. À l’ouverture de l’Hospice, certaines ont déjà de l’expérience, ayant servi dans d’autres institutions. La Congrégation cherche continuellement à améliorer l’approche pédagogique véhiculée. Pour ce faire, les Soeurs sont formées aux « nouvelles méthodes européennes[273]  ». Au tournant des années 1930, elles sont toutes certifiées[274] . Mais, en raison des effectifs, les religieuses doivent embaucher des institutrices et des aides laïques pour subvenir à la tâche. Leur nombre varie à chaque année en fonction du nombre d’enfants et de l’état de leur cheminement[275] . Les Soeurs recrutent les jeunes femmes en leur offrant salaire, pension, services et logement[276] . Ainsi, il y a de deux à six institutrices embauchées annuellement et rémunérées selon leur expérience[277] , leurs compétences et les tâches qu’on leur attribue. La distribution des classes se fait chaque mois d’août. En plus du diplôme, le personnel scolaire se perfectionne occasionnellement lors de conférences données par le Département de l’Instruction publique (D.I.P.).

Le contenu des programmes pour l’instruction intellectuelle et professionnelle des enfants de l’Hospice Saint-Charles entre 1870 et 1950 n’est pas unique à l’école de réforme ou l’école d’industrie. Il est le même que celui que les Soeurs du Bon-Pasteur emploient dans les autres écoles, orphelinats, pensionnats ou juvénats qu’elles dirigent. Les classes données à l’Hospice Saint-Charles sont donc similaires aux classes publiques et à celles des internats, exception faite de l’accent mis sur la formation ménagère à l’école de réforme et à celle d’industrie.

Bien qu’ils soient soumis aux inspections périodiques du Comité catholique du D.I.P. et des commissions scolaires, les dirigeant(e)s des institutions ont une grande marge de manoeuvre, car les lois de 1869 n’obligent qu’à instruire et former les enfants à un métier sans plus de précisions. Les programmes scolaires sont établis selon le bon vouloir et les ressources des gestionnaires. Malgré une recommandation en ce sens lors de la Commission Montpetit en 1932, ce n’est qu’en 1946, sous l’impulsion du Ministère du Bien-Être social et de la Jeunesse, que les programmes scolaires seront coordonnés dans toutes les écoles de réforme et d’industrie de la province par un directeur général des études. Pourtant, dès les débuts de l’oeuvre, les Soeurs du Bon-Pasteur s’appliquent à respecter le programme du Conseil de l’Instruction publique et s’adaptent à l’évolution du système scolaire public[278] . Elles donnent donc, jusqu’en 1923, les cours élémentaire, modèle et académique, selon les effectifs en présence. La présence du cours académique à l’Hospice Saint-Charles illustre le sérieux de son rôle éducatif, car le programme d’études spécifie que ce cours n’est dispensé que dans les académies. Puis, à la suite de la modernisation du système en 1923, les cours préparatoire, élémentaire et complémentaire sont dispensés. Selon la Règle de la communauté, on défend aux maîtresses de classe ou d’atelier de dévier du programme scolaire[279] . On cherche à donner aux filles de l’Hospice une instruction à l’égale de celle des écoles primaires publiques. « Le mode d’enseignement est simultané mutuel. La méthode adoptée consiste à cultiver à la fois le coeur et l’intelligence de l’enfant en lui rendant l’étude facile et même agréable. On suit le mode d’intuition, épargnant d’ennuyeuses leçons par coeur. L’histoire s’enseigne par causeries[280] . » La grande différence entre, d’une part, l’école de réforme et l’école d’industrie et, d’autre part, les pensionnats, est la durée du passage d’une bonne partie des enfants dans les deux premières. Avec des séjours d’une durée variant d’une à trois années, la jeune fille ne suit qu’une partie du cours selon son cheminement individuel.

Les modes d’internement ne sont pas pris en compte dans l’élaboration des classes, ce qui évite toute ségrégation. De même, les classes de la réforme et de l’école d’industrie sont rapidement fusionnées en raison du statut des enfants. L’augmentation des effectifs mène les autorités à investir, lorsque les moyens le permettent, pour aménager des locaux aérés. Année après année, il y a entre quatre et neuf classes, qui sont populeuses. Elles comptent parfois jusqu’à trente ou cinquante élèves, ce qui n’est pas différent de certaines classes publiques[281] . Le régime disciplinaire prend donc ici toute son importance pour garantir la réussite de l’enseignement.

Le programme d’éducation s’intègre à l’idéologie présidant à la formation des jeunes filles dans les congrégations religieuses enseignantes. Leur objectif fondamental n’est pas seulement l’instruction, mais aussi l’éducation des jeunes filles par des valeurs et des normes faisant en sorte qu’elles soient préparées à remplir un rôle de maîtresses de maison, de ménagères et de mère de famille[282] , ce qui correspond globalement à inculquer savoirs, savoir-faire et savoir-être. Ce programme est construit afin de préserver leur rôle social[283] . « De judicieux pédagogues ont maintes fois constaté que le travail manuel développe le dévouement, tandis que le travail intellectuel tend à replier sa foi[284] . » On mise, à l’image des pensionnats féminins, sur une formation concrète, pratique et utile.

L’annexe 8, aux pages 138 à 141, dévoile le programme d’étude en vigueur dans les établissements du Bon-Pasteur à la fin du XIXe siècle, de la 1ère à la 10ème année. Ce programme d’études est très détaillé. Bien qu’il ne soit pas daté, sa composition correspond presque totalement à ceux de 1888 et de 1898[285] . Cette dernière version n’introduisant que peu de changements, il est impossible de trancher. Les matières de base, comme la lecture, l’écriture, le calcul, l’histoire, la géographie, l’instruction religieuse et le dessin, sont présentes et l’avancée des connaissances y est détaillée. Ces détails ressemblent ou répètent l’intitulé du programme. Ce dernier comprend la lecture en français et en anglais[286] . Ce contenu est semblable à celui qui est offert aux jeunes filles placées à la maison de refuge et d’industrie protestante de Toronto[287] . Malheureusement, nous ne disposons pas d’autres programmes subséquents.

Source : ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, PH. D. 23.1. Album photo.

Comme l’illustre l’annexe 6 aux pages 135 et 136, en 1903, les jeunes filles de 6 à 10 ans ont quatre heures de classe par jour en semaine, celles de dix à treize ans, 2h45 par jour, et celles de treize ans et plus, 1h30 par jour. Pour ces dernières, on ne devait donc pas avoir le temps nécessaire pour l’approfondissement de toutes les notions, l’accent étant mis sur l’enseignement ménager. Les arts (musique, théâtre) sont aussi présents. La religion est omniprésente et suit les enfants du lever au coucher.

Dès 1870, les Soeurs dispensent un cours d’enseignement ménager à toutes leurs protégées. Majeur par le nombre d’heures qu’on y consacre chaque jour, il forme le pivot sur lequel s’articule l’instruction professionnelle des jeunes filles. L’affectation à un travail assidu fut un des premiers moyens de la communauté pour amener ses protégées, femmes et filles, à changer leurs habitudes de vie, notamment dans le but de leur donner des outils de réussite à leur sortie et surtout, le goût d’atteindre cette réussite[288] . Selon les règlements des Soeurs du Bon-Pasteur pour l’école d’industrie en 1927, la plupart des enfants sont « destinés à gagner leur vie de manière manuelle [;] [i]l importe qu’elles s’y exercent de longue date[289] . » Elles suggéreront en 1934 d’ajouter au titre d’école d’industrie le terme « science ménagère[290]  » parce qu’il est plus représentatif. On donne en effet beaucoup plus aux filles une formation aux travaux manuels et à l’entretien ménager qu’une formation à un métier[291] .

Source : ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, PH. D. 23.2. Album photo.

Véritable véhicule de l’idéologie de la femme épouse, mère et ménagère, l’enseignement ménager québécois aurait visé, entre 1880 et 1930, la normalisation de la classe ouvrière urbaine et, entre 1930 et 1960, la sauvegarde des valeurs familiales traditionnelles[292] . Cette vision cadre bien avec les clientèles que l’Hospice reçoit dans les deux écoles : jeunes filles de milieux populaires dont le placement à l’école d’industrie sera de plus en plus causé, entre autres, par la désunion de leurs parents. On cherche à leur transmettre la fierté d’être de la « classe des travailleurs » et de l’accepter avec « modestie ». Les jeunes filles apprennent, entre autres, la couture, le tricot, le blanchissage, le lavage, le repassage, la cuisine, le jardinage et même la cordonnerie et la menuiserie, ce qui constitue une formation d’une certaine diversité, d’ailleurs plus grande que dans certains pensionnats, formation correspondant autant au travail de domestique qu’au rôle d’épouse. Par son discours et les placements en foyer d’apprentissage, la communauté met l’accent sur la première option, mais ne néglige pas la seconde, car l’instruction des filles est conforme au rang et à la position qu’elles occuperont dans le monde[293] . Comme l’énonce la règle de la communauté : « [o]n s’efforcera de les former d’une manière si solide qu’elles puissent s’y (dans le monde) établir honnêtement ou entrer en service dans une famille chrétienne, pour y être utiles, et dignes de confiance[294]  ».

Toujours selon l’horaire en vigueur en 1903, les jeunes filles de six à dix ans n’ont pas de période fixe d’enseignement ménager. On leur enseigne les rudiments de la couture le samedi. Les filles de dix à treize ans suivent cette formation deux heures par jour en semaine. Le temps consacré aux classes est donc légèrement supérieur. Elles ont en plus des heures de pratique libre le samedi. Quant aux plus vieilles, quatre heures par jour sont consacrées à l’enseignement ménager. Des conférenciers du Bureau de l’Instruction publique viennent parfois à l’Hospice pour parler aux enfants de plantes, de cuisine, de dessin, etc. Les Soeurs obtiennent occasionnellement des contrats de magasins de détail pour fabriquer des bas ou des jupons. Les talents et les capacités des filles sont alors mis à profit. En 1940, après le déménagement de l’Hospice sur une ferme expérimentale à Cap-Rouge, l’apprentissage de la culture de la terre sera perfectionné. En mai 1941, l’Hospice se voit décerner le titre d’école ménagère moyenne[295] , ce qui peut sembler tardif.

Finalement, aux plans de la graduation et du suivi académique, il y a exposition des travaux réalisés par les élèves et remise de petits prix à chaque fin d’année scolaire, notamment de la part du Bureau de l’Instruction publique, qui donne parfois des livres. Les parents ou la famille proche sont invités. La réussite et la graduation des élèves sont ainsi soulignées. On transfère parfois les filles douées dans divers pensionnats ou dans des écoles ménagères supérieures. Nous ne disposons toutefois pas de sources supplémentaires sur ces placements.

Sur le plan du contenu, l’école de réforme et celle d’industrie de l’Hospice Saint-Charles rappellent ainsi l’idéologie guidant l’instruction des jeunes filles. On ne semble pas y suivre un itinéraire fondamentalement différent qu’ailleurs, comme dans les pensionnats par exemple, sauf en ce qui concerne l’insistance sur la formation ménagère et la relative courte durée du placement. Les formations morale, religieuse et domestique sont prédominantes, du moins jusque dans les années 1930, où l’arrivée de jeunes religieuses et de jeunes femmes laïques formées différemment mènera à un renouvellement des moyens d’encadrement, alors encore plus dédiés à l’instruction et à la préparation au retour à la société[296] .

Les rapports des inspecteurs des écoles de réforme et d’industrie et ceux des inspecteurs scolaires sont toujours élogieux sur la qualité de la formation, la motivation des élèves et leur réussite, souvent supérieure, soutiennent-ils, aux autres institutions publiques ou privées. Comme il en fut mention précédemment, il y a là une critique constructive à faire sur leur partialité et sur leur volonté que les enfants s’en sortent bien à leur sortie. Il est donc fondamental de rechercher d’autres indices des résultats de l’instruction afin de vérifier s’ils furent à ce point probants.

À l’exception des enfants admis très jeunes, tous les pupilles de l’Hospice Saint-Charles sont tenus de suivre les classes. Les pourcentages de fréquentation frôlent pour toute la période les 100%. Ils sont supérieurs à ceux des classes publiques, mais Julien a montré que cet avantage ne fut pas si marqué, du moins pour les années 1871 et 1901[297] . De plus, bien que les classes soient obligatoires, le statut des écoles de réforme et de celles d’industrie fait en sorte que les enfants sont admis et sortent de l’Hospice à tout moment durant l’année. Ceci a des effets certains sur la fréquentation et donc sur l’instruction des enfants, qui ne sont pas automatiquement inscrits à l’école publique à leur sortie. Malgré tout, au début du XXe siècle, Québec a le plus faible taux de fréquentation scolaire parmi les quinze villes canadiennes de plus de 30 000 habitants[298] . Le passage à l’Hospice Saint-Charles est donc tout de même profitable.

Les résultats scolaires à proprement parler se présentent dans les archives sous deux formes différentes et de manière irrégulière. Nous ne disposons des résultats notés que pour la fin des années 1930 et la décennie 1940. Auparavant, ils sont livrés sous la forme de catégories relativement vagues (« ne sait pas lire et écrire », « sait lire et écrire » (lire et écrire sont parfois utilisés séparément) et « a une instruction plus développée »). Le constat global est positif, c’est-à-dire que la majorité des enfants sait lire et écrire[299] et que certains ont parfois une instruction plus développée[300] . Cette dernière catégorie convient peut-être aux niveaux correspondant au cours modèle (avant 1923) ou complémentaire, soit de la 5e à la 9e année environ, car en 1907, on considère que l’atteinte du cours modèle équivaut à un degré « respectable » de scolarité[301] .

Quant à la catégorie « ne sait pas lire et écrire », en 1903, la supérieure de l’Hospice, en réplique à des accusations de négligence, confirme que certaines sortent sans savoir lire, soit des filles de 14 ans et plus qui arrivent sans aucune base ou des fillettes placées très jeunes. En quelques mois, elles ne peuvent logiquement pas apprendre à lire[302] . Il faut donc faire preuve de prudence avant de conclure à l’inefficacité de l’enseignement en analysant cette catégorie. Globalement, malgré les tendances positives établies avec l’analyse de ces trois catégories, le portrait des résultats demeure pour le moins flou entre 1870 et la fin des années 1930.

Les résultats scolaires des enfants à l’intérieur de chacune des classes à la fin des années 1930 et pour la décennie 1940 révèlent des moyennes générales acceptables, oscillant le plus souvent entre 70% et 80%. Peu d’enfants échouent les cours[303] . De même, lorsque des jeunes filles vont passer les examens du D.I.P. pour les certificats de 7e ou de 9e années, il est rare, selon leurs bulletins, qu’elles ne l’obtiennent pas[304] . Par contre, il ne semble pas y avoir de complaisance pour gonfler les statistiques parce que des enfants échouent plusieurs fois.

Les inspecteurs des écoles de réforme et d’industrie et ceux des écoles ménagères (à partir de 1941) ont généralement de bons mots sur la formation pratique. Mais, outre ces rapports, les Annales et la correspondance de la communauté montrent que certaines filles placées « en apprentissage », en service ou sorties et embauchées dans un commerce se voient félicitées pour leur talent. Il y a toutefois un problème. La plupart des filles placées à Saint-Charles ne demeure pas très longtemps à l’Hospice. De plus, avec de fréquentes difficultés financières et matérielles, il arrive qu’au terme de leur séjour, des enfants n’ont pas acquis assez de connaissances et de compétences. Certains observateurs internes, comme les inspecteurs de ces institutions, et externes, comme des professionnels du Service social et les fonctionnaires gouvernementaux, considèrent au XXe siècle les écoles d’industrie du Québec comme de simples orphelinats, parce qu’elles ne remplissent pas leur mandat professionnel. On avancera même dans les années 1930 que les écoles d’industrie n’ont d’industrie que le nom. Nous considérons que ces critiques sont en partie inexactes, car l’enseignement ménager détient tout de même une plus grande place à l’école d’industrie, de par les horaires quotidiens, qu’à l’orphelinat. Par ailleurs, nous croyons que ces critiques visent davantage les institutions pour garçons à cause du bas âge des enfants et du manque criant de moyens financiers et matériels pour prodiguer à ceux qui le peuvent une réelle formation professionnelle[305] .

Source : ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, PH. D. 23.1. Album photo.

Par des clivages de sexe, de classe, mais aussi par respect des structures existantes, l’école de réforme et celle d’industrie de l’Hospice ont reproduit les schémas sociaux et scolaires en vigueur. Les programmes furent calqués sur le système scolaire public et inspirés de l’idéologie présidant à l’instruction des filles dans les congrégations religieuses enseignantes. La jeune fille ne se voit généralement préparée qu’à un rôle d’épouse, de mère et de ménagère à travers d’une formation pratique à l’image des institutions d’enseignement féminin, comme les pensionnats. Il y a des cas de réussite professionnelle. Un petit nombre de filles deviennent, par exemple, institutrices. Par contre, il est difficile de bien qualifier les résultats des enfants, car les sources sont insuffisantes. Tout de même, les données disponibles laissent croire en un bilan raisonnable et décent au fil des ans. Certaines jeunes filles ont pu profiter de la scolarisation offerte pour tenter de sortir de leur condition et ceci constitue un point positif non négligeable. L’instruction semble s’inscrire sous le signe de la réussite malgré le caractère transitoire du passage dans l’institution, le va-et-vient des admissions et des sorties et les différents problèmes financiers et matériels qui gênent sa bonne marche.

Il est intéressant de se pencher, en terminant, sur les trajectoires des enfants à leur sortie de l’Hospice Saint-Charles. Ceci permet, entre autres, de constater que les mesures d’encadrement des Soeurs du Bon-Pasteur dépassent le simple cadre de l’école de réforme ou d’industrie.

La grande majorité des enfants est recueillie par la famille proche ou éloignée[306] . Ceci s’explique par les constats réalisés sur le statut des enfants. En effet, il n’y a que peu d’orphelins des deux parents.

Certaines, entre 1870 et 1950, sont placées en foyer d’accueil ou au travail[307] durant ou à la fin du mandat d’internement. Ce phénomène demeure marginal. Ces enfants ne sont pas toutes des orphelines de père et de mère. Les jeunes filles se retrouvent comme servantes, employées dans des ateliers et des magasins ou simplement comme enfant de la maison[308] . Il n’y a pas d’information détaillée sur la localisation de ces foyers et l’identité de ces familles d’accueil, mais si l’on se fie à la situation prévalant à l’Hospice Saint-Joseph de Lévis, on ne dépasse guère les limites de la grande région de Québec et les gens recevant les enfants sont de toutes occupations, de l’ouvrier le plus modeste au médecin. Il n’y a pas beaucoup de placements à l’école de réforme, mais à l’école d’industrie, et surtout dans les années 1920 et au début des années 1930, au moment où l’établissement est rempli à pleine capacité, le nombre de placements est plus élevé. Entre 1922 et 1933, il y a 96 placements « en apprentissage », comme l’énonce les inspecteurs bien que ce soit plus un placement en travail, et 12 placements comme domestiques[309] . De même, la majorité des enfants qui sont placées au travail ou dans des foyers d’accueil sont celles qui sont présentes à l’Hospice depuis deux ou trois ans. La durée des placements est variable et il n’y a pas de données précises sur le retour ou l’adoption de ces enfants par leurs foyers d’accueil. Les religieuses et les curés des paroisses concernées soutiennent que les gens chez qui on place les enfants en service ou comme domestiques sont très souvent satisfaits du travail de leurs pupilles. En ce qui concerne les garçons, aucune donnée n’est disponible pour vérifier s’il y eut des placements.

Par ailleurs, des enfants sont aussi adoptées. Les sources sont rares, mais on sait que leur nombre est inférieur à celui des placements. Les procédures sont développées et précises et ce, même si la Loi de l’adoption ne pose ses balises qu’en 1925. De même, il y a une augmentation du nombre d’adoptions de filles de l’école d’industrie dans les années 1920 (38), pour, selon toute vraisemblance, la même raison précédemment citée, soit celle de l’encombrement. De même, la majorité des adoptées le sont entre six mois et un an après leur arrivée, ce qui correspond, du moins dans les années 1920, à la durée des sentences. Au sujet des placements et des adoptions, les religieuses semblent gérer les populations sous leur tutelle en fonction des possibilités physiques de l’établissement et du potentiel de développement des jeunes filles.

Des enfants sont aussi placées au Juvénat de la communauté ou dans des couvents comme « pénitentes », mais les sources ne révèlent pas plus de détails sur ces transferts. Par ailleurs, les Soeurs prennent soin de toujours bien accueillir leurs anciennes si elles les visitent. Des lits leur sont réservés. En fait, les lois de 1869 et leurs amendements subséquents ne prévoient aucune mesure de suivi au terme du séjour de l’enfant, qui est relâché à douze ou quatorze ans sans aucune ressource s’il ou elle n’a pas de famille. Les demandes des dirigeants des établissements de la province en ce sens sont constantes, sans toutefois obtenir plus qu’un accusé de réception de la part des autorités. Les Soeurs du Bon-Pasteur développent donc par initiative et avec l’aide de bienfaiteurs un réseau d’institutions pour garder contact.

L’établissement du Patronage Sainte-Geneviève en 1916 est, entre autres, dû à l’immobilisme de l’État sur cette question. Le but premier de sa fondation est de continuer la mission de l’Hospice en accueillant les jeunes filles trop âgées pour demeurer dans l’institution. Les enfants y sont placées sous pension ou gratuitement pour les plus démunies. La plupart viennent de l’Hospice Saint-Charles, mais quelques-unes sont amenées par leurs parents[310] . Les religieuses étudient chaque enfant pour les diriger dans la sphère où leurs aptitudes leur assureront le plus de chances de succès[311] . L’oeuvre paraît produire des résultats probants sur le suivi des jeunes filles et donne à bon nombre qui n’en auraient pas été pourvues autrement des outils pour réussir dans la vie[312] .

En 1943, les Soeurs du Bon-Pasteur mettent sur pied un autre maillon dans la chaîne du suivi des enfants, le Foyer Sainte-Geneviève, parce qu’elles voient que des anciennes du Patronage et d’autres maisons vivent encore des difficultés. Elles fondent donc une « maison d’amies » leur permettant de continuer une oeuvre protectrice et d’accueillir les jeunes filles inexpérimentées vivant isolées de leur famille. Alors que les cours du Patronage ne vont pas plus loin que la neuvième année, il sera possible au Foyer de poursuivre l’enseignement jusqu’à la 12e année[313] .

De leur propre initiative, les religieuses ont construit un réseau institutionnel pour répondre aux besoins de l’enfance de la capitale, de leur naissance jusqu’à leur entrée dans l’âge adulte. L’école de réforme et l’école d’industrie ont occupé une place centrale dans ce réseau en raison de leur statut semi-public et de leur financement par l’État québécois. Alors que la majorité des enfants retournent dans leurs familles et que d’autres sont placées ou adoptées, elles ont su s’adapter pour continuer leurs oeuvres auprès de celles qui étaient seules. Il demeure que peu d’indices sont disponibles sur le destin des filles après leur sortie et sur leur intégration à la société et qu’il n’y en a aucun sur celui des garçons.

En bilan de ce chapitre, il importe de revenir sur les éléments définissant les régimes de vie et de formation à l’Hospice Saint-Charles durant les quatre-vingts années de son existence. Usant d’un vacuum réglementaire dans la loi, les Soeurs du Bon-Pasteur ont pu établir des structures d’encadrement, d’entretien et d’instruction propres tout en reproduisant les modèles utilisés dans les autres établissements qu’elles géraient, à quelques exceptions près. Par contre, les difficultés financières, un personnel restreint et des problèmes d’effectifs ont gêné la prise en charge des enfants. Pour garantir l’ordre, les religieuses ont mis sur pied un régime disciplinaire strict et unificateur à l’image des pensionnats féminins. Malgré des lacunes, les enfants placés semblent avoir vécu dans un cadre de vie propice à léguer une instruction qui se distingue par son organisation rationnelle. Les structures d’entretien furent fonctionnelles et leurs résultats, satisfaisants et même probants si l’on considère que certains services, comme les soins gratuits d’un dentiste, ne sont pas accessibles à tous les enfants des milieux populaires.

De même, il apparaît clair que les régimes de formation en vigueur dans l’institution ne furent pas fondamentalement différents de ceux des institutions d’enseignement pour filles. L’accent placé sur la formation ménagère et la durée pendant laquelle les enfants y sont présentes constituent les points principaux distinguant l’école de réforme et celle d’industrie de Saint-Charles des autres établissements, comme les pensionnats. Malgré les limites d’une formation féminine offerte à des filles assimilées à la classe ouvrière, on retrouve une certaine diversité d’occupations. Finalement, un bilan approfondi et détaillé des résultats scolaires est impossible à tracer, mais les diverses pistes incitent à croire en l’efficience de l’instruction à l’Hospice.

La vie entre les murs fut certes loin d’être irréprochable, mais ces types d’écoles furent jusqu’à l’adoption de la Loi de l’Assistance publique en 1921 les seuls à être reconnus et certifiés légalement et à être subventionnés sur une base mensuelle[314] pour le soin d’enfants orphelins, abandonnés ou encore délinquants. Il faut donc reconnaître les efforts des religieuses pour offrir un milieu de prise en charge fonctionnel et profitable aux enfants sur plusieurs plans. Maintenant, que peut-on retirer des dynamiques de l’institutionnalisation de l’enfance délinquante et en besoin de protection étudiées dans ce mémoire ? Cette ultime question peut être abordée en fin de parcours.



[209] L’analyse touchera surtout les jeunes filles, car les garçons n’ont été présents que durant quatre années et qu’il n’y a que peu d’information touchant leurs régimes de vie et de formation. Mais lorsque l’analyse les comprend, la forme masculine est employée.

[210] Josette POULIN, « Une utopie religieuse. Le Bon-Pasteur de Québec, de 1850 à 1921 », thèse de doctorat en théologie, Québec, U. Laval, 2004, p. 139.

[211] Lors des années où des garçons seront admis, les archives ne nous permettent pas de savoir si leur pension est différente. Dans les rapports des inspecteurs, un seul montant est mentionné. Ils ont donc pu être les mêmes pour les deux sexes entre 1941 et 1944.

[212] Le système scolaire public est victime de la même hésitation. Voir « Les rapports entre l’école privée et l’école publique : l’académie Marie-Rose au 19e siècle », de Marie-Paule MALOUIN, dans Nadia FAHMY-EID, Micheline DUMONT et al ., Maîtresses de maison, maîtresses d’école. Femmes, famille et éducation dans l’histoire du Québec, Montréal, Boréal Express, 1983, p. 79.

[213] Rappelons l’enquête provinciale de 1948, abordée au premier chapitre.

[214] En effet, dans l’histoire de l’éducation au Québec, les autorités civiles ont privilégié par leur financement l’éducation des garçons. Voir, entre autres, Marie-Josée DELORME et al., « La fréquentation scolaire au Québec au début du 20e siècle », Bulletin de recherche – U. de Sherbrooke. Dép. d’histoire, nov. 1986, p. 16.

[215] Citons par exemple les années 1887 et 1895. Les Sœurs doivent alors emprunter et s’endetter ou suppléer par l’aumône ou d’autres moyens.

[216] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, Recherches de Sœur Dionne. Dossier II Évolution (1871-1891, 1892-1924) et dossier III Finances (1870-1959).

[217] Poulin constate qu’au sein de plusieurs institutions du Bon-Pasteur, ce moyen permit de boucler les budgets. Mais nous retrouvons cette stratégie ailleurs, comme à l’Hospice Saint-Joseph. Dans ce cas précis, en plus d’accueillir des pensionnaires pour améliorer la situation financière, les Sœurs de la Charité hébergent des prêtres âgés payant pension. ASCQ. L018/D, 01.7. Inst. Saint-Joseph de la Délivrance. Annales dactylographiées. Vol. 1 - 1870-1913. H-01-01. Boîte 12; Josette POULIN, op. cit. , p. 140.

[218] Voir MALOUIN dans FAHMY-EID, DUMONT et al., op. cit., p. 88-9.

[219] Par exemple, des citoyens placent l’Hospice sur leur testament. Ces initiatives se retrouvent tout au long de la période étudiée.

[220] Comme ceux de la Société Saint-Vincent-de-Paul. Son aide comporte plusieurs facettes : visites et dons matériels, monétaires et alimentaires. Ses liens sont réguliers avec l’Hospice Saint-Charles. Le Secrétariat des Familles vient aussi en aide à l’établissement au début des années 1940 avant sa disparition.

[221] Comme l’œuvre du Pain de Saint-Antoine. Par contre, la Ville de Québec interdit toute quête à partir de 1924, ce qui pousse les religieuses à trouver autre chose.

[222] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-27. Supérieure locale. Sr Marie-de-la-Passion, 1916-21.

[223] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-13. Gouvernement du Québec. Contrats. 1895-1935.

[224] Josette POULIN, op. cit. , 2004, p. 162.

[225] Sœurs du Bon-Pasteur de Québec, Constitutions et règles de la Congrégation des sœurs servantes du Cœur Immaculé de Marie , Québec, A. Côté, [c1883], 5e partie, Des principales charges de la congrégation, chapitre X, De la directrice des orphelinats et des maisons de réforme, p. 315-7.

[226] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, Recherches de Sœur Dionne. Dossier III Finances (1870-1959).

[227] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-02. Annales, vol. I 1870-1911.

[228] Une des solutions mise de l’avant pour contrer l’encombrement est le transfert d’enfants à l’Hospice de Lyster, mesure instaurée en 1925. Cette maison recevait des enfants de trois à six ou sept ans. Voir ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-04. Assemblées du Conseil général et provincial, 1925, 1934-1967. La surpopulation n’est, par ailleurs, pas unique à Saint-Charles. De l’autre côté du fleuve, à l’Hospice Saint-Joseph de Lévis, la situation est semblable. Voir ASCQ, L018/A, 48.1, Institut Saint-Joseph de la Délivrance. Correspondance : écoles d’industrie. 1883-1886. H-01-01. Boîte 3.

[229] MÉNARD (2003), op. cit., p. 128-129.

[230] Toutefois, le vocabulaire de la loi respire un caractère carcéral avec des mots comme « internement », malgré le fait que les écoles d’industrie ne soient pas une mesure punitive comme peuvent l’être les écoles de réforme. Ceci crée au XXe siècle de plus en plus de malaises chez les dirigeant(e)s des écoles de réforme et d’industrie du Québec. Dans les années 1940, ils se regrouperont pour réclamer une refonte de ces termes.

[231] MÉNARD (2003), op. cit., p . 134.

[232] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-02. Annales, vol. I 1870-1911.

[233] Il y aura certes quelques évasions, mais pas à un rythme jugé critique. De plus, les fautives sont généralement rapidement retrouvées selon les archives de la communauté.

[234] Voir « Vivre au pensionnat : le cadre de vie des couventines » de Nadia FAHMY-EID, dans Micheline DUMONT, Nadia FAHMY-EID et al, Les couventines. L’éducation des filles au Québec dans les congrégations religieuses enseignantes, 1840-1960, Montréal, Boréal, 1986, p. 61; et « La philosophie de l’enseignement » de Lucia FERRETTI, du même ouvrage, p. 145.

[235] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-11. Coutumier, s.d, 1927. Règlements de l’école industrielle à l’usage des sœurs directrices, s.d., p. 5.

[236] Sœurs du Bon-Pasteur de Québec, Constitutions et règles de la Congrégation des sœurs servantes du Cœur Immaculé de Marie , Québec, A. Côté, [c1883], 5e partie, Des principales charges de la congrégation, chapitre X, De la directrice des orphelinats et des maisons de réforme, p. 315.

[237] En comparaison, la discipline était plus stricte à l’école normale qu’au collège classique. Les règles des institutions varient en fonction du rang social dominant de leurs clientèles. Voir à ce chapitre « Les couventines », de Micheline DUMONT et Johanne DAIGLE, dans DUMONT, FAHMY-EID, et al, op. cit., p. 212-4.

[238] Le cas de l’école d’industrie de Laval-des-Rapides révèle que le portrait est similaire en ce qui concerne les « Moyennes » et les filles plus âgées. Voir STRIMELLE (1998), op.cit., p. 233-4.

[239] FOSTER, op. cit., p. 86-87.

[240] Voir FAHMY-EID, dans DUMONT, FAHMY-EID et al, op. cit., p.50-52.

[241] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, Recherches de Sœur Dionne. Dossier II Évolution (1871-1891, 1892-1924).

[242] Bien qu’à l’origine, les Sœurs ne privilégient pas ces marques matérielles qui peuvent causer de la jalousie.

[243] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-27. Enseignement, statistiques, 1942-1966.

[244] Voir « Les loisirs éducatifs », de Danielle NEPVEU, dans DUMONT, FAHMY-EID et al , op. cit., p. 67-80.

[245] Les archives ne dévoilent pas le moment d’entrée en vigueur de ces vacances.

[246] Ceci entraînera au Québec certaines critiques d’avarice de la part d’acteurs externes envers les congrégations religieuses, qui auraient restreint volontairement la durée des vacances accordées pour stabiliser et maximiser leurs revenus.

[247] STRIMELLE (1998) fait le même constat pour Laval-des-Rapides.

[248] Voir FAHMY-EID dans DUMONT, FAHMY-EID et al , op. cit., p. 62.

[249] 34e rapport des inspecteurs des prisons et asiles, etc., 1903, p. 190.

[250] 300-05B-28 Inspecteur scolaire, rapports et visites. 1904-1938; 1891-1962. Rapport de la supérieure à Messieurs de Martigny et Woods, inspecteurs des prisons et asiles et B., 1915.

[251] Par exemple, en juillet 1941, les Sœurs, les ouvriers embauchés et les enfants ont fait la récolte de 290 livres de framboises, de pois, fèves, patates, tomates, carottes, betteraves, salades, radis, céleris, blés d’Inde, choux, etc. Les Sœurs ont six chevaux, vingt vaches, 400 poules, 1200 poulets, 500 pommiers, 5000 fraisiers, 700 framboisiers et 2000 plants de tomates. Elles recueillent 500 livres de lait par jour et cent livres de beurre par semaine. Il y a aussi une porcherie. Voir ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-02. Annales, vol. V 1936-1945.

[252] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-32. Supérieure locale, Sœur Marie-des-Neiges, 1942-48.

[253] Voir FAHMY-EID dans DUMONT, FAHMY-EID et al , op. cit., p. 56.

[254] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-11. Coutumier, s.d, 1927. Coutumes propres à notre Hospice, 1927.

[255] Par exemple, en 1920, les Moyennes ont une robe bleue et un chapeau noir.

[256] Dont font aussi partie l’hygiène et les premiers soins.

[257] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-11. Coutumier, s.d, 1927. Règlements de l’école industrielle à l’usage des sœurs directrices, s.d.

[258] LAROCQUE, op. cit., p. 175.

[259] MÉNARD (2003), op. cit., p. 155.

[260] Le gouvernement paye alors la facture. ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-20. Supérieure locale. Sr Ste-Antoinette, 1890-1894.

[261] L’électrification des résidences débute en 1886 à Québec, mais dans les années 1900 et 1910, un bon nombre de ménages ouvriers n’en profitent pas encore. Voir LAROCQUE, op. cit., p. 32-3.

[262] 37e rapport des inspecteurs des prisons et asiles, etc., 1906, p. 155.

[263] 34e rapport des inspecteurs des prisons et asiles, etc., 1903, p. 63.

[264] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-14. Historique. 1867 et suiv.

[265] Voir FAHMY-EID dans DUMONT, FAHMY-EID et al , op. cit., p. 58.

[266] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-02. Annales, vol. II-III 1925-1930, vol. IV 1930-1936.

[267] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles 300-05B-28 Inspecteur scolaire, rapports et visites. 1904-1938; 1891-1962. Rapport au Dr Desloges, inspecteur des prisons, de la supérieure, 1930.

[268] Voir les rapports annuels des inspecteurs des écoles de réforme et d’industrie du Québec, 1914-1930.

[269] Les rapports du Surintendant de l’Instruction publique ne comptabilisent pas les classes des écoles de réforme et d’industrie. De même, les cahiers de présence des enfants de l’Hospice ne sont pas disponibles sur de longues périodes.

[270] JULIEN, op. cit., p. 101. Cette évolution est par contre trompeuse selon Julien, car cela ne signifie pas nécessairement une plus longue scolarisation, mais plutôt une « généralisation » de la fréquentation.

[271] Recensement du Canada, 1921, dans DELORME, loc. cit., p. 8.

[272] 3e au 11e rapport du « directeur médical des hôpitaux d’aliénés, des écoles de réforme et écoles d’industrie et de l’Assistance publique » A.H. Desloges au Secrétaire de la province, 1922-1923 à 1930-1931.

[273] JALBERT, op. cit., p. 64.

[274] Du Bureau central des examinateurs de Saint-Georges de Beauce ou d’écoles normales comme Mérici, Laval, Pont-Rouge, etc.

[275] Par exemple, certaines années, il n’y a pas de quatrième année, car aucun enfant n’est à ce stade.

[276] Par exemple, en 1943, la supérieure cherche à embaucher une jeune fille diplômée à la « belle personnalité » en lui offrant 17 dollars par mois, plus une pension de huit dollars et les services gratuits de buanderie, de logement, de nourriture, etc. En 1950, l’institutrice la mieux rémunérée recevra 1040$ pour l’année. Voir ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-32. Supérieure locale, Sœur Marie-des-Neiges, 1942-1948, et les statistiques des rapports des inspecteurs des écoles catholiques indépendantes, 1950-1951.

[277] Certaines ont jusqu’à trente années d’expérience.

[278] La situation est similaire à ce qui se produit à l’Hospice Saint-Joseph de Lévis, où les Sœurs de la Charité élaborent des programmes en s’inspirant du système public, et aussi dans les orphelinats. Voir MALOUIN (1996), op. cit., p. 179.

[279] Sœurs du Bon-Pasteur de Québec, Constitutions et règles de la Congrégation des sœurs servantes du Cœur Immaculé de Marie , Québec, A. Côté, [c1883], 5e partie, Des charges de la congrégation, chapitre XI, Des maîtresses de classe et d’atelier, p. 320.

[280] Sœurs du Bon-Pasteur de Québec, Programme des études, Québec, [s.é.], [c1888], p. 13.

[281] Voir MALOUIN dans FAHMY-EID, DUMONT et al , op. cit., p. 86.

[282] Voir FERRETTI dans DUMONT, FAHMY-EID et al , op. cit., p. 154.

[283] Voir DUMONT et DAIGLE, dans Ibid, p. 202.

[284] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-11. Coutumier, s.d, 1927. Règlements de l’école industrielle à l’usage des sœurs directrices, s.d., p. 3.

[285] Michel ALLARD et Bernard LEFEBVRE, dirs., Les programmes d’études catholiques francophones du Québec. Des origines à aujourd’hui , Montréal, Éditions Logiques, 1998, p. 155-164.

[286] Il y a des classes de français pour les anglophones et vice-versa. La présence de classes pour les petites Irlandaises au sein d’une institution francophone n’est pas singulière, car le réseau scolaire catholique intègre les catholiques anglophones. L’Hospice Saint-Charles reproduit encore ici les structures du système en vigueur.

[287] Voir le 11e rapport des inspecteurs des prisons et asiles, etc., 1880, p. 118.

[288] Josette POULIN, op. cit. , p. 139.

[289] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-11. Coutumier, s.d, 1927. Règlements de l’école industrielle à l’usage des sœurs directrices, s.d.

[290] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-13. Gouvernement du Québec. Contrats. 1895-1935. Lettre de Sr Joseph-de-Bethléem à la révérende Sr Marie de Ste-Delphine, supérieure de l’Hospice Saint-Charles, 9 septembre 1934.

[291] En raison du fait que l’établissement n’a accueilli des garçons que pour une courte période, il n’y eut pas de grands ateliers spécialisés typiques des institutions pour garçons, comme un atelier de mécanique automobile, par exemple.

[292] Voir « L’enseignement ménager, 1880-1970 » de Nicole THIVIERGE, dans FAHMY-EID, DUMONT et al , op. cit., p. 119.

[293] Sœurs du Bon-Pasteur de Québec, Constitutions et règles de la Congrégation des sœurs servantes du Cœur Immaculé de Marie , Québec, A. Côté, [c1883], 5e partie, Des charges de la congrégation, chapitre VI, De la maîtresse générale des classes et de son assistante, article 6.

[294] Ibid, chapitre X, De la directrice des orphelinats et des maisons de réforme, p. 317.

[295] Les Sœurs en font la demande le 1er février 1940.

[296] MALOUIN (1996), op. cit., p. 204-205. Par ailleurs, il y a tout au long de la période un mouvement vers l’instruction grâce à l’adoption de lois limitant le travail des enfants, jusqu’à celle de l’instruction obligatoire en 1943.

[297] JULIEN, op. cit., p. 104. La majorité des enfants fréquentent l’école de manière régulière, c’est-à-dire dix mois par année. La notion de fréquentation scolaire est par contre imprécise en raison des divers indicateurs utilisés, comme le nombre d’enfants inscrits durant l’année scolaire, le nombre d’enfants ayant fréquenté l’école pendant au moins une journée, le nombre d’enfants présents lors de la journée du recensement ou encore le nombre d’enfants fréquentant régulièrement l’école, cette notion étant alors à la discrétion du recenseur.

[298] Serge COURVILLE et Robert GAGNON, dir., Atlas historique du Québec. Québec, ville et capitale, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2001, p. 300.

[299] 64,29% à l’école de réforme entre 1914 et 1920, 59,24% à l’école d’industrie entre 1914 et 1949. Auparavant, les données sont trop irrégulières et incertaines pour qu’on puisse les traiter.

[300] 30,86% à l’école de réforme entre 1914 et 1920, 28,13% à l’école d’industrie entre 1914 et 1949. Pour les années précédentes, le constat est le même que celui de la note précédente.

[301] Voir DUMONT et DAIGLE dans DUMONT, FAHMY-EID et al , op. cit., p. 194.

[302] 34e rapport des inspecteurs des prisons et asiles, etc., 1903, p.184.

[303] Voir, par exemple, ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-26. Élèves. Listes de résultats, 1939-45.

[304] Par exemple, elles l’obtiennent dans 91,43% des cas entre 1942 et 1945 avec une moyenne de 73,12%.

[305] Ces difficultés se retrouvent notamment au Mont Saint-Antoine. La formation, dans cette école, comprend, entre autres, le travail du fer, le bois, les métiers du bâtiment, la cordonnerie, la confection d’habits, la ferme, la peinture et l’alimentation. Voir FRÈRES DE LA CHARITÉ (Les), La délinquance vue par le Mont Saint-Antoine, Montréal, Imprimerie populaire, 1948, p. 77.

[306] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-18. École de réforme – Registres. 1870-1921, et 05B-19. École d’industrie : listes, rapports au gouvernement 1890-1922. 1884-1950.

[307] Rappelons que dès 1825, le placement en apprentissage est valorisé pour le développement des enfants. Voir le premier chapitre à la page 19.

[308] C’est-à-dire un enfant comme les autres, sans tâche ou obligation. Elle est alors du même statut que les enfants du couple qui la reçoit.

[309] Voir les statistiques des rapports annuels des inspecteurs des écoles de réforme et d’industrie, 1914-1940.

[310] La Société Saint-Vincent-de-Paul, des professionnels du Service social et des curés font aussi placer des enfants au Patronage.

[311] Les cours élémentaire, supérieur, commercial et ménager s’offrent à leur choix. Le règlement exige dès 1916 qu’elles ne soient pas placées comme servantes avant l’âge de 18 ans. On voit à ce qu’elles soient uniquement placées dans de « bonnes familles ». Si elles n’ont ni parent ni tuteur, le Patronage s’occupe d’elles jusqu’à l’âge de 21 ans, soit l’âge de la majorité légale à cette époque.

[312] Par exemple, en 1940, sur 76 jeunes filles sorties depuis quelques années, quatre demeurent à leur foyer paternel, 29 sont mariées et « vivent bien », deux sont garde-malades, sept sont religieuses, 27 travaillent dans des bureaux ou des manufactures, quatre sont servantes et une est à la Maison Sainte-Madeleine, institution de la même communauté, pour cause d’infirmité.

[313] Bernadette DALLAIRE, « Le Foyer Sainte-Geneviève de Québec », thèse de baccalauréat en Service social, Québec, U. Laval, 1950, p. 8.

[314] Comparativement à d’autres institutions, comme les orphelinats, qui ne sont subventionnées que ponctuellement avant cette date.

© Dale Gilbert, 2006