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2 – Des écoles aux visages particuliers. Les clientèles de l’école de réforme et de celle d’industrie de l’Hospice Saint-Charles

Table des matières

Les cadres historique et législatif étant posés, il est possible d’entrer au coeur de l’argumentation. Au premier coup d’oeil, l’ensemble des sources révèle de nombreux accrocs aux lois de 1869 et à leurs amendements subséquents à l’Hospice Saint-Charles sur le plan des clientèles admises, ce qui laisse croire en une matérialisation différente de ce que le législateur prévoyait.

Ceci est intéressant, car des auteurs[116] d’horizons divers s’étant intéressés aux orphelinats québécois ont fait la démonstration par l’étude de leurs populations que ces institutions présentèrent au XXe siècle un visage particulier. En effet, ils ont déterminé que les orphelinats servirent de moins en moins aux véritables orphelins et constituèrent en quelque sorte des « pensionnats » pour les enfants pauvres dont les familles voulaient assurer l’instruction ou la protection en temps de difficultés.

Ce constat semble se retrouver à l’école de réforme et à celle d’industrie de l’Hospice Saint-Charles de Québec. Il importe donc de déterminer de quelles manières se concrétisèrent l’admission et la composition de leurs clientèles entre 1870 et 1950 pour y cerner avec acuité les dynamiques de l’institutionnalisation sur ces deux plans. Cette question est fondamentale, car avant d’étudier les régimes de vie et de formation, il est utile de savoir à qui ils furent appliqués.

L’étude des clientèles conduit à l’hypothèse suivante. L’école de réforme et l’école d’industrie jouèrent un rôle parfois différent de celui qu’on anticipait, les admissions outrepassant même dans certains cas le cadre légal les délimitant. Il semble que l’inefficacité du système et l’état des besoins menèrent à des initiatives de différents acteurs pour garantir la prise en charge d’enfants qui, pour diverses raisons, étaient laissés en plan. Par ailleurs, l’Hospice semble avoir accueilli une population relativement homogène, soit canadienne-française, francophone et catholique, issue majoritairement des milieux populaires de la ville de Québec, mais provenant aussi de différentes régions de l’Est de la province.

Il est nécessaire de préciser d’entrée de jeu que le vocabulaire utilisé pour décrire ces phénomènes, comme les termes « internement », « sentence » ou « détention » par exemple, est celui de la loi et n’est pas employé dans le but de présenter un visage carcéral[117].

Il sera tout d’abord question des formes, des temps forts et des motifs présidant à l’admission des enfants à l’école de réforme et à celle d’industrie. Puis, dans un deuxième temps, un portrait plus précis des enfants qui y sont accueillis entre 1870 et 1950 sera présenté pour compléter et rendre encore plus concrète la définition de ces clientèles.

Trois facteurs reliés au placement des enfants, soit les modes d’internement, les flux de populations et les motifs d’admission, permettent d’effectuer des constats intéressants sur l’institutionnalisation. En effet, on y discerne bien l’inefficacité du système à ses débuts, le rôle élargi joué par les deux écoles grâce aux initiativesde la part d’acteurs en présence et leur utilisation toute particulière au fil des ans.

Les dispositions des lois de 1869 statuent que le placement des enfants en école de réforme ou d’industrie peut se faire de deux façons. La plus fréquente implique une condamnation de l’enfant par deux juges de paix ou un magistrat après enquête. La pension est alors versée selon la méthode tripartite expliquée précédemment. Les parents, la famille ou le tuteur peuvent également faire comparaître et placer un enfant « réfractaire » ou « incontrôlable » sous condition de payer une pension aux autorités de l’établissement, avec qui elle est négociée. Or, les rapports annuels des inspecteurs et les registres tenus par les Soeurs du Bon-Pasteur révèlent trois autres modes qui vont au-delà du cadre légal et qui apparaissent afin de pallier l’inefficacité du système à répondre aux besoins.

La grande majorité des enfants ayant transité en écoles de réforme et d’industrie entre 1869 et 1950 y fut placée à la charge du gouvernement sur jugement de la Cour, comme la loi le prévoyait. Ceci n’est évidemment pas seulement le fait de l’Hospice Saint-Charles, mais celui des huit écoles de réforme et des onze écoles d’industrie ayant existé au Québec.

En vertu du contrat signé entre le gouvernement du Québec et la communauté des Soeurs du Bon-Pasteur de Québec en 1870, un nombre maximum d’enfants pouvant être présents à l’école de réforme, soit de trente, est initialement fixé en fonction des capacités de l’établissement. Il a aussi pour but de limiter les admissions, et, par ricochet, la charge financière de l’État. Ce plafond est atteint et même surpassé (31 admissions, voir le graphique 1 p.48) avant la fin de l’année, car les demandes, venant de toutes parts, sont incessantes. Les refus sont donc nombreux. Dans son rapport de 1872, l’inspecteur en chef Desaulniers affirme que de nombreuses mères viennent réclamer le placement de leurs filles et que des petites filles viennent par elles-mêmes leur demander secours. « Il faut espérer que le Gouvernement sera sous peu de temps en état de permettre l’entrée d’au moins 50 enfants à cette précieuse école[118] . »  Les inspecteurs et les Soeurs sont bientôt d’autant plus motivés dans leurs demandes par le fait que ces dernières disposent, après des travaux, d’espace suffisant.

L’État répond en 1873 par une majoration du plafond à 50. Malgré tout, il y a encore bon nombre de refus[119] . En raison de la volonté de ce dernier de limiter son implication financière, le système en place est incapable de répondre aux besoins. Par ailleurs, ces difficultés reliées au plafond se retrouvent ailleurs, comme à l’école d’industrie pour filles de l’Hospice Saint-Joseph de Lévis.

Les effets combinés des besoins et de l’existence de ce plafond, trop restrictif aux yeux des principaux acteurs, font en sorte que ce dernier est éventuellement de nouveau outrepassé. Ainsi, aux 31 décembre 1881 et 1882, on retrouve respectivement 58 (dont 30 nouvelles admissions dans l’année) et 62 (31 nouvelles admissions) jeunes filles présentes et placées par la Cour à l’école de réforme, alors que le plafond est de 50[120] . Malgré la clause du contrat unissant les deux parties, les juges de paix et les magistrats envoient tout de même à l’Hospice Saint-Charles des enfants nécessitant une prise en charge, probablement conscients qu’il n’y a pas, à l’époque, d’alternatives pouvant porter secours à ces enfants hormis les orphelinats, qui ne sont partiellement subventionnés qu’en 1921 avec la loi de l’Assistance publique.

L’année suivante, en 1883, le nombre plafond disparaît, ce qui ouvre la porte à une hausse des effectifs de l’école de réforme. Pourtant, le nombre d’admissions chute fortement, de 31 en 1882 à 10 en 1883 puis à 2 en 1885.

Source : ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-18. École de réforme – Registres. 1870-1921.

Lors de l’ouverture de l’école d’industrie en 1884, aucun plafond n’est fixé. Au contraire, dans les contrats subséquents, le gouvernement assure une somme minimale de financement pour les Soeurs du Bon-Pasteur. Par exemple, au contrat de 1895, qui régit les deux écoles, le gouvernement assure l’internement d’enfants en nombre suffisant pour atteindre 8000$ par année pendant dix ans[121] .

L’inefficacité du système à ses débuts résulte, à notre avis, de la volonté de l’État, devant le rapide succès de ces établissements, de réduire les dépenses qui y sont reliées en limitant grandement les admissions. Ceci ne se traduit pas seulement par des quotas d’enfants pouvant être présents dans les deux écoles, mais aussi par des amendements restrictifs sur l’âge minimum et maximum des enfants pouvant y être placés (voir l’annexe 2 aux pages 129 et 130), une hausse abusive du poids de la participation des municipalités au paiement des pensions (jusqu’à 75% du montant) et enfin une augmentation des pouvoirs discrétionnaires du Secrétaire provincial sur les entrées et les sorties. Malgré des débuts difficiles, les admissions iront tout de même en augmentant, du moins à l’école d’industrie. Elles croîtront à un tel niveau que l’État, pour garder le contrôle sur ce système et limiter ses dépenses, permettra bon nombre de pardons hâtifs, ce qui n’est, par contre, pas étranger à l’utilisation de l’école d’industrie, comme nous le verrons plus loin.

Bref, à l’origine, même si les besoins sont nombreux, les moyens investis ne permettent pas que le système des écoles de réforme et d’industrie y réponde complètement[122]. Les Soeurs sont alors prises dans un étau, entre les familles et l’État. Mais l’esprit des lois ne fait pas de ce dernier le gestionnaire au quotidien des institutions, tout comme en Angleterre. Ceci laisse aux communautés religieuses une grande latitude dans leur gestion et les Soeurs du Bon-Pasteur s’en prévalent rapidement.

Ainsi, dès 1873 et jusqu’en 1950, elles acceptent un bon nombre d’enfants par charité, comme le dévoile les registres tenus sur l’admission d’enfants « gratis »[123] , selon l’intitulé utilisé. Les lois ne l’empêchant pas, elles prennent en charge financièrement et matériellement des enfants ayant été refusés par manque de places, n’étant pas sous la juridiction de la loi en raison de leur âge ou de leur statut ou amenés directement à l’Hospice par des gens venus demander leur placement en invoquant la pauvreté, la violence ou encore la négligence des parents[124] . Cette oeuvre de charité attirant la sympathie des citoyens, les Soeurs recevront des biens matériels, des vêtements ou de l’argent pour venir en aide à ces enfants. Par ailleurs, ceci ne fait pas de l’Hospice un lieu singulier, car à Laval-des-Rapides, à Saint-Joseph de Lévis et à Montfort, notamment, on fait de même[125] .

Ces enfants sont accueillis à Saint-Charles autant à l’école de réforme qu’à l’école d’industrie[126] . Il peut sembler singulier qu’un tel mélange se produise à l’école de réforme, mais, comme il en sera question plus loin, il n’en est rien. Les rapports des inspecteurs font état à chaque année de ces enfants à la charge de la communauté, allant même jusqu’à les comptabiliser dans la population totale de l’Hospice, ce qui fausse leurs chiffres. Ces gardiens des lois ne font rien pour empêcher ce mouvement. Ils s’en servent au contraire pour démontrer au gouvernement la nécessité d’investir davantage dans ce système.

Cependant, ces enfants figurent parfois dans les listes d’effectifs de l’établissement envoyées au gouvernement pour le paiement des pensions mensuelles. Ce dernier réagit à quelques occasions à cet état de fait à la fin du XIXe siècle et somme les autorités de l’établissement d’expulser les enfants qui n’ont pas été internées selon les dispositions des lois[127] . Ce procédé vaudra à la communauté des critiques très dures d’abus, d’intérêts purement monétaires et de mensonges. Dans ces cas, les religieuses gardent les filles complètement à leur charge ou les renvoient si elles sont assez âgées, tout en assurant un suivi.

Les données des rapports des inspecteurs et des registres des religieuses sont irrégulières. De plus, les registres tenus sont rédigés au crayon à mine de plomb dans de petits carnets très raturés et présentent ces enfants au travers des enfants admis comme pensionnaires. Ils se révèlent pour certains cas difficilement compréhensibles. Par contre, le phénomène des enfants gardés par charité fut présent tout au long de l’existence de l’Hospice, même au moment où les admissions deviendront plus nombreuses. À l’école de réforme, 18 enfants furent admises par charité à l’école de réforme avant l’ouverture de l’école d’industrie en 1884[128] . Ce taux est similaire à celui de l’école d’industrie, bien qu’entre 1913 et 1916, il y ait beaucoup d’admissions d’enfants par charité, comme 66 en 1914[129] (voir les graphiques 3 et 4 aux pages 57 et 58). Par la suite, ce nombre, bien que relativement stable, perd de son importance (moins de 10% de la population de 1920 à 1940) en raison du nombre croissant d’admissions par la Cour et du développement du tissu de protection de l’enfance.

La comparaison des deux modes révèle que le phénomène des enfants gardés par charité fut somme toute mineur. Il est tout de même assez significatif. Outre le fait qu’il est relevé annuellement par les inspecteurs, il nous paraît symptomatique du poids des besoins au sein de la population et révélateur du fait que ce système n’a pas rejoint l’ensemble des populations ayant besoin d’aide. Mais, malgré l’admission d’enfants par charité, des enfants demeureront tout de même en-dehors des murs.

Par ailleurs, il est possible qu’il n’y ait pas que des motifs charitables qui aient motivé l’acceptation d’enfants par charité. En considérant une situation financière continuellement difficile, on peut voir là un calcul des communautés religieuses pour s’assurer des revenus futurs ou encore disposer d’une main-d’oeuvre gratuite pour les aider. En effet, par exemple, on a pu accepter des enfants sous l’âge légal en espérant que l’État les prenne en charge le moment venu.

Aussi, le fait d’accepter des enfants aux frais de la communauté n’est pas nouveau, car les communautés religieuses dirigeant des orphelinats accueillaient déjà gratuitement tous les enfants orphelins, pauvres et abandonnés, sauf exceptions, avant 1869 et ne recevaient que des octrois ponctuels de la part des autorités. Cet état de fait perdure jusqu’à l’adoption de la Loi de l’Assistance publique en 1921, voire au-delà, celle-ci ne couvrant qu’une partie des coûts requis. Ce geste est donc ancré dans leur pratique. La Règle de la communauté précise que dans tous ses établissements, il y aura une école gratuite pour les enfants pauvres[130] . Dans cette optique, les écoles de réforme et d’industrie semblent donc être une première forme d’aide financière stable pour les congrégations impliquées dans la sphère sociale. En tenant ces écoles, elles reçoivent un financement partiel et théoriquement stable, financement obtenu par l’acceptation du pouvoir de l’État d’y envoyer certaines catégories d’enfants.

La question des pensionnaires témoigne également du rôle élargi joué par l’Hospice Saint-Charles entre 1870 et 1950. En vertu des dispositions légales, des enfants « réfractaires » ou « incontrôlables » sont amenés devant le juge pour les faire envoyer en école d’industrie en tant que pensionnaires, le père, beau-père, tuteur[131] ou directeur de l’institution de charité payant les frais. D’autres établissements tenus par la congrégation comme le Patronage Sainte-Geneviève, la Crèche Saint-Vincent-de-Paul de Québec ou l’Hospice des Saints-Anges de Lyster, prenant en charge des enfants orphelins, pauvres ou vivant des difficultés, les placent aussi parfois à l’école d’industrie de Saint-Charles en tant que pensionnaires. Ces enfants entrent à l’automne pour le début des classes et sortent en juin. Certains restent à l’année. Ils peuvent alors être considérés comme « internes ».

Les pensionnaires sont censés se pourvoir en linge et chaussures, mais beaucoup manquent de matériel. Les Soeurs fournissent gratuitement aux filles dans cette situation un lit complet, un couvert, un lavoir (bassin, savon, etc.), des robes et des chaussures de lavage. Pour les garçons, les données sont absentes sur le sujet. Le blanchissage, la couture et le raccommodage sont gratuits. Les chaussures peuvent aussi être réparées. L’usage de remèdes, de livres et de fournitures scolaires est offert gratuitement[132] .

Toutefois, des enfants sont admis comme pensionnaires sans toutefois avoir comparu devant des juges de paix ou des magistrats. En effet, des familles de Québec ou d’autres régions du centre et de l’Est de la province décident de placer leurs enfants à l’Hospice Saint-Charles en négociant directement une entente avec les religieuses de l’institution. Ces familles n’ont pas les moyens d’envoyer leurs enfants dans les pensionnats privés, vivent des difficultés et ne peuvent pas garder tous leurs enfants au foyer[133] ou plaident d’autres motifs similaires à ceux invoqués lorsque les religieuses acceptent des enfants par charité. Les pensionnaires ne sont donc pas seulement des enfants ayant des troubles de comportement, comme la loi l’avait initialement prévu. De plus, des pensionnaires sont accueillis à l’école de réforme, alors que la loi stipule qu’en de tels cas, c’est à l’école d’industrie qu’ils doivent aller. Nous ne savons pas si ces pensionnaires sont envoyés sur ordre de la Cour ou si l’arrangement est négocié avec les religieuses. Ce phénomène peut s’expliquer par la situation précaire de la réforme, en quête de moyens financiers, et par son visage résolument particulier, tel qu’il en sera question à la section 2.1.3.1.

Par exemple, en juillet 1921, M. Roy, de Lotbinière, s’engage à payer 300$ par année pour la pension, l’entretien et l’éducation de ses trois filles à l’Hospice Saint-Charles[134] . Selon le contrat d’entente entre les deux parties, ces jeunes filles sont placées pour une durée indéterminée, le temps sans doute pour le père de régler certaines difficultés. Dans sa lettre, le père spécifie un point qui exprime bien le traitement des pensionnaires aux côtés de celles qui sont placées par l’État. « Mes enfants devront être traitées et entretenues comme sont traitées et entretenues les enfants du gouvernement[135] . » Son désir est comblé, car les religieuses ne font aucune distinction de traitement entre les enfants condamnés par la Cour, les enfants recueillis par charité et les pensionnaires, et ce, dans tous les domaines de la vie dans l’institution.

Certains enfants sont accueillis à demi-pension, le gouvernement, l’Hospice, le Patronage Sainte-Geneviève[136] , l’Assistance publique (à partir de 1944[137] ) ou encore le parent payant chacun une moitié, selon la combinaison. Ces dernières sont nombreuses, car au fil des ans, la situation se complexifie en raison de la diversité des sources de financement et des organismes prenant en charge des enfants en difficulté[138] . Ces cas témoignent de la pauvreté vécue par les familles. D’autre part, à partir de 1946, les parents payant une pension de cinq dollars et plus par mois pour leurs enfants ont droit à l’allocation familiale instaurée par le gouvernement fédéral, allocation devant être versée directement à l’établissement[139] .

Malheureusement, les registres faisant état des pensionnaires de l’Hospice Saint-Charles confondent les deux modes d’internement les touchant. Il est donc impossible de statuer sur un quelconque ordre de grandeur. De plus, l’irrégularité des registres ne permet pas de constituer des séries suivies. Entre 1872 et 1883, l’école de réforme de l’Hospice a accueilli 93 pensionnaires[140] . Puis, l’on sait qu’au tournant du XXe siècle, les Soeurs en reçoivent une soixantaine à chaque automne à l’école d’industrie, sans qu’on dispose d’indications plus précises. Les données connues et sûres sur les pensionnaires se retrouvent dans les graphiques 2, 3 et 4, aux pages 56 à 58.

Source : tableau réalisé par l’auteur à partir de l’ensemble des sources.

L’étude des modes d’internement à l’Hospice Saint-Charles permet d’en circonscrire cinq, comme on peut le voir au tableau 2. Deux sont prévus par les lois, les trois autres vont au-delà de ce cadre grâce aux initiatives, non interdites par ces mêmes lois, des Soeurs du Bon-Pasteur et des magistrats. Ces initiatives font de l’Hospice Saint-Charles un lieu central de prise en charge des filles délinquantes et en besoin de protection à Québec entre 1870 et 1950. Elles témoignent d’une volonté de garantir la prise en charge du plus grand nombre d’enfants possible afin de pallier les lacunes de la politique étatique. Lors des quatre années où des garçons seront admis, les Soeurs du Bon-Pasteur appliqueront les mêmes initiatives que celles touchant les jeunes filles. Ainsi, des garçons seront accueillis comme pensionnaires en vertu d’ententes directes avec la congrégation et d’autres seront admis par charité.

Graphique 2 – Admissions à l’école d’industrie de l’Hospice Saint-Charles, 1884-1910

Source : ABPQ, fonds Rés. St-Charles, 05B-19. É. d’industrie : listes, rapp. au gouv., 1890-1922. 1884-1950. 05B-35 et 36. Pens. et gratis, 1879-1959, 1902-50. Pour les graphiques 2, 3 et 4, les endroits où il n’y a pas de nombre au-dessus d’une ou plusieurs colonne(s) indiquent des années où les données sont manquantes.

Source : ABPQ, fonds Rés. St-Charles, 05B-19. É. d’industrie : listes, rapp. au gouv., 1890-1922. 1884-1950. 05B-35 et 36. Pens. et gratis, 1879-1959, 1902-50.

Source : ABPQ, fonds Rés. St-Charles, 05B-19. É. d’industrie : listes, rapp. au gouv., 1890-1922. 1884-1950. 05B-35 et 36. Pens. et gratis, 1879-1959, 1902-50. Rappelons que de 1941 à 1944, des garçons sont admis.

Examinons maintenant l’évolution des effectifs des deux écoles de l’Hospice Saint-Charles. Outre les amendements aux lois de 1869, les divers bouleversements et changements socio-économiques provoquent aussi des fluctuations. Par exemple, de 1873 à 1879, une crise économique vient frapper le Québec[141] . Elle explique, en partie, une période soutenue d’admissions à l’école de réforme entre 1876 et 1882 et peut-être aussi les dépassements de 1881 et 1882, comme on peut le voir au graphique 1 à la p. 48. Ceci peut sembler singulier considérant que la réforme vise les jeunes délinquants, mais comme nous le verrons plus loin, il n’en est rien. La dernière augmentation marquée à cette école entre 1890 et 1892 est due aux changements législatifs permettant la détention provisoire et le transfert de l’école d’industrie vers celle de réforme en cas de mauvaise conduite, comme en fait état l’annexe 2 (p.129-130) sur l’évolution des clauses des lois de 1869. Par contre, la crise institutionnelle et l’encombrement bientôt généralisé de toutes les écoles de réforme et d’industrie de la province, qui coûte cher à l’État, provoquent l’amendement de 1892[142] .

Entre 1893 et 1921, les admissions chutent à l’école de réforme[143] . On n’en compte que 46, dont aucune entre 1917 et 1921[144] , alors qu’à l’école d’industrie, les effectifs augmentent, comme en témoigne le graphique 3 (p. 57). La fermeture de l’école de réforme pour filles en 1921[145] semble reliée à ce manque d’effectifs[146] . Mais peut-on aussi y voir une relative réussite de l’école d’industrie à prévenir jusqu’à un certain point la délinquance juvénile, ce qui est une de ses raisons d’être ? En effet, ce système est conçu dans un esprit de prévention, en prenant tôt les enfants jugés « en danger » et en les plaçant pour une longue période, puis de réforme en cas d’échec. L’inspecteur en chef Desaulniers clame en 1870 que si on ne peut prendre les enfants tôt dans la pente du vice, les écoles de réforme feront ce que les écoles d’industrie n’auront pu faire[147] . Rien ne peut confirmer cette hypothèse, car malgré cette fermeture, la délinquance juvénile ne disparut point à Québec. En effet, sa recrudescence dans les années 1940 mènera à l’ouverture d’une nouvelle école de réforme, la Maison Notre-Dame-de-la-Garde. Il faut donc croire en une volonté d’optimiser les coûts de fonctionnement d’un système en fermant une institution vacillante depuis trente ans et en envoyant les enfants à Montréal[148] . Il est aussi probable que cette baisse d’admissions puisse être attribuée à l’émergence d’autres oeuvres de protection de l’enfance à Québec. Par ailleurs, Rains les a attribuées à l’ouverture des tribunaux pour mineurs dans son étude de l’école de réforme de Shawbridge[149] , ce qui n’est pas le cas à Québec puisqu’un tel tribunal n’est mis sur pied qu’en novembre 1940.

Depuis 1884, il y avait des épisodes occasionnels d’encombrement à l’école d’industrie. Vers les années 1920, les Annales et le nombre d’admissions lui-même témoignent de la permanence de cet état en raison du nombre élevé d’enfants, comme l’illustrent les graphiques 2, 3 et 4 (p. 56-58). Il y a à ce moment bon nombre de refus pour cause de manque de places. Le contexte socio-économique s’y prête, alors que depuis le début du siècle, en raison d’une inflation, même faible, les coûts des biens essentiels augmentent (nourriture, logement, vêtements, …). Les salaires ne suivant pas au même rythme[150], cette situation crée un équilibre fragile que la maladie ou le chômage vient rapidement briser. Comme le montre le graphique 3 à la p.57, la décennie 1920 fut la plus populeuse dans l’histoire de l’Hospice Saint-Charles, les admissions grimpant et les effectifs totaux étant environ de 300 enfants présents chaque année, avec une pointe frôlant les 380 en 1926. Ceci peut s’expliquer par l’accroissement marqué de la population urbaine à Québec et de ses conséquences. Cette population supplante à l’époque la population rurale. Les effets de la Première Guerre mondiale ne sont pas non plus à sous-estimer. En y ajoutant les enfants gardés par charité et les pensionnaires, l’Hospice fut, dans les années 1920, littéralement débordé, ce qui eut des répercussions sur la vie quotidienne dans l’institution. Différents acteurs, comme la presse, accuseront l’État, dans les moments d’encombrement des diverses institutions de la province, d’être généreux et de permettre l’admission de trop d’enfants pour qui le placement n’est pas nécessaire. En effet, l’inspecteur en chef clame, aussi tôt qu’en 1883, que les statuts « … sont tellement attrayants[151]… »

De 1930 à 1935, une moyenne de 320 enfants par année se retrouvent à l’Hospice, puis environ 240 durant le reste de la décennie. Comme l’illustre le graphique 4 à la p.58, entre 1929 et 1935, les admissions chutent, de 214 en 1929 à 79 en 1935, ce qui est singulier considérant la situation difficile alors en cours. Mais la communauté religieuse n’est pas à l’abri des difficultés nées de la Crise. Il se peut donc que les admissions aient été diminuées volontairement pour qu’elle puisse continuer à offrir une prise en charge adéquate. Durant les années 1940, une moyenne annuelle d’effectifs d’environ 150 enfants vécut dans l’établissement, avec une hausse durant la Deuxième Guerre mondiale.

Les Soeurs durent procéder durant les décennies 1920 et 1930 à de nombreux refus à l’endroit de parents, de familles ou de curés désirant un placement comme pensionnaires ou par charité, car elles ne pouvaient refuser aucun envoi de la Cour. Puis, par la suite, le développement du placement familial, de divers organismes d’aide à l’enfance et d’autres mesures gouvernementales comme les pensions à certaines mères nécessiteuses (1937) firent diminuer les effectifs en constituant une alternative au placement institutionnel. En 1945, par exemple, dans les Annales de la communauté religieuse, on attribue la cause de la baisse des effectifs uniquement aux pensions pour les mères nécessiteuses[152] . Les enfants de mères seules, ou veuves, et pauvres n’étaient donc plus nécessairement placés en école d’industrie à partir de l’adoption de cette loi.

Mais, en ce qui a trait à l’admission des enfants, les modes d’internement et les flux de populations ne constituent pas les seuls facteurs servant à vérifier l’utilisation de l’institution et à illustrer la présence de clientèles débordant du cadre des lois de 1869.

L’étude des motifs d’admission des enfants est en fait l’étude de leurs statuts et parfois de ceux de leurs parents. En effet, les statuts des enfants déterminent l’entrée ou non en école de réforme ou d’industrie[153]. De plus, certaines situations touchant le foyer familial, comme la pauvreté ou l’état de santé des parents, peuvent mener au placement. Cette section fait abstraction des enfants pensionnaires et admis gratuitement et se concentre sur les enfants condamnés par la Cour et à la charge du gouvernement. Les constats dépeignent pour les deux écoles un rôle élargi et parfois différent de celui que le législateur anticipait.

L’étude du registre des entrées de l’école de réforme, tenu durant son existence entre 1870 et 1921, mène à une conclusion surprenante. En effet, une grande partie des filles y fut placée pour des motifs devant théoriquement les conduire à l’école d’industrie.

De 1870 à 1884, il n’y a pas une telle école pour filles à Québec[154] . La seule institution existante est une école de réforme, ce qui explique probablement pourquoi les juges de paix et les magistrats y envoient toutes les jeunes filles condamnées à l’un ou l’autre des deux types d’écoles. Par exemple, en 1883, seulement trois filles sur 63 sont internées pour des délits punissables (4,76%), alors que toutes les autres sont « orphelines », « abandonnées » ou ont « des parents dépravés ou vicieux »[155] . Cet état de fait pousse les inspecteurs à demander au gouvernement de décerner un certificat d’école d’industrie à la communauté religieuse, ce qui est fait dès l’année 1884[156] .

[157]

Source : ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-18. École de réforme – Registres. 1870-1921.

Pourtant, entre 1887 et 1916[158] , le même registre révèle que 68 enfants condamnées sur 144 cas au motif d’admission connu y entrent parce qu’elles sont « abandonnées[159]  », ont de « mauvaises fréquentations » ou sont « sans asile », ce qui représente 47,22%[160] des cas, et ce, malgré le fait que dès 1884, une école d’industrie, répondant selon la loi à ces trois statuts, est ouverte à l’Hospice Saint-Charles, comme on peut le voir au tableau 3. Ce phénomène ne peut s’expliquer par l’atteinte du nombre plafond d’enfants pouvant être présents à l’école d’industrie parce qu’il n’y en a pas. L’école de réforme semble donc désincarnée, mais il y a quelques pistes d’explication.

D’une part, onze de ces 68 enfants furent initialement placées à l’école d’industrie, mais furent transférées en raison de leur mauvais comportement. Ce geste est permis par un amendement en 1890. D’autre part, si l’on examine l’âge d’admission de ces 68 jeunes filles, nous constatons que 17 sont admises à un âge (de 13 à 16 ans) qui leur fermait les portes de l’école d’industrie[161] . Troisièmement, les accusations des autres enfants présentes à la réforme sont surtout de l’ordre de la petite délinquance. Cet état est représenté par les « vols » ou l’« insubordination » et répond parfaitement aux visées de la loi[162] . Les placements en raison de gestes plus graves, comme une « attaque », sont marginaux. Ce portrait est semblable à celui du Mont Saint-Antoine[163] . L’analyse des notions de vagabondage, qui recouvre à l’époque plusieurs comportements comme la flânerie, la prostitution ou un comportement sexuel précoce[164] , et d’insubordination révèle que la délinquance juvénile féminine est considérée au travers d’un prisme moral plutôt que réellement pénal. Ceci explique, avec l’amendement de 1890, la présence d’enfants insubordonnées, catégorie attribuée selon la loi à l’école d’industrie.

Ces statuts révèlent donc que l’école de réforme de l’Hospice Saint-Charles n’est pas un lieu où se retrouvent de jeunes délinquantes coupables de délits importants. En 1900, les inspecteurs et les dirigeantes témoignent du fait, en parlant des actes d’accusation, que les filles de la réforme « ne sont pas pires » que celles de l’école d’industrie, et que les cas d’admission « ont à peu près le même caractère dans les deux écoles ». Pour reprendre les mots de l’inspecteur en chef Louis Léon Lesieur Desaulniers, les deux ne forment, pour ainsi dire, qu’une seule institution[165]. De plus, en 1918, les archives confirment que les sujets difficiles de plus de 14 ans sont envoyés ailleurs et qu’ainsi les délinquantes de Saint-Charles sont « sur le même pied[166] » que les autres filles de l’établissement.

Entre 1870 et 1921, la majorité des 408 enfants fut condamnée pour 3 ans (34,31%), 5 ans (33,82%) et 4 ans (16,67%)[167] . Il ne semble pas y avoir de liens entre la gravité de l’accusation et la durée de la sentence, car les plus longues (5 ans et 9 mois, 6 ans et 7 ans) furent décernées à des filles coupables respectivement d’être « sans asile », « vagabondes » et « voleuses ». Celle qui fut accusée d’attaque fut, quant à elle, placée pour deux ans.

Outre les cas de mauvaise conduite, les magistrats semblent donc s’être servis de l’école de réforme pour assurer le placement du plus grand nombre d’enfants possible, sachant que ces enfants n’étaient pas dans des situations diamétralement opposées et que certaines, ne pouvant pas être admises à l’école d’industrie, n’auraient pas été prises en charge.

Au vingtième siècle, les effectifs nombreux de l’école d’industrie mettent en lumière le rôle central de l’Hospice Saint-Charles à Québec. Les statuts des enfants qui s’y retrouvèrent correspondent en grande partie aux catégories légales, à quelques exceptions près. Mais surtout, l’étude de ces statuts et celle de la durée du placement révèlent une dynamique d’admission particulière à cette école, à savoir une utilisation par les familles québécoises sous la forme d’une solution temporaire de transition en temps de difficultés ou de situations exceptionnelles.

Entre 1884 et 1950, sur une base quinquennale, les données disponibles sur les filles révèlent que les enfants orphelines des deux parents, donc livrées à elles-mêmes si la famille ne les prend pas en charge, sont minoritaires, comme on peut le voir au tableau 4 (p. 67). Elles représentent un pourcentage oscillant entre 0% et 9% de la population totale, sauf lors de la fondation de l’école d’industrie, en 1884, où il est de 51,72%, prouvant que l’établissement répond alors probablement aux besoins les plus urgents. 49,95% des enfants placées à l’école d’industrie durant toute la période possèdent leurs deux parents. Leur poids à chaque année est considérable, allant jusqu’à 84,13% en 1940 et 87,21% en 1950. La majorité des enfants ayant transité à l’école d’industrie avait donc leurs deux parents.

En effet, le nombre d’enfants abandonnées chute pendant cette longue période, mais surtout dans les années 1920, où il passe de 63 en 1922 à 10 en 1930[168]. Durant ce laps de temps, les enfants admises parce qu’« orphelines ou exposées à mourir de faim »[169], selon la catégorisation des inspecteurs, sont en fait beaucoup plus celles du deuxième groupe, soit « exposées à mourir de faim ».

Les orphelines de père ou de mère sont, quant à elles, nez à nez quant à leur fréquence à l’Hospice. De 1884 à 1950, elles représentent respectivement 21,71% et 21,16% de la population totale[170] (voir tableau 4 à la p.67). À l’origine, il y a plus d’orphelines de mère que d’orphelines de père. La situation est inversée au début du XXe siècle (1905), alors que les orphelines de père se retrouvent davantage dans l’institution que les orphelines de mère. Seules des études de cas précises permettraient d’expliquer précisément ce phénomène. Nous remarquons aussi que le nombre d’orphelines de père augmente significativement en 1915, 1920 et 1945, ce qui peut s’expliquer par les tragiques effets des deux Guerres mondiales.

Le placement des enfants n’ayant qu’un parent se fait pour des motifs différents de celui des orphelines de père et de mère. Les orphelines de père ont pu être placées à l’école d’industrie parce que le principal soutien financier était absent et que la mère ne pouvait subvenir aux besoins de la famille. À l’inverse, si la mère était absente, le père pouvait faire placer l’enfant parce qu’il ne pouvait s’occuper de toute sa famille et travailler en même temps.

[171]

Source : ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 05B-19. École d’industrie : listes, rapports au gouvernement 1890-1922. 1884-1950.

Les enfants ayant leurs deux parents furent placés à l’Hospice pour des motifs reliés à l’environnement familial comme la pauvreté, la maladie, la violence, etc. L’interprétation des quelques données disponibles sur l’état des parents vivants de 1884 à 1914 permet de constater que le placement est principalement dû à la pauvreté, à la « mauvaise vie » d’un parent et à l’absence de celui-ci. La mauvaise santé d’un parent ne concerne que deux cas connus. Des enfants sont aussi placés en raison de leur propre « mauvaise conduite », selon les balises légales, mais leur nombre est marginal. Par exemple, en 1914, sur 82 placements, 1 seul est dû à la mauvaise conduite de la jeune fille[172]. Les enfants placés durant ces trente années sont surtout condamnés par le magistrat pour une durée de trois ans. En effet, sur 1271 internements, 954 enfants furent placés pour trois ans (75,06%), 97 pour deux ans (7,63%) et 78 pour un an (6,14%)[173]. Notons toutefois, comme le tableau 5 le démontre à la p.68, le nombre massif d’internements pour cinq ans en 1884, au moment de l’ouverture de l’institution, qui révèle la matérialisation du discours original, celui de placer les enfants pour une longue période afin de les soustraire à un milieu difficile et de les protéger, bref de les placer jusqu’à l’âge maximum permis par la loi.

Alors que les sentences sont surtout de trois ans, l’étude des registres entre 1884 et 1914 révèle qu’une majorité d’enfants dont la date de sortie est connue quitte l’école d’industrie avant la fin de leur terme de détention[174] . Ce phénomène, lié à l’état des parents, permet de supposer que les écoles d’industrie ont non seulement constitué un moyen pour l’État québécois de contrôler une partie de l’espace social qu’est l’enfance orpheline et abandonnée, mais aussi une solution temporaire pour plusieurs parents en difficulté. Ceux-ci ont fait envoyer leurs enfants en institution ou les ont placés eux-mêmes, le cas échéant, pour une certaine période de temps, en étant assurés qu’ils recevraient protection et instruction. Ce phénomène semble indiquer que les familles québécoises ont perçu l’école d’industrie de l’Hospice Saint-Charles comme une roue de secours, une issue fiable en cas de problèmes. Dans la majorité des cas connus, un membre de la famille, proche ou éloignée, prend en charge ces enfants à leur sortie[175] . À la mort d’un parent, par exemple, l’école d’industrie peut servir d’exutoire temporaire, le temps pour la famille de s’organiser. Par contre, il ne faut pas oublier dans cette analyse qu’un système de « bons points » est implanté au XXe siècle. Ce système fait en sorte que des enfants s’étant bien conduites peuvent quitter avant terme. Il est impossible de quantifier ce phénomène. Aussi, il se peut que certains parents en sérieuses difficultés, comme des pères alcooliques, avec qui l’enfant ne pourrait vivre convenablement, aient pu profiter des largesses du Secrétaire provincial sur les pardons et ainsi reprendre leur(s) enfant(s), au plus grand désavantage de ces derniers.

Source : Source : ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 05B-19. École d’industrie : listes, rapports au gouvernement 1890-1922. 1884-1950.

Entre 1915 et 1950[176] , les données disponibles sur une base quinquennale sur l’état des parents vivants sont similaires à la période précédente, comme l’illustre le tableau 6. La pauvreté et la mauvaise vie d’un parent cèdent toutefois le pas à la mauvaise santé d’un ou des parent(s), surtout de la mère, et à la désunion du couple[177] comme motifs principaux, sans toutefois disparaître complètement, car bien des enfants sont placés pour des motifs combinant mauvaise santé et pauvreté. Durant ces années, l’expérience de la pauvreté se transforme et le tissu institutionnel se développe. Une série de mesures et un bon nombre d’organismes sont mis sur pied pour soulager les maux de la misère. De même, le placement familial est mieux établi. Ainsi, l’école d’industrie n’est plus la seule solution disponible pour les enfants vivant dans la pauvreté.

De même, de 1925 à 1940, la Cour opte majoritairement pour des sentences d’un an[178] (voir tableau 5 à la page 68). Alors qu’auparavant les enfants étaient surtout placées pour trois ans et quittaient souvent avant terme, ce changement semble refléter une adaptation de la Cour face à l’utilisation particulière du système, utilisation qui, par ailleurs, se perpétue et se confirme durant cette période. En effet, le nombre d’enfants sorties sur demande de leurs parents demeure tout de même plus élevé que celui des enfants sorties au terme de leur sentence. Cette baisse des durées constitue peut-être aussi un autre moyen pour le gouvernement de limiter ses dépenses. Par contre, signe de l’état des besoins, le nombre d’enfants placées une deuxième ou une troisième fois subit une hausse significative. L’ouverture des sociétés de protection de l’enfance joue aussi un rôle dans cette baisse des termes, car le placement institutionnel n’est plus la seule alternative. Alors qu’à l’origine le placement en école d’industrie est réalisé pour la plus longue période possible afin de protéger et d’instruire, la nature des placements et leur durée, l’évolution du tissu de protection de l’enfance et les impératifs économiques de l’État viennent transformer l’institutionnalisation.

Par ailleurs, la présence de sentences de quelques mois s’accorde parfaitement avec la diversité des statuts et des besoins comblés à l’Hospice Saint-Charles. Par exemple, la condamnation d’un père ou d’une mère dans un pénitencier pour neuf mois, motif de placement présent dès 1869, peut mener au placement d’un enfant en école d’industrie pour la même période de temps.

Certains statuts sont très marginaux à l’école d’industrie. Par exemple, les registres montrent qu’il n’y eut qu’une seule enfant « illégitime », au statut confirmé et non pas supposé. Ces enfants, de leur naissance jusqu’à l’âge de six ans, sont pris en charge dans d’autres établissements de la congrégation, comme la Crèche Saint-Vincent-de-Paul de Québec et l’Hospice des Saints-Anges de Lyster. La loi des écoles d’industrie n’inclut pas cette catégorie. Les enfants « illégitimes » sont donc exclus du financement des établissements destinés aux enfants « en besoin de protection ». Leur trajectoire après l’âge de six ans ne passant pas par l’école d’industrie, du moins à l’Hospice Saint-Charles, les orphelinats ont peut-être constitué la seule option possible à la sortie des enfants de la Crèche ou de Lyster. L’analyse de ces trajectoires reste à faire.

Alors que la grande majorité des enfants présents sont ceux qui sont visés par la loi, on dénombre parfois dans les archives des enfants aux statuts qui ne s’y retrouvent pas au moment de leur internement. Citons le cas d’une enfant placée en 1925 parce qu’elle est « loin des écoles[179] ». Il est aussi fait mention à quelques reprises d’enfants « idiotes » ou « retardées » à l’école de réforme ou à celle d’industrie. Les inspecteurs recommandent à chaque fois leur transfert à l’asile pour adultes, car ils ne peuvent pas le faire eux-mêmes. L’école La Jemmerais, ouverte à Québec (Giffard) en 1928, qui est une maison d’assistance aux enfants anormaux éducables et la première du genre dans la province[180], prendra le relais et permettra la prise en charge de ces enfants avec un traitement spécifique. Les données du tableau 7 témoignent de l’effet immédiat de l’ouverture de cet institut spécialisé.

Source : 1er au 11e rapport du directeur médical des hôpitaux d’aliénés, des écoles de réforme et écoles d’industrie et de l’Assistance publique A.H. Desloges au S.P., 1920-1921 – 1930-1931.

Des auteurs, suivant les traces de Saint-Pierre (1932), de Bourgeois (1947) et de Pelletier (1950), ont démontré que les orphelinats servirent de moins en moins aux véritables orphelins au XXe siècle et constituèrent en quelque sorte des « pensionnats pour enfants pauvres[181] » pour les parents désirant leur offrir protection, subsistance et instruction élémentaire. Par ailleurs, les problèmes reliés à la formation professionnelle dans les écoles d’industrie à partir des années 1930 attirent les critiques, qui proclament alors qu’elles n’ont d’industrie que le nom. À l’époque, les inspecteurs et le directeur médical des écoles de réforme et d’industrie soutiennent eux-mêmes qu’elles ne sont en fait que de simples « orphelinats »[182].

À la suite de l’analyse du cas de l’Hospice Saint-Charles, peut-on vraiment comparer son école d’industrie à un orphelinat ? À la lumière des conclusions sur cette question, il est permis de le faire. L’établissement n’a accueilli que très peu d’enfants orphelines de père et de mère. Les motifs invoqués tout au long de ces années sont similaires à ceux invoqués pour le placement des enfants à l’orphelinat, notamment celui de Chicoutimi[183]. L’hypothèse du pensionnat pour les pauvres trouve aussi résonance dans l’utilisation qu’on en fait. Puis, la question de la formation, abordée au prochain chapitre, vient partiellement appuyer ce constat. Ainsi, dans ce contexte précis, les parents pauvres ou en difficulté semblent avoir eu deux alternatives : l’école d’industrie (que ce soit par l’envoi par la Cour, comme pensionnaire ou par charité si possible) ou l’orphelinat. Ces deux options se distinguent surtout par la place accordée à la formation ménagère, comme nous le verrons ultérieurement, et aussi par les balises guidant le placement. La loi des écoles d’industrie cible des statuts précis et limite la durée du placement. Ce n’est qu’en 1921 qu’un critère légal, l’ « indigence », sera imposé aux orphelinats avec la loi de l’Assistance publique. C’est alors peut-être la question de la durée qui forme le principal facteur présidant au choix, mais ceci reste à étudier.

L’analyse des clientèles de l’école de réforme et de l’école d’industrie de l’Hospice Saint-Charles de Québec permet donc de constater, d’une part, que l’institutionnalisation s’est concrétisée par une utilisation parfois différente de celle qu’on planifiait et que, d’autre part, les admissions ont dépassé à plusieurs occasions les balises légales. Ceci confirme le rôle central de l’Hospice Saint-Charles à Québec. Posons maintenant notre regard sur d’autres caractéristiques des populations, dont certaines complètent et confirment les constats réalisés jusqu’à maintenant.

Ainsi, en-dehors de tout ce qui entoura leur admission, cette section se penche sur les filles admises sous condamnation de la Cour, principale clientèle de l’Hospice et représentatives des dynamiques de l’institutionnalisation. Il est ici question de l’origine géographique et de l’appartenance religieuse des enfants, de la profession des parents, de la présence de fratries, de l’âge des enfants et du mois d’entrée dans l’institution. L’analyse de la variable de l’âge des populations dévoile d’autres accrocs à la loi révélateurs des défauts du système en place et d’une utilisation outrepassant les dispositions légales.

Ce premier coup de pinceau concerne des catégories générales qui aident à bien définir ces populations. Lors de l’octroi du certificat d’école de réforme en 1870, le contrat spécifie que les Soeurs du Bon-Pasteur recevront les enfants des districts de Québec, Trois-Rivières, Saguenay, Chicoutimi, Gaspé, Rimouski, Kamouraska, Montmagny, Beauce et Arthabaska[184] . Ainsi, globalement, une ligne traversant le Québec à Trois-Rivières du nord au sud constitue la limite occidentale du vaste territoire couvert. Lors de l’ouverture de l’école d’industrie en 1884, il n’y a pas de changements. L’Hospice accueille donc des populations urbaines et rurales.

Source : ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-19. École d’industrie : listes, rapports au gouvernement 1890-1922. 1884-1950.

Autant à l’école de réforme qu’à celle d’industrie, les enfants proviennent majoritairement de la ville de Québec au moment de leur internement, et ce, tout au long de l’existence de l’Hospice[185] . À l’école de réforme, entre 1870 et 1921, 245 enfants sur 408 au total proviennent de la capitale, soit 60,05%. De même, sur 1271 enfants entrées à l’école d’industrie entre 1884 et 1914, 954 viennent de la région de Québec (agglomération et Côte-de-Beaupré), soit 75,06%. Quant aux années subséquentes, le tableau 8 (p.74) permet de juger des fluctuations. Nous pouvons y voir qu’au moment de la Crise, les problèmes des foyers ouvriers urbains ont une forte résonance dans la population de l’Hospice.

Tous les quartiers et les secteurs (Charlesbourg, Beauport, Sillery, Ancienne-Lorette) de l’agglomération québécoise sont représentés, avec une grande concentration dans les quartiers populaires (Saint-Sauveur, Saint-Roch, Saint-Jean-Baptiste, Cap-Blanc et Limoilou)[186] . Les régions ciblées en 1870 sont représentées. À l’intérieur du district de Québec, des enfants sont originaires de la Rive-Sud de Québec, de Portneuf et de Chaudières-Appalaches. Fait singulier, de petits villages sont fortement représentés, comme Saint-Jean de Deschaillons. Ceci peut s’expliquer par le fait que le curé de l’endroit pouvait bien connaître l’oeuvre de la congrégation et envoyait les enfants en difficulté sous sa tutelle à l’Hospice Saint-Charles. Il en est de même de ceux originaires de Portneuf, région d’origine de la fondatrice des Soeurs du Bon-Pasteur, Marie-Josephte Fitzbach, où les gens devaient connaître son oeuvre.

Ainsi, l’établissement a répondu aux besoins des masses ouvrières urbaines, ce qui correspond au souhait originel du législateur, mais aussi à d’autres secteurs à caractère moins populaire de Québec et à d’autres régions urbaines et rurales du Québec, couvrant tout le centre et l’Est de la province. L’oeuvre est donc étendue au plan géographique.

Les lois de 1869 spécifient que l’enfant devra être envoyé le plus souvent possible dans une institution de sa langue et de sa confession religieuse. Cette directive est éminemment suivie à l’Hospice Saint-Charles et son visage est résolument canadien-français et catholique, à plus de 95% tout au long des 80 années d’existence de l’établissement, ce qui est à l’image de la ville de Québec, dont le portrait devient de plus en plus homogène au XXe siècle. Mais il existe quelques cas spéciaux. Ainsi, les Soeurs accueillent quelques enfants provenant d’Angleterre, d’Irlande, des États-Unis ou d’autres pays, comme la Syrie par exemple en 1905[187] . Ces enfants ne parlent parfois pas français, mais les Soeurs les prennent tout de même. Il en est de même pour quelques jeunes protestantes, qui sont converties et baptisées.

Le portrait des enfants pensionnaires et des enfants admises par charité est sensiblement le même que celui des enfants placées par la Cour. De même, les fortes proportions de francophones et de catholiques se retrouvent à l’Hospice Saint-Joseph de Lévis.

Après s’être penché sur les situations des enfants et des parents en traitant des motifs d’admission à l’Hospice, il est intéressant d’explorer deux autres aspects de la situation familiale, soit les occupations des parents et la présence de fratries.

Les registres et les rapports des inspecteurs offrent l’occasion d’en connaître un peu plus sur les occupations des parents, père et mère, lorsqu’ils travaillent, et ainsi sur la situation des familles, majoritairement pauvres, qui voient un ou plusieurs de leurs enfants confiés aux Soeurs du Bon-Pasteur. On peut donc vérifier ici si les enfants proviennent bien de milieux populaires. Nous notons chez les hommes une prédominance de chômeurs, de journaliers et d’ouvriers peu qualifiés, aux maigres salaires et aux lourds horaires de travail[188] , et chez les femmes, de domestiques. Avec ces renseignements, il apparaît clairement que l’Hospice répondit aux besoins de familles disposant de peu de moyens et ayant des emplois précaires.

À l’école de réforme, les données sont très fragmentaires, car les rapports des inspecteurs ne sont pas constants dans le décompte des occupations des parents vivants. Sur les seules neuf années où des données sont fournies, réparties entre 1872 et 1911, les journaliers sont majoritaires et présents chaque année. Il y a aussi des charretiers (1872, 1873), un boulanger (1872), des cordonniers (1897), des cultivateurs (1898, 1900) et un ingénieur (1872)[189] . Une grande prudence est de mise, car il y a un manque de rigueur dans les rapports à leurs débuts. Il se peut donc qu’on ait catalogué des hommes journaliers alors qu’ils occupaient d’autres emplois. À l’école d’industrie, le nombre de données manquantes est trop grand pour soutenir quoi que ce soit ou discerner une évolution dans le temps[190] , mais les informations fournies sont similaires. Les journaliers, les métiers manuels comme ceux de menuisiers ou de cordonniers et les mères en service sont les catégories revenant le plus fréquemment[191] . Le secteur agricole est aussi représenté (cultivateurs[192] ), car l’Hospice accueille des enfants de régions rurales. Sur plus de 6600 enfants admis tout au long des 66 années d’existence de l’école d’industrie, moins de dix parents à l’occupation connue ont un emploi relié à une classe qualifiée de « supérieure », comme ingénieur ou comptable par exemple. Par contre, la présence d’enfants de familles plus aisées n’est pas surprenante en soi, car certaines catégories visées par la loi, comme les enfants battus ou « incontrôlables » par exemple, ne sont pas associées à la situation socio-économique de la famille.

Par ailleurs, la présence de fratries à l’Hospice Saint-Charles est révélatrice du poids des difficultés familiales. À l’école d’industrie, la présence de fratries représente environ 50% des enfants admis, ce qui est considérable et qui montre l’influence des situations familiales sur le placement. La plupart du temps, deux petites soeurs sont placées le même jour, mais il arrive que le deuxième membre arrive une semaine, un mois ou même un an plus tard. Nous avons retracé quelques cas où 3, 4, 5 ou même 7 enfants d’une même famille sont internés le même jour[193] .

À l’école de réforme, cela touche 46 cas sur 408 enfants admis entre 1870 et 1921, soit 11,28%, dont six cas de trois enfants de même famille et un de quatre enfants[194] , ce qui peut sembler surprenant, considérant que la condition d’admission est d’avoir commis un délit. Mais comme nous l’avons démontré précédemment, le visage particulier de l’école de réforme explique ce phénomène.

Cette variable complète et confirme les conclusions sur la matérialisation du placement au chapitre des clientèles. Les Soeurs et les inspecteurs, acteurs internes et externes, se plaignent constamment que les filles sont trop jeunes pour être relâchées à 12, 14 ou 16 ans, âges maximum de présence en institution au gré des amendements de la loi, surtout lorsqu’elles sont sans famille. Ils demandent fréquemment que l’État augmente cette limite à 16 ou 18 ans, parfois même 19. « Ne pas retenir les enfants lorsqu’ils ont atteint l’âge de 12 ans [en 1890], c’est dans un grand nombre de cas, les jeter inhumainement dans la rue sans secours et sans savoir ce qu’ils vont devenir, peut-être même périr de froid ou de faim, c’est décidément trop jeune[195] . » Dans certains mémoires déposés à la Commission Montpetit au début des années 1930, notamment celui d’Arthur Saint-Pierre, on demande que l’âge maximum soit porté à 16 ans. Selon les Soeurs, les jeunes filles quittent au moment même « où elles auraient tant besoin de protection[196]  ». En effet, outre le fait qu’elles soient trop jeunes pour être relâchées sans aucun suivi[197] , on considère qu’elles ne sont pas assez bien formées pour être efficaces au travail. Si l’âge maximum était plus élevé, les Soeurs pourraient « […] leur donner une formation plus solide, [et] étant mieux aguerries, il y en aurait beaucoup qui persévéreraient dans le bien[198]  ».

Les lois de 1869 stipulent qu’un enfant ne peut plus être détenu après avoir atteint l’âge limite ou avoir complété son terme de détention, à moins que ses parents ne s’obligent à payer le coût de son entretien et de sa pension, ou encore qu’il ne soit empêché d’en sortir par maladie ou infirmité corporelle[199]. Les autorités doivent avertir le gouvernement si elles ont des enfants âgés de plus de 12 ou 14 ans dont la pension est défrayée par le gouvernement. Motivé par les coûts financiers des dépassements probables, l’État se veut strict. On rappelle souvent aux autorités de Saint-Charles de « congédier avec célérité[200] »les enfants qui atteignent l’âge limite, sans qu’elles ne puissent « rester une seule heure dans l’Hospice[201] » après le terme de leur détention.

Ces avertissements ne sont pas servis sans raison, car les limites fixées par l’État sont parfois contournées dans le but de pallier les incohérences de la politique étatique en la matière. Les registres de la communauté témoignent du fait que les Soeurs du Bon-Pasteur ont gardé des enfants au-delà de l’âge limite ou du terme de la détention et ont continué de les comptabiliser dans leurs registres envoyés au gouvernement. Lorsque les inspecteurs, prenant conscience de ces cas, ont fait stopper le paiement de la pension et les ont sommées de les renvoyer, la réaction la plus fréquente fut de les garder gratuitement ou comme pensionnaire, avec l’aide du Patronage Sainte-Geneviève (voir la section 3.4), jusqu’à leur majorité pour assurer leur protection et leur léguer une instruction plus solide et complète. Comme s’en vante la supérieure en 1904, « [d]ans bien des cas, nous prolongeons le temps à nos frais pour donner un peu plus d’instruction et de formation parce que le gouvernement ne s’en charge pas[202] ». Ceci n’est pas unique à l’Hospice, car la règle de la communauté encourage ce phénomène. « On tâchera de garder ces enfants le plus longtemps possible, afin de les préserver des dangers du monde; et l’on s’efforcera en même temps de les former d’une manière si solide qu’elles puissent s’y établir honnêtement ou entrer en service dans une famille chrétienne, pour y être utiles, et dignes de confiance[203] . » Afin de donner un ordre de grandeur, les registres témoignent qu’à l’école de réforme, entre 1870 et 1921, 41 enfants furent gardées aux frais de l’Hospice alors qu’elles devaient sortir, soit 10,05%. À l’école d’industrie, on retrouve au minimum soixante de ces cas sur 1362 admissions entre 1884 et 1915, ce qui est tout de même peu, puis encore moins par la suite.

Vers la fin des années 1930, les archives révèlent que les Soeurs peuvent garder des enfants après l’âge limite à leurs frais, sans avoir à demander d’autorisation au Secrétaire provincial[204]. Les enfants sont alors comptabilisés dans les registres des enfants « gardés par charité », dont il fut question précédemment . Les Soeurs du Bon-Pasteur agissent donc encore par initiative sur la question de l’âge de sortie, soucieuses de bien accomplir leur travail de protection et d’instruction auprès des filles que l’État leur confie et qu’elles prennent en charge.

Outre ces enfants gardées après l’âge permis, les archives révèlent des cas de jeunes femmes placées à un âge supérieur à la limite légale, soit cinq cas à l’école de réforme (entre 17 et 19 ans[205] ) et une dizaine à l’école d’industrie (entre 13 et 17 ans)[206] . Elles sont surtout placées pour de courtes périodes (1-2 ans). Nous ne disposons d’aucune information permettant d’expliquer cela, mais elles semblent constituer des cas exceptionnels pour lesquels les magistrats font preuve d’ouverture.

Par ailleurs, à l’école de réforme, entre 1870 et 1921, les jeunes filles ont, à l’entrée, en moyenne 10 ans et 10 mois. À l’école d’industrie, l’âge moyen à l’entrée est légèrement inférieur de 1884 à 1950, étant de 8 ans et dix mois. Cette différence se retrouve dans les autres institutions de la province[207] . Quant aux pensionnaires, elles sont un peu plus âgées, du moins dans les premières décennies d’existence de l’Hospice. La moyenne d’âge de ces enfants varie de 12 à 15 ans.

On retrouve des enfants ayant été envoyées à l’école de réforme à l’âge de quatre ans, alors que l’âge minimum légal est de sept ans. Ces fillettes sont en fait celles aux statuts relevant de l’école d’industrie (sans asile, vagabondage, insubordination). Les registres de cette dernière font, quant à eux, état de jeunes étant âgées de six ans et moins lors de leur condamnation. Ces placements, en vertu des clauses des lois de 1869 et de leurs amendements successifs, sont illégaux, car le seuil prescrit se situe généralement à sept ans. Par contre, il ne faut pas oublier que le maire d’une municipalité peut faire placer des enfants de moins de sept ans à l’école d’industrie entre 1888 et 1892 (voir l’annexe 2 aux pages 129 et 130). Cette situation a pu toucher huit fillettes.

Cette tendance s’explique selon Burban (1997) et Strimelle (1998) par le fait qu’elles aient pu être admises et entretenues gratuitement avec l’assurance du gouvernement qu’il les prendrait en charge au moment où elles atteindraient l’âge prévu par la loi. Ne disposant d’aucune preuve en ce sens, cette hypothèse ne peut être vérifiée, mais tombe sous le sens, car les inspecteurs font état de ces écarts dans leurs rapports, mais les dénoncent rarement. De même, les religieuses ne reçoivent pas d’avertissements du gouvernement pour relâcher ces jeunes enfants.

Cette analyse est basée sur l’hypothèse que l’école d’industrie étant utilisée comme un type de pensionnat, les enfants devaient entrer majoritairement à l’automne. L’analyse des données pour la période 1884-1914 permet de constater que le mois de septembre est le plus achalandé (12,12%) en ce qui a trait aux admissions. Les deux autres mois les plus achalandés sont août et octobre, qui sont aussi propices pour l’entrée en classe. Au total, ces trois mois correspondent à 33,44% des admissions[208] . Entre 1915 et 1950, la tendance est la même, mais la prédominance du mois de septembre (18,74%) est plus marquée. Il ne faut pas oublier par contre que cette variable est soumise à l’influence du nombre de pensionnaires dont le mandat est ordonné par la Cour et qui entrent toutes à l’automne.

Cette deuxième section a permis de brosser un portrait détaillé des populations accueillies à l’Hospice Saint-Charles entre 1870 et 1950. Les lieux de résidence au moment du placement, l’origine ethnique et la confession religieuse dévoilent des clientèles de milieux populaires originaires majoritairement de la capitale, mais aussi de l’Est de la province, très fortement canadiennes-françaises et catholiques et aux parents vivant dans une situation financière plutôt précaire. Par ailleurs, d’autres initiatives des Soeurs du Bon-Pasteur, sur la question de l’âge des enfants cette fois-ci, indiquent une autre fois le rôle élargi joué par l’Hospice sur le plan des clientèles.

L’étude des populations successives de l’Hospice Saint-Charles de Québec entre 1870 et 1950 démontre un système relativement inefficace à ses débuts. Ce système est mis en place par un État libéral réticent à s’impliquer financièrement. Par la suite, sous la pression des besoins, les cordons de la bourse s’ouvrent lentement pour mieux répondre aux besoins en présence. L’analyse approfondie des facteurs touchant l’admission et le statut de ces clientèles permet de constater ce caractère hésitant, illustré par les moyens mis en oeuvre pour restreindre les admissions. Mais surtout, elle dévoile une utilisation de l’Hospice outrepassant parfois les balises légales pour pallier cette situation, comme l’illustre, par exemple, l’admission d’enfants abandonnées à l’école de réforme ou tout simplement l’admission d’enfants par charité. Ces initiatives des Soeurs du Bon-Pasteur et des magistrats, non interdites par les lois, permirent la prise en charge d’enfants qui n’avaient pas accès au seul système institutionnel subventionné existant jusqu’en 1921. Par contre, malgré ces initiatives, il y eut tout de même bon nombre de refus, ce qui fit en sorte que des enfants restèrent dans la rue ou dans des milieux familiaux en difficulté.

L’école de réforme répondit à la petite criminalité, celle qui était visée par le législateur. Par contre, son étude révèle aussi un visage particulier né d’une volonté de compromis des magistrats pour, entre autres, l’admission d’enfants trop âgées pour l’école d’industrie. De même, cette dernière, par l’utilisation que des familles en ont faite, fut, pour un bon nombre, un lieu de placement temporaire en temps de difficultés. Elle accueillit aussi certaines petites qui ne correspondaient pas aux statuts visés par la loi, mais qu’on y envoyait dans le but d’assurer leur prise en charge. Dans cette optique, ce système n’est pas seulement un moyen pour l’État de s’immiscer dans des foyers familiaux problématiques, mais plutôt une opportunité pour les familles d’assurer logis, nourriture et instruction à leurs enfants lors de moments pénibles ou de situations exceptionnelles.

L’Hospice Saint-Charles, par la variété des populations et le nombre d’enfants qu’il accueillit, fut donc un des centres nerveux de la prise en charge institutionnelle de l’enfance délinquante et surtout celle jugée « en besoin de protection » dans la capitale. En vertu de cette application particulière de la législation, il est très intéressant de se pencher sur la vie quotidienne dans l’établissement pour analyser comment elle se concrétisa en vertu des mandats d’encadrement, d’entretien et d’instruction confiés à cette institution.



[116] Voir, entre autres, SAINT-PIERRE (1932), BOURGEOIS (1947), PELLETIER (1950), MALOUIN et al. (1996) et DAIGLE et TURMEL (2006).

[117] De même, du fait que nous ne disposons que de peu de données sur les garçons admis à l’Hospice, nous n’emploierons pas uniquement le masculin. Si des faits ou des situations abordés ne concernent que les filles, la forme féminine sera employée. S’ils touchent aux deux sexes, la forme masculine sera employée. Le lecteur saura donc tout de suite si nous parlons seulement des jeunes filles ou de tous les enfants de l’Hospice.

[118] 6e rapport des inspecteurs des prisons et asiles, etc., 1872, p. 53.

[119] Comme en font foi les rapports des inspecteurs, les Annales et la correspondance de la communauté.

[120] 12e et 13e rapports des inspecteurs des prisons et asiles, etc., 1881 et 1882.

[121] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-13. Gouvernement du Québec. Contrats. 1895-1935. Extrait des registres des délibérations du Conseil de la Corporation de l’Asile du Bon-Pasteur de Québec. Assemblée tenue à Québec le 22 mai 1895.

[122] Le grand nombre de refus vient invalider l’hypothèse de Burban, qui soutient « [qu’]il est possible que le nombre d’enfants à interner en école d’industrie soit suffisamment faible [à Québec] pour que le gouvernement accède à chaque requête». La présence de refus nous paraît tout aussi significative de l’inefficacité du système malgré le fait que la ville de Québec soit déjà à la fin du XIXe siècle beaucoup moins importante démographiquement que Montréal, soit environ 63 000 contre 216 500 en 1891. Voir BURBAN, loc. cit., p. 44-45.

[123] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-35 et 36. Pensionnaires et gratis, 1879-1959, 1902-1950.

[124] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-28. Inspecteur scolaire, rapports et visites, 1904-1938; 1891-1962. Lettre de la supérieure Saint-Pierre-Damien au Secrétaire de la Province Décarie, 20 janvier 1915.

[125] Voir les Archives des Sœurs de la Charité et les thèses de BURBAN (1997) et de STRIMELLE (1998).

[126] L’école de réforme n’existant plus en 1941, les garçons admis par charité seront placés évidemment à l’école d’industrie.

[127] Par exemple, voir ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-19. Supérieure locale. S. Saint-Louis de Gonzague, 1870-1889.

[128] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-35 et 36. Pensionnaires et gratis, 1879-1959, 1902-1950.

[129] Ibid.

[130] Sœurs du Bon-Pasteur de Québec, Constitutions et règles de la Congrégation des sœurs servantes du Cœur Immaculé de Marie , Québec, A. Côté, [c1883], 5e partie, Des principales charges de la congrégation, chapitre VI, De la maîtresse générale des classes et de son assistante, article 8. L’estimation de la date a été effectuée par l’Institut canadien de microreproductions historiques (ICMH).

[131] Au fil des ans, la notion de tuteur se développe. Elle ne concerne plus seulement la personne ayant charge de l’enfant, mais parfois l’organisme de protection de l’enfance qui s’en occupe. Le Secrétariat des familles de Québec (fondé en 1922), le Service familial de Québec (1943) ou le Conseil central des œuvres (1944), par exemple, font placer des enfants à l’Hospice Saint-Charles. Ils s’établissent parallèlement au système des écoles de réforme et d’industrie et entretiennent des liens avec le placement institutionnel, bien que privilégiant grandement le placement familial. La complémentarité des deux systèmes, abordée au premier chapitre, est donc ici bien représentée.

[132] ABPQ, Résidence Saint-Charles, 300-05B-21. Écoles d’industrie. Rapport mensuel, 1870-1922, 1923-1932.

[133] Par exemple, lors de la mort ou de la maladie du père ou de la mère, lors de la perte d’un emploi, etc.

[134] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-27. Supérieure locale. Sr Marie-de-la-Passion, 1916-21.

[135] Ibid.

[136] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 05B-36. Pensionnaires : listes. 1902-1950.

[137] Rappelons que ce n’est qu’en 1944 que les Sœurs du Bon-Pasteur demandent que l’Hospice Saint-Charles soir reconnu d’Assistance publique, dans la classe des orphelinats.

[138] Par exemple, pour l’année 1946-1947 : L.F. est aux frais de l’Assistance publique pour une demi-pension et la mère paie à l’Association Patronale des Services Hospitaliers de Québec l’autre moitié de 7.50$. Cette association prend en charge la gestion des entrées et sorties des enfants de l’Hospice Saint-Charles le 7 janvier 1946. Elle est autorisée par la congrégation à recevoir les octrois de l’Assistance publique et des écoles d’industrie. Voir ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-01. Allocations familiales, 1946-70.

[139] Ibid.

[140] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-35. Pensionnaires : listes. 1879-1959.

[141] Paul-André LINTEAU, René DUROCHER et Jean-Claude ROBERT. Histoire du Québec contemporain. Tome 1 – De la Confédération à la crise (1867-1929) . Montréal, Boréal Compact, 1989, p. 98-99.

[142] En effet, il stipule alors qu’aucune admission à l’école de réforme ne peut se faire sans son autorisation, ce qui les limite grandement en raison du nombre de cas soumis, du peu de temps accordé à leur étude – ses tâches ne se limitant pas qu’à ce dossier – et du peu de connaissances de sa part sur chacun de ces cas. Il peut aussi ordonner la sortie d’un enfant d’un établissement à tout moment. De plus, pour permettre l’internement à l’école de réforme et à l’école d’industrie, la preuve la plus complète doit être produite et les témoignages doivent être explicites, sinon il peut refuser le placement. Étant investi de tels pouvoirs, les Sœurs du Bon-Pasteur, comme d’autres congrégations dans la même situation, lui référeront tout ceux désirant faire placer un ou des enfants. Elles se font rapidement avertir de cesser cette pratique, le Bureau du Secrétaire étant inondé de demandes. Voir ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-20. Supérieures locales. Sœur Ste-Antoinette, 1890-1894. Lettre de l’Assistant secrétaire provincial Joseph Blouin à la révérende Sœur directrice de l’école d’industrie, 8 avril 1892, et 300-05A-21. Supérieure locale Sœur Saint-Denis, 1896-1898. Lettre de l’Assistant secrétaire provincial Joseph Blouin à la révérende Sr directrice de l’école d’industrie, 3/03/1896.

[143] Tout comme à la principale école de réforme du Québec, à Montréal. Voir MÉNARD (2003), op. cit., p. 110.

[144] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-18. École de réforme – Registres. 1870-1921. Voir le graphique 1 à la p.

[145] Entre 1921 et 1944, il n’y aura pas d’école de réforme pour filles dans la région de Québec. Les Sœurs demanderont d’annuler la décision de 1921 pour éviter le déménagement des filles hors de leur milieu d’origine, sans succès.

[146] Les écoles de réforme pour filles du Québec souffrent toutes de ce problème. Cette situation est semblable en Belgique et en France. Voir STRIMELLE (1998), op. cit., p. 202.

[147] 4e rapport des inspecteurs des prisons et asiles, etc., 1870, p. 2.

[148] Incidemment, c’est l’encombrement de cette école de réforme pour filles de Montréal qui mènera l’État à demander avec insistance aux Sœurs du Bon-Pasteur, réticentes, d’ouvrir la Maison N.-D. de la Garde.

[149] Prue RAINS, loc. cit., p.103-127. La solution des autorités de la Boy’s Farm pour résoudre la baisse des moyens financiers reliée à cette chute d’effectifs fut la hausse du nombre de pensionnaires admis, ce qui fut peut-être le cas à Saint-Charles.

[150] Paul LAROCQUE, « La condition socio-économique des travailleurs de la Ville de Québec (1896-1914) », mémoire de maîtrise en histoire, U. Laval, 1970, p. 145-148.

[151] 14e rapport des inspecteurs des prisons et asiles, etc., 1883, p. 108.

[152] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-02. Annales, vol. V 1936-1945.

[153] Il faut par contre noter que les causes réelles de l’internement ne correspondent pas nécessairement aux motifs invoqués, car les catégories légales influencent les motifs invoqués devant la Cour dans le but d’améliorer les chances de placement.

[154] Il y en a une à Lévis, fondée en 1870.

[155] 14e rapport des inspecteurs des prisons et asiles, etc., 1883, p. 106.

[156] Ce phénomène du mélange des populations fut également présent à Montréal. Il n’y eut pas d’école d’industrie catholique pour garçons sur l’île de Montréal entre 1869 et 1950. La première à être fondée dans cette partie de la province est à Montfort, dans les Laurentides, en 1886. L’école de réforme de Montréal pour garçons (Mont Saint-Antoine), ouverte en 1872, accueillit donc temporairement les enfants orphelins et abandonnés normalement destinés à l’école d’industrie. La présence problématique de ces enfants avec les jeunes délinquants et les coûts importants de fonctionnement inciteront le gouvernement québécois à agir. L’ouverture d’une école de réforme et une d’industrie pour garçons à Lévis en 1883, à l’Hospice Saint-Joseph, y est directement reliée. Voir ASCQ, L018/D, 01.7. Institut Saint-Joseph de la Délivrance. Annales dactylographiées. Vol. 1 - 1870-1913. H-01-01. Boîte 12; 10e rapport des inspecteurs des prisons et asiles, etc., 1879, p. 42.

[157] Ces accusations sont celles consignées dans le registre et correspondent vraisemblablement à celles inscrites sur les mandats d’internement rédigés par les magistrats.

[158] Rappelons qu’entre 1917 et 1921, il n’y a pas d’admission. De même, les détails des accusations ne sont fournis dans le registre qu’à partir de novembre 1886.

[159] On en retrouve aussi à l’école de réforme de Laval-des-Rapides. Voir STRIMELLE (1998), op. cit., p. 205.

[160] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-18. École de réforme – Registres. 1870-1921.

[161] La limite maximale légale pour l’admission et la présence en école d’industrie est de 12 ans entre 1887 et 1894 et de 14 ans après 1894.

[162] La loi ne délimite pas précisément les délits pouvant mener à l’école de réforme, mais vise, selon notamment les inspecteurs, la « petite délinquance ».

[163] MÉNARD (2003), op. cit., p. 115.

[164] Voir Tamara MYERS, Criminal women and bad girls. Regulation and punishment in Montreal, 1890-1930, thèse de doctorat en histoire, U. McGill, 1995, 340 p.; et STRANGE, op. cit.

[165] 31e rapport des inspecteurs des prisons et asiles, etc., 1900, p. 164.

[166] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-28. Inspecteur scolaire, rapports et visites. 1904-1938; 1891-1962. Rapport de la supérieure à Monsieur Woods, inspecteurs des prisons et asiles et B., novembre 1918.

[167] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-18. École de réforme – Registres. 1870-1921.

[168] 1er au 11e rapport du « directeur médical des hôpitaux d’aliénés, des écoles de réforme et écoles d’industrie et de l’Assistance publique » A.H. Desloges au secrétaire de la province de Québec, 1920-1921 – 1930-1931.

[169] Elles sont majoritaires dans leurs calculs par rapport aux enfants admises suite « à la mauvaise conduite des parents » ou à leur propre « mauvaise conduite ».

[170] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 05B-19. École d’industrie : listes, rapports au gouvernement 1890-1922. 1884-1950.

[171] Nous supposons logiquement que cette catégorie signifie les orphelines de père et de mère, bien que la source ne le précise pas.

[172] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 05B-19. École d’industrie : listes, rapports au gouvernement 1890-1922. 1884-1950.

[173] Ibid.

[174] Ibid. Ceci touche au mininum 369 cas sur 1271 placements, car 448 données sont manquantes. Outre cela, sur les 823 cas connus, 347 quittent à la date prévue et 35 décèdent.

[175] Sur les 369 cas, en outre, 194 sont recueillis par la famille, 12 sont placées et trois sont adoptées. 119 données sont manquantes.

[176] Durant les premières années d’existence des écoles de protection de la jeunesse, c’est-à-dire après 1950, les données fournies sont aussi sensiblement les mêmes.

[177] Cela ne réfère pas uniquement aux cas de séparation (le divorce n’est accessible que pour les gens plus fortunés à l’époque, car on doit recourir aux tribunaux canadiens), mais aussi à ceux de désertion du père.

[178] Elles touchent surtout les enfants de parents séparés. Des sentences de trois ans sont encore prononcées, surtout pour des raisons de mauvaise santé d’un ou des parent(s).

[179] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 05B-19. École d’industrie : listes, rapports au gouvernement 1890-1922. 1884-1950.

[180] ANQQ, Commission d’assurance-maladie du Québec (1943-1944), 1960-01-484/880. Dossier 89 : Arriérés mentaux : documents (1936-1944). « Considérations médico-pédagogiques sur la population actuelle de l’école La Jemmerais », par J.-C. Miller et Alphonse Pelletier. Laval Médical, extrait, vol. 2 no 3, mars 1937.

[181] SAINT-PIERRE, op. cit., p. 37.

[182] 15e rapport du « directeur médical des hôpitaux d’aliénés, des écoles de réforme et écoles d’industrie et de l’Assistance publique » A.H. Desloges au secrétaire de la province de Québec, 1934-35, p. 106.

[183] FOSTER, op. cit ., p.74.

[184] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-12. École de réforme et reconnaissance de l’Institution, 1870-1964. Lettre et sceau du Secrétaire provincial. Reconnaissance de l’école de réforme.

[185] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-18. École de réforme – Registres. 1870-1921 et 05B-19. École d’industrie : listes, rapports au gouvernement 1890-1922. 1884-1950.

[186] On ne peut par contre donner des proportions précises, car cette catégorie ne fut pas consignée avec rigueur. Le quartier est parfois donné. Sinon, seulement l’appellation « Québec » est inscrite.

[187] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-02. Annales, Volume 1- 1870-1911, p.112.

[188] Ce dernier facteur peut être, en quelque sorte, la cause d’un placement qui serait motivé par l’absence ou le manque d’attention d’un ou des parents.

[189] Par exemple, en 1872, il y a 26 journaliers, deux charretiers, un boulanger et un ingénieur. Voir le 6e rapport des inspecteurs des prisons et asiles, etc., 1872.

[190] Jusqu’à 85,44% de données manquantes entre 1884 et 1914. Voir ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 05B-19. École d’industrie : listes, rapports au gouvernement 1890-1922. 1884-1950.

[191] Par exemple, en 1895, il y a deux charretiers, deux cordonniers, un cultivateur, quatre mères en service, onze journaliers, deux menuisiers et une ouvrière. Pour 1930, citons deux barbiers, un chanteur, quatre chauffeurs, cinq commis, deux contracteurs, un cuisinier, un cultivateur, deux douaniers, deux employés, seize mères en service, un épicier, un ingénieur, 41 journaliers, trois mécaniciens, un rentier, deux sapeurs, une servante, deux soldats, un tailleur de cuir et un voyageur. Voir le 26e rapport des inspecteurs des prisons et asiles, etc., 1895 et les Statistiques annuelles des établissements pénitenciers et des institutions d’assistance pour l’année 1930.

[192] Les sources ne précisent pas s’il s’agit de cultivateurs « à temps plein » ou de journaliers agricoles.

[193] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 05B-19. École d’industrie : listes, rapports au gouvernement 1890-1922. 1884-1950.

[194] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-18. École de réforme – Registres. 1870-1921.

[195] Cette citation provient d’un inspecteur et est tirée des documents de la session, vol. 23, 1890, et citée dans BELLEY et MARCOTTE, op. cit. , p. 33.

[196] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-28 Inspecteur scolaire, rapports et visites. 1904-1938; 1891-1962. Rapport annuel de la supérieure à M. le Dr A. L. de Martigny, inspecteur des prisons, A. et B. 206, rue Sherbrooke, Montréal, pour 1904. Hospice Saint-Charles, Québec, 27 janvier 1907.

[197] En effet, la loi ne prévoit aucune mesure de suivi. Il sera question de ce problème au troisième chapitre.

[198] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-28 Inspecteur scolaire, rapports et visites. 1904-1938; 1891-1962. Rapport de la supérieure à Messieurs de Martigny et Woods, inspecteurs des prisons et asiles et B., janvier 1917.

[199] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-20. Supérieure locale. S. Ste-Antoinette, 1890-1894. Lettre du Secrétaire provincial Boivin à la révérende Sr directrice de l’école d’industrie, Québec, 29/04/1892.

[200] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-19. Supérieure locale. S. Saint-Louis de Gonzague, 1870-1889. Lettre de l’assistant-secrétaire provincial Jolicœur à la révérende Sr directrice de l’école d’industrie de l’Hospice Saint-Charles, Québec, 12 décembre 1884.

[201] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05A-27. Supérieure locale. Sr Marie-de-la-Passion, 1916-1921. Lettre du sous-secrétaire de la province à la révérende Mère Sup. de l’Hospice Saint-Charles, Québec, 7 octobre 1918.

[202] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-28 Inspecteur scolaire, rapports et visites. 1904-1938; 1891-1962. Livre 1904-1938

[203] Sœurs du Bon-Pasteur de Québec, Constitutions et règles de la Congrégation des sœurs servantes du Cœur Immaculé de Marie , Québec, A. Côté, [c1883], 5e partie, Des principales charges de la congrégation, chapitre X, De la directrice des orphelinats et des maisons de réforme, p. 317.

[204] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05C-03. Supérieures, directrices. 1918-1959.

[205] Une d’entre elles est condamnée pour « attaque ». Le placement à l’école de réforme a pu être réalisé pour lui éviter la prison pour adultes dans la mesure où elle n’est pas une jeune délinquante « endurcie ».

[206] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 300-05B-18. École de réforme – Registres. 1870-1921, et 300-05B-19. École d’industrie : listes, rapports au gouvernement 1890-1922. 1884-1950.

[207] Notamment à l’école de réforme et à celle d’industrie de Laval-des-Rapides. Voir STRIMELLE (1998), op. cit., p. 186-188.

[208] ABPQ, fonds Résidence Saint-Charles, 05B-19. École d’industrie : listes, rapports au gouvernement 1890-1922. 1884-1950.

© Dale Gilbert, 2006