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À l’image de la définition de l’unité de voisinage suggérée par Glaster (2001), la méthode que nous employons pour définir cette unité repose sur l’agencement de plusieurs critères. En effet, notre démarche méthodologique vise à intégrer différentes sources d’information disponibles sur le territoire de manière à mettre en évidence les particularités propres à chaque unité de voisinage. Nous croyons que de telles unités circonscriront de façon plus précise le milieu vécu par les habitants, permettant ainsi de mieux saisir le rôle du milieu local sur la santé de la population.
L’approche retenue est l’analyse et l’intégration de trois perspectives : historique, statistique et perceptuelle.
Cette perspective est basée sur le repérage de tous les découpages institutionnels, privés ou publics qui ont pu être recensés au cours des quarante dernières années avant le début de la présente étude (de 1963 à 2002). La période de quarante ans a été retenue puisqu'il s'agit de la durée moyenne d'une vie active; la période d’étude couvrira ainsi la durée de résidence de la grande majorité de la population. Toutes ces limites ont ensuite été pondérées en fonction du temps et de la période d'utilisation de la limite, la pertinence de celle-ci en fonction de la thématique (inégalités sociales et de la santé) et de la qualité de l'information recueillie. Toutes ces données ont ensuite été géo-référencées et intégrées dans un système d’information géographique (SIG). De cette manière, il nous a été possible de localiser les frontières qui ont été les plus utilisées sur chacun des territoires à l’étude et ce à différentes échelles géographiques. Cette méthode ayant déjà fait l’objet de travaux antérieurs, les détails méthodologiques ne seront pas exposés ici, il faudra plutôt consulter les travaux de Lebel (2003)a,b,c pour en savoir davantage.
Pour la définition d’unités de voisinage selon une perspective statistique, nous avons eu recours à un indice de défavorisation produit par Pampalon et Raymond (2000, 2003). Cet indice permet de décrire deux aspects de la défavorisation à l'échelle des aires de diffusion de Statistique Canada, soit: l'aspect matériel et l'aspect social. Les indicateurs entrant dans la construction de cet indice ont été choisis pour leurs relations connues avec un grand nombre de problèmes de santé, leurs affinités avec les formes matérielles et sociales de défavorisation et leur disponibilité par aire de diffusion (Pampalon et Raymond, 2003). Ces indicateurs sont: la proportion de personnes n'ayant pas de diplôme d'étude secondaire, le rapport emploi/population et le revenu moyen personnel, ces derniers constituant l'aspect matériel, puis la proportion de personnes séparées, divorcées ou veuves, la proportion des personnes vivant seules et la proportion des familles monoparentales qui représentent l'aspect social. Ces aspects constituent en fait les deux principales composantes d’une analyse en composante principale (une forme d’analyse factorielle) réalisée à l’échelle de tout le Québec. Les indicateurs considérés, sauf le dernier, ont été ajustés selon l'âge et du sexe de la population et certains ont été transformés afin d'en normaliser la distribution.
Afin de fournir un seul portrait statistique de la défavorisation de chacun des territoires à l'étude, nous avons procédé à une analyse de groupement des aires de diffusion à partir des notes factorielles associées aux deux aspects de la défavorisation. La méthode de groupement utilisée pour notre analyse est le K-Means puisque les résultats générés par celle-ci sont plus compacts que les résultats obtenus par la méthode hiérarchique et, de cette manière, exclut toute possibilité de recoupement (Hartignan, 1975). Cette méthode calcule la distance euclidienne entre les points des deux dimensions créées par les deux facteurs (facteur matériel et facteur social). En commençant par les points les plus distants les uns des autres, l'algorithme associe les unités statistiques qui sont les plus proches simultanément selon les deux aspects de la défavorisation. De plus, cette méthode recalcule la moyenne de chacun des groupes formés à chaque fois qu'une nouvelle aire de diffusion y est associée et ré-attribue automatiquement toutes les aires déjà agglomérées en fonction de cette nouvelle moyenne. Le procédé se termine lorsque le maximum d'écarts entre la moyenne des groupes est atteint; ce qui induit un minimum de différences à l'intérieur de ces groupes et un maximum de différence entre ces mêmes groupes. La méthode du K-Means nécessite cependant de déterminer le nombre de groupements à effectuer. Nous avons donc cartographié les résultats des opérations de groupements statistiques allant de 2 à 16 groupes pour les trois territoires à l’étude. Ainsi, suite à des analyses préalables, nous avons déterminé que cinq groupes étaient suffisants pour bien décrire les différences de défavorisation réparties sur les trois territoires.
Cette démarche nous offre donc une image de la diversité interne pour chacun des trois territoires en ce qui concerne les conditions matérielles et sociales de la population qui l’habite. Elle permet également de localiser sur le territoire les endroits qui ont des niveaux de défavorisation similaires et ainsi évaluer le niveau de contiguïté de chacun des groupes nouvellement formés.
Concernant la perspective perceptuelle, nous avons eu recours à une méthode de type focus group (Stewart et Shamdasani, 1990). Ainsi, nous avons fait appel à des intervenantes et intervenants locaux qui ont une excellente connaissance de l'un ou l'autre de nos trois territoires d'étude. Parmi ceux-ci, nous avons sélectionné les candidats avec la plus grande expérience professionnelle en lien avec le territoire, tout en prenant soin que chacun d’entre eux ait une expérience différente afin de diversifier les points de vue (annexes B1, C1 et D1). Dans chaque territoire, nous avons préparé un atelier de travail pour des participants provenant de milieux tels que la commission scolaire, un CLSC, un centre local d'emploi, un centre local de développement, la gestion des loisirs de l'arrondissement, l’aménagement du territoire à la MRC, le développement social de l'arrondissement, etc . Cinq à huit intervenantes et intervenants par territoire ont participé à cet atelier dont le but était d’abord de recueillir leur perception du vécu territorial et de ce que représentait pour eux les unités de voisinage, mais également de favoriser une certaine intégration des perspectives historique et statistique. Nous considérons également que le point de vue de ces intervenants pourra représenter avec une certaine conformité celui des habitants puisque leurs fonctions professionnelles leurs permettent des contacts fréquents avec la population, en plus d’être eux-mêmes, dans la plupart des cas, des résidants de leur territoire de connaissance.
Préalablement à l’exercice, tous les participants ont été informés des objectifs et du contexte de l’étude (annexe A) ainsi que des travaux déjà effectués sur leur territoire en regard de la définition d’unités de voisinage, selon les perspectives historique et statistique. Un exposé leur a été présenté concernant ces travaux ainsi que sur la signification de leurs résultats. Nous avons par la suite demandé aux participants de tracer sur une carte (annexes B7 (Limoilou), C7, C8 (Charlesbourg) et D7 (Portneuf) ce qui, selon eux, correspondait aux unités de voisinage de leur territoire, et ce, en les laissant complètement libres de recourir aux critères qu’ils estimaient les plus importants. Ils pouvaient retenir les tracés proposés par les perspectives historique et statistique ou/et les modifier au besoin en fonction d’autres critères qu’ils jugeaient pertinents. Seules deux contraintes, de nature statistique, furent établies.
La première étant que les unités de voisinages regroupent un nombre entier d’aires de diffusion; ce critère permettant aux unités d’être parfaitement compatibles avec les données de Statistique Canada issues du recensement. La seconde étant que les unités renferment environ 5000 habitants (+/- 3000); ce critère permettant des analyses sur des évènements rares mais essentiels à l’étude des inégalités de santé (naissances de faible poids, taux de mortalité, etc .) avec une certaine précision statistique. Par la suite, une discussion a été animée afin de réaliser un consensus entre les participants pour parvenir à un tracé définitif d’unités de voisinage.
C’est donc à partir du point de vue des intervenants et intervenantes locaux que nous avons pu intégrer différentes perspectives sur la définition d’unités de voisinage dans les trois territoires d’étude. Cela nous a permis d’obtenir un découpage qui nous rapproche grandement du vécu social et communautaire sur le territoire. En effet, avec la conjugaison de ces trois perspectives, nous avons pu mettre en évidence les traits caractéristiques les plus pertinents des milieux locaux de chacun des trois territoires étudiés. La perspective historique nous a permis d’identifier les limites les plus utilisées générées par les services publics, la politique locale ou encore par l’infrastructure urbaine (annexe B3 (Limoilou), C3 (Charlesbourg) et D3 (Portneuf). La perspective statistique a, quant à elle, offert une image des conditions socio-économiques actuelles et ce tant au plan social que matériel (annexe B4 (Limoilou), C4 (Charlesbourg) et D4 (Portneuf). La perspective perceptuelle nous a non seulement donné de l’information sur les interactions sociales, le sentiment d’appartenance et sur certaines particularités locales, mais elle a également permis d’intégrer les trois perspectives (figure 2).
Figure 2 : Processus d’intégration des perspectives historique et statistique par l’approche perceptuelle.
De plus, lors de chacun des ateliers de définition d’unités de voisinage, nous avons relevé les principales caractéristiques du territoire (ou critères de décision) qui ont été mentionnées par les participants et qui ont servi à la définition des unités de voisinage. Nous avons pris note également des difficultés rencontrées par ceux-ci. De cette manière il sera possible de mieux saisir ce que représente le découpage spatial suggéré par le groupe de participants.
En somme, nous croyons que l’intégration des différents points de vue sur le milieu local à l’aide des intervenantes et intervenants de ces milieux permet d’accroître la pertinence des unités de voisinage identifiées, en faisant ressortir leurs multiples caractéristiques particulières.
© Alexandre Lebel, 2005