Table des matières
Dans un projet informatique il faut spécifier les problèmes à résoudre. Ce n’est qu’ainsi qu’on peut fixer des objectifs réalistes et établir des livrables spécifiques qui sont réalisables et mesurables.
Une stratégie complète devrait soigneusement tester toutes les hypothèses avant d’émettre des objectifs généraux ou spéciaux pour s’assurer qu’on se concentre sur le bon problème. Le système patrimonial est il réparable ou faut il complètement le remplacer ? L’objectif est il purement technique ou correspond il a une réingénierie des processus d’affaires ? Lorsque l’objectif principal est purement technique, alors l’adoption de la technologie est une fin en soi. Par ailleurs, lorsque le changement technologique est l’objectif de la migration la rentabilité du nouveau système peut être considérée comme un sous objectif.
Lorsque l’objectif du projet est la réingénierie des processus d’affaires, alors l’informatique est un moyen et non pas une fin. Il ne faut pas chercher à déployer un système à tout prix, car l’objectif principal est de modifier le comportement des membres de l’organisation. Dans un projet de réingénierie des processus d’affaires, la rentabilité du système informatique ne devrait pas être un sous objectif, c’est plutôt la modification du processus d’affaires qui doit être recherchée. Il est facile d’identifier le non respect d’une spécification du système ou encore d’identifier les vices cachés dans un logiciel lorsqu’on les découvre. Cependant, l’absence de gains espérés est difficilement attribuable exclusivement à un logiciel. Notons que même les tribunaux ne reconnaissent pas les dommages de la part d’un fournisseur de logiciel, lorsque les logiciels ne donnent pas les gains espérés, comme en fait état le livre de [RAE 1994]. La responsabilité légale n’est engagée que par des vices cachés dans le logiciel. En outre, [RAE 1994] explique que l’absence de profits ou le manque de productivité des usagers d'un logiciel acheté ne sont pas des motifs de remboursement reconnus par les tribunaux.
L’objectif du projet de migration se distingue des objectifs pendant la période de transition. En effet, les objectifs pendant la période de migration sont d’avoir un niveau déterminé de qualité, pendant et juste après la migration. Un niveau de qualité devrait être mesuré pendant la période d’ajustement ou de rodage. Cette qualité examine plutôt la stabilité de l’application que la stabilité de la productivité des usagers.
En ayant une vision claire des objectifs et sous objectifs on peut identifier les ressources nécessaires pour le projet et expliquer les besoins aux gestionnaires pour diriger le projet. Les coûts du projet doivent pouvoir être justifiés et l’intérêt du projet exposé clairement aux gestionnaires.
Établissons d’abord un vocabulaire de référence. Un échec complet est un projet qui est annulé; où aucun livrable n’est accepté par le commanditaire ou produit par le fournisseur. Un échec moyen est un projet où toutes les fonctionnalités demandées ont été livrées, mais le projet dépasse son budget en coûts ou en temps. Un demi échec est un projet où des budgets en coûts et en temps ont été respectés mais on déploie et livre un système qui ne satisfait pas tous les besoins demandés. Pour obtenir un succès pendant un projet de migration logicielle les spécifications du logiciel doivent être cernées correctement. Notons que les organisations gardent souvent le secret des échecs de projets de migration informatique.
Les résultats du projet sont souvent une fonction de la nature des opérations du système patrimonial telle qu’examinée dans la section 1.2.1, ou dans la section 2.2.1. Les responsables de la migration doivent faire face à des difficultés différentes en fonction de la nature des opérations du système patrimonial. Ces difficultés doivent être connues pour pouvoir fixer des objectifs pertinents pour le succès ou l’échec du projet.
Pour reprendre l’analyse de O’Callaghan [O'CA 1998], il ne faut pas se dire
Comment fait on pour maintenir le système patrimonial le plus longtemps possible mais plutôt
Quel est le meilleur soutien à fournir aux nouveaux produits ou services vendus et quelle est la configuration optimum des technologies de l’information pour atteindre cet objectif ?
Pour réussir la modernisation d’un système patrimonial, tous les auteurs s’accordent à expliquer qu’il faut fixer clairement des objectifs à atteindre. De plus, la technologie est le moyen et non pas le moteur du changement. Les processus d’affaires des membres de l’organisation sont corrects mais la technologie ne parvient pas à satisfaire tous les critères de l’organisation. Les efforts de maintenance corrective et évolutive satisfont des objectifs technologiques. La maintenance corrective englobe la correction d’erreurs détectées ou anticipées. La maintenance évolutive englobe les efforts pour s’adapter à de nouveaux besoins informatiques, par exemple le passage, en 2002 en France, à la monnaie unique : l’euro.
Lorsque l’objectif de la migration informatique est essentiellement technologique, alors il est beaucoup plus facile d’en mesurer le succès. C’est aussi le pire objectif à fixer pour le déploiement d’un ERP. L’objectif d’un ERP doit être de modifier les processus d’affaires.
L’objectif du projet est distinct des objectifs pendant le projet. L’objectif pendant la modernisation est de réussir une migration sans affecter les membres de l’organisation, les organisations partenaires ou les clients et usagers externes. Les objectifs pendant le projet concernent surtout des décisions tactiques qui consistent à jouer sur les moyens, à modifier les actions spécifiques pour s'adapter aux incidents de parcours et continuer à maintenir un niveau de fonctionnement pour les différents groupes d’usagers et des applications. L'ensemble des tactiques s'inscrit dans la stratégie et sont examinés dans le détail dans le chapitre 4.
Pour un projet de migration, les objectifs de fonctionnement pendant et après la migration devraient être chiffrés. Souvent une période d’ajustement existe pendant laquelle la productivité des usagers de l’organisation est moindre. Une estimation de la période d’ajustements et du niveau de qualité acceptable devrait être proposée et comparée aux résultats réels.
Des mesures du fonctionnement de l’application incluraient notamment :
Le nombre de pannes (interruptions du ou des serveurs) en fonction du temps
La durée moyenne des pannes
Le nombre de transactions refusées (le serveur n’est pas en panne mais ne réalise pas la transaction demandée)
Le nombre de transactions retardées (le serveur n’est pas en panne et effectue la transaction espérée mais pas dans des délais réguliers / dépassement du temps maximal)
Le nombre d’arrêts planifiés en fonction du temps
La durée moyenne des arrêts planifiés
Les arrêts planifiés correspondent aux réindexations ou réorganisations des bases de données, la mise à jour des applications, les opérations de maintenance préventive et autres opérations de perfectionnement.
Rajouter la technologie sur de mauvais processus d’affaires est inefficace. Si elles sont mal utilisées les technologies de l’information permettent de prendre des mauvaises décisions plus vite. La migration ou modernisation informatique et la réingénierie des processus d’affaires sont liées. La réingénierie des processus d’affaires et l’informatique ont une relation de symbiose. Sans réingénierie des processus d’affaires, l'informatique seule, n'offre presque aucun avantage. Sans système informatique en réseau très peu de réingénierie n'est possible.
La réingénierie ne peut exister qu’au niveau global d’une organisation. En effet, parfois en réalisant des économies dans une unité de l’organisation on peut amener de grandes dépenses dans d'autres unités. Pour réaliser des économies qui profiteront à toute l’organisation il faut examiner les processus d’affaires à un niveau global.
La réingénierie des processus d’affaires ne peuvent exister que dans une organisation. La structure de l’organisation a un impact sur le fonctionnement de l’organisation. Un examen de la répartition des pouvoirs au sein des organisations permettra de comprendre les enjeux informatiques liés à la réingénierie des processus. Les enjeux informatiques essentiels sont la gestion des droits d’accès qui assurent le respect de la hiérarchie de l’organisation et des processus d’affaires.
La définition fournie par Hammer et Champy [HAMM 2001], pour un processus est une « collection d'activités qui prennent un ou plusieurs types d’éléments en entrée et crée un élément en sortie qui a de la valeur pour le client ». Un processus est différent d'une tâche.
Même dans une grande organisation, on peut résumer les activités de l’organisation à moins d’une dizaine de processus clés. Ces processus clés peuvent ensuite être divisés en sous processus et ainsi de suite. Normalement, il faut quelques semaines pour identifier et rédiger une liste des processus. Dans leur ouvrage, les auteurs examinaient les processus de Texas Instruments. Les activités de cette grande entreprise étaient décrites au moyen de moins d'une dizaine de processus clés qui fournissaient tous de la valeur pour les clients de l’entreprise.
Pour reprendre la définition de Hammer et Champy, la réingénierie des processus d’affaires correspond au "ré examen fondamental, re-définition radicale des processus de l'entreprise pour avoir des améliorations substantielles en terme de coût, qualité, service et de temps". La réingénierie des processus d’affaires doit améliorer l’efficacité des processus dans une organisation.
Exemple de processus inefficace :
Des articles sont achetés dans un grand magasin par un client qui n'est pas satisfait de la marchandise et retourne le produit pour obtenir un remboursement. Ce retour affecte plusieurs départements du magasin.
La réception (ou service à la clientèle) reçoit les biens et rembourse le client
Des employés ramènent les articles dans l'entrepôt et les remettent dans le stock
Les gestionnaires d'inventaire modifient les bases de données pour noter la transaction de retour de marchandise
Les responsables des promotions (ou marketing) déterminent le prix auquel l'article était vendu pour le déduire des revenus. En effet, le prix du produit peut avoir changé depuis le moment de la vente.
Le responsable des ventes réduit la commission du vendeur qui a vendu le produit selon le cas, et consigne le remboursement du client.
Ainsi, cette simple transaction peut accumuler plusieurs erreurs dans chaque département. Ces erreurs pourraient se répercuter sur les salaires des employés, la quantité et la localisation des produits en inventaire et les revenus de l’organisation.
Dans l’exemple ci-dessus, aucun département ne contrôle complètement la transaction de retour d’articles et aucun département ne se soucie suffisamment de la transaction pour en améliorer le processus. Toute proposition d’amélioration dans un seul département serait peine perdue car les erreurs des autres départements les rendraient inutiles.
La liste des problèmes au niveau des processus de l’organisation inclut des problèmes de performance, de disponibilité, de « Scalability », de fiabilité ou de Sécurité. Ces problèmes peuvent avoir plusieurs causes, et sont résumés dans le tableau 14.
Pour [HAMM 2001], tous les problèmes des processus peuvent être réglés en réduisant la fragmentation des processus.
Selon [HAMM 2001], le problème essentiel qui peut affecter les processus d’affaires d’une organisation est la fragmentation des processus. Quand on a un processus distribué entre plusieurs unités, bien souvent il n'y a jamais une seule personne responsable du processus au complet et du résultat de ce processus face au client. Beaucoup de personnes participent à sa mise en œuvre, mais ce n'est pas le travail d'une seule unité de l'organisation.
De nombreuses erreurs peuvent donc survenir lorsqu’un processus est morcelé entre les unités. Ces erreurs peuvent découler d’exceptions aux situations normales. Dans cette situation, les personnes à l’extérieur de l’organisation ne sont pas nécessairement au courant des erreurs. Ainsi, une fois enclenchée, le processus est quasiment perdu dans l'organisation, jusqu'à ce que le processus soit terminé et qu’un produit final soit livré ou un résultat déterminé.
L'amélioration d'un processus, lorsqu’il est fragmenté entre plusieurs groupes, est souvent difficile car l’amélioration devrait remonter et ensuite redescendre la voie hiérarchique. Donc il y a beaucoup d'occasions pour une amélioration de tomber à l'eau, si elle ne provient pas de la haute direction. Selon [HAMM 2001], la réingénierie correspond à la réinvention des façons de faire des affaires. Cela ne correspond pas à la simple modification ou à l'amélioration des processus d'affaires. Lorsqu’on recherche des améliorations de l’ordre de 10% on peut employer la modification ou l'amélioration. La réingénierie est un changement plus radical qui devrait fournir des augmentations de productivité de l’ordre de 50 à 100%. Ainsi la réingénierie est révolutionnaire et non pas évolutionnaire.
Les organisations sont divisées en unités. Elles ne sont pas divisées selon leurs processus d’affaires. Dans un grand nombre d’organisations il existe un département des finances, mais il n’existe pas de processus des finances. Par contre : Facturer le client et obtenir le paiement , est un processus. Il ne faut pas voir les processus d’affaires comme une invention théorique, mais une réalité.
Dans leur ouvrage Hammer et Champy expliquent qu’il faut avoir des processus simples, même s'il faut accepter des tâches plus ardues. Cette vision s’oppose à celle de l’économiste anglais du 18ème siècle, Adam Smith selon lequel il faut avoir des tâches simples même si cela implique des processus complexes pour lier toutes ces tâches ensembles. Smith voyait dans la spécialisation et la simplification des tâches un moyen de décupler la productivité. Contrairement à Adam Smith, Hammer et Champy considèrent qu’une organisation doit avoir des processus simples même si cela implique des tâches complexes et un personnel très qualifié.
Pour Hammer et Champy : la vérification, la réconciliation, les temps d’attente, la surveillance et le contrôle sont du travail improductif qui existe à cause des barrières ou frontières dans une organisation. Ce travail est nécessaire pour compenser la fragmentation des processus et serait éliminé par une réingénierie efficace. Ceci permet ainsi aux gens de se concentrer sur le travail vraiment productif.
La réingénierie des processus d’affaires s’effectue sur des processus qui sont inefficaces. On peut choisir les processus à réformer selon les critères suivants :
Choisir les processus qui ne fonctionnent pas correctement
Choisir les processus qui ont le plus gros impact sur le client
Choisir les processus qui peuvent être modifiés le plus facilement
L’essentiel n’est pas de comprendre les processus improductifs pour les réparer, mais de les détruire et les reconstruire. En effet, il y a une limite à la productivité des réparations. Cette valeur marginale est évaluée à 10 % par les auteurs. Il vaut mieux organiser le travail d’après les résultats des processus et non pas en fonction de tâches. La réingénierie des processus d’affaires se fait grâce à une plus grande déconcentration des pouvoirs dans une organisation. Pour plus de détails sur la déconcentration des pouvoirs consulter la section 3.2.2. Notons que pour pallier au problème de manque de responsabilité globale, certaines organisations ont donné le contrôle des processus à des comités. Cependant, si on est redevable devant un comité qui se réunit que trois fois par an, il y a peu d’opportunités d'interactions ou d'améliorations de ces processus.
La résolution de la fragmentation vise à accroître la performance des membres d’une organisation, sans que ces membres consomment nécessairement plus de ressources de l’organisation.
[HAMM 2001] identifient sept types de changement qui sont censés résoudre la fragmentation :
L’intégration de plusieurs tâches à travers l’organisation pour qu’elles soient réalisées par un seul groupe (ou personne).
La déconcentration des pouvoirs de décision auprès des employés. Une décision est prise rapidement sans avoir à remonter la hiérarchie de l’organisation.
Les étapes du processus suivent un ordre naturel. Des étapes séquentielles ne sont pas nécessairement suivies pour arriver au résultat.
Le travail est effectué à l’endroit le plus censé et raisonnable
On réduit le nombre de contrôles et de vérifications jalonnant le processus
Mettre au point plusieurs versions d’un processus : Des processus sur mesure pour un groupe sont développés pour un ensemble de cas qui peuvent se présenter dans ce groupe. Exemple : Unité 1 emploie un processus simplifié pour les cas simples, unité 2 emploie un processus avancé pour régler le même type de problème.
Réduire la quantité d'information à réconcilier. Exemple : Soit un produit acheté et lorsqu'il est livré, le prix a déjà changé. Si le produit livré est censé lors de la réception, être associé à celui qui a été acheté, alors on peut se retrouver avec plusieurs documents différents identifiant la même commande avec plusieurs prix différents. Alors des questions de réconciliation du prix et du produit surgissent.
Ces solutions peuvent être mises en œuvre si on peut déléguer ou modifier les rôles, droits et privilèges des participants. Si ces solutions sont censées être soutenues par des outils informatiques alors la question des droits d’accès est essentielle. La réingénierie est liée à la possibilité de modifier rapidement et efficacement les droits, rôles ou privilèges d’accès.
Malgré l’apport de [HAMM 2001], certaines prises de position semblent trop radicales. [HAMM 2001] déclare notamment que « Reengineering must feel disruptive not comfortable » : c'est-à-dire que les changements doivent être inconfortables. Par ailleurs, l’affirmation des auteurs selon laquelle, dans toutes les organisations, toutes les tâches d’audit, de réconciliation ou de vérification constituent du travail improductif semble trop radicale et contredit l’approche de gestion de la qualité du CMM. Enfin, les auteurs avouent que certains chiffres présentés pour soutenir leurs arguments n’ont pas été recueillis d’une manière rigoureuse.
La réingénierie des processus d’affaires n'est pas une panacée. Pour [HAMM 2001] elle implique un travail rigoureux et des sacrifices. Les responsables de la réingénierie affrontent souvent de la résistance chez les employés. Cette résistance est normale. Certaines personnes peuvent ou vont perdre leur emploi à cause d’une réorganisation radicale du travail. Il ne faut pas essayer de réaliser la réingénierie sans mécontenter certains. C'est une erreur. Satisfaire tout le monde va soit dévaluer l'efficacité du programme de réingénierie soit retarder sa mise en oeuvre dans le temps. Il est inexact de dire qu’un projet de réingénierie a échoué parce que les employés ont résisté au changement. Un projet échoue parce que le niveau de résistance n'a pas été correctement géré.
Enfin, les auteurs ne détaillent pas les difficultés qui peuvent surgir du fait qu’une organisation peut ne pas avoir la maturité nécessaire pour effectuer correctement des opérations requises et choisir correctement des processus optimums. Une entreprise doit avoir la capacité de mesurer l’efficacité de ses processus et de sa gestion. Cela implique de la part de l’organisation, un haut niveau de maturité CMM. Selon le SEI (Software Engineering Institute) il est hasardeux d’entreprendre des projets qui requièrent un niveau CMM supérieur à celui que maîtrise l’organisation. Il existe cinq niveaux CMM. Généralement, passer d’un niveau à un autre dure un an et ce n’est qu’au niveau cinq qu’une organisation a la maturité nécessaire pour réussir une « amélioration » de ses processus. Une étude [JUNG 2003] du SEI vient confirmer cette thèse avec des preuves rigoureuses et chiffrées. Dans son étude [JUNG 2003] démontre un lien entre efficacité de la gestion de la maintenance logicielle et maturité CMM de l’organisation.
[HAMM 2001] insiste beaucoup sur les problèmes de la fragmentation des processus d’affaires, mais d’autres auteurs considèrent l’importance de l’intégrité des processus. Selon André Tchokogué [TCHO 2002], si les processus d’affaires d’une organisation sont réorganisés, alors il faut impérativement vérifier l’intégrité des processus avant de les mettre en vigueur. Cette étape de vérification de l’intégrité des processus d’affaires est explicitement prévue dans la méthode « Fasttrack 4 SAP » pour les ERP de SAP.
L’intégrité des processus vérifie :
les risques posés par les nouveaux processus
le contrôle des risques posés par les nouveaux processus
les nouveaux rôles et responsabilités des usagers
les nouveaux droits d’accès des usagers
[HAMM 2001] établissait dans son ouvrage la notion de propriétaire de processus et distinguait les personnes « responsible » et « accountable ».
« Responsible » : Une personne responsable de la tâche. Un chef qui s’assure que le travail quotidien s’effectue chaque jour.
« Accountable » : Une personne envers qui on est redevable devant qui il faut se justifier : c'est-à-dire un chef logique qui est propriétaire de processus au complet même si les opérations quotidiennes sont réalisées par d’autres à travers plusieurs unités.
C'est-à-dire qu’il peut exister une personne responsable des résultats d’un processus même si d’autres gèrent les tâches qui font parti de ce processus. Cependant Hammer et Champy se concentrent uniquement sur la productivité de l’entreprise face à sa clientèle. D’autres enjeux devraient influencer les processus d’affaires.
[TCHO 2002] spécifie que la vérification de l’intégrité des nouveaux processus se termine par l’acceptation formelle « Sign-off » et écrite par les responsables de processus, et des vérificateurs avant d’officialiser ces processus. Lorsqu’un logiciel professionnel commercial est acheté par une organisation, c’est l’organisation qui doit s’adapter au système et non l’inverse. Dans ce contexte une étape formelle de validation de test et d’acceptation des nouveaux processus par leurs propriétaires prend tout son sens. Cette étape d’acceptation prépare l’entreprise à l’arrivée de nouveaux systèmes informatiques.
Quelques leçons tirées de l’expérience de Pratt et Whitney [TCHO 2002] méritent d’être mentionnées.
Il faut gérer la quantité de réingénierie. Cela signifie qu’il faut maximiser la concordance avec les processus d’affaires du système informatique. Pour autant, il ne faut pas chercher une concordance parfaite et absolue avec les processus d’affaires du système informatique. Si une solution est jugée satisfaisante elle n’a pas besoin d’être optimale. En effet, si trop d’exceptions sont analysés, ces exceptions peuvent compromettre le projet. Il faut éviter de consacrer toutes ses ressources à des exceptions marginales.
L’acceptation des nouveaux processus par les propriétaires de processus devrait être une étape formelle et écrite. Les propriétaires devraient signer un document affirmant que les nouveaux processus sont intègres et qu'ils peuvent et seront suivis.
Le fonctionnement de l’entreprise doit être compris par les responsables de la migration. La réingénierie des processus d’affaires essaie de faire des optimisations à travers l'organisation, donc de détruire des barrières entre les départements de l’organisation mais ces barrières peuvent être instituées par des règlements ou statuts de l’organisation.
L’une des distinctions importantes à établir est le lien hiérarchique entre les employés et les relations de l’organisation avec ses sous unités. Ce mémoire analyse dans le détail, la hiérarchie d’une organisation à l’aide du droit administratif [LEDR 2004]. Le droit administratif permet de comprendre l’impact de l’organigramme d’une organisation sur les droits d’accès, les contrôles informatiques ainsi que sur la manière de modifier les processus d’affaires de l’organisation.
Une ville est une personne morale unitaire, c'est-à-dire que dans une ville, sur le territoire de la municipalité, il n'existe qu'une entité qui possède sur le territoire municipal le nom de ville; parmi les personnes morales publiques, il n'y en a qu'une qui dispose des prérogatives que l'on reconnaît à la ville. L'organisation unitaire se caractérise par une triple unité : une seule organisation, un seul pouvoir souverain, un seul décideur. Les organisations fortement centralisées peuvent être tempérées par la déconcentration. Il s'agit pour nous de développer ici l'organisation centralisée.
Le concept d’organisation unitaire et centralisé s’oppose à celui d’organisation composé de sous unités décentralisées. La décentralisation correspond à une délégation formelle de l'autorité à des niveaux hiérarchiques inférieurs. Avec la décentralisation il existe des sous unités ou départements autonomes qui disposent de certaines compétences. Dans cette situation, la haute direction de l’organisation ne peut pas annuler une transaction réalisée par un représentant d’une unité décentralisée. Il ne peut effectuer que d’autres transactions qui pourraient en limiter les effets, sauf dans le cas de la tutelle.
Juridiquement, l'organisation centralisée correspond à une organisation au sein de laquelle n'existe qu'une seule personne morale. Celle-ci a la charge de l'ensemble des attributions de gestion : il n'y a pas d'autres sous unités autonomes. D'un point de vue plus concret, la centralisation signifie que tous les membres de l’organisation sont des agents de l'organisation, insérés dans une hiérarchie unique dominée par les organes centraux de l'organisation. Tout le pouvoir est concentré au sommet de l'organisation.
Ce système est renforcé par le pouvoir hiérarchique qui s'exerce du supérieur hiérarchique vers le subordonné. Ce pouvoir comporte trois éléments : le pouvoir d'instruction (faculté dont dispose le supérieur de fixer à l'avance, pour le subordonné, la manière dont il devra agir), le pouvoir de réformation (consiste dans les faits, pour le supérieur, de modifier éventuellement les décisions prises par le subordonné), le pouvoir disciplinaire (pouvoir de noter les subordonnés et de les sanctionner en conséquence).
Sur un plan pratique, les organisations centralisées ont peu de chances de fonctionner sur un territoire étendu. Tout en restant dans la centralisation, on peut persister dans l'idée qu'il faut maintenir une centralisation très forte (concentration) ou l’atténuer par la déconcentration.
La centralisation des décisions de gestion vise une concentration géographique. C'est-à-dire que toutes les décisions sont prises par des agents de l'organisation, la haute direction. L'organisation seule décide de tout au nom de l'intérêt général. Il peut y avoir quelques représentants locaux, mais ces agents sont subordonnés et dépourvus de tout pouvoir de décision : ils transmettent les décisions. Ce système a un avantage : il renforce l'unité de l'organisation. Deux conditions principales sont nécessaires pour que la centralisation puisse se maintenir durablement : un nombre réduit d'affaires à traiter et d'autre part une zone géographique d'étendue limitée. Sans ces deux conditions, les gouvernants de l'organisation ne pourront plus matériellement prendre toutes les décisions à l'intérieur de l'organisation. La haute direction risque donc d'être surchargée. Ce système aboutit à l'apoplexie au centre et à la paralysie aux extrémités. Aujourd'hui, les organisations unitaires adoptent des mécanismes qui tempèrent la centralisation très forte : la déconcentration.
La déconcentration apparaît lorsqu'il y a un découpage du territoire en circonscriptions administratives, et qu'à l'intérieur de ces circonscriptions qui correspondent à une division du travail (et non pas à une division du pouvoir comme dans la décentralisation), il existe des représentants de l'organisation qui se voient accorder des compétences et des pouvoirs au nom de l'organisation. Par exemple, certains représentants d’une organisation peuvent être mandatés pour prendre des décisions pour leur organisation. La déconcentration devient nécessaire dans une organisation où l'interventionnisme s'accroît. Il n'est plus possible de faire monter tous les dossiers, et les autorités déconcentrées se voient investies de compétences croissantes.
Ces représentants n'auront pas besoin d'attendre le feu vert de la haute direction, car ils disposent d'une compétence discrétionnaire d'appréciation. L'avantage de ce découpage est une meilleure adaptation de la décision à la situation que l'on veut régler, car le responsable local peut avoir une connaissance plus concrète et plus précise que celle que peut avoir la haute direction. En d’autres termes « on peut gouverner de loin mais on n'administre correctement que de près. » Les responsables locaux reçoivent toujours des instructions de leur supérieur et peuvent être sanctionnés (car placés sous l'autorité hiérarchique) mais ils disposent d'une marge de manoeuvre intéressante.
Le pouvoir hiérarchique doit être soutenue par des outils informatiques de gestion des privilèges, des rôles et des droits d’accès pour les membres d’une organisation. La décentralisation des droits en informatique attribue aux membres d’une organisation des droits d’accès fixes. La déconcentration du pouvoir en informatique implique que des droits et responsabilités appartenant à un supérieur hiérarchique puissent être délégués à des subordonnés en fonction d’un découpage territorial (ou autre) et aussi que ces droits d’accès puissent être repris à tout moment. Le langage de spécification des droits d’accès Ponder [NICO 1995] reprend les préoccupations de déconcentration des droits en accordant des délégations de droits à des usagers. La hiérarchie des classes orientées objet dans LDAP (Lightweight Directory Access Protocol) contrôle les droits d’accès aux membres d’une organisation. Le protocole LDAP considère comme sujets de droits : les individus, les groupes et les unités organisationnelles, et aussi les machines qui dans la hiérarchie LDAP sont une sous classe d’individus.
Lorsque des changements au système patrimonial peuvent devenir nécessaires pour des raisons technologiques mais aussi à cause de changements dans le domaine, il est important de pouvoir communiquer ces nouveaux besoins aux gestionnaires pour s’assurer de leur soutien pour les tâches à accomplir. Il existe un mythe, qui peut influencer les décisions des gestionnaires, selon lequel les systèmes patrimoniaux fournissent peu ou pas de valeur d'affaires à l'entreprise. Il faut expliquer au gestionnaire qu’un système patrimonial peut être tout à fait valide et exécuter des opérations tout à fait utiles.
Pour motiver les changements il faut pouvoir démontrer l’importance du changement informatique en rapport avec les processus d’affaires, et donc expliquer l’insuffisance des systèmes patrimoniaux. En pratique, les premières décisions que devra motiver le responsable d’un projet sont des coûts du projet. Ce mémoire reprend des modèles d’estimation des coûts de migration de systèmes informatiques. Enfin, pour justifier les coûts du projet il faut pouvoir démontrer un avantage d’affaires.
Le système d’information dans une entreprise est le lieu de convergence de :
l’environnement de l’industrie;
l’environnement informatique (innovations)
du fonctionnement de l’entreprise
du fonctionnement des systèmes patrimoniaux
Selon Sue Kelly [KELL 1999], le système patrimonial doit être changé si les règles d’affaires ne sont pas soutenues par le système informatique. Cet écart illustré par la figure 5 de [KELL 1999] compare le système d’information patrimonial au modèle d’affaires dans le temps. Avec le temps les règles d’affaires ont toutes tendance à changer.
Pour faire de la réingénierie de processus d’affaires ou simplement pour analyser ce que fait l’entreprise, il faut pouvoir voir ce que fait toute l’entreprise. Les systèmes patrimoniaux peuvent donner des vues incohérentes ou irréconciliables des entités.
Donc c’est un obstacle à l’intégration.
C’est aussi un motif d’intégration car il faut réduire le dédoublement.
La décision de modifier un équipement devrait tenir compte de l’impact de l’application sur l’organisation, son adéquation aux besoins d’affaires et de son adéquation face à l’environnement technologique. Selon le cas, le système devrait être supprimé, remplacé, amélioré ou simplement entretenu.
La migration des applications de gestion d’une organisation est peu fréquente. Le gestionnaire se retrouve avec peu de références ou expérience à sa disposition pour évaluer et comparer les coûts de développement à l’interne avec les coûts d’acquisition et de migration, car ces coûts sont difficilement quantifiables. Quelques recherches sur des modèles d’estimation des coûts de migration de systèmes informatiques semblent émerger. Les modèles très approximatifs proposés pour estimer les coûts de migration des ERP et l’estimation des coûts de migration à l’euro pour la France dans l’Europe communautaire seront abordés. Les deux modèles d’estimation des coûts seront ensuite comparés en examinant les coûts du projet Gires du gouvernement du Québec, Canada.
[MEYE 2001] considère dans son livre les coûts associés aux changements au système patrimonial. Ce dernier parle d’une vitesse optimale du changement. C'est-à-dire que le coût des changements d’un système diminue en fonction de l’âge de l’application jusqu’à ce que le système commence à devenir obsolète, et alors les coûts commencent à augmenter. La courbe de la figure 6 provenant de [MEYE 2001] illustre ce rapport. Un parallèle pourrait être dressé avec la le modèle de [BENN 2000] présenté dans la figure 1 qui illustre à quel point un système est maintenable.
L’article de Scheer [SCHE 2000], explique que les ERP requièrent beaucoup de ressources notamment en espace mémoire, les besoins de réseautique, et en coûts de formation. Ces coûts sont fixes et prévisibles. Par contre, la réingénierie et le déploiement du ERP peuvent provoquer de l'insatisfaction chez les usagers. L’analyse démontre que les coûts de la réingénierie des processus d’affaires et du déploiement de l’ERP coûtent plus cher que le prix de la licence logicielle de l’ERP. Dans le domaine des ERP, quatre entreprises se partagent le marché en position de monopole, soit : Oracle, PeopleSoft, SAP et Baan. Baan, Peoplesoft et SAP ont calculé que les clients des ERP dépensent entre trois et sept fois le prix de la licence logicielle en coûts de déploiement et de services associés. L’étude de Scheer [SCHE 2000], valide le chiffre selon lequel les clients ERP dépensent cinq fois le prix de la licence logicielle en efforts de déploiement. [ANDE 2003] mentionne que les coûts non informatiques liés au déploiement sont quatre plus grands que fois les coûts informatiques. En outre, [SCHE 2000] pense que puisque les prix des équipements matériels et logiciels vont en décroissant, le rapport entre les coûts de déploiement et coûts de licence risque d'augmenter dans l’avenir.
Le coût de la réingénierie des processus d’affaires selon le calendrier du projet n’est pas facilement prévisible. Le livre de Marc Langlois [LANG 1998], fournit un modèle d’estimation des coûts de projets liés au passage à la monnaie unique européenne entre 1999 et 2002. Ces modifications liées à l’euro affectaient les organisations dans tous les domaines d’affaires et avaient un impact, à des degrés divers, sur tous les membres de ces organisations. À ce titre, le coût de migration à l’euro et les coûts de migration d’un ERP apparaissent comparables.
D’après [LANG 1998], le coût du projet euro était estimé à :
2 % des coûts d'exploitation pendant 3 ans pour les banques
1,5 % des primes d'assurance pour les compagnies d’assurance
0,5 % du chiffre d'affaires pour les entreprises de distribution.
1 % du chiffre d'affaires pour toute autre entreprise normale.
Plus précisément, les coûts du projet Euro pour les banques, estimés à 2 % des coûts d'exploitation pendant 3 ans, étaient répartis avec les pourcentages suivants :
Il est intéressant de noter que le projet de changement des systèmes informatiques pour le passage à l’euro était particulier car il avait un impact sur l’intérieur et l’extérieur des entreprises. Le changement à l’euro affectait les transactions comptables et budgétaires et affectait la stratégie de marketing et de publicité des organisations. Les applications internes de l’entreprise, tels que des applications comptables ou applications de marketing, ne sont pas connues du grand public. Mais, pendant la migration à l’euro, les clients de ces organisations étaient affectés puisque les prix des articles changeaient. Le changement informatique pour s’adapter à la monnaie européenne affectait donc toutes les unités de l’organisation.
Il faut bien entendu nuancer le modèle et les chiffres présentés. Tout d’abord ils ne sont pas justifiés par des recherches rigoureuses, ni confirmées dans la pratique par l’auteur. En effet, le livre date de 1998, et le passage à l’euro a eu lieu en 2002.
Le projet Gires et d’autres illustrent à quel point il est nécessaire de faire des efforts pour estimer rigoureusement les coûts de déploiement d’une nouvelle technologie dans une organisation. Le projet Gires (Gestion Intégrée des Ressources) selon le rapport [LYRE 2003], lancé en 1998 par le gouvernement du Québec, visait à remplacer plus de mille systèmes informatiques qui étaient utilisés dans les différents ministères et organismes par un réseau central pour gérer les ressources humaines, matérielles et financières.
Le projet Gires devait remplacer deux systèmes patrimoniaux SAGIP et SYGBEC et implanter un logiciel professionnel à travers tous les ministères. Le budget du projet Gires a été initialement estimé à 84 millions de dollars canadiens. Cette première évaluation ressemble au modèle énoncé dans [SCHE 2000], soit 14 millions pour la licence, d’après [LYRE 2003] et 5 x 14 millions pour les coûts de déploiement, pour un total de 84 millions. Cependant le modèle de [SCHE 2000] ne tient pas compte de l’état du système patrimonial particulièrement archaïque du gouvernement du Québec. Le système patrimonial SAGIP et SYGBEC constituaient le point de départ du projet du projet et influait sur les coûts du projet. Les systèmes SAGIP et SYGBEC étaient programmés en Cobol et assembleur, et les bases de données de ces systèmes reposaient sur des serveurs locaux VSAM et DB2. Les serveurs étaient des ordinateurs centraux IBM. SAGIP employait le SGBD M204. Cette technologie matérielle et logicielle était très ancienne et difficile à maintenir.
En 2003, le projet Gires fut interrompu avant d’être étendu à tous les ministères pour des raisons de dépassement important de budget. Dressons un parallèle entre l’estimation des coûts du projet euro du livre de Marc Langlois [LANG 1998], avec les coûts du projet Gires du gouvernement du Québec. L’estimation des coûts moyens du projet euro correspondait à 1% du chiffre d’affaires pour les entreprises. Selon le site officiel du ministère du trésor [TRES 2004], le budget annuel du gouvernement du Québec est de l’ordre de 50 milliards $ pour le budget de dépenses 2003-2004. L’application de l’estimation indique que le projet Gires aurait pu coûter 1 % de 50 milliards : soit 500 millions de dollars canadiens.
En 2003, les cinq sites pilotes du projet Gires avaient dépensé 104 millions, voir le tableau 15. En mars 2003, les coûts du projet Gires avaient déjà subi plusieurs réévaluations. À sa dernière évaluation, en septembre 2003, les coûts du projet totalisaient 345 millions de dollars, voir le tableau 16. Donc le chiffre de 500 millions calculé par le modèle d’estimation de [LANG 1998] ne semble pas radicalement incorrect. Bien entendu, il faut immédiatement nuancer nos conclusions car notre démarche n’est ni scientifique, ni rigoureuse car le modèle inspiré du livre de Marc Langlois n’est pas confirmé dans la pratique et demeure très superficiel.
En septembre 2003 un rapport indépendant rédigé à la demande du gouvernement du Québec [LYRE 2003] analysait l’état du projet et l’avancement des travaux en faisant des recommandations. Le rapport déterminait que :
L’intégration devait être une vision et non un bien livrable associée à un produit unique
Le déploiement du projet Gires a fait prendre du retard aux ministères et organismes publics et a hypothéqué les initiatives de ces ministères et organismes.
Des licences acquises du ERP n’ont pu être utilisées à cause des retards accumulés. Les fonctionnalités du ERP continuaient à évoluer alors qu’elles n’étaient pas encore déployées.
L’implantation de la technologie était devenue une fin et non plus un moyen
Pour choisir entre plusieurs solutions possibles, il faut pouvoir les comparer, c'est-à-dire associer des qualités communes ou distinctes aux alternatives. Cependant, certaines alternatives sont moins quantifiables que d’autres. Pour certains, la valeur d’une application informatique patrimoniale ne peut être représentée que d'une manière très approximative, voire inexacte.
La valeur ajoutée par un changement requiert des calculs objectifs, mais souvent ces calculs se basent sur des hypothèses. Les responsables de la modernisation doivent définir la valeur qu’apportera le changement pour le motiver auprès du gestionnaire. Le gestionnaire doit rechercher un gain d'affaires pas un gain technologique, même si des changements d'affaires impliquent de grands changements technologiques. La valeur ajoutée peut être considérée du point de vue de la valeur économisée par une solution, de l’accroissement de la productivité, ou de l’augmentation des revenus.
[HAMM 2001] mesure la valeur ajoutée à l’entreprise par la réingénierie des processus d’affaires. Pour ces auteurs, tout processus et son amélioration ne doivent pas être mesurés d’après les tâches réalisées par l’usager d’un système, ils ne peuvent être mesurés que par les bénéfices apportés au client. Une analyse des tâches d’un usager est très spécifique et ne donne qu’une information fragmentaire et qui ne peut être comprise que par l’organisation, pas par le client. Par exemple, réaliser une soudure est une tâche qui en soi n'a de valeur que pour l’organisation, alors que produire une voiture suit un processus qui crée de la valeur pour le client de l’organisation.
La vision de [HAMM 2001] se concentre exclusivement sur les clients de l’organisation. On pourrait la nuancer en indiquant qu’une migration logicielle qui améliorerait le fonctionnement des processus d’une organisation vis-à-vis d’une entité externe apporte de la valeur ajoutée : que ce soit un client, un fournisseur ou le gouvernement.
[ANDE 2003] appelle l’impossibilité d’observer une plus grande productivité (plus d’articles produits ou services rendus à partir des ressources employées) avec des investissements informatiques, un paradoxe de la productivité. [POST 2000] s’est efforcé de vérifier et de valider le paradoxe de la productivité à l’aide de démarches empiriques d’analyse de données. Sur les huit hypothèses étudiées, une seule fut validée. L’hypothèse est que lorsqu'on adopte un ERP, on se retrouve avec moins d'employés, cette diminution entraîne une baisse des coûts. Pourtant les résultats démontrent aussi que le rapport entre coûts dépensés par employé par rapport au revenu augmente. L'analyse se basa sur l’étude de 50 entreprises dont certaines n’ont rendu disponibles que des données incomplètes.
La migration informatique ne se limite pas à des enjeux techniques, les enjeux les plus importants concernent les processus d'affaires. La migration informatique doit résulter en une convergence des processus d’affaires et des systèmes d’information. Les coûts des projets de migration dépassent de loin les coûts informatiques du projet, parce qu'ils modifient la manière dont les membres de l'organisation travaillent et interagissent. Une méthode de preuve d’un retour sur investissement dans ce domaine est encore une question en suspens.