2 Effet de phytohormones sur les réactions de défense de l’érable à sucre (Acer saccharum Marsh) suite à l’entaillage.

Table des matières

Le compartimentage est un mécanisme de défense permettant entre autres de limiter le développement du bois coloré improductif qui apparaît suite à l’entaillage de l’érable à sucre ( Acer saccharum ). L’étude visait à stimuler le compartimentage à l’aide de phytohormones afin de limiter le développement du bois coloré suite à l’entaillage. Six substances régulatrices, l’acide jasmonique, l’acide abscissique, l’éthylène, une cytokinine, l’acide salicylique et la bétaïne, incorporées à trois concentrations différentes (10, 100 et 1000 μM) à de la lanoline, ont été injectées aux blessures d’entaillage. Chacun des 192 arbres traités a reçu, en plus des témoins (lanoline seule et aucun traitement), un traitement dans deux types d’entaille, soit une fraîchement percée et une autre vieille de quelques semaines équivalant à la période de coulée. Quelque 3000 échantillons prélevés dans les murs 3 et 4, dans le bois coloré et le bois sain ont été préparés pour différents examens microscopiques. L’analyse des résultats n’a démontré aucune différence significative entre les divers traitements et les témoins. Néanmoins, les examens microscopiques ont révélé de nouvelles caractéristiques du compartimentage chez les arbres. Par exemple, une zone d’autofluorescence jaune révélée sous illumination bleue se trouve régulièrement accolée à la subérine présente dans les murs 3 et 4. Cette fluorescence rend la continuité des murs 3 plus complète que ce que l’on connaît théoriquement. La nature chimique de cette fluorescence n’a pu être précisée par les tests utilisés mais il est fort probable que des phénols soient des constituants de cette zone. La présence de subérine révélée sous excitation violette a aussi été confirmée en microscopie électronique à transmission (MET) par l’observation de lamelles typiques dans les parois.

L’entaille faite à l’érable à sucre ( Acer saccharum Marsh.) pour permettre à la sève sucrée de s’écouler du xylème est une blessure importante pour l’arbre. La réponse de l’arbre est avant tout non spécifique répondant ainsi à une embolie créée par l’ouverture du xylème (Boddy, 1992). En effet, l’arbre réagit à l’entrée d’air car la dessiccation nuit au bon fonctionnement des cellules et crée un environnement très favorable à la multiplication des microorganismes. Ces derniers, souvent des champignons, peuvent alors causer des maladies, de la carie et du bois coloré. Les colonnes de bois coloré peuvent atteindre, longitudinalement, jusqu’à 50 cm de part et d’autre de l’entaille (Allard, 1999). Autour de ces zones, on retrouve diverses barrières qui empêchent les microorganismes de se propager vers le bois sain. Ces murs ont été largement décrits par Shigo qui a proposé un modèle de compartimentage, nommé CODIT ( C ompartmentalization o f D ecay I n T ree) (figure 1) (Shigo et Marx, 1977). Ce modèle permet d’expliquer comment le développement des champignons de carie est limité par l’arbre. Ces colonnes de bois coloré sont des zones improductives pour les exploitants acéricoles et il est donc fort souhaitable de minimiser leur développement. Il est par ailleurs nécessaire d’approfondir nos connaissances du compartimentage si l’on veut développer un jour des applications intéressantes en foresterie. De cette façon, on pourrait tenter d’améliorer la production acéricole, et même l’état de santé général des érablières. L’application de substances sur une blessure vise à bloquer l’entrée d’air, à accélérer la fermeture de la blessure et aussi à favoriser un compartimentage plus rapide et efficace. Ces trois facteurs permettraient de réduire le volume de bois coloré. La plupart des composés testés à ce jour étaient à base de goudron, d’asphalte ou de colle. La plupart des recherches effectuées ont montré qu’aucune substance ne peut prévenir complètement la dégradation du bois et que la plupart ont des effets limités sur la fermeture des blessures et peuvent même être préjudiciable pour l’arbre (Shigo et Shortle, 1983; Shigo 1981; Shigo et Wilson, 1971). Les recherches effectuées en ce sens par rapport à l’entaillage des érables à sucre sont plutôt rares. Un antiseptique à large spectre, le paraformaldéhyde (PFD), a été couramment utilisé jusqu’au début des années 1990 pour augmenter la production à court terme, en détruisant la flore peuplant l’entaille que l’on croyait responsable de l’arrêt précoce de la coulée.

L’utilisation du PFD a été bannie au Canada et aux États-Unis car il a été démontré que la substance pouvait être récurrente dans le sirop et aussi parce qu’elle nuisait au compartimentage (Walters et Shigo, 1978a; Houston et Fagan, 1997).

Les substances utilisées au cours de la présente étude sont de type régulateur de croissance. Étant donné les nombreux effets de nouveaux régulateurs de croissance décrits dans la littérature ces dernières années (Kozlowski et Pallardy 1997), on est en droit d’espérer qu’ils aient aussi des rôles à jouer lors de la mise en place des processus de compartimentage et des autres mécanismes de défense de l’érable à sucre. Les régulateurs de croissance n’ont jamais été utilisés auparavant pour le traitement exogène des blessures d’entaillage et cette utilisation pourrait peut-être déboucher éventuellement sur des applications avantageuses pour l’industrie acéricole. Par ailleurs, une étude de Houston en 1971 montre que seules les substances freinant l’entrée d’air permettaient de réduire la zone de bois coloré. La mise en solution des régulateurs de croissance dans une substance inerte épaisse et visqueuse telle que la lanoline pourrait permettre de bloquer l’entrée d’air de façon efficace.

Les résultats de cette étude ont été partiellement présentés lors de la réunion annuelle de la SPPQ (Société de protection des plantes du Québec) de 2002 (Grondin et al., 2002).

Tous les érables de cette étude ont été prélevés dans l’érablière expérimentale non exploitée de St-Louis-de-Gonzague dans la région de la Beauce (Québec) : latitude (DMS) 46º7’0N et longitude (DMS) 70º40’0W. Les érables de cette expérimentation étaient entaillés pour la première fois. Cent quatre-vingt seize érables à sucre ayant un diamètre variant entre 15 à 25 cm au DHP (diamètre à hauteur de poitrine) ont tous eu cinq entailles la première année, soit au printemps 1999. L’expérience s’est déroulée sur deux ans et cinq entailles ont aussi été percées dans chaque arbre l’année suivante. Les entailles effectuées dans cette expérience sont des entailles à diamètre réduit (voir revue de littérature), soit 7,4 mm (19/64’’). Les échantillons ont été prélevés dans les murs 3 et 4 entourant les entailles de même que dans le bois sain et le bois coloré comme le montre la figure 2. Les entailles 1, 2 et 3 ont été faites au début de la période de coulée. Suite à la coulée, l’entaille 1 nommée «Témoin» n’a subi aucun traitement. L’entaille 2 dite «Lanoline», n’a reçu que de la lanoline, tandis que l’entaille 3 a reçu un traitement avec un régulateur de croissance incorporé à de la lanoline. Une seule phytohormone à une concentration donnée a été appliquée à l’arbre. La lanoline a été utilisée car c’est une substance passablement inerte avec une consistance et une viscosité permettant de bien boucher l’entaille et d’empêcher l’entrée d’air. L’entaille 4 servait de témoin positif car elle a été traitée avec du PFD. Le PFD est reconnu pour favoriser le développement de grands volumes de bois coloré (Walters and Shigo, 1978a) tout en augmentant la coulée. Dans cette entaille, le traitement a été administré sous forme d’une capsule de 250 mg insérée dans l’entaille. L’entaille numéro 5, quant à elle, était fraîchement percée à la fin de la période de coulée et traitée sur le champ en même temps que les autres entailles. Le but de cette entaille était de visualiser l’effet de la lanoline et des phytohormones sur une entaille fraîche. Les régulateurs de croissance utilisées étaient l’acide jasmonique, l’acide abscissique, l’éthylène, une cytokinine (la thidiazuron), l’acide salicylique et la bétaïne, incorporées à trois concentrations différentes (10, 100 et 1000 μM) à de la lanoline. À l’automne 1999, la moitié des arbres ainsi traités, soit 96 arbres, ont été disséqués pour mesurer les volumes de bois coloré. Chacune des découpes, comme celle montrée à la figure 3, a été sablée, vernie et numérisée, pour calculer le volume de bois coloré (figure 4). L’année suivante au printemps, des entailles semblables ont été percées sur les érables restants et ils ont été récoltés à l’automne 2000. Les échantillons comprenaient donc des tissus vieux de 6 mois récoltés en 1999 et en 2000 et des échantillons de 18 mois, soit ceux percés au printemps 1999 mais récoltés seulement à l’automne 2000. Les volumes de bois coloré ont été mesurés pour chacune des ces entailles. Les échantillons destinés à l’enrobage dans une résine étaient fixés sur place alors que les échantillons requis pour les tests histochimiques furent d’abord conservés dans de la glace sèche avant de les garder au froid à –80 °C.

Les coupes ont été observées avec un microscope Orthoplan de Leitz Wetzlar à des grossissements variant de 4 à 100X. La fluorescence et l’autofluorescence étaient révélées avec ce même microscope aux longueurs d’onde BP 340-380 pour l’illumination ultra-violette (par le filtre excitant composé d’un miroir séparateur RKP 400 et du filtre d’arrêt LP425) et BP 450-490 pour l’illumination bleue (par le filtre excitant composé d’un miroir séparateur RKP 510 et du filtre d’arrêt LP515). L’observation de la biréfringence avec la lumière polarisée a aussi permis de mettre en évidence des substances ayant des structures cristallines. Pour ce faire, des unités polarisantes sont ajoutées au microscope Leitz pour observer les échantillons enrobés dans l’Épon. Les échantillons frais et les blessures ont aussi été observés avec un binoculaire de marque Leitz dont le grossissement varie de 6,3 à 32X. Les photos ont été prises avec la caméra numérique Spot RT Slider (Diagnostic Instruments, Inc.) et le logiciel l’accompagnant, soit le SPOT RT v3.1 pour Windows. Les photos ont été retouchées à l’aide du logiciel Adobe PhotoShop 6.0.

Des coupes ultrafines (jaune paille) contrastées avec l’acétate d’uranyle et le citrate de plomb (Reynolds 1963, cité dans Rioux et Ouellette, 1991) ont été observées avec un Philips 420 TEM (80kV).

Les polysaccharides pectiques ont été détectés par l’utilisation d’anticorps monoclonaux de rat contre l’acide polygalacturonique. Ces anticorps, JIM5 et JIM7 (fournis par le Dr K. Roberts de l’Institut Jonh Innes, Royaume-Uni), reconnaissent les épitopes des pectines non estérifiées et estérifiées respectivement. La méthode complète utilisée est décrite dans Rioux et al., 1998.

L’étude des volumes de bois coloré est un bon moyen de déterminer comment un arbre réagit à une blessure. Plus le volume créé sera important, moins l’arbre aura bien compartimenté les zones affectées. L’étude statistique réalisée pour connaître l’action de chaque traitement sur l’arbre suite au calcul de volume de bois coloré a été effectuée par Stéphane Guay, biologiste spécialisé en écophysiologie et écologie, au Centre Acer.

Le paraformaldéhyde a engendré de très grands volumes de bois coloré et ils sont beaucoup plus important que ceux créés par les autres traitements et les témoins (figure 4). Ces résultats concordent avec ceux de la littérature (Houston et Fagan, 1997; Shigo et Laing, 1970 cité dans Walters et Shigo 1978a et b ; Walters et Shigo, 1978a, 1978b). En outre, le volume de bois coloré continue d’évoluer dans le temps, soit entre 6 et 18 mois. Le test dépendant de Wilcoxon est hautement significatif à plus de 0,001. Il est important de noter que c’est dans les 6 premiers mois que le plus grand volume de bois coloré est produit.

On constate que les deux séries de témoin de 6 mois sont semblables aux traitements lanoline de 6 mois. Pourtant, un test statistique non paramétrique, soit celui de Mann-Whitney à un seuil de 1%, montre qu’après 6 mois, le volume de bois coloré des blessures traitées avec la lanoline n’évolue plus, contrairement aux témoins. Cette différence se chiffre à une diminution de près de 17% avec l’utilisation de la lanoline après 18 mois par rapport au témoin. La lanoline semble avoir freiné le développement de la coloration après 6 mois, ce qui est notable puisque ce développement se poursuit habituellement sur au moins deux saisons de croissance. Si l’on considère qu’une blessure d’entaillage prend en moyenne trois ans à se refermer complètement, on peut s’attendre aussi à ce que le bois coloré puisse se développer pendant au moins ce laps de temps quoique le compartimentage autour des colonnes et la fermeture des blessures soient deux mécanismes indépendants (Shigo, 1984). En fait, selon Walters et Shigo (1978a), les colonnes de bois coloré associées à l’entaillage augmentent en hauteur pendant 44 mois (soit quatre saisons de croissance) avant de se stabiliser.

Puisque le traitement lanoline est différent du témoin, il devient en conséquence notre point de comparaison pour tous les autres traitements. Les régulateurs de croissance ne diminuent pas le volume de bois coloré. Une analyse multivariée montre qu’aucune phytohormone ne se comporte différemment des autres. En combinant les différents traitements, on extrait l’effet ‘’lanoline’’. De ce fait, cette association des traitements permet d’augmenter le nombre d’échantillons. En faisant un test de Mann-Whitney à un seuil de 1%, on peut valider les résultats concernant l’effet de la lanoline sur une blessure d’entaillage. Donc, même imprégnée de régulateurs de croissance, la lanoline permet de réduire considérablement la progression du bois coloré entre 6 et 18 mois.

Pour ce qui est de l’entaille fraîche faite en fin de saison (soit environ deux mois après les premières entailles), n’ayant pas coulé et ayant été traitée immédiatement, il n’y a pas de différences entre les traitements hormonaux. Cependant, la moyenne des volumes de ce traitement pour chaque temps de récolte (figure 4), montre qu’il y a une différence évidente et que le volume de bois coloré est nettement inférieur lorsque les entailles sont traitées immédiatement après avoir percé l’arbre. La comparaison avec l’entaille traitée de la même façon sur le même arbre encore une fois avec le test de Wilcoxon (analyse pairée), montre une différence très hautement significative à plus de 0,001. Donc, le fait de traiter une blessure fraîche avec de la lanoline et une substance phytohormonale est très intéressant. Dans ce cas-ci, vu qu’aucune entaille fraîche n’a été traitée avec de la lanoline seulement, on ne peut savoir si la diminution importante de la colonne est due à la substance phytohormonale ou à la lanoline seule. Il est cependant plus que probable que l’effet observé vient de la lanoline car aucune différence significative n’a été notée entre les divers traitements. Cependant, on ne sait pas si les volumes de ces entailles dites « nouvelles » continue d’évoluer après 18 mois et à quelle vitesse cette évolution se fait. Cependant, on a noté avec le traitement paraformaldéhyde que la plus grande partie du bois coloré se forme au cours des 6 premiers mois suivant la blessure. Il est conséquent de se demander si toutes les blessures réagissent de la même façon et selon nos observations, c’est fort probable.

Les arbres ont tous été entaillés à la même date lors des deux années de l’expérience. Cependant, la date de la reprise de la croissance est différente d’une année à l’autre. Ceci permet peut-être d’expliquer la différence quant aux volumes de bois coloré entre les deux échantillons pour les années 1999 et 2000. Cependant, il n’y a pas de différence significative dans les comparaisons de volumes de bois coloré entre les deux années pour le témoin et la lanoline. Même chose pour la combinaison des traitements phytohormonaux et les entailles fraîches. Ce serait la date de reprise de croissance, variable elle, qui aurait modulé les volumes de bois coloré.

Les volumes de bois coloré dans cette étude sont parmi les premiers rapportés suite à l’entaillage à diamètre réduit. Quoique inappropriée, si l’on compare les volumes générés par nos témoins après deux saisons de croissance à ceux de Houston et Fagan (1997) après la même période de temps avec des entailles conventionnelles de 11 mm de diamètre, on note que les petites entailles ont induit environ 50% moins de bois coloré (169,7 cm3 versus 338,2 cm3). La comparaison des chiffres n’est pas valable statistiquement, mais elle demeure tout de même une bonne indication des diminutions possiblement attendues.

Le nombre d’échantillons recueillis est imposant. Les diverses observations microscopiques se sont appuyées sur quelque 3600 spécimens. Les observations ont été faites principalement sur deux murs, soit le M4 et le M3. De plus, des comparaisons ont été faites avec du bois sain prélevé dans une zone non affectée près de la blessure, et du bois atteint par la coloration. Comme c’était le cas pour les volumes de bois coloré, le nombre restreint d’échantillons pour chacun des traitements ne permet pas de déclarer qu’un traitement phytohormonal est meilleur qu’un autre en ce qui a trait à la formation des murs de compartimentage. Il semble pourtant ressortir que les échantillons traités avec le paraformaldéhyde ont des murs 4 plus souvent discontinus que les entailles non traitées ou les entailles ayant reçu de la lanoline. Cependant, aucun calcul statistique ne peut confirmer ce résultat pour le moment. Il est cependant à noter qu’une donnée binaire comme c’est le cas ici, soit présence ou absence de M4, demande un nombre d’échantillons important. Il est donc malaisé dans le cas de nos expérimentations avec un n petit (moins de 10) de faire ressortir des données significatives. Néanmoins, les observations de ces murs amènent des résultats intéressants quant aux réactions de l’érable à sucre à une blessure d’entaillage étant donné que ces réactions ont été peu étudiées à ce jour.

Les M3 ont été peu décrits à ce jour. Ce sont surtout les M4 qui ont retenu l’attention. Par définition, un M3 est une barrière discontinue. Le M3 se compose des cellules de rayons qui s’activent et s’emplissent de substances antimicrobiennes. Les rayons ont des hauteurs et des longueurs variables. Suite à nos observations, il semble cependant que les M3 ne sont pas aussi discontinus qu’on pourrait le croire. A vrai dire, de nombreuses réactions inattendues ont été observées dans les rayons et entre ceux-ci. Celles-ci tendent à renforcer le mur, à le rendre plus étanche. L’étude des volumes de bois coloré a permis de déterminer que le bois coloré s’étendait peu de chaque côté de l’entaille. En se rapportant à la figure 3, on constate qu’à part le traitement ‘’PFD’’, le bois coloré se limitait généralement tangentiellement à ce qui correspondait à peu près au diamètre de l’entaille. Ceci porte à croire que le mur 3 est fort et qu’il permet de bien contenir le bois atteint. Les discontinuités dans les M3 autour des entailles traitées au PFD n’ont été notées que rarement, probablement parce que la plupart des échantillons étaient pris autour du bois atteint, donc dans un endroit où le M3 était probablement alors efficace. Les différences obtenues avec le PFD montrent à tout le moins que les murs 3 se sont formés plus tardivement avec celui-ci comparativement à tous nos autres échantillons. De plus, la différence entre complet ou non dans le cas des M3 est très subtile et beaucoup plus difficile à évaluer qu’avec les M4.

Les cellules de rayons sont habituellement allongées radialement et ont des parois relativement minces. Cependant, certains érables présentaient des particularités à ce niveau. Des cellules de rayon très trapues, soit courtes et à parois épaisses, étaient particulièrement évidentes à l’occasion chez certains arbres (figure 6). L’activation des rayons amène une grande accumulation de produits de défense qui sont souvent de nature phénolique. Les rayons composant les M3 contiennent donc beaucoup de bleu comme on le voit bien à la figure 8.

Les fins de cerne annuel réagissent elles aussi de façon plus ou moins variable (figure 7). Ces réactions permettent souvent de mieux localiser la position des murs 3. L’accumulation de phénols à cet endroit est souvent notable (figure 8). On voit aussi à la figure 6 une grande quantité de substances réagissant entre les rayons. Ceci est très intéressant et laisse présager un M3 très fort.

Les vaisseaux contiennent fréquemment des occlusions colorées en rouge par la safranine O. Ce rouge semble bien correspondre à des descriptions précédentes d’occlusions des vaisseaux qui contenaient de la pectine (Rioux et al. 1998) (figures 6, 8, 9 et 10). Toutefois, les essais de marquage avec un anticorps contre la pectine n’ont pas permis à ce jour de prouver hors de tout doute la présence de cette substance chez ces occlusions. Il est important de préciser ici que l’érable est un bois très dur et donc particulièrement difficile à travailler. Obtenir des coupes très minces pour la MET n’est pas tâche facile et souvent les grilles utilisées doivent être recouvertes de Formvar pour s’assurer d’une bonne stabilité sous le faisceau d’électrons. Ainsi traitées, il est par contre un peu plus difficile d’obtenir une bonne résolution en MET. L’observation des coupes sous lumière polarisée révèle la présence de cristaux chez certaines de ces occlusions. Le vaisseau au centre de la figure 11 semble contenir des cristaux qui pourraient bien être composés de silicium et/ou de calcium. Ces éléments ont été détectés par microanalyse aux rayons X dans des vaisseaux obstrués de l’érable à sucre (D. Rioux et J.P. Renaud, résultats non publiés). Le silicium peut être présent dans différentes structures de défense (Heath 1981) et récemment il a aussi été associé à la production de phytoalexines de nature phénolique (Bélanger et al. 1995, Fawe et al. 1998). La présence de calcium a aussi été mentionnée chez le hêtre (Bonsen et Walter, 1991) et s’il était prouvé que la pectine se retrouve dans ces mêmes vaisseaux, il serait possible de penser que des pectates de calcium pourraient former certains de ces bouchons. Les pectates de calcium aideraient à maintenir la bonne cohésion des parois cellulaires (Alberts et al. 1989) et ils pourraient ainsi fortifier la structure de certaines occlusions observées dans les vaisseaux. Même sans connaître la composition exacte de ces occlusions à ce stade-ci, leur présence dans les vaisseaux du M3 est des plus intéressante. En effet, elles sont souvent nombreuses dans les M3, permettant ainsi une meilleure étanchéité des murs en hauteur.

Les M4 sont beaucoup plus évidents que les M3. Ils sont habituellement bien délimités et facilement observables en microscopie si les échantillons ont été pris à l’endroit approprié. Ceci est assez facile car les M4 sont aisément repérables à l’œil nu. En effet, une coloration verte ou noire aux abords du bois coloré brunâtre permet habituellement de localiser la barrière. Les M4 débutent avec le nouveau cerne au printemps (figure 12) et ils sont produits en réaction à la blessure. Les M4 sont différenciés par le cambium qui déclenche la formation de cellules adaptées à la défense du xylème. Au moment de la lésion, ces cellules n’existent pas. On retrouve dans les M4 différents types de cellules, soit majoritairement des cellules de parenchyme accompagnées de quelques fibres et vaisseaux. Un de rôles du mur 4 serait de protéger le cambium; en effet, un cambium trop endommagé signifierait la mort de l’arbre (Rioux, 1995).

Le M4 est le mur le plus efficace du système et le plus durable aussi (Shigo 1984). Un beau M4 sera homogène et fort et composé de plusieurs couches de cellules activées. Les M4 de ce type seront dit normaux, surtout s’ils sont de largeur et d’intensité uniformes (figures 12, 14, 24 et 28). L’accumulation de phénols dans les différents types de cellules de ce mur a été notée fréquemment. Dès le début du cerne, une importante coloration bleue foncée, presque noire, est observée. Cette coloration est due à la toluidine O qui se lie aux différents phénols présents (figures 13, 15, 25). Ces phénols sont opaques aux électrons en microscopie électronique (figures 31, 33, 35, 36 et 37). Ces phénols assureront principalement la défense en évitant la colonisation du bois sain produit suite à la lésion. Les substances de défense produites servent avant tout à empêcher la propagation des microorganismes, principalement des champignons associés à la coloration et la carie du bois.

Le cambium va aussi faciliter la défense en limitant la production de vaisseaux. Peu de vaisseaux sont retrouvés dans un M4, surtout au début, et leur taille est relativement petite (la figure 12 est encore ici un bon exemple). S’ils sont plus gros, ils deviennent

Description des figures 12 à 23.

Pour les figures 12 à 17, 22 et 23. le cambium est à droite. Pour les figures 19 et 20 le cambium est vers le haut. Pour les figures 18 et 21, il est à gauche.

Figure 12  : M4 dit ‘’normal’’. Il contient une grande quantité de substances antimicrobiennes au départ, peu de vaisseaux (V) et des rayons multisériés. Il est d’une largeur uniforme.

Figure 13  : M4 normal à fort grossissement. Les vaisseaux contiennent des occlusions et sont souvent segmentés (flèche). Il y a beaucoup de bleu associé aux phénols.

Figure 14  : M4 comme à la figure 12, mais un peu moins uniforme et dense.

Figure 15  : Cellules de rayon activées d’un M4. Le rayon (R ) est multisérié. Il y a peu de vaisseaux, ils sont petits et contiennent des occlusions. Les substances foncées correspondent à des phénols.

Figure 16  : M4 incomplet. On note peu de réactions qui pourraient être associées à un M4. La flèche bleu indique l’endroit le plus probable du M4 qui est peu évident. Il y a beaucoup d’occlusions dans les vaisseaux du bois affecté par l’entaillage.

Figure 17  : Cellule entre deux vaisseaux avec des parois multiples et une grande quantité de grains d’amidon à l’intérieur. Il y a aussi des cellules emplies de phénols (flèche).

Figure 18  : Il n’y avait pas de M4 dans cet échantillon. Une grande variété de réactions sont notées comme les occlusions dans les vaisseaux et beaucoup de phénols dans les rayons.

Figure 19  : M4 complet comprenant plusieurs zones rosées (ZR) dans lesquelles il n’y a pas de vaisseaux. Il y a de fortes réactions dans le bois atteint.

Figure 20  : M4 (flèche) incomplet et très mince. Les réactions qu’on y observe sont peu intenses. Il y a beaucoup de gros vaisseaux.

Figure 21  : Le M4 semble débuter normalement au départ (flèche bleue), mais rapidement, le cambium s’est mis à produire d’importantes zones rosées.

Figure 22  : Échantillon probablement pris trop près de la blessure, car la zone rosée fait ici partie de l’écorce qui est reconnaissable aux différentes couches la composant.

Figure 23  : Mince bande rosée au début d’un M4. Cependant, le M4 qui suit est peu large et faible.

Description des figures 24 à 28

Sur les figures 24 et 27, le cambium est vers le haut. Sur la figure 25 et 26 le cambium est à droite. Sur la figure 28, le cambium est à gauche.

Figure 24  : M4 en deux parties aussi fortes l’une que l’autre. Le premier M4 débute avec le nouveau cerne et contient quelques vaisseaux. Ce mur semble complet. Après un retour à la normale, il y a un nouveau M4. Des occlusions contenant des composés phénoliques en bleu sont aussi visibles dans certains vaisseaux.

Figure 25  : Grossissement du premier M4 de la figure 24. Il y a beaucoup de phénols et peu de vaisseaux (V).

Figure 26  : Rayon fortement activé. Il est large de plusieurs cellules qui sont trapues. Ces cellules contiennent beaucoup de phénols.

Figure 27  : Après le M4, il est facile d’apercevoir l’écorce de l’arbre.

Figure 28  : M4 très large avec beaucoup de réactifs réagissant au bleu de toluidine O. Il est aussi intéressant de remarquer que la croissance avant la blessure était lente et que suite à celle-ci, elle a été activée.

alors souvent obstrués (figure 15). Ceci a pour but de limiter encore une fois la propagation longitudinale des microorganismes, les vaisseaux étant les éléments assurant le passage de la sève brute. Les vaisseaux produits au début du M4 sont fréquemment segmentés et emplis de phénols et d’autres types d’occlusions. Graduellement, les vaisseaux retrouvent leur taille et forme habituelles lorsque le cambium recommence à produire du bois sain (figure 28).

Comme mentionné plus tôt, les rayons des érables à sucre sont ordinairement unis ou bisériés. Cependant, dans un M4, presque tous les rayons deviennent multisériés, ayant 5 à 8 cellules de large. Des rayons plus larges ont aussi été rapportés dans des murs 4 par d’autres chercheurs (Rioux et Ouellette, 1991; Shigo et Tippett 1981). Ces rayons contiennent aussi généralement des phénols (figures 15 et 26). Cette réaction était observée chez presque tous les M4. Avec la formation de rayons plus imposants, l’arbre nuit à la propagation des microorganismes et favorise l’accumulation d’une bonne quantité de produits antimicrobiens. Un champignon qui voudrait traverser un rayon de cette composition rencontrerait une résistance importante qui diminuerait grandement ses chances de réussite.

Une autre substance souvent retrouvée dans les M4 est l’amidon (figures 17, 29, 30, 31 et 32). Les grains sont souvent très nombreux au début du mur. On note leur présence principalement dans les cellules de parenchyme axial, mais aussi dans les rayons. L’amidon est la principale substance de réserve des plantes. C’est à partir de ces sucres que les phénols de défense sont produits. L’accumulation d’amidon se produit surtout au cours de la saison chaude, soit d’avril à octobre (Kozlowski et Pallardy 1997). Comme les échantillons ont tous été prélevés au début de l’automne, il est normal de retrouver beaucoup de grains d’amidon. Cependant, les quantités retrouvées dans certains murs 4 sont plus importantes que celles rapportée dans la littérature. De plus, l’accumulation d’amidon dans le bois atteint et sain, de même que dans les M3, n’a été que rarement observée. Comme le M4 est un moyen de défense actif de l’érable à sucre, il est normal que l’arbre tende à emmagasiner divers composés pouvant faciliter sa survie. En favorisant le dépôt d’amidon, l’arbre peut ainsi s’assurer qu’il aura les ressources nécessaires au déploiement de sa résistance. La fabrication de composés secondaires comme les phénols demande beaucoup d’énergie à l’arbre, comme démontré lors de la formation de murs 4 chez des ormes atteints par la maladie hollandaise de l’orme (Shigo et al. 1986). Il est approprié de se demander ce qui pousse l’arbre à stocker ainsi l’amidon dans cette zone particulière. Il a été déjà rapporté que les M4 contiennent habituellement une grande quantité de phytoalexines (Shigo 1984), mais aucune mention d’amidon sans transformation subséquente en matériaux de défense n’a pu être retrouvée dans la littérature. L’amidon est retrouvé autant dans les échantillons prélevés suite à des blessures vieilles de 6 mois que celles de 18 mois. Aucun des six traitements phytohormonaux ne semble favoriser une plus grande déposition d’amidon. En outre, l’accumulation est considérable dans des zones intimement associées à des cellules ayant aussi accumulé des phénols (figure 30). L’amidon est aussi retrouvé dans les rayons médullaires qui sont des tissus spécialisés dans ce genre de stockage. Il est important pour l’arbre de maintenir ses réserves à un certain niveau s’il veut survivre aux divers stress qu’il va inévitablement rencontrer. Selon Pearce (1996), la chute des réserves en amidon pourrait nuire aux possibilité de défense des plantes en réduisant la qualité des réactions de défense.

Lorsque le cambium forme un M4, il semble devenir hyperactif. Il produit une grande quantité de cellules diverses, qui contiennent généralement diverses substances reliées à la défense. Lorsque la coupe est assez grande, on peut noter que la croissance est de beaucoup plus importante à partir du nouveau cerne qui forme le M4 (figure 28). Les parois des cellules sont en général plus épaisses et peuvent être formées de couches multiples.

Les M4 observés chez l’érable à sucre présentaient une grande variabilité. Il y avait des M4 complets et comme ils étaient les plus fréquents, ils étaient dit ‘’normaux’’. Ces murs étaient de largeur et d’intensité uniformes (figure 12). Les rayons étaient plus larges et les vaisseaux rares dans ces murs Ces murs ne pouvaient pas être reliés à un traitement particulier ou à une concentration de celui-ci.

Un fait nouveau remarqué chez les murs 4 des érables à sucre est la présence d’une importante zone rosée au début du mur suite à une coloration toluidine-safranine décrite plus tôt (figures 19, 21, 22, 23, 27 et 29). Cette zone contient ou non de l’amidon (figure 30) et semble ne pas absorber les colorants. La cause de cette étanchéité n’a pu être analysée en profondeur, mais ne semble pas due à la subérine. La résine utilisée pour enrober les échantillons ne semble pas avoir bien pénétré cette zone puisque les coupes se brisaient souvent à ce niveau. La zone rosée ne semblait pas interrompre la continuité des murs 4. Les M4 à zone rosée n’ont pu être associés à un traitement bien que certains arbres semblaient plus enclins à en former. Les zones rosées ressemblaient beaucoup à certaines zones de l’écorce particulièrement lorsque les échantillons étaient prélevés très près des blessures (figures 22 et 27). Mais ce raisonnement n’a pas permis d’expliquer la présence de toutes ces zones. Certaines n’étaient pas très grandes et étaient localisées tout juste au début du M4, ce qui ne correspondait pas à la proximité de la blessure d’entaillage. En microscopie électronique, ces zones ne présentaient aucune caractéristique particulière, à part un épaississement des parois des cellules (figures 17 et 34).

On a aussi rencontré des murs incomplets. Ces murs contenaient peu de phénols et les réactions semblaient aléatoires. De plus, on ne retrouvait pas de barrière évidente dans l’échantillon. Un bon exemple est la figure 16. Habituellement, un M4 débute avec un nouveau cerne, sauf qu’ici, le M4 est faible au début du cerne et l’arbre a fait un second essai de barrière un peu plus tard qui est loin d’être aussi efficace que les murs dit ‘’normaux’’. Cependant, dans certains cas comme celui présenté à la figure 18, l’échantillon ne comprenait tout simplement pas de M4 et seulement du bois atteint. Il est possible que cet échantillon ait été prélevé au mauvais endroit car l’observation macroscopique du bois avant fixation avait permis de distinguer une bande verte qui paraissait être un M4. Le M4 présenté à la figure 20 est lui aussi incomplet, même s’il est au début du cerne. Il y a, par endroit, une seule bande de cellules qui réagit, ce qui est peu et ne saurait probablement pas restreindre le passage des microorganismes.

Description des figures 29 et 30

Le cambium est à droite sur la figure 29 et vers le haut sur la figure 30.

Figure 29  : Zone rosée intéressante car elle contient une grande quantité d’amidon et un peu de phénols en plus.

Figure 30  : À plus fort grossissement, on voit bien la quantité impressionnante de grains d’amidon retrouvée dans ce M4. Les ponctuations sont aussi évidentes dans certains cas (flèche).

La subérine est généralement retrouvée dans le suber de l’écorce chez les plantes. Cette substance a pu être localisée aussi à plusieurs occasions dans des barrières de défense (Pearce 1996; Rioux 1995; Shigo 1984). La subérine sert ici à assurer l’étanchéité des murs. Ainsi, peu de substances peuvent sortir ou pénétrer dans cette zone. La localisation de cette substance se fait généralement en fluorescence ultraviolette. Comme la lignine émet elle aussi de la fluorescence, une coloration préalable de celle-ci avec le phloroglucinol-HCl facilite l’observation puisque le colorant annule l’autofluorescence de la lignine (figure 42). On retrouve la subérine dans les murs 3 et 4. On constate que la subérine est souvent au début du mur dans la zone la plus forte. On peut aussi localiser la subérine en microscopie électronique à transmission. Les couches de subérine ont alors une structure lamellaire très typique (Figure 39). De plus, les cellules ont alors des formes particulières, comme celles montrées dans la figure 38. L’érable à sucre est déjà au départ un bois très dur et difficile à travailler en microscopie.

Description des figures 31 à 39.

Figure 31  : Dans un M4, grains d’amidon dans une cellule de parenchyme dont le cytoplasme contient des phénols. Gross : 11840.

Figure 32  : Dans un M4, grains d’amidon (G) dans une cellule de parenchyme dont la paroi contient plusieurs parois secondaires. Gross : 19920.

Figure 33  : Cellules avec des ponctuations contenant des phénols. Gross : 10260.

Figure 34  : Cellules de parenchyme d’un M4 qui possède sept couches de parois secondaires (montrées par la bande jaune). Gross : 13680.

Figure 35  : Grande quantité de phénol dans le cytoplasme d’une cellule de parenchyme au début d’un M4 à côté d’un vaisseau (V). Gross : 4655.

Figure 36  : Ponctuations (P) entre un vaisseau (V) et une cellule de parenchyme. La cellule de parenchyme contient des composés opaques aux électrons qui sont probablement des phénols. Gross : 12950.

Figure 37  : Ponctuations et plasmodèmes (flèche) qui permettent probablement le passage des phénols d’une cellules à l’autre (flèche jaune). Gross : 15030.

Figure 38  : Cellule subérisé ayant une forme anormale. Les flèches jaunes indiquent des endroits où la couche subérisée qui confère cette forme à la cellule est évidente. Gross : 5150.

Figure 39  : Lamelles de subérine présente dans la membrane (flèche verte). Gross : 41200.

Il est ardu d’imprégner les échantillons avec les agents fixateurs et l’enrobage demande beaucoup de soins. Trouver des lamelles de subérine, en microscopie électronique spécialement, devient dès lors une tâche difficile puisque les tissus subérisés s’imprègnent difficilement et les bris de coupe sont fréquents à ce niveau.

Une caractéristique nouvelle des murs a été découverte au cours de ce projet chez l’érable à sucre. En effet, une autofluorescence jaune a d’abord été localisée dans les murs 3 et ensuite dans les murs 4 sous lumière ultra-violette. Sous lumière bleue, cette autofluorescence jaune devient encore plus évidente (figures 40 et 41). Cette autofluorescence rend généralement les murs continus, ces derniers ayant été décrits originalement comme étant discontinus (Shigo 1984). Cette substance est souvent accolée à la subérine présente aussi dans ces murs. Elle persiste à de longues périodes d’entreposage au froid, mais pas aux traitements de fixation et d’enrobage des échantillons. Cette coloration est observée seulement dans les coupes fraîches obtenues à partir du matériel gardé à –80 °C. Plusieurs colorations ont été essayées pour déterminer la nature chimique de cette autofluorescence comme la réaction acide nitrique de Hoepfner-Vorsatz (Reeve, 1951) qui permet de détecter certains phénols, la coloration à la vanilline-HCl (Sakar et Horwarth, 1976) qui met en évidence les tannins condensés et la réaction au FeCl3 (Mace, 1963), un colorant pour les phénols en général. Aucune d’elles n’a permis de déterminer la composition exacte de la substance autofluorescencente jaune. Néanmoins, certains résultats intéressants sont apportés par la coloration de Maüle (Gerlach, 1969) qui éteint partiellement cette autofluorescence. Ceci porte à penser que la substance pourrait contenir des phénols associés aux lignines de type syringyl car le test de Maüle permet de colorer ces lignines. Il aurait été souhaitable de tenter d’extraire le composé responsable de cette autofluorescence et de l’analyser par HPLC (chromatographie liquide haute performance) par exemple. Des contraintes de temps et de disponibilité n’ont pas permis de réaliser de tels essais. Et-touil (2000) a lui aussi repéré une autofluorescence ressemblant à celle décrite dans cette étude. L’autofluorescence décrite par Et-touil semble être liée aux réactions de défense de l’orme à une infection par Ophiostoma novo-ulmi . La nature chimique de la ou des substances n’a pu être déterminée dans l’étude d’Et-touil.

Aucun traitement phytohormonal n’a influencé le volume de bois coloré. Toutefois, le volume de bois coloré semble influencé par deux facteurs. Le premier est que l’utilisation de la lanoline avec ou sans traitement phytohormonal permet de réduire le développement de bois coloré dans le temps si elle est appliquée suite au désentaillage. Le second point tiré de l’analyse des volumes de bois coloré est le fait qu’une entaille fraîchement faite et traitée sur le champ avec la lanoline produira très peu de bois coloré. Même si cette dernière découverte ne peut être applicable en acériculture, c’est tout de même intéressant pour le traitement des arbres en milieu urbain. Les données de la présente étude montrent, de plus, que les volumes de bois coloré suite à l’utilisation des petites entailles semblent beaucoup moins importants que ceux apparaissant suite à l’entaillage conventionnelle (voir p. ).

Le compartimentage n’est pas influencé positivement ou négativement par l’utilisation de l’acide abscissique, de l’acide jasmonique, de l’acide salicylique, de l’éthylène, du thidiazuron ou de la bétaïne. L’échantillonnage insuffisant ne permettait pas de faire de différences nettes entre les divers traitements. Cependant, des données nouvelles sur le compartimentage chez l’érable à sucre ont pu être mises en évidence. Quoique discontinu par définition, le M3 peut devenir plus complet lorsque les réactions entre les rayons sont importantes. Ceci est le cas lorsque des occlusions dans les vaisseaux sont nombreuses et que les cellules en fins de cerne annuel contiennent des phénols. De plus, la présence probable de silicium et de calcium dans les vaisseaux montre que les occlusions sont semblables à celles observées chez d’autres plantes.

Les M4 sont plus faciles à localiser que les M3, mais ils sont aussi plus variables. La majorité des M4 observés étaient complets et bien formés. Ils contenaient beaucoup de phénols, les vaisseaux étaient petits et les rayons généralement multisériés. Cependant, certains M4 comprenaient d’importantes zones rosées imperméables aux fixateurs et aux colorants. Ces zones contiennent régulièrement des grains d’amidon. La présence d’amidon représenterait une source d’énergie pour former des composés secondaires nécessaires à la défense.

Un fait nouveau a été remarqué dans les échantillons de ce projet. En effet, une autofluorescence jaune a été décelée dans les M4 et les M3 accolée à la subérine. La composition des substances amenant cette fluorescence n’a pu être déterminée par les quelques tests histochimiques utilisés. Cependant, les soupçons sont dirigés vers des phénols ou même des lignines.

Même si le projet n’a pas amené les résultats escomptés, les découvertes et les analyses que nous avons faites sont intéressantes et pourraient être applicables à d’autres domaines que l’acériculture. En somme, plus les connaissances se développeront sur l’érable à sucre et ses mécanismes de défense, plus les acériculteurs pourront espérer voir un jour apparaître un traitement permettant de limiter le développement du bois coloré suite à l’entaillage, ce qui devrait résulter en de meilleurs rendements de sève et permettre aussi d’améliorer la santé générale des arbres à long terme.

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