Table des matières
L’acériculture est d’une grande importance économique au Canada, particulièrement au Québec. Soixante-dix pour cent de la production mondiale de sirop d’érable provient du Québec et la majeure partie de cette production est exportée vers les marchés internationaux. On évalue à plus de 100 millions de dollars par an la valeur des productions agricoles attribuables à l’acériculture, ce qui en fait la troisième production agricole en importance au Québec .
La récolte de la sève se fait via une entaille au tronc de l’arbre qui pénètre dans le xylème. La blessure induit des réactions de défense qui impliquent la formation de murs de protection associés au compartimentage. Les volumes de bois coloré entourés par ces murs peuvent toutefois être considérables dans l’arbre. Le phénomène du compartimentage lié à l’entaillage de l’érable à sucre a été peu étudié à ce jour. Les moyens de stimuler les mécanismes de défense lors du désentaillage dans le but de réduire au minimum la zone de bois coloré sont pratiquement inexistants. Pourtant, la production acéricole pourrait être améliorée par une réduction de la zone de bois coloré improductive.
L’objectif principal de ce projet est d’accroître la production de sirop des érablières à moyen terme. Pour ce faire, l’utilisation de régulateurs de croissance pouvant stimuler le compartimentage autour de la zone de bois coloré présente une avenue de recherche intéressante, d’autant plus que de nouveaux régulateurs ont été décrits récemment et ont été peu étudiés chez les arbres. Les observations microscopiques des barrières sont aussi une bonne façon de mieux saisir l’efficacité des divers traitements envisagés.
On classe les érables ( Acer spp.) chez les Angiospermes Dicotyles dans la famille des Acéracées ( Aceraceae ) qui comprend aussi le genre Dipteronia . Selon Marie-Victorin (1995), on compte environ 100 espèces d’érables dans le monde mais seulement dix indigènes au Canada. Au Québec particulièrement, les érables se distinguent par leur bois dur (Ansseau et Bernier, 1995) ainsi que par leur sève sucrée à partir de laquelle s’est développée l’importante industrie acéricole (Babin, 1995; Marie-Victorin, 1995). L’érable à sucre ( Acer saccharum Marsh.) est l’espèce de prédilection pour la production de sève bien que trois autres espèces puissent aussi être utilisées à l’occasion. En effet, l’érable rouge ( Acer rubrum L.), l’érable argenté ( Acer saccharinum L.) et l’érable noir ( Acer nigrum Michx. L.) sont des essences que l’on retrouve aussi dans les érablières exploitées au Québec. L’érable à sucre, qui a une longévité d’environ 250 ans (Marie-Victorin, 1995), est privilégié dans les érablières car sa sève possède un goût recherché tout en étant généralement plus sucrée que celle des autres érables. L’érable noir a toutefois une sève comparable à celle d’ A. saccharum, avec lequel il s’hybride parfois (Skepner et Krane, 1998 ; Harlow et al., 1978), mais la distribution de cette espèce se limite au sud du Québec. L’érable rouge est quelquefois entaillé même si sa productivité est moindre que celle des érables à sucre et noir (Coons, 1976).
Comme A. saccharum tolère l’ombre, les semis peuvent facilement se développer sous le couvert dense des arbres matures et ainsi permettre une régénération permanente de l’érablière. Les pousses obtiennent un maximum de croissance avec seulement 50% de pleine lumière (Vézina et Roberge 1981). Les jeunes érables ont un radiculaire peu développé, ce qui les empêche de puiser l’eau profondément dans le sol. L’ombre amène une hausse du taux d’humidité du sol de surface, ce qui facilite la croissance des petits érables. De plus, le taux de photosynthèse de l’érable est à peu près constant et atteint son maximum à une intensité de lumière beaucoup moins élevée que chez les autres arbres (Bertrand, 1995a).
Les érables atteignent leur maturité sexuelle autour de leur vingtième année et la floraison s’initie tôt au printemps peu après le débourrement des bourgeons (Ansseau et Bernier, 1995). Les samares, graines ailées réunies deux à deux par la base qui sont souvent comparées aux pales d’un hélicoptère, atteignent leur plénitude au début du mois de septembre. Leur développement s’effectue tout au long de l’été. Lorsque les samares se détachent de l’arbre au début de l’automne, elles peuvent franchir des distances considérables car leur forme et leur poids permettent aux vents de les porter facilement. L’avancement de la saison chaude conduit à la lignification des rameaux en plus de la sénescence et l’abscission des feuilles. Le refroidissement automnal va contraindre l’arbre à s’endurcir afin de résister aux rigueurs de l’hiver. La coulée de la sève a lieu au printemps (généralement au mois de mars et avril), avant le débourrement des feuilles.
La germination des graines de l’année précédente n’a lieu qu’à ce moment même si elles étaient complètes au moment où elles sont tombées. Cette dormance est due à un blocage métabolique et est nécessaire à l’embryon pour obtenir une maturation suffisante de ses différents tissus (Ansseau et Bernier, 1995). La température optimale de levée des graines (~1°C) est une des plus basses chez les arbres, ce qui permet d’expliquer en partie la dominance des érables au Québec malgré une croissance relativement lente (Bertrand, 1995a).
Une érablière exploitée pour sa sève est habituellement un peuplement uniforme d’érables à sucre qui peut aussi comprendre d’autres essences comme l’érable rouge, l’érable noir, l’érable argenté, le tilleul d’Amérique ( Tilia americana L.) et le bouleau jaune ( Betula alleghaeliensis Britton). Les arbres du genre Acer peuvent croître partout dans le monde, mais ces arbres se retrouvent ordinairement dans l’hémisphère nord. L’érable à sucre est, quand à lui, typiquement nord-américain. Le Québec est une région de choix pour la croissance de ces arbres. De plus, le printemps du Québec est incomparable pour obtenir une coulée abondante étant donné les variations de température allant de sous zéro la nuit à au dessus de zéro le jour, qui sont les conditions idéales pour favoriser la coulée (Bertrand, 1995b). D'après Marie-Victorin (1995), l’érable à sucre n’est pas présent partout au Canada comme le laisse à tort supposer le choix de la feuille d’érable comme emblème national. Les cartes de distribution montrent bien que l’on ne retrouve pas l’érable à sucre plus au nord que le Lac Saint-Jean. Sa distribution s’étend de la Nouvelle-Écosse jusqu’au Manitoba. Du côté des États-Unis, les peuplements se retrouvent surtout dans le nord, du centre vers l’est de ce pays (Ansseau et Bernier, 1995 ; Marie-Victorin, 1995)
Au Québec, les peuplements les plus propices à la croissance et à la production optimales de l’érable à sucre sont des érablières à bouleau jaune, à tilleul d’Amérique et à caryer cordiforme. L’érable se développera de façon optimale sur des sols frais autant riches que humides. La région des Bois-Francs est l’endroit où l’on retrouve les rendements en sève les plus intéressants (Marie-Victorin, 1995).
La coulée de la sève au printemps est un phénomène difficile à expliquer. On peut cependant affirmer que cet événement est lié à la température ou plutôt aux variations de température. L’alternance entre des nuits froides et des jours chauds est essentielle car la coulée se divise physiquement en deux étapes. Il y a une phase dite « d’absorption » qui se déroule au début de la nuit lors du refroidissement. Chez l’érable à sucre, la poussée racinaire n’est pas assez importante pour provoquer une telle ascension de la sève dans le xylème. Ceci est possible grâce à la structure même du xylème de l’érable. En effet, celui-ci est composé de gros vaisseaux et la sève peut ainsi être transportée rapidement à la cime des arbres par une libération de pression. La perte d’énergie provoquée par le passage de l’eau de sa phase liquide à sa phase solide cause cette baisse de potentiel hydrique. L’appel d’eau est donc créé par le gel de la sève des branches de la cime soumise au froid. L’eau des couches externes du xylème gèle avant celle qui se trouve plus en profondeur dans la branche. L’eau encore en phase liquide doit se déplacer pour se retrouver dans des zones de plus faible potentiel hydrique plus à l’intérieur de l’arbre. Ce mouvement d’eau produit un appel de liquide. On constate, au niveau cellulaire, que les vaisseaux de l’érable, généralement emplis de liquide, sont entourés de fibres qui, elles, contiennent des gaz. Les gaz peuvent être compressés et ainsi laisser de la place pour permettre l’expansion de l’eau lors du gel. Chez la majorité des plantes ligneuses, les fibres sont emplies de liquide. La sève ne peut monter vers la cime de ces arbres et elle est plutôt repoussée vers les racines la nuit car aucun vide n’est engendré dans le haut de la plante. Ainsi, la nature des vaisseaux et des fibres de l’érable amène le vide qui crée une succion et l’eau peut monter assez facilement dans l’arbre en grand volume (Bertrand, 1995a et 1995b; Tyree, 1983 et 1984; Marvin, 1968).
Le matin venu, lorsque la température de l’air passe au dessus de zéro, la sève emprisonnée dans le xylème dégèle et l’expansion des gaz sous l’effet de l’augmentation de la température chasse la sève des fibres qui redescend dans l’arbre par gravité. Cette seconde phase est nommée « exsudation » (Marvin et Green, 1951).
Cependant, la coulée est complexe et cette description du phénomène est exclusivement physique. On sait par ailleurs que la coulée implique aussi des phénomènes chimiques et biologiques. En effet, si la sève ne contient pas de saccharose, l’absorption est nettement réduite et la coulée de la sève n’est pas possible (Johnson et al. 1987). Les forces physiques ne sont donc pas seules en jeu. Le sucre joue un rôle majeur toujours non clarifié et même quelque peu mystique pour ceux ayant tenté d’élucider les principes de la coulée chez l’érable. Précisons ici que l’on nomme fréquemment l’eau d’érable récoltée « sève », même si celle-ci ne correspond pas exactement à la sève brute normale de l’arbre. En effet, le réveil de l’arbre n’a pas encore eu lieu au moment de la récolte et c’est un liquide différent de la sève brute qui est alors récolté.
Il importe de faire une distinction entre la sève brute et la sève élaborée. La sève du xylème porte le nom de sève brute et est essentiellement constituée d’eau et de sels minéraux puisés dans le sol par les racines. Le phloème sert au transport descendant de la sève élaborée qui contient 10 à 25% de sucres fabriqués par les feuilles lors de la photosynthèse (Kozlowski et Pallardy, 1997). En moyenne, la concentration en sucres de la sève exploitée est de 2 à 3% et on en prélève environ 50 litres par entaille lors des bonnes années. Ce prélèvement nuirait peu à la santé de l’arbre car ceci représenterait au plus 4,5% de ses réserves en sucres (Renaud et Allard, communication personnelle dans Bertrand, 1995b)
L’entaille faite dans le tronc libère la pression et permet ainsi de récolter la sève qui descend dans le xylème de l’arbre. Comme la sève ne coule que le jour, l’entaille tend à s’assécher pendant la nuit. L’assèchement permet l’entrée d’air dans le xylème. La présence d’air dans les tissus de l’arbre apparaît être le principal facteur déclenchant les mécanismes de défense (Boddy 1992). Donc, l’arbre percevra l’entaille comme une blessure et tendra à la refermer ce qui nuira grandement à la coulée au fil des jours (Walters et Shigo, 1978a et b). Le compartimentage de la zone affectée par l’entaille n’est pas seulement dû à la présence d’air. D’autres facteurs comme la présence de champignons ou de bactéries affecte le compartimentage. L’entaille faite dans l’arbre est avant tout une blessure par laquelle divers microorganismes peuvent pénétrer l’aubier et le coloniser. Le compartimentage qui en résulte, et qui sera expliqué plus longuement dans une section ultérieure, implique la formation de tissus qui protègeront l’arbre contre l’envahissement par des microorganismes. Ces tissus de protection ainsi que le bois affecté qu’ils entourent constitueront toutefois des zones improductives lors des entaillages subséquents.
On attribue la découverte du sirop d’érable aux Amérindiens qui auraient, avant même l’arrivée des premiers Européens en Amérique, découvert comment extraire la sève. Le sirop servait à des fins médicinales et alimentaires. Les premiers colons arrivés au Québec apprirent le secret des érables à sucre rapidement, mais jusqu’au 19e siècle, les productions étaient artisanales et visaient seulement à satisfaire les besoins familiaux. Pour récolter la sève, ils utilisaient une méthode peu efficace tirée de celle des Amérindiens. Ce n’est pas avant la fin du 19e siècle que la production devint commerciale. Des chalumeaux artisanaux étaient insérés dans les entailles faites au vilebrequin et l’eau d’érable s’écoulait dans des seaux accrochés sur l’arbre ou déposés par terre près du tronc. Les chalumeaux (synonyme : goutterelle, goudrelle, goudille, goudrille) sont des petits tubes glissés dans l’entaille pratiquée dans le tronc et qui permettent à la sève de s’égoutter. La production est demeurée négligeable pendant de nombreuses années jusqu’à l’apparition d’accessoires en métal et de bâtiments permanents. À partir de ce moment, la production a vraiment pris son envol vers l’industrialisation, mais pendant plusieurs décennies aucune amélioration remarquable n’a été faite aux systèmes de récolte. Les techniques d’entaillage ont graduellement évolué et, aujourd’hui, l’entaille est plus petite mais permet tout de même de récolter un volume supérieur de sève. La plus remarquable avancée en acériculture fut la mise au point de systèmes de collecte sous vide. La production a alors augmenté tout en diminuant la main d’œuvre vu la mécanisation de la cueillette. Cette méthode permet de créer en plus un vide à l’entaille, ce qui augmente la différence de pression entre l’intérieur de l’arbre et l’extérieur. En renforçant cette différence, on prolonge la durée de la coulée quotidienne, l’arbre tendant à ajuster sa pression sur celle à l’extérieur. Aujourd’hui, les seaux ne sont utilisés que dans un cadre d’activités de type traditionnel qui plaisent aux amateurs de cabanes à sucre friands de redécouvrir ces pratiques ancestrales.
L’arrivée des tubulures a permis diverses expérimentations sur l’élimination de l’entrée d’air la nuit lors du tarissement de la coulée. Il a été mentionné précédemment que l’embolie créée par une blessure serait un motif important stimulant l’arbre à réagir et à mettre en œuvre ses mécanismes de défense (Boddy, 1992). Une des répercussions néfastes de la mise en œuvre de ces mécanismes de défense est d’amener l’arbre à boucher ses vaisseaux, ce qui contribue à diminuer grandement le volume de la coulée. Il est connu et admis qu’un arbre sain est saturé en eau et qu’il ne contient pratiquement pas d’oxygène (Pearce, 1996 ; Boddy, 1992). Des billots de bois complètement immergés dans de l’eau stagnante peu oxygénée pendant plusieurs mois, voire même des années, sont nullement colonisés par les microorganismes. La plupart des champignons sont incapables de croître dans un bois saturé en eau (Zabel et Morrell, 1992). L’entrée d’air engendrée par une blessure diminue l’humidité et les microorganismes peuvent alors prospérer plus aisément et la qualité de la sève s’en voit nettement affectée. D’un autre côté, il semble que ce soit l’oxygène de l’air qui amène l’oxydation du bois. Une étude a révélé que l’injection d’azote la nuit dans l’entaille par le système tubulaire comparativement à celle d’air permettait d’obtenir une meilleure coulée de façon significative (Renaud, 1998a et b). Quoi qu’intéressants, ces résultats n’ont pas encore favorisé de changements marquants dans la production acéricole.
Pour estimer le nombre d’entailles pouvant être faites à un arbre, le seul facteur pris en cause encore aujourd’hui est le DHP, soit le diamètre à hauteur de poitrine. Les normes actuelles utilisées au Québec sont celles du Conseil des Productions Végétales du Québec (CPVQ). Elles sont moins rigoureuses que celles de Houston (Houston et al. 1990). À moins de 20 cm de DHP, il n’est pas approprié d’entailler. Entre 21 et 39 cm, on conseille seulement une entaille, de 40 à 59 cm on peut percer deux entailles, de 60 à 79 cm, trois entailles sont possibles et pour les arbres de plus de 80 cm, on peut pratiquer quatre entailles. Cependant, ces normes ne tiennent aucunement compte d’autres facteurs telles la croissance de l’arbre et sa santé. Le modèle d’Allard et al. (1997) mis au point pour simuler le rendement en fonction de divers paramètres physiques et physiologiques montre que si l’on continue la production à ce rythme pendant encore 30 ans, la productivité des érablières diminuera jusqu’à 40%.
L’eau d’érable est peu sucrée et elle est pratiquement sans goût. La saveur caractéristique du sirop d’érable est due en premier lieu à des réactions de caramélisation dites de Maillard qui surviennent lors du chauffage à haute température et aussi à la concentration en sucre vu l’évaporation d’eau (Akochi-K et al., 1997). Comme l’ébullition de l’eau d’érable est un processus coûteux, les exploitants d’entreprises acéricoles se sont vus dans l’obligation de chercher des méthodes alternatives pour concentrer l’eau d’érable. L’osmose inversée est connue depuis le début du siècle dernier, mais ce processus n’a été appliqué à la concentration de l’eau d’érable qu’au cours des années 1960 par Willits et al. (cité dans Allard, 1984). On obtient une eau d’érable plus concentrée en la faisant passer par une membrane semi-perméable et en exerçant une force mécanique plus élevée que la pression osmotique. On passe ainsi d’une concentration de 2 à 3% de saccharose et éléments minéraux à 8%. L’économie d’énergie a incité une majorité de producteurs à acquérir ce genre de système car, en plus, il permet une filtration préalable de l’eau d’érable, ce qui a aussi pour effet d’améliorer la qualité du sirop. La sève concentrée passe ensuite dans un évaporateur conventionnel permettant de concentrer les sucres et de rehausser la saveur caractéristique du sirop. À haute température, des réactions chimiques entre des sucres et des acides aminés se produisent amenant la formation de pyrazines, qui font partie des composés donnant un goût particulier au sirop d’érable. On retrouve, en plus des pyrazines des phénols volatils et des composés carbonyles (Akochi-K et al., 1997). Les pyrazines sont des composés typiques des réactions de Maillard.
Pour obtenir un litre de sirop d’érable, on doit utiliser entre 30 et 40 litres de sève par un chauffage traditionnel. Les producteurs de sirop utilisent souvent la règle du 86 qui donne une approximation grossière du nombre de litres de sève nécessaires à la production d’un litre de sirop. Il suffit de diviser 86 par la concentration de sucre en pourcentage de la sève. La même règle s’applique aussi avec le concentré obtenu par osmose inverse. Si on concentre d’abord la sève par osmose inverse à 8% comme c’est généralement le cas, la production d’un litre de sirop demandera près de 11 litres de sève à cette concentration.
Le sirop contient par définition 66% de sucre. On détermine encore maintenant la qualité du sirop en fonction de sa couleur. Plus il est clair, plus il est de qualité. Sa teinte progresse au cours de la saison et habituellement plus on approche de la fin, plus le sirop est foncé. Cependant, on sait que la couleur peut être un caractère trompeur, même si c’est celui accepté par le milieu. La sève récoltée trop tard en saison, pendant ou après le débourrement, donne un sirop au goût âcre typique non recherché (nommé ‘’goût de bourgeons’’). L’appellation des produits de l’érable change avec la concentration en sucre. La tire sur la neige titre autour de 85%, le beurre à 87%, les bonbons à 90% et finalement le sucre granulé à 96% et plus. Encore ici, la couleur obtenue est garante de la qualité du produit (Willits et Hills, 1976).
L’entaillage est une opération qui demande beaucoup de précautions. Les arbres peuvent être entaillés chaque année mais leur santé doit être prise en compte. Un arbre affaibli, stressé ou surentaillé aura des rendements moindres et pourra même en souffrir. L’asepsie est cruciale lors de l’entaillage. L’introduction de microorganismes présents sur le foret ou sur l’écorce de l’arbre dans le xylème, un milieu où ils pourront facilement se propager, doit être minimale. La mèche est nettoyée et désinfectée à l’alcool suite à un certain nombre de perçages de l’aubier et tous les chalumeaux sont assainis avant d’être introduits dans l’arbre. L’entaille n’est généralement pas plus profonde que 6,35 cm (2’’ν) et certaines expérimentations ont été faites visant à diminuer la profondeur de l’entaille (Allard et al. 1997 ; Allard, 1999 ; Renaud, 1998b). Il ne semble pas que la diminution de bois coloré compense pour le volume de sève perdu, même si les normes actuelles sont à revoir (Renaud, 1998b). Cependant, dans une érablière à croissance lente, les acériculteurs gagneraient à entailler moins profondément, soit 5 cm (Allard, 1999). La profondeur de l’entaille ne doit pas non plus dépasser la zone d’aubier sain. Le bois de cœur est considéré comme mort et par conséquent ne favorise pas le passage de la sève. L’entaillage du bois de cœur pourrait aussi favoriser la dispersion des microorganismes souvent présents dans cette zone.
Le diamètre de l’entaille utilisé depuis longtemps est de 11,1 mm (7/16’’). Depuis quelques années, diverses études du Centre Acer (Allard et al. 1997 ; Allard, 1999; Renaud, 1998b) tendent à démontrer que l’utilisation d’un chalumeau à diamètre réduit, soit 7,4 mm (19/64’’) serait favorable au compartimentage de l’arbre et tendrait à diminuer la colonne de bois coloré de part et d’autre de l’entaille. Même si moins de vaisseaux porteurs de la sève sont segmentés lors de cet entaillage réduit, la diminution de diamètre ne réduirait pas substantiellement la production. Le maintien de la production serait dû au vide amélioré pouvant être créé par la pompe du système tubulaire sur un chalumeau plus petit.
Peu d’études ont été menées pour mettre en évidence l’importance de garder les arbres sains et les bonnes mesures à prendre pour y parvenir. Les principales recherches ont porté sur l’effet controversé du paraformaldéhyde (PFD). Dès 1970, Shigo et Laing (cité dans Walters et Shigo 1978a et b) ont suggéré que le paraformaldéhyde causait des blessures internes importantes et l’effet à long terme de cette substance était dès lors questionné. Deux études de Walters et Shigo parues en 1978 ont montré qu’il y avait un plus grand volume de bois coloré résultant d’entailles traitées au PFD que dans les témoins. Le PFD a été utilisé surtout pour obtenir de meilleurs rendements de sève chez les érables entaillés avant la saison de coulée. La coulée diminue au fil des jours et peut même parfois s’arrêter précocement. Des études de Sheneman et al. en 1959 et Ching et Mericle en 1960 (cités dans Houston et Fagan, 1997) ont suggéré que les microorganismes présents dans l’entaille pouvaient se développer sous certaines conditions (des températures plus clémentes par exemple). Comme on soupçonnait les microorganismes de causer des pertes de rendement, on a donc tenté de trouver un agent antimicrobien qui serait peu résiduel, mais qui aurait tout de même un large spectre d’action. Suite à des tests de laboratoire sur les microorganismes peuplant souvent les entailles, des capsules de PFD de 250 mg ont été mises en marché et les essais sur le terrain montraient une augmentation de 30 à 40% de la production des entailles. L’augmentation de la coulée pourrait être due à l’asepsie créée par la pilule mais aussi au fait que le PFD, qui est un puissant fixateur, semble interagir avec les cellules vivantes de l’arbre et empêcherait un bon compartimentage de la blessure. En retardant la fermeture des vaisseaux dans lesquels circule la sève, on permet une coulée plus longue mais la zone de bois coloré sera plus imposante (Walters et Shigo, 1978a et b). L’utilisation de paraformaldéhyde lors de la récolte d’eau d’érable est bannie depuis 1992 au Canada et 1999 aux États-Unis. La raison principale de l’interdiction du produit est avant tout son effet dommageable sur l’arbre de même que sa récurrence dans le produit final. Cependant, il est encore utilisé frauduleusement dans plusieurs grandes érablières. Ce produit permet d’entailler beaucoup plus tôt, souvent même en janvier avant la saison de coulée et ainsi de profiter des petites périodes de dégel pouvant survenir en hiver. Le fait d’entailler plus tôt a aussi l’avantage de laisser plus de temps au personnel de faire l’entaillage, ce qui est particulièrement utile pour les producteurs possédant de grandes érablières.
À l’heure actuelle, la principale cause de diminution de rendement de l’industrie acéricole est la présence de zones de bois coloré de plus en plus importantes suite à l’entaillage. Plusieurs producteurs de sirop d’érable maintiennent que, malgré les innovations encourues depuis les vingt dernières années et un système de collecte en bon état de marche, leurs érablières sont en perte de production globale pouvant atteindre jusqu’à 30% dans certains cas. Cette perte de potentiel est probablement due à l’âge des peuplements et à l’entaillage qu’ils ont subi au fil des années. L’utilisation du modèle mathématique de Allard et al. (1997) montre que les normes actuelles (CPVQ) amènent une surexploitation constante des érablières composées d’arbres ayant une trop faible croissance radiale (Stéphane Guay, communication personnelle).
La paternité de la pathologie forestière est attribuée à l’Européen Robert Hartig qui, avant même la fin du 19e siècle, avait remarqué des tissus spécifiques et distincts entre le bois sain et le bois attaqué par des champignons de carie des arbres qu’il débitait (Hartig, 1894). Ces tissus spécifiques sont en fait les murs d’un compartiment fermé qui permet de limiter la propagation des microorganismes, d’où le nom de compartimentage. Depuis, Shigo a fait du compartimentage sa marque de commerce. Le modèle CODIT (Compartmentalization Of Decay In Trees) proposé par Shigo et Marx (1977) est maintenant fort connu. Il permet d’expliquer et de visualiser la chronologie des actions mises en place par un arbre pour se défendre contre une blessure ou un envahisseur. Il a été établi que le compartimentage pouvait permettre à l’arbre de résister à des maladies vasculaires (Tippett et Shigo, 1981) et à des blessures mécaniques (Shigo, 1984). Par la suite, il a aussi été démontré que des plantes non ligneuses comme l’œillet (Baayen et al. 1996) produisent des barrières pour contrer l’envahissement par des agents pathogènes.
Le compartimentage est donc la façon utilisée par l’arbre pour condamner une zone atteinte, soit le bois coloré. Pour ce faire, l’arbre bâtit quatre murs (Shigo, 1985 ; Shigo et Marx, 1977). On croit que l’un des facteurs principaux stimulant les réactions de défense de l’arbre est l’entrée d’air et la dessiccation des tissus en résultant (Boddy 1992; Boddy et Rayner 1983). En conséquence, le compartimentage serait un moyen de défense non spécifique mais actif. Les prochaines informations se réfèreront au schéma CODIT présenté à la figure 1 du chapitre deux de ce mémoire. Le modèle CODIT est en fait constitué de quatre zones de réaction; ces zones étant aussi appelées des « murs ». Les trois premiers murs sont formés à partir des cellules déjà présentes au moment du dommage et apparaissent de façon simultanée. Le mur 1 limite la colonisation longitudinale des tissus. Chez les feuillus, il est constitué d’occlusions qui se forment dans les vaisseaux du xylème. Ces bouchons sont en majorité dus à la formation de gels provenant des cellules de parenchyme adjacentes et de thylles qui sont en fait des excroissances de cellules de parenchyme. Ce mur serait le moins efficace du modèle CODIT et ceci permettrait d’expliquer la longueur considérable que certaines colonnes de bois coloré peuvent atteindre. La composition des gels obstruant les vaisseaux n’est pas encore complètement élucidée bien qu’il semble que la majorité d’entre eux contiennent de la pectine (Rioux et al., 1998). Le mur 2 est constitué du bois final des cernes annuels. Les cellules de ce bois possèdent d’épaisses parois souvent fortement lignifiées. Ces cellules contrecarreront l’avance de l’agent pathogène vers l’intérieur de l’arbre. La colonisation tangentielle des microorganismes sera freinée par le mur 3 formé des cellules de rayons. Il est important de noter que les rayons ont des hauteurs et des largeurs limitées variant selon l’espèce d’arbre. Donc le mur 3, par sa composition, est un mur discontinu. Dans un cours laps de temps suivant l’attaque, le cambium réagira pour former le mur 4 ou barrière de protection. Il est constitué habituellement de cellules de parenchyme contenant une quantité importante de composés phénoliques antimicrobiens. Ce mur est le plus durable et efficace du modèle.
L’efficacité des murs serait due aux composés chimiques qui s’accumulent dans les cellules, la majorité étant des composés phénoliques (Shain, 1967 et 1979 ; Pearce et Woodward, 1986 ; Rioux et Ouellette, 1989 et 1991a et b). Les parois cellulaires des murs sont aussi fréquemment imprégnées de lignine et de subérine (Rioux et Ouellette, 1991a et b ; Rioux et Baayen, 1997). Ces deux substances assureraient l’imperméabilité à plusieurs substances, dont l’air. Vu l’énorme sacrifice que l’arbre fait en intoxiquant ses propres cellules de diverses substances antimicrobiennes et toxiques, les murs aideraient à concentrer ces substances dans les endroits stratégiques compris entre les murs. Il a aussi été mentionné précédemment que l’air est le principal facteur influençant la croissance des champignons de carie. Il est donc important pour l’arbre d’empêcher la dessiccation de gagner les tissus sains. L’étanchéité des murs nuirait aussi à la propagation des agents pathogènes en limitant la disponibilité des éléments nutritifs. À l’origine, les murs peuvent aussi contenir des grains d’amidon qui seront ultérieurement transformés en substances inhibitrices. L'imperméabilité des murs est assurée par divers composés, dont la subérine et les lignines. La subérine est un polymère lipidique de type ‘’cire’’. Cette cire est caractérisée par une teneur élevée en acides dicarboxyliques et en alcools à longues chaînes. (Kolattukudy, 1984) La subérisation se fait habituellement en strates entre la paroi et la membrane cytoplasmique. La structure de la subérine est assurée par des composés phénoliques. La stabilité de la substance est aussi assurée par une libération de composés antifongiques lors de la détérioration microbienne (Biggs et al. 1984). Suite à une blessure, Biggs (1987) a rapporté que chez l’érable à sucre la subérine en structure lamellaire est localisée dans le parenchyme axial ainsi que dans les cellules de rayons du xylème. Des vaisseaux sont aussi emplis de subérine. À titre d’exemple supplémentaire, Rioux et Ouellette (1991a) ont montré que les barrières de protection formées par le cambium chez des ormes d’Amérique ( Ulmus americanan L.) infectés par un champignon de la maladie hollandaise de l’orme ( Ophiostoma ulmi Buism. Nannf) (puisqu’on reconnaît désormais que O. novo-ulmi cause aussi la maladie) ou simplement blessés, contiennent de la subérine. Cette même étude a permis de détecter de la subérine présente dans des thylles. La défense des arbres n’est pas gratuite et demande une grande quantité d’énergie. La transformation des sucres en composés antimicrobiens et la perte d’une zone productive de l’arbre sont des exemples de coûts impliqués.
La vitesse à laquelle les défenses apparaissent est, elle aussi, critique. La maladie hollandaise de l’orme amène ici un exemple intéressant. L’inoculation d’un champignon causant la maladie, soit Ophiostoma ulmi, à des branches d’orme d’Amérique et à d’autres branches d’arbres non hôtes a révélé que les arbres non hôtes forment des barrières de protection plus efficacement, mais surtout beaucoup plus rapidement. En dedans de 15 jours suivant l’infection, la barrière est complète et efficace. Il faut attendre au moins 30 jours pour obtenir une telle barrière chez l’orme. Ce laps de temps permet au champignon de progresser librement et d’attaquer le cambium. Le cambium ainsi atteint, l’arbre n’est plus en mesure de se défendre (Rioux et Ouellette, 1989, 1991a et 1991b).
La dégradation du bois par les champignons est de loin la principale perte de rendement dans les érablières. De plus, une accumulation de bois coloré causée par des entailles superposées réduit la qualité et la valeur du bois. Le bois coloré induit par des blessures est présent chez toutes les espèces. Vu les pertes de rendement souvent importantes causées par la dégradation du bois par les champignons lors des blessures, plusieurs études ont porté sur l’utilisation de substances pouvant freiner cette dégradation. De nombreuses substances ont été testées et leur utilisation est encore aujourd’hui controversée (Shigo et Wilson, 1971). Les substances utilisées peuvent avoir diverses fonctions : favoriser la fermeture de la blessure, accélérer la guérison, prévenir l’entrée des microorganismes. Il est cependant connu que l’application d’une substance ne prévient habituellement pas la dégradation (Collins, 1934 cité dans Shigo et Shortle, 1983) et que les bénéfices ne sont pas toujours évidents. Une meilleure connaissance des mécanismes de défense de l’arbre apparaît primordiale pour permettre de trouver une substance pouvant permettre de limiter les dommages suite à une blessure ou à une agression par un agent pathogène (Shigo et Wilson, 1971).
Les éléments nutritifs tels les sucres et les composés azotés jouent un rôle limitant sur la croissance d’une plante, mais les quantités en jeu sont imposantes. Les phytohormones régissent aussi la croissance, la différenciation et le développement de la plante, mais à des dosages infinitésimaux. Le mot « hormone » a d’abord été employé en physiologie animale. Il provient du grec horman qui signifie « mettre en marche ». Ce mot englobe donc différents types de molécules qui servent de signaux chimiques à l’organisme, que leur effet soit positif ou négatif sur le métabolisme. Ce sont des régulateurs qui peuvent être transportés ou utilisés pour contrôler des réponses physiologiques. Une auxine, soit l’IAA (acide indole-3-acétique), a été la première hormone identifiée chez les plantes. Actuellement, les phytohormones englobent cinq substances ou groupes de substances : les auxines, les cytokinines, l’éthylène, les gibbérellines et l’acide abscissique (ABA). Plus récemment, de nouvelles molécules ayant des propriétés sur la croissance ont été rapportées, mais étant donné qu’elles ont aussi diverses autres propriétés, on les classe dans «les autres régulateurs endogènes de croissance». On retrouve parmi celles-ci l’acide salicylique (composé phénolique), l’acide jasmonique (un cyclopentane dérivé de l’acide linolénique), les brassinostéroïdes (stéroïde), la bétaïne et la systémine (petit peptide). Comme seulement six de ces substances ont été utilisées au cours de ce projet, l’accent sera donc mis sur celles-ci. Il est aussi approprié de rappeler que les hormones des plantes agissent souvent en synergie avec d’autres hormones . De plus, les catégories sont sujettes à changements et encore aujourd’hui, les recherches amènent la découverte de nouvelles substances (Gaspar et al. 1996).
Les propriétés antipyrétiques et analgésiques des feuilles et de l’écorce de bouleau étaient connues bien avant que les scientifiques se penchent sur la substance à la base de ces effets. Lorsqu’une équipe de chercheurs allemands a réussi à synthétiser à grande échelle l’acide salicylique acétyle (un analogue qui, une fois en solution aqueuse, est spontanément hydrolysé en acide salicylique), plusieurs n’ont pas cru aux possibilités du produit. Quelques années plus tard, après des essais concluants, Bayer lance l’Aspirine. On est en 1898 et très rapidement l’Aspirine devient un des médicaments les plus vendus dans le monde (Raskin, 1992).
L’acide salicylique, ou l’acide ortho-hydroxybenzoïque, est un phénol. Même si certains phénols exercent des fonctions primordiales chez les plantes, ils sont considérés comme des composés secondaires. En s’accordant sur certains modèles mathématiques, des chercheurs ont pu déterminer que les propriétés physico-chimiques de l’AS en font un composé quasi idéal pour le transport sur de longues distances dans le phloème (Raskin, 1992). En un court laps de temps, le composé libre nouvellement synthétisé ou appliqué à la plante est transporté rapidement dans les tissus végétaux (Raskin, 1992; Popova et al., 1997). La majorité des familles des végétaux supérieurs produisent de l’AS et on retrouve cette substance dans toutes les parties d’une plante (Popova et al., 1997).
L’AS produit par les plantes déclencherait, entre autres, la thermogenèse. Une certaine quantité de chaleur est produite chez les plantes lors de la formation des structures reproductives de quelques espèces d’angiospermes des familles Annonaceae, Araceae, Aristolochiaceae, Cyclanthaceae, Nymphaeaceae et Palmeae (Lamarck, 1778 cité dans Raskin, 1992). La thermogenèse résulterait d’une augmentation importante du transport d’électrons dans un sentier métabolique unique aux mitochondries des plantes (Raskin, 1992) et l'accroissement de cette respiration alternative amènerait une consommation d’oxygène telle qu’il se dégage des inflorescences une quantité importante de chaleur, comme par exemple chez Arum lilies (Raskin, 1992). Cette chaleur aiderait à disperser les amines odorantes et les indoles attractives pour les insectes pollinisateurs (Smith et al., 1966 cité dans Raskin, 1992). La thermogenèse a pu être associée à l’AS par l’utilisation d’inhibiteurs de cette substance qui arrêtaient le phénomène. De plus, des analyses biochimiques montrent une augmentation importante de l’AS en lien avec l'accroissement de la température (Popova et al., 1997). Même si la thermogenèse est connue depuis longtemps, les mécanismes et l’élément calorigène n’ont été démontrés qu’après des dosages très sensibles de Raskin (1992).
On a par la suite découvert que l’AS était nécessaire lors de la floraison et de la formation des bourgeons chez des cultures de cellules de tabac (Eberhard et al., 1989, cité dans Popova et al., 1997). L’effet de l’AS sur l’effloraison a été ensuite démontré chez plusieurs autres espèces de plantes, mais l’AS n’est pas spécifique et il engage la fleuraison en combinaison avec d’autres facteurs, les gibbérellines par exemple.
Macri et al. (1986) ont aussi découvert que l’AS causerait l’interruption du potentiel électrochimique trans-membranaire des mitochondries et le gradient de protons ATP-dépendant de certaines vésicules associées au réticulum endoplasmique. L’AS aurait aussi une fonction allélopathique lors de son relâchement dans la rhizosphère en inhibant la croissance des plantes environnantes (Raskin, 1992).
La biosynthèse de l’éthylène peut être inhibée par l’AS. En effet, des études in vitro sur des disques de pomme et des cultures de cellules de poire ont montré que la conversion de l’acide 1-aminocylcopropane-1-carboxylique en éthylène serait fortement compromise à certains pH et concentrations d’AS (Leslie et Romani, 1986). Les concentrations en AS utilisées dans cette étude étaient comparables à celles produites dans certains tissus des plantes. L’effet de l’AS sur l’éthylène est réversible (Leslie et Romani, 1986)
L’effet le plus important de l’AS rapporté à de nombreuses occasions dans la littérature est l’induction de la résistance systémique acquise (RSA). La première mention de l’acide salicylique comme inducteur de cette résistance est celle de White en 1979 (cité dans Sticher et al., 1997). White travaillait avec le tabac et il a démontré qu’une application exogène d’acide salicylique menait à l’accumulation des protéines reliées à la résistance et réduisait ainsi considérablement l’ampleur des dégâts causés par le virus de la mosaïque. Les observations de White ont été par la suite confirmées dans plusieurs autres systèmes et de nombreux agents pathogènes différents (Sticher et al., 1997). Néanmoins, ce n’est qu’en 1983 (van Loon, 1983) que le lien entre l’AS et la résistance systémique acquise a été envisagé. De nombreuses publications viennent renforcer l’évidence du rôle central de l’AS dans la RSA. Des dosages de l’AS endogène près et loin d’une application du virus de la mosaïque à des plants de tabac sains montraient une nette augmentation des PR (protéines reliées à la pathogenèse). Il a aussi été rapporté que l’acide salicylique augmentait dans le phloème de plants de concombre infectés avant même le début de la RSA (Métraux, 2002 ; Métraux et al., 1990). Dans des plants de tabac transformés exprimant des niveaux très bas d’AS, la RSA est bloquée (Delaney et al., 1994 ; Gaffney et al., 1993). L’utilisation de ces mutants a permis de déterminer que malgré le rôle central de l’AS dans la RSA, un autre signal serait transloqué vers les feuilles supérieures et induirait une résistance (Vernooij et al., 1994). Une augmentation soudaine du pouvoir oxydant serait aussi liée à la présence de l’AS. En effet, il a été démontré que l’AS bloquerait en s’y liant une catalase supposée décomposer H2O2 en eau et en oxygène. Ce surplus de peroxyde est perçu comme étant le signal mobile permettant de transmettre la résistance aux différentes parties de la plante (Chen et al., 1995; Neuenschwander et al., 1995 ; Chen et al., 1993). Cependant, un son de cloche différent fut rapporté dans une étude démontrant que l’AS et le peroxyde d’hydrogène ne semblent pas toujours nécessaires pour déclencher les processus menant à la RSA (Hunt et al., 1996).
Plusieurs fonctions sont attribuées à l’acide jasmonique et aux jasmonates. L’efficacité des jasmonates dépend de la forme biochimique sous laquelle ils sont retrouvés. Ceci découlerait de la sensibilité de chaque plante (Sembdner et Parthier, 1993). Quatre formes de jasmonates sont détectées chez les plantes, la plus active étant de loin le (+)-7-iso-acide jasmonique qui est rapidement méthylée pour assurer sa stabilité dans les cellules (Wasternack et Parthier, 1997). L’acide jasmonique est détecté partout dans la plante, à des concentrations beaucoup plus importantes dans les parties en croissance comme à l’apex des tiges, au bout des racines, dans les fruits immatures, et dans les jeunes feuilles (Wasternack et Parthier, 1997; Creelman et Mullet, 1995; Sembdner et Parthier, 1993). Les jasmonates seraient transportés dans la plante possiblement via le phloème (Ryan, 1992, cité dans Sembdner et Parthier, 1993). Le jasmonate de méthyle est volatile et pourrait être impliqué dans les messages entre les plantes (Farmer & Ryan 1990). L’application exogène d’acide jasmonique provoque divers effets conduisant à des changements dans la physiologie et la morphologie du plant exposé (Sembdner et Parthier, 1993). Certaines des activités de l’acide jasmonique sont semblables à celles de l’acide abscissique.
Les jasmonates induiraient la sénescence et l’abscission des feuilles en favorisant principalement la dégradation de la chlorophylle, en plus de participer à la détérioration des compartiments servant à la synthèse des enzymes rubisco (RuBPCase), à l’augmentation de la respiration cellulaire et à des activités des peroxydases et des protéases. En clair, les jasmonates provoquent un arrêt de la photosynthèse (cycle de Calvin) (Koda, 1992; Maslenkova et al., 1990; Parthier, 1990, Popova et al., 1988; Weidhase et al., 1987 ; tous cités dans Sembdner et Parthier, 1993).
Les jasmonates sont des intermédiaires clés et indispensables dans la cascade de réactions suite à une blessure. L’acide jasmonique s’accumule rapidement suite à une blessure (Bell et al., 1995) et aussi suite à un traitement de cultures de tissus avec des révélateurs des mécanismes de défense (Gundlach et al., 1992). Il a été démontré par Xu et al. (1994) que certains gènes de défense (PR) de jeunes plants de tabac, par exemple l’osmotine, sont induits par l’éthylène et le méthyl-jasmonate qui agissent ici en synergie. Creelman et al. (1992) suggèrent aussi que l’acide jasmonique et son homologue méthylé auraient un rôle dans la médiation de l’expression des gènes associés à la réponse des plantes aux blessures. De plus, des plants mutants d’ Arabidopsis ne pouvant accumuler de jasmonates, puisqu’ils sont déficients en acide linolénique qui est un précurseur de l’acide jasmonique, sont extrêmement susceptibles à une pourriture des racines causée par un agent pathogène ( Pythium mastophorum Drechs.) alors que les plants sauvages sont peu touchés par cette affection. La mise en contact de mutants avec de l’acide jasmonique suffisait à les protéger de cette maladie. Il a aussi été montré que l’application exogène de l’acide jasmonique à des mutants non sensibles à ce régulateur de croissance ne les protégeait pas contre l’attaque de l’agent pathogène des racines. Ceci montre que l’action protectrice de l’application de l’acide jasmonique n’est pas due à une action anti-fongique directe mais plutôt à une médiation des mécanismes de défense de la plante (Creelman et Mullet, 1997).
Les mêmes mutants déficients en acide linolénique ont permis de découvrir que les jasmonates étaient aussi essentiels à la défense contre les insectes chez Arabidopsis . Ces plants qui contiennent des quantités négligeables d’acide jasmonique ont montré un taux de mortalité très important, soit près de 80%, suite à l’attaque de la larve saprophage commune Bradysia impatiens (McConn et al. 1997) tandis que les plants sauvages étaient peu affectés par cet insecte. Néanmoins, l’application exogène de jasmonate de méthyle protégeait efficacement les mutants et le taux de mortalité chutait à 12% (McConn et al. 1997).
Chez les gymnospermes tels les Pinaceae, l’application exogène de jasmonate méthylé sur l’écorce intacte d’un arbre les amène à réagir. En effet, cette application permet d’obtenir des changements très semblables à ceux causés par une blessure, par exemple l’accumulation de phénols. Il y a aussi expansion des cellules de parenchyme polyphénoliques du phloème et la formation de canaux résinifères traumatiques. Ces résultats semblent indiquer que la voie des octadécanoïdes est impliquée dans les mécanismes de défense des Pinaceae (Hudgins et al., 2003).
L’éthylène (H2C=CH2) est synthétisé à partir de la méthionine. C’est le seul hydrocarbure ayant un effet aussi prononcé sur les plantes. L’éthylène est un gaz volatil qui se propage par diffusion. L’auxine et les cytokinines sont des protagonistes importants pour la production de l’éthylène et ils agiraient avec une certaine synergie (Gaspar et al, 1989, cité dans Gaspar et al. 1996). Les niveaux d’éthylène et d’auxine sont habituellement auto-ajustés pour obtenir un équilibre. L’éthylène se trouve largement distribué dans les plantes et sa quantité varie grandement dans le temps et l’espace. Dans la majorité des plantes, l’éthylène a un effet répresseur sur la croissance des cellules. Cette inhibition de la croissance découlerait d’une altération de l’orientation des microtubules et des microfibrilles des cellules résultant ainsi en une réduction de l’élongation. Ceci n’a été observé qu’avec une forte concentration d’éthylène (Apelbaum et Burg, 1971; Steen et Chadwick, 1981; tous les deux cités dans Gaspar et al. 1996). Le principal rôle connu de l’éthylène est le mûrissement des fruits. L’importance de l’éthylène est mise à profit dans les manipulations après récolte des fruits et légumes. Prenons le cas des tomates qui sont cueillies vertes et qui sont conservées en atmosphère contrôlé sans éthylène jusqu’à la mise en marché. À ce moment, il suffit de mettre les tomates en contact avec de l’éthylène pour qu’elles rougissent. Cette méthode est utilisée avec plusieurs autres fruits (Raven et al., 1999). On croit que l’augmentation de la production d’éthylène dans les fruits dit climatériques serait à l’origine du changement de couleur, de la texture, de l’arôme et de la saveur (Brady, 1987; Oetiker et Yang, 1995; Yang et Hoffiman, 1984; tous cités dans Jiang et Fu, 2000).
Lors d’un stress environnemental, une plante qui synthétise habituellement peu ou pas d’éthylène en produira jusqu’à dix fois plus que les concentrations dites normales (Kozlowski et Pallardy, 1997). Les pointes de production d’éthylène ont été mesurées suite à des blessures, du gel, de la sécheresse, de la pollution atmosphérique et des attaques par des microorganismes. La concentration en éthylène est même considérée comme un bon facteur pour indiquer le début et le degré de stress d’une plante (Chen et Patterson, 1985, cité dans Kozlowski et Pallardy, 1997). Cet outil de diagnostic a tout de même des limites car même des plants non stressés vont produire de l’éthylène (Kozlowski et Pallardy, 1997). Il est aussi connu que l’éthylène aurait un rôle dans la résistance systémique acquise. Cette substance est produite suite à une blessure ou à l’attaque par un agent pathogène et aussi lorsqu’on traite une plante avec des révélateurs connus des réactions de défense (Boller, 1990). Certaines protéines liées à la pathogénèse (PR) sont induites par l’éthylène comme la β-1,3-glucanase et une chitinase (Abeles et al. 1971 cité dans Sticher et al. 1997). L’éthylène aurait aussi un effet dans le renforcement de la structure des parois cellulaires en favorisant la lignification et l’accumulation de protéines de membrane riches en hydroxyproline (Boller, 1990). Malgré tout, on croit que l’éthylène serait indirectement lié au déclenchement de la RSA et que la production d’éthylène serait plutôt un symptôme de réaction à la blessure ou l’infection (Mauch et al., 1984 cité dans Sticher et al., 1997).
La premier nom donné à l’acide abscissique fut «dormin» par Eagles et Wareing (1963) à la fin des années 1940. Isolé des feuilles d’un platane ( Platanus occidentalis L.), l’agent actif empêchait l’élongation et causait le développement hâtif des bourgeons lorsqu’il était appliqué sur le bout d’une branche. Quelques années plus tard, encore au cours des années 60, Addicott et Carns (1983) mentionnent qu’on redécouvrait cette substance qui fut nommée cette fois «abscissin II» du fait qu’elle était capable d’accélérer l’abscission des feuilles et des fruits. La comparaison des deux structures en infrarouge montra toutefois que les deux molécules étaient identiques. L’acide abscissique s’accumule surtout chez les plantes suite à un stress hydrique et pourrait causer la fermeture des stomates des feuilles (Hartung et Davies, 1991). Diverses conditions défavorables aux plantes peuvent provoquer une variation du niveau d’acide abscissique dans ses diverses parties. L’acide abscissique est considéré comme la principale hormone inhibitrice des plantes. L’acide abscissique est un sesquiterpénoïde (une des sous-classes des isoprénoïdes), donc de la famille des métabolites secondaires. Les rôles biologiques attribués à l’ABA sont nombreux. D’abord, l’ABA a plusieurs utilités chez la graine. En effet, cette substance semble favoriser l’accumulation de substances nutritives au cours de la maturation, comme de l’amidon, des peptides et des lipides. Des mutants chez le maïs qui ont perdu la capacité de produire l’ABA ou qui n’y sont plus sensibles ont des graines qui n’entrent plus en dormance et germent directement sur l’épi. Il est bon de souligner que la sortie de la dormance est due à l’action combinée d’une augmentation de la concentration en gibbérellines et d’une chute de celle de l’acide abscissique (Kozlowski et Pallardy, 1997 ; Raven et al., 1999).
La dormance est aussi détectée chez les bourgeons pendant l’hiver ou pendant toutes autres conditions défavorables à la croissance de la plante. La longueur du jour et la température, de même que la disponibilité en eau et en éléments nutritifs sont des facteurs susceptibles de provoquer la mise en dormance. Comme son nom l’indique, l’acide abscissique exerce tout de même un certain contrôle sur l’abscission des bourgeons, des feuilles, des fleurs et des fruits, mais ce rôle est plutôt secondaire. Lors d’un stress hydrique, la plante et plus souvent l’arbre prévient une dessiccation plus importante en se départant d’une quantité importante de feuilles. La majeure partie de la perte d’eau provient de la transpiration des feuilles. Dans la plante, le principal rôle de l’ABA et le plus important est le contrôle d’un stress. Habituellement, les racines sont les premières affectées par le manque d’eau et elles réagissent en produisant de l’ABA qui sera transporté par le système vasculaire vers les branches et les feuilles où il provoquera une baisse de la transpiration par la fermeture des stomates (Hartung et al., 2002).
Plusieurs espèces de plantes possèdent la capacité de s’endurcir au froid en réponse à des baisses de température. Encore ici, l’acide abscissique occupe un rôle prépondérant même si on comprend peu ce qui favorise vraiment l’acclimatation. La résistance au gel dépend essentiellement de la capacité de la plante d’éviter la formation de cristaux de glace chez ses cellules vivantes (Levitt, 1980). Chaque plante a une tolérance au gel qui lui est propre, exprimée par les gènes qui la composent. D’un autre côté, on peut induire la tolérance au gel en acclimatant la plante au froid. Chez l’orge, dont la tolérance au gel est constitutive, la quantité d’ABA présente naturellement est plus élevée et semble donc être bien corrélée à la tolérance (León et al. 2001). L’ABA pourrait favoriser la tolérance au froid en maintenant un niveau d’eau adéquat et en induisant des gènes impliqués dans la réponse active de la plante (Bravo et al., 1998). L’application exogène d’ABA lors de l’acclimatation d’un plante n’a pas montré de résultats probants car le niveau de production d’ABA chez la plante était peut-être déjà suffisant à son acclimatation (León et al. 2001).
Une blessure change drastiquement le patron de gènes exprimés chez les plantes. Jusqu’à ce que Birkenmeier et Ryan (1998) corrigent la situation, on croyait que l’ABA était un révélateur important lors de blessures. Ces auteurs ont démontré que chez des plants de tomate, l’augmentation d’ABA après une blessure sur la feuille était somme toute assez faible bien qu’elle était plus importante dans le voisinage immédiat de la blessure. On observe cependant une augmentation considérable de la concentration de l’acide jasmonique et de la systémine et ce serait plutôt ces deux molécules qui joueraient un rôle déterminant dans l’induction des réactions de défense. Les faibles augmentations d’ABA observées lors de blessures seraient encore ici une réponse au stress hydrique ‘’imposé’’ par l’entrée d’air dans la plante. Selon Dammann et al (1997), l’acide abscissique serait essentiel à la réponse à une blessure en activant la synthèse de l’acide jasmonique de même que d’autres gènes dont les fonctions ne sont pas pour le moment bien établies. Ce régulateur est intéressant dans le cas des traitements des blessures chez les plantes car il a été montré par Soliday et al. (1978) que la subérisation peut être activée en culture par l’application d’acide abscissique. Il est aussi connu que la subérine imprègne souvent les parois des cellules associées au compartimentage (Rioux et Ouellette, 1991b). Comme déjà mentionné plus tôt, le compartimentage serait une réaction due, entre autres, à un stress hydrique, soit une entrée d’air. De plus, il a été mis en lumière dans les paragraphes précédents que l’ABA est le régulateur clé du stress chez les plantes.
Le thidiazuron (N-phényle-N’1,2,3-thidiazol-5-ylurée) est un dérivé de l’urée. Cette molécule a été développée pour faciliter la récolte mécanique du coton en défoliant le plant. Les propriétés régulatrices de la morphogenèse du thidiazuron (THIDIA) ont été par la suite grandement exploitées. Le THIDIA a une activité de type cytokinine. Les cytokinines naturelles sont habituellement des adénines connectées à une chaîne latérale en N6 avec soit un isopentenyl de cinq carbones, soit un noyau aromatique. De petites variations dans les voies métaboliques conduisant à la synthèse des cytokinines vont affecter les activités, la stabilité et le transport de ces substances dans la plante (Auer, 2002). Ces molécules jouent un rôle central dans le cycle cellulaire. Au départ, le nom ‘’kinetin’’ leur a été donné parce qu’elles induisaient la division cellulaire. Un peu plus tard, le terme cytokinine est apparu et il s’applique aux composés qui favorisent la prolifération des cellules. Les cytokinines agissent fréquemment de concert avec les auxines lors la division cellulaire. Le passage de la phase G2 de l’interphase à la mitose se trouverait stimulé par cette substance. La différenciation cellulaire est directement influencée par le rapport auxine/cytokinine dans l’entourage des cellules impliquées.
Toutefois, il apparaît que les cytokinines ont d’autres propriétés qui se manifestent dans divers processus physiologiques. Ces substances seraient impliquées dans les étapes marquant la fin de la période de dormance de certaines semences, dans le contrôle du développement des bourgeons et elles décaleraient aussi la chute des feuilles. Les cytokinines contrôleraient l’expression de divers gènes et l’activité de plusieurs enzymes mais ceci reste des hypothèses vu que la majorité des fonctions de ces molécules ne sont pas encore élucidées (Mok et Mok, 2001). De plus, il apparaît que même les récepteurs des cytokinines n’ont pu être identifiés facilement. Encore aujourd’hui, plusieurs molécules sont suggérées comme étant des récepteurs potentiels mais les preuves manquent toujours (Mok et Mok, 2001). Il est difficile de comprendre tous les mécanismes découlant de l’action des cytokinines car les sentiers de signalisation engagés sont nombreux et comportent une multitude de récepteurs différents et de plus, les interactions avec d’autres régulateurs de croissance sont fréquentes. En effet, l’action des cytokinines est souvent masquée par l’interaction avec d’autres régulateurs, comme c’est souvent le cas avec l’auxine, par exemple (Mok et Mok, 2001). Les cytokinines sont largement utilisées dans la préparation des milieux de culture de cellules végétales conjointement avec l’auxine pour favoriser le développement des tissus. C’est même de cette façon que la première molécule de cette classe a été découverte. L’application exogène de cytokinines semble induire la traduction de certains gènes de stress. Paradoxalement, le niveau de cytokinines tend à décroître sous des conditions environnementales défavorables. Ceci altère le niveau dans les parties hautes de la plante amenant une forte réponse au stress (Hare et al. 1997). Le changement dans l’expression des gènes associés à la réponse au stress est probablement la résultante de toutes les transitions découlant de l’effet des régulateurs de type hormonaux au cours du développement de la plante. Il y a plusieurs rôles envisagés pour les cytokinines dans cette cascade complexe et ceci implique probablement de nombreux autres régulateurs de croissance (Hare et al., 1997).
Plusieurs événements physiologiques et biochimiques sont très probablement influencés par le THIDIA bien que peu d’entre eux aient pu être directement reliés à cette substance. Le mode d’action du THIDIA est toujours inconnu (Murthy et al., 1998). Le THIDIA présente une propriété unique très intéressante. Il peut mimer l’effet conjoint d’une cytokinine avec l’auxine sur la croissance et la différenciation d’explants bien que cet effet soit quelque peu différent de celui obtenu par l’application d’auxine ou d’une autre cytokinine. Entre autres, le THIDIA amène une augmentation de la croissance des cals jusqu’à 30 fois plus importante lorsqu’il est ajouté à une culture in vitro (Capelle et al., 1983). Habituellement, c’est l’auxine qui est ajoutée à ces cultures (Murthy et al., 1998). Un autre exemple : la formation de tissus embryogéniques en culture à partir de cellules somatiques peut être stimulée en modifiant le ratio auxine/ cytokinine. Le THIDIA seul peut se substituer à la nécessité d’avoir ce genre de ratio dans ce type de culture pour de nombreuses espèces comme l’arachide, le géranium et le tabac (Murthy et al., 1998). Ce double effet est probablement dû à la structure même du THIDIA. La molécule possède deux groupes fonctionnels, soit un phényle et un thidiazol. L’activité cytokinine du THIDIA serait due à la structure cyclique de carbone de type phényle. Si celui-ci est remplacé par un autre, il y a une perte considérable de l’effet cytokinine de la molécule (Mok et al., 1982). Le THIDIA est une molécule assez stable et même entreposée en solution pendant un grand laps de temps, elle garderait la propriété d’induire des réponses physiologiques (Murthy et al., 1998). De plus, les quantités nécessaires pour provoquer un effet en culture ne sont pas aussi importantes que l’auxine. C’est le cas notamment dans les cultures de cals mentionnées plus tôt. Les cals absorbent moins de THIDIA comparativement aux autres régulateurs de croissance, ce qui porte à croire que l’activité intrinsèque du THIDIA est élevée (Capelle et al., 1983). Le THIDIA cause une grande variété d’effets physiologiques sur les plantes. Il améliorerait entre autres la germination des graines chez des plantes aussi variées que la laitue et une mauvaise herbe tropicale ( Striga asiatica ) (Murthy et al. 1998). Il peut se substituer à un gel lors de la germination de certains graines comme celles du pommier (Lin et al., 1994) et aussi accélérer leur débourrement (Wang et al., 1986). Le THIDIA favorise aussi la germination des pommes de terre (Ji et Wang, 1988), la croissance des cotylédons chez la citrouille (Burkhanova et al., 1984 cité dans Murthy et al., 1998) et accentuerait la taille des grappes et des fruits chez les raisins (Reynolds et al., 1992 cité dans Murthy et al., 1998). Il est intéressant de noter qu’un plant stressé va s’adapter en modifiant son métabolisme et en accumulant diverses substances, des régénérateurs. Ces derniers sont produits en grande quantité lorsqu’un plant stressé est traité avec du THIDIA. Ceci suggère fortement que le THIDIA pourrait être employé avantageusement pour stimuler les mécanismes de défense à différents stress (Murch et al., 1997).
Les bétaïnes sont un ensemble de petites molécules ultra solubles qui sont surtout impliquées dans l’osmoprotection. La glycine bétaïne, la β-alanine bétaïne et la hydroxyproline bétaïne sont assez semblables et possèdent les mêmes fonctions, c’est pourquoi le terme bétaïne sera utilisé invariablement pour ces composés. La synthèse de la bétaïne augmente considérablement lorsque l’organisme est exposé à des facteurs environnementaux qui modifient les conditions internes des cellules. Ces conditions défavorables peuvent être créées par des stress tels le froid, la chaleur, les sels et le gel (Krall et al., 1989 ; Jolivet et al., 1982 ; Jolivet et al., 1983 ; Zhao et al., 1992 tous cités dans Huang et al., 2000). La bétaïne n’a pas de charge nette au pH physiologique des cellules (Mc Neil et al., 1999), même si cette molécule est dipolaire (Sakamoto et Murata, 2000). La bétaïne peut s’accumuler jusqu’à de hautes concentrations dans les organites des cellules sans danger de toxicité et elle est présente dans une grande variété d’organismes allant des bactéries, aux animaux et à plusieurs familles de plantes (Weretilnyk et Hanson, 1990, Huang et al. 2000). Les osmoprotecteurs permettent un fonctionnement normal du métabolisme dans les cellules où le potentiel osmotique est désajusté. Les méthodes d’action des osmoprotecteurs ne sont pas encore toutes élucidées mais il est évident que, jusqu’à un certain point, la bétaïne agirait comme un ‘’capteur d’eau’’ qui permettrait de stabiliser la conformation quaternaire des protéine, leur permettant ainsi d’être fonctionnelles lorsque les conditions sont préjudiciables (McNeil et al., 1999). La perturbation de la structure des protéines est causée par la mise en contact avec des solutés non compatibles aux forces thermodynamiques de contact minimales recherchées par les protéines lors du repliement tertiaire et l’assemblage quaternaire (Xing et Rajashekar, 2001). Il est aussi mentionné dans la littérature que la bétaïne pourrait agir aussi comme co-régulateur lors du repliement d’enzymes et de certaines autres protéines (Chen et Murata, 2002). Un autre des modes d’action suggérés pour les osmoprotecteurs consisterait à ordonner davantage la structure des membranes souvent mises à rude épreuve lors des différents dommages pouvant affecter un organisme (Gorham, 1955 cité dans Sakamoto et Murata, 2000).
La bétaïne est synthétisée à partir de la choline dans le chloroplaste chez les plantes (Schroppel-Meier et Kaiser, 1988; Wyn Jones, 1984; tous deux cités dans Weretilnyk et Hanson, 1990). La bétaïne ne se retrouve pas chez toutes les plantes. Par exemple, l’arabette ( Arabidopsis thaliana ), le riz ( Oriza sativa ) et le tabac ( Nicotiana tabacum ) ne produisent pas de bétaïne (Chen et Murata, 2002). Néanmoins, l’application exogène de bétaïne sur les feuilles ou les racines permet d’améliorer substantiellement la résistance des plantes à différents stress (Allard et al., 1998; Hayashi et al., 1998; Harinasut et al., 1996; Mäkelä et al., 1996; Itai et Paleg, 1982 tous cités dans Sakamoto et Murata, 1999). Plusieurs plantes d’importance en agriculture comme les pommes de terre ne produisent pas de bétaïne et il est envisagé d’accroître leur tolérance au froid et à l’action des sels par des manipulations génétiques en incluant certains gènes permettant la synthèse de la bétaïne (Sakamoto et Murata, 1999).
Il a aussi été observé récemment que la bétaïne déstabiliserait la double hélice d’ADN in vitro , diminuant ainsi la température de fusion des brins, ce qui fait croire que la bétaïne jouerait un rôle dans la promotion de la transcription et la réplication (Rajendrakumar et al., 1997 cité dans Sakamoto et Murata, 1999). Parallèlement, la bétaïne protégerait les mécanismes de transcription et de traduction de l’ADN (Chen et Murata, 2002). De surcroît, on suggère, suite à la caractérisation physiologique de plants transgéniques, que le rétablissement de la plante suite au stress serait facilité par la bétaïne qui favoriserait la synthèse de nouvelles protéines (Alia et al., 1999 cité dans Sakamoto et Murata, 1999). La bétaïne protègerait aussi efficacement des composantes essentielles à la photosynthèse comme la rubisco et le complexe du photosystème II (PSII) en empêchant les sous-unités de se dissocier lors de stress salin (Papageorgious et Murata, 1995, cité dans Sakamoto et Murata, 1999). L’accumulation de la bétaïne en réponse au sel, à la sécheresse ou au froid serait corrélée avec l’acclimatation des plantes à ces facteurs, notamment chez le maïs et l’orge (Kishitani et al., 1994; Rhodes et al., 1989 ; tous les deux cité dans Sakamoto et Murata, 1999). Même si certains travaux laissent sous-entendre que la bétaïne pourrait induire des gènes de réponse au froid et déclencher l’accumulation de protéines de la pathogenèse, il n’a pas été possible d’associer ces réponses à la présence de la bétaïne (Xing et Rajashekar, 2001).
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