Table des matières
Rappelons-le, étant donné notre objectif premier, nous avions d’entrée de jeu pour but d’apporter des éléments de réponse à une question générale : que recommande-t-on au rédacteur appelé à rédiger pour le grand public en ce qui concerne la lisibilité et l’intelligibilité des écrits ?
En d’autres termes, de notre perspective rédactologique, notre intention était d’examiner si les auteurs des guides d’aide à la rédaction en LCS tiennent compte des aspects visuel, linguistique, informatif, structurel et rédactionnel du texte à concevoir dans les recommandations qu’ils adressent au rédacteur. Par ailleurs, nous souhaitions aussi caractériser les choix énonciatifs des auteurs pour faire ressortir les tendances non seulement thématiques, mais aussi formelles de leurs recommandations.
Pour notre démonstration, nous présentons et analysons nos résultats en parallèle, c’est-à-dire que nous exposons ce que nous révèlent les chiffres et commentons le tout au fur et à mesure.
Toutefois, avant d’aborder les résultats de notre dépouillement, nous croyons à-propos de décrire plus en détail les manuels étudiés, chaque recommandation formulée étant évidemment partie constituante d’un tout organisé, le guide d’aide à la rédaction lui-même.
Pour chacune des sources, nous donnons dans le tableau 9 un aperçu des principales caractéristiques observées en ce qui a trait aux informations complémentaires gravitant autour des recommandations et aux méthodes employées pour illustrer ces dernières.
Par ces précisions, nous voulons situer plus concrètement les manuels de notre échantillon afin de mettre en lumière, d’une part, la façon dont les auteurs « campent » leurs recommandations en rapport avec le MSC (entrées nos 1 à 4) et, d’autre part, leur rôle de guide – ou de modèle – en matière de simplification des écrits (entrées nos 5 à 9). Nous complétons cette description par une hypothèse quant au public cible de chaque manuel et par quelques commentaires particuliers pour chaque source (entrées nos 10 et 11). Nous terminons cette section par une analyse comparative de ces observations, laquelle est suivie des données indiquant la répartition des recommandations selon les sources.
Tableau 9 – Description des sources
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VMC-98 [Titre abrégé : Vive les mots clairs ] |
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1. Définition de la LCS |
L’on dit qu’un texte est en langage clair quand l’information qu’il contient est organisée et présentée de telle sorte que les personnes à qui il s’adresse arrivent à le lire et à le comprendre facilement. [...] Vous voyez donc que la notion de langage clair est toute relative. Un texte est en langage clair dans la mesure où les personnes auxquelles il s’adresse le comprennent. (p. 31). |
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2. Utilité de la LCS |
On donne une liste d’avantages et on présente des contre-arguments aux objections les plus courantes. |
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3. Renseignements sur le FL |
Une unité complète porte sur ce sujet : « Unité 1 : L’alphabétisation au Canada » (p. 5-11). |
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4. Présence d’une bibliographie |
OUI – Elle est accompagnée de références complémentaires en alphabétisation dans le domaine de la santé. |
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5. Regroupement des recommandations |
Les recommandations sont principalement regroupées dans deux parties : le style... et la mise en page... Néanmoins, on trouve aussi des recommandations non mentionnées dans ces deux groupes ailleurs dans le document. |
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6. Mise en évidence des recommandations |
Presque toujours (surtout le gras) – On utilise entre autres de la couleur et des listes à puces. |
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7. Exemples d’application |
On présente des mises en situation tirées du domaine de la santé et des exemples de textes dits réussis. On illustre également les recommandations à l’aide d’exemples et de contre-exemples. |
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8. Exercices pratiques fournis |
OUI. |
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9. Grille de vérification disponible |
OUI. |
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10. Public cible |
Professionnel de la santé appelé à rédiger de la documentation destinée au patient et intervenant de première ligne. |
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11. Autres particularités |
• On traite de l’importance de la communication verbale claire. • Plusieurs sections traitent de sujets connexes à la LCS. |
Tableau 9 – Description des sources
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LCS-GR-96 [Titre abrégé : La langue claire et simple – Guide du rédacteur ] |
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1. Définition de la LCS |
Écrire dans une langue claire et simple, cela veut dire énoncer le message de façon que les destinataires puissent le comprendre immédiatement, dès la première lecture. Il ne s’agit pas d’adopter un style puéril ou un vocabulaire pauvre, mais d’adapter le texte aux destinataires. C’est dire que le rédacteur, tout en recherchant la clarté et la simplicité, doit opter pour un style, un ton, un niveau de langue et un vocabulaire qui varieront chaque fois selon la nature du texte et selon le public-cible. (p. 219). |
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2. Utilité de la LCS |
On y fait allusion de façon générale. |
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3. Renseignements sur le FL |
Pas en tant que tel – Mais on parle de « bagage linguistique », de « lecteur moyen » et de la distinction entre spécialistes d’une question et grand public. |
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4. Présence d’une bibliographie |
OUI – Il s’agit d’une bibliographie générale portant sur la rédaction administrative ; on n’y précise pas les références traitant de la LCS. |
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5. Regroupement des recommandations |
Les recommandations sont principalement regroupées dans cinq parties : Avant de rédiger , Le choix des mots , La construction de la phrase , La clarté et La présentation matérielle . |
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6. Mise en évidence des recommandations |
Presque toujours (surtout le gras) – La plupart des recommandations sont en fait des intertitres qui subdivisent les cinq parties. |
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7. Exemples d’application |
On illustre généralement les recommandations à l’aide d’exemples et de contre-exemples. |
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8. Exercices pratiques fournis |
NON. |
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9. Grille de vérification disponible |
OUI et NON – La table des matières détaillée pourrait en partie servir à cette fin, bien que cela ne soit pas suggéré. |
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10. Public cible |
Rédacteur des secteurs public ou privé appelé à écrire des textes à caractère utilitaire. |
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11. Autres particularités |
• On nuance les recommandations. • On fait appel au bon jugement du rédacteur. |
Tableau 9 – Description des sources
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Tableau 9 – Description des sources (suite) |
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ES-95 [Titre abrégé : Écrire simplement ] |
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1. Définition de la LCS |
L’écriture simple est un objectif qu’on atteint au moyen de techniques précises. Celles-ci visent à simplifier les communications écrites et à en augmenter la lisibilité. C’est un style d’écriture qui donne accès à un très vaste public en lui permettant de décoder le message plus facilement et donc de mieux le comprendre. [...] Écrire simplement signifie s’exprimer clairement et logiquement ; c’est résumer la communication à l’essentiel du message. Si l’information est jugée d’intérêt public, même lorsqu’elle est abstraite et hautement spécialisée, il faut trouver le moyen de la transmettre à un public général. (p. 6). |
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2. Utilité de la LCS |
Ce thème est omniprésent dans le manuel ; on présente également des contre-arguments aux objections les plus courantes. |
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3. Renseignements sur le FL |
OUI – On donne des statistiques canadiennes. |
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4. Présence d’une bibliographie |
OUI – Elle est accompagnée de références complémentaires en alphabétisation. |
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5. Regroupement des recommandations |
Les recommandations sont principalement regroupées dans une partie, « Techniques d’écriture simple », laquelle se subdivise en quatre : Contenu , Langage , Style et Présentation visuelle . |
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6. Mise en évidence des recommandations |
Les recommandations sont, en principe, présentées sous forme de listes à puces. On exploite aussi beaucoup la technique des encadrés et on utilise entre autres de la couleur. |
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7. Exemples d’application |
OUI – On illustre généralement les recommandations à l’aide d’exemples et de contre-exemples. On présente également des mises en situation et des exemples de textes dits réussis. |
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8. Exercices pratiques fournis |
OUI. (Voir aussi l’entrée no 11). |
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9. Grille de vérification disponible |
OUI. |
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10. Public cible |
Entreprise et organisation souhaitant participer activement au rayonnement du MSC. |
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11. Autres particularités |
• On propose un plan d’action pour implanter un projet de simplification en milieu de travail (sont présentés des exemples de plans d’action mis en œuvre dans des organisations, une liste de questions à se poser pour instaurer un projet de simplification, des trucs pour développer des outils internes, etc.). • Il s’agit d’une publication financée par le SNA. |
Tableau 9 – Description des sources
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Tableau 9 – Description des sources (suite) |
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PSCS-93 [Titre : Pour un style clair et simple ] |
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1. Définition de la LCS |
Il s’agit simplement d’énoncer le message de manière que la personne à laquelle il s’adresse le comprenne immédiatement. Par conséquent, pour écrire clairement et simplement, il faut utiliser des termes précis, concrets, des mots de tous les jours. (p. 4). |
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2. Utilité de la LCS |
OUI – La première partie y est consacrée, « 1. Clarté et simplicité : nous y trouvons tous notre compte ». |
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3. Renseignements sur le FL |
OUI – On donne des statistiques canadiennes. |
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4. Présence d’une bibliographie |
OUI – Elle est accompagnée d’une liste de professionnels de la rédaction. |
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5. Regroupement des recommandations |
Les recommandations sont principalement regroupées dans cinq parties : Avant de commencer à écrire, posez-vous quelques questions ; Pour rendre votre texte efficace ; Tout est dans la manière ; Pesez vos mots et La présentation est très importante . |
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6. Mise en évidence des recommandations |
Presque toujours (surtout le gras) – La plupart des recommandations sont en fait, souvent, des intertitres qui subdivisent les cinq parties. Chacune des parties se terminent par un encadré-bilan. |
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7. Exemples d’application |
OUI – On illustre généralement les recommandations à l’aide d’exemples réussis, et d’exemples fautifs commentés ou suivis de contre-exemples. |
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8. Exercices pratiques fournis |
NON. |
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9. Grille de vérification disponible |
OUI. |
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10. Public cible |
Rédacteur de la fonction publique. |
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11. Autres particularités |
• On met réellement en application les recommandations formulées. • Une attention particulière semble avoir été portée à la facture d’ensemble. |
Tableau 9 – Description des sources
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Tableau 9 – Description des sources (suite) |
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RCS-00 [Titre abrégé : La rédaction claire et simple ] |
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1. Définition de la LCS |
Aucune – Mais on donne deux règles d’or : 1. Demandez-vous pour qui vous écrivez. 2. Adaptez-vous à votre lecteur. (p. 3) |
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2. Utilité de la LCS |
On y fait allusion de façon générale. |
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3. Renseignements sur le FL |
Pas en tant que tel – Mais on explique les grandes lignes des mécanismes de la lecture. |
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4. Présence d’une bibliographie |
OUI (très sommaire). |
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5. Regroupement des recommandations |
Les recommandations sont principalement regroupées dans six parties : Accrochez votre lecteur ; Choisissez bien vos mots ; Construisez bien vos phrases ; Faites ressortir la structure de votre texte ; Facilitez la lecture par la mise en page et Après la rédaction . |
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6. Mise en évidence des recommandations |
La plupart des recommandations sont en fait, souvent, des intertitres qui subdivisent les six parties ; elles sont alors présentées en caractères gras. Par contre, on utilise rarement la mise en évidence pour les recommandations présentées dans le corps du texte, et il y en a plusieurs. |
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7. Exemples d’application |
OUI – On illustre généralement les recommandations à l’aide d’exemples réussis, et d’exemples fautifs commentés ou suivis de contre-exemples. |
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8. Exercices pratiques fournis |
OUI. |
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9. Grille de vérification disponible |
OUI et NON – Toutefois, la table des matières détaillée pourrait en partie servir à cette fin, bien que cela ne soit pas suggéré. |
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10. Public cible |
Rédacteur de la fonction publique. |
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11. Autres particularités |
• Le document était accompagné d’annexes que nous n’avons pu consulter. Nous pouvons tout de même présumer que celles-ci comportaient peut-être des renseignements additionnels intéressants. |
Cette synthèse descriptive révèle des tendances manifestes. Premièrement, nous remarquons que chaque définition de la LCS met en évidence l’importance de la relation rédacteur-lecteur [entrées no 1]. Tous les auteurs s’entendent pour dire qu’un texte sera clair dans la mesure où le rédacteur l’aura adapté au public cible. Ajoutons à cela que toutes ces définitions sont présentées dès le début. Simple introduction ou mise en évidence ? Nous ne saurions trancher.
Deuxièmement, tous les auteurs font valoir l’utilité de la LCS dans les communications publiques et abordent la question de l’alphabétisme – même si certains le font plutôt discrètement (LCS-GR-98 et RCS-00) [entrées nos 2 et 3]. Nous estimons que cette attention a probablement pour but de rallier les praticiens à la cause du MSC.
Troisièmement, chaque source renferme une bibliographie, que nous croyons pouvoir qualifier de thématique, à l’exception de celle de la source LCS-GR-96 [entrées no 4]. Il s’agit d’une caractéristique que certains pourraient considérer comme un « fait divers », mais qui revêt une importance notable, puisque la bibliographie n’est pas simplement ajoutée en tant que section de fin d’ouvrage : dans trois des sources (VMC-98, LCS-GR-96 et PSCS-93), on y réfère le lecteur dans le corps du texte ou on l’interpelle dans le titre même de cette partie (« Pour en savoir plus », PSCS-93).
Quatrièmement, les auteurs semblent préférer les listes à puces et la table des matières pour résumer leurs recommandations [entrées no 6]. Il s’agit là de procédés pratiques qui ont pour avantage de concentrer l’information dans une zone à laquelle le lecteur peut se référer facilement. Les recommandations en caractères gras sont également assez fréquentes – autre technique qui a depuis longtemps fait ses preuves.
Cinquièmement, nous notons que des exemples servent d’appuis aux recommandations [entrées no 7]. Procédé à visée pédagogique courant dans les guides d’aide à la rédaction – nous en convenons –, l’exemple gagne à notre avis en efficacité lorsqu’il est commenté ou complété par un contre-exemple. Cette combinaison est exploitée dans les cinq sources.
Sixièmement, il est intéressant de constater que la plupart des auteurs ont choisi d’offrir une grille de vérification ou des exercices pratiques à leur public cible. Doit-on y voir une forme d’insistance ou une façon d’assurer le passage de la théorie à la pratique ? Nous ne nous ferons pas juge de cette question.
Enfin, soulignons les différences que nous avons relevées. Tendances tout aussi évidentes que les ressemblances dont nous venons de dresser la liste, ces quelques variantes témoignent d’approches originales quant au traitement de l’information. Elles se rapportent à l’entrée no 5 de chaque source.
À notre sens, ces regroupements variés sont le reflet des frontières conceptuelles plutôt vagues dont nous avons parlé précédemment (voir point 3.3, p. 29). Il ne serait pas utile d’énumérer ici les recommandations de chaque regroupement pour chaque source[46] ; d’ailleurs, comme nous le verrons, les intertitres retenus par les auteurs n’annoncent pas tous clairement ce dont il est question dans la partie qu’ils chapeautent. Mais notre intention n’est pas de remettre en cause l’organisation thématique des manuels. Si nous prenons la peine de décrire ces particularités, c’est qu’ a priori nous estimons qu’elles nourrissent l’idée faisant qu’on fractionne très souvent la tâche rédactionnelle en trois dimensions : le lexique, la syntaxe et la présentation visuelle. Elles nous apprennent en outre que les auteurs semblent avoir le souci d’aborder la production de textes utilitaires selon une certaine démarche de rédaction, ce qui va au-delà de considérations liées à la lisibilité linguistique (ex. : longueur et familiarité des mots, complexité des phrases). Voyons brièvement cela de plus près.
Les auteurs de quatre sources sur cinq proposent un premier regroupement autour de ce que nous appelons l’« analyse de mandat sommaire » [LCS-GR-96 = Avant de rédiger ; ES-95 = Contenu ; PSCS-93 = Avant de commencer à écrire, posez-vous quelques questions ; RCS-00 = Accrochez votre lecteur ].
Les mêmes quatre auteurs ont une section liée au lexique [LCS-GR-96 = Le choix des mots ; ES-95 = Langage ; PSCS-93 = Pesez vos mots ; RCS-00 = Choisissez bien vos mots ].
Tous les auteurs rassemblent des recommandations sous une catégorie se rattachant à la phrase [VMC-98 = style... ; LCS-GR-96 = La construction de la phrase ; ES-95 = Style ; PSCS-93 = Tout est dans la manière ; RCS-00 = Construisez bien vos phrases ].
Les auteurs de deux des sources seulement consacrent une partie liée à l’organisation globale du texte [PSCS-93 = Pour rendre votre texte efficace ; RCS-00 = Faites ressortir la structure de votre texte ].
Les intertitres La clarté [LCS-GR-96] et Après la rédaction [RCS-00] sont des regroupements que nous n’avons pu nous expliquer. Les recommandations que nous y avons recensées se rapportaient tantôt au lexique, tantôt à la syntaxe, tantôt à la présentation visuelle.
Finalement, si tous les auteurs partagent un autre sujet commun, la présentation visuelle, tous y vont aussi de leur intitulé personnel [VMC-98 = la mise en page... ; LCS-GR-96 = La présentation matérielle ; ES-95 = Présentation visuelle ; PSCS-93 = La présentation est très importante ; RCS-00 = Facilitez la lecture par la mise en page ]. On ne peut cependant nier ici l’influence du consensus de base des chercheurs en lisibilité typographique[47] sur la pratique.
Une chose est sûre, le regroupement des recommandations jugées essentielles par les auteurs (soit celles mises en évidence d’une quelconque façon) s’inscrit dans une suite de production, où le savoir-rendre du rédacteur, sur les plans tant linguistique que visuel, mène à la compréhension. Cette démarche s’apparente à notre représentation de la relation rédacteur-lecteur, dans laquelle le rédacteur traduit l’intelligibilité de son propos dans la lisibilité.
Quant à la répartition des recommandations selon les sources, celle-ci n’a rien de surprenant. Le nombre de pages de chaque source explique pour une bonne part cette distribution. Notons quand même que les auteurs de la source LCS-GR-96 ont fait preuve d’une concision exemplaire, formulant 27 recommandations en moins de 10 pages, et que la source RCS-00 fournit à elle seule plus de 30 % des recommandations de notre corpus.
Le tableau 10 donne le nombre de recommandations par source. La figure 3 qui suit illustre, en pourcentage, la distribution des 275 recommandations parmi les sources étudiées.
Tableau 10 – Nombre de recommandations par source
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nombre de recommandations |
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VMC-98 |
36 |
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LCS-GR-96 |
27 |
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ES-95 |
54 |
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PSCS-93 |
74 |
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RCS-00 |
84 |
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TOTAL = 275 |
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Figure 3 – Répartition des recommandations selon les cinq sources retenues
Une fois notre processus de catégorisation et de classification terminé, nous avons interrogé nos résultats à partir de quatre questions de base, formulées en fonction des critères de classement que nous avions définis (voir tableau 7). Nous les présentons ici.
Tous les auteurs tiennent-ils compte de l’ensemble des aspects du texte à produire ?
Quelle est la répartition des recommandations selon les cinq catégories se rapportant aux aspects du texte à produire ( visuel , linguistique , informatif , structurel , rédactionnel ) ?
Quelle est la répartition des recommandations selon les huit catégories se rapportant aux choix énonciatifs des auteurs ( verbe modal , verbe modal + vous , forme impersonnelle , forme impersonnelle + qualificatif , à l’infinitif , à l’impératif , description à valeur illocutoire directive , verbe illocutoire directif ) ?
Que remarquons-nous comme tendances thématiques et formelles ?
Dans les pages qui suivent, nous présentons notre interprétation de ce qui se dégage de nos analyses.
Sur le plan quantitatif, notre hypothèse principale s’est rapidement confirmée. La grande majorité des recommandations formulées dans les guides analysés relèvent davantage de la lisibilité que de l’intelligibilité. Comme l’indique le tableau 11, 75 % des recommandations seraient attribuables à des considérations d’ordre visuel, lexical ou syntaxique.
Tableau 11 – Répartition des recommandations selon les aspects du texte à produire en rapport avec les concepts de lisibilité et d’intelligibilité
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aspects du textes à produire |
lisibilité |
intelligibilité |
TOTAL |
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visuel |
85 |
85 = 31 % |
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linguistique |
120 |
120 = 44 % |
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informatif |
12 |
12 = 4 % |
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structurel |
18 |
18 = 7 % |
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rédactionnel |
40 |
40 = 15 % |
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TOTAL |
205 = 75 % |
70 = 25 % |
275 = 100 %[a] |
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[a] Tous nos pourcentages sont arrondis au nombre entier, d’où le total réel, mais non noté, de 101 % dans le tableau. |
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Nous répondons donc sans hésitation. OUI, tous les auteurs tiennent compte de l’ensemble des aspects du texte à produire, mais dans des proportions variables. Décortiquons maintenant ce premier portrait.
Du côté de la lisibilité, on insiste moins sur l’aspect visuel que sur l’aspect linguistique ; respectivement, sur les 205 recommandations de ces catégories, le rapport est de 41 % contre 59 %. Nous présumons que ce rapport 40-60 découle en partie d’un facteur : le contexte de production en milieu de travail. Nous expliquons cette hypothèse à la page 59.
Aspect linguistique – Pour cette catégorie, nous avons identifié trois sous-thèmes récurrents dans les contenus propositionnels : la syntaxe, le lexique, le respect de la norme. Allons-y dans l’ordre.
Comme le dit Beaudet, rédiger, « ce n’est pas respecter un ensemble de règles prédéfinies dont la concaténation mène au résultat attendu. » (1998 : 83). Prodiguer des conseils à celui qui tient la plume procède dès lors d’un ensemble de principes d’application et de connaissances théoriques que l’on doit mettre en rapport, nuancer, détailler. Pas étonnant d’ailleurs qu’au sein d’une même source nous ayons noté quatre variations sur le même « thème » : la longueur de la phrase.
Évitez les phrases trop longues. [R-229]
Si vous écrivez pour un public très large, essayez de ne pas dépasser une quinzaine de mots par phrase. [R-230]
Si vous ne pouvez vraiment pas éviter la phrase longue, veuillez au moins à ce qu’elle soit correctement construite. [R-232]
Que faire si la phrase est trop longue ? Le remède principal consiste à scinder la phrase. Pour cela, 1. Recherchez les idées qui composent la phrase ; 2. Pour chaque idée, faites une phrase distincte. [R-233]
Or les sources se suivent mais ne se ressemblent pas ! Par exemple, ailleurs, on en propose une seule mais tout en nuances.
[intertitre] Construire des phrases de longueur moyenne [/intertitre] Il faut donc viser à former des phrases d’une longueur raisonnable, ni trop longues ni trop courtes, et veiller à ce que les propositions s’enchaînent d’une manière fluide et logique. [R-51]
Essentiellement, d’une source à l’autre, pour exprimer la même idée, on pèse le poids de ses mots, surtout lorsqu’il est question de la phrase. On ne prescrit pas, on suggère. Sous cet angle, la règle du bon sens[48] ressort comme un principe tacite. Nous soulignons.
[intertitre] Employer à bon escient la forme négative [/intertitre] [R-59]
[intertitre] Préférez une phrase affirmative à une phrase négative [/intertitre] [R-235]
[intertitre] Privilégier la voix active [/intertitre] [...] Il ne s’agit pas ici de frapper d’interdit la construction passive, qui est parfaitement admise en français et qui permet de donner un éclairage différent. [R-49]
[intertitre] Employez de préférence une phrase active [/intertitre] [R-240]
Par contre, la distinction importante entre complexité syntaxique et complexité informationnelle – distinction que rappelle le Groupe Rédiger (2003) et qui est confirmée par les chercheurs en sciences cognitives – ne nous apparaît pas suffisamment clarifiée dans les recommandations recensées portant sur la simplicité de la phrase. Sur 22 recommandations liées à la structure phrastique, 4 seulement en font mention, lesquelles sont issues de 2 sources [PSCS-93 (qui en donne 3) ; RCS-00 (qui donne l’autre)]. Outre la R-233 (p. 56), les trois autres conseils qui vont au-delà de « faire des phrases courtes » se présentent comme suit :
[intertitre] Ne surchargez pas les phrases [/intertitre] Évitez, autant que possible, d’insérer une nouvelle idée au milieu d’une phrase. N’hésitez pas à rédiger une autre phrase, voire un nouveau paragraphe, pour y exposer votre nouvelle idée. Ne « bourrez » pas vos phrases . [R-133]
Vos phrases doivent être faciles à lire ; elles doivent donc présenter les caractéristiques suivantes : - posséder une structure simple et logique ; - être limitées à une seule idée ou à des idées qui s’enchaînent logiquement ; - [ respecter les règles grammaticales et syntaxiques du français ; ] - adopter un ton encourageant pour la personne qui lit. [R-136]
[intertitre] Reliez vos idées [/intertitre] Il est beaucoup plus facile de suivre un raisonnement lorsque les idées sont reliées entre elles par des mots de liaison (conjonctions). Si vous ne pouvez faire autrement qu’incorporer deux idées dans la même phrase, assurez-vous que le lien entre les deux est parfaitement clair. [R-143]
Au chapitre du lexique, cette fois, on incite à chasser l’équivoque, l’hermétisme et le superflu.
[intertitre] Éviter le jargon et les clichés [/intertitre] [...] Le lecteur moyen ne saisira pas non plus les termes et les expressions trop recherchés. [R-55]
Éviter les mots inhabituels, les termes techniques, le jargon, les expressions étrangères et les régionalismes. [R-75]
Définir les termes techniques lorsqu’on ne peut les éviter. [R-76]
[intertitre] Évitez les mots inutiles [/intertitre] [R-149]
[intertitre] Éliminez les mots inutiles [/intertitre] [R-270]
[intertitre] Éliminer les ambiguïtés [/intertitre] [R-52]
Il faut éviter des formulations obscures comme [... dommages collatéraux ]. [R-56]
Et on recommande bien sûr ce que nous appelons « les classiques » : l’emploi de mots courts, simples, concrets et le recours à la répétition plutôt qu’à la synonymie.
Utilisez des mots courts et des phrases courtes. [R-5]
Employer un vocabulaire simple, précis, correct. Utiliser de préférence des mots familiers [au sens de courant].[R-74]
[intertitre] Employez des mots courants [/intertitre] [R-213]
[intertitre] Répétez les mots clés [/intertitre] En utilisant trois ou quatre mots différents pour désigner la même chose, vous risquez de perdre vos lecteurs en route. Ne craignez donc pas d’employer toujours le même mot. [R-158]
[intertitre] Employez toujours le même mot pour la même notion [/intertitre] (plutôt qu’un synonyme) [R-220]
Par ailleurs, à notre surprise, on ne s’éternise pas sur la norme en matière de qualité linguistique. Seules quatre recommandations y sont consacrées (soit un peu plus de 3 % des recommandations de cette catégorie). Les conseils vont du bon usage du correcteur orthographique d’un traitement de texte aux pièges sournois de la phrase complexe, en passant pas le respect des règles grammaticales et syntaxiques.
Mis à part ces principes « élémentaires », norme et usage s’affrontent en arrière-scène sur le terrain de la clarté, notamment en ce qui concerne la féminisation et l’emploi de mots répandus bien que jugés incorrects dans les ouvrages de référence. Doit-on féminiser un formulaire ? Dans un site Web, peut-on inviter l’internaute à « démarrer son entreprise » ?
Entre Choisir, dans la mesure du possible, des mots qui n’ont pas de genre propre (ex. : le personnel plutôt que les employés) [R-82] et « se mettre dans la peau du lecteur », recommandation d’ordre rédactionnel[49] acceptée unanimement par les praticiens (dont ARCAND et BOURBEAU 1995 ; SIMARD 1998 ; ROSS 1990) et les théoriciens (dont CLERC et BEAUDET 2003 ; ESCARPIT 1978 ; LABASSE 2003 et 2001a), se tient le rédacteur qui doit trancher.
Selon la situation de communication, gérer ce genre de dualité demande du doigté et du jugement, surtout lorsqu’on s’adresse au grand public. C’est cet appel aux compétences du rédacteur que nous avons décelé dans les recommandations – et dans l’ensemble des sources. En définitive, aucune prise de position ne se dessinait. Il revient somme toute au rédacteur d’opter, en situation, pour le registre approprié.
Aspect visuel – Par expérience, nous savons que les rédacteurs des milieux administratifs sont rarement appelés à s’occuper de la mise en page finale de certains textes utilitaires qu’ils produisent (ex. : dépliant, formulaire, guide, rapport, site Web). Puisque le public cible des manuels étudiés est au premier chef le rédacteur de l’État et de l’entreprise, nous croyons que le contexte de production en milieu de travail peut avoir influencé l’attention portée aux recommandations d’ordre linguistique. Il serait intéressant de voir auprès des graphistes, programmeurs, et autres praticiens du domaine du design graphique, si les recommandations qu’on leur adresse en ce qui a trait à un « visuel réussi » rejoignent celles formulées dans les sources que nous avons analysées.
Mais cette supposition ne discrédite en rien les conseils sur la lisibilité typographique que nous avons colligés, lesquels couvrent un large éventail de méthodes applicables avec un logiciel de traitement de texte usuel. L’ensemble englobe presque tout, du choix de la police de caractères aux soins à apporter aux éléments visuels.
Choisir une police de caractères bien lisible. [R-17]
[question présentée à la section « Conception » de la liste de vérification] La taille des caractères est-elle d’au moins de 12 points ? [R-36]
Choisir des caractères assez gros. [R-62]
Il faut surveiller notamment la taille et le type de caractères employés. [R-107]
[intertitre] Choisissez avec soin vos caractères typographiques [/intertitre] [R-175]
Il est préférable d’utiliser des caractères ordinaires, simples et faciles à lire. [R-176]
Par conséquent, prenez soin d’utiliser des caractères suffisamment gros (dix points au minimum). [R-178]
Utilisez un caractère plus grand. [R-262]
Des principales tendances thématiques dans ces recommandations, nous notons en outre ces six autres sous-thèmes, que nous présentons à la suite sans plus de préambule.
Le gras , l’italique et les listes à puces [•, ] apparaissent comme les procédés de mise en évidence les mieux cotés ; la couleur et les encadrés arrivent en second. Signalons ici que nous n’illustrons pas ces quelques préférences par pure fantaisie : dans la plupart des sources, on procède de la même façon et on ajoute souvent qu’à trop vouloir montrer on perd en efficacité. Toutefois, puisque nous voulons du même coup marquer le caractère plus concret des paramètres se rapportant à la lisibilité typographique, poursuivons ce jeu encore pour quelques exemples.
Dans quatre sources, on avance que les caractères avec empattements se lisent mieux que les caractères bâton. Mais on souligne aussi que les titres et les intertitres devraient être de polices différentes.
Dans toutes les sources, on recommande de soigner la mise en page et de bien aérer le texte. Par exemple,
[intertitre] Calculez généreusement vos marges [/intertitre] [R-167]
[titre de partie] Facilitez la lecture par la mise en page [/titre de partie] [R-254]
Dans trois des sources, on conseille une mise en page au fer à gauche. Dans une autre, on mentionne plutôt que La justification peut servir à créer une image particulière (ex. : des blocs de texte). [R-96] ; mais on ajoute qu’il faut Maintenir un espacement régulier entre les mots. [R-110].
DANS L’ENSEMBLE, NOUS OBSERVONS UNE CERTAINE RÉSERVE QUANT À L’UTILISATION DES MAJUSCULES.
Évitez les majuscules. [R-23]
Évitez d’imprimer tout un passage en majuscules. [R-179]
Mettez certains mots en MAJUSCULES. [R-258]
Il s’agit là d’une mise en garde qui se comprend. Comme l’explique Anctil dans un ouvrage portant sur la rédaction muséologique :
Quand nous parcourons un texte, notre œil accroche la partie supérieure [des lettres] et photographie en ⅓ et ¼ de seconde la forme des mots. Ce ne sont pas les lettres des mots, mais plutôt leurs formes générales que l’on capte. [...] Les mots composés en minuscules ont une forme plus distinctive par leurs contours irréguliers. Ils sont plus rapidement reconnaissables donc plus faciles à lire. (1993 : 225).
Du reste, nous avons également relevé d’autres recommandations « à la pièce » d’une source à l’autre, recommandations qui s’inscrivent dans la lignée des recherches empiriques menées en typographie (voir à ce sujet LABASSE 1999c). Ainsi traite-on d’interlignage suffisant, du format centré à réserver pour de courts passages, du meilleur contraste de l’encre foncée sur un fond pâle, de l’avantage de l’énumération verticale, etc. Or, en dépit de tous ces judicieux conseils, seuls les auteurs de la source PSCS-93 soulignent l’intérêt de réfléchir au moyen de communication à retenir (ex. : la vidéo, les bandes audio, le braille, l’imprimé) avant même de prendre le clavier.
Enfin, signalons que, de toutes ces recommandations liées à la lisibilité, aucune ne concerne la ponctuation. Pourtant, il nous semble que l’emploi abusif du point-virgule, des tirets, des guillemets et des parenthèses nuit à la lecture, notamment pour des FL. En outre, sur le plan matériel, aucune n’aborde non plus la question de la maniabilité du support à retenir.
Rappelons d’abord les chiffres : sur 275 recommandations, 12 portent sur les aspects d’ordre informatif (4 %) ; 18 sur ceux d’ordre structurel (7 %) ; et 40 sur les aspects d’ordre rédactionnel (15 %). Sur l’ensemble de ces 70 recommandations prenant en compte l’intelligibilité, le pourcentage est respectivement de 17 %, 26 % et 57 %. La majorité des auteurs réserveraient donc une place appréciable à ce que nous postulons être les facteurs qui ancrent – ou encrent (!) – le texte dans la situation de communication et campent les acteurs de la relation communicationnelle (l’aspect rédactionnel).
Comme nous l’avons laissé entendre précédemment, nous ne nous attendions pas à un équilibre parfait entre lisibilité et intelligibilité, encore moins à la prédominance de la seconde sur la première. En la circonstance, nous ne pouvions prévoir ce que nous dévoilerait le dépouillement de notre corpus quant aux recommandations d’ordre informatif, structurel et rédactionnel, hormis le fait que nous présumions trouver quelques conseils généraux portant sur une certaine démarche de rédaction.
Le figure 4 montre le nombre de recommandations que consacre chaque source aux divers aspects textuels caractérisant la tâche d’écriture.
Figure 4 – Pourcentage des recommandations portant sur les aspects du texte à produire réparties selon les sources
Les sources VMC-98 et PSCS-93 ont sensiblement le même profil à paliers : de l’informatif au rédactionnel, les recommandations vont en augmentant. De leur côté, les sources LCS-GR-96, ES-95 et RCS-00 présentent de légères variantes. Toutes traduisent le portrait type que nous avions pressenti.
Cela dit, examinons plus avant comment les auteurs manifestent leur prise en compte de l’intelligibilité. Commençons de nouveau par la portion la plus importante (en pourcentage, bien sûr !).
Aspect rédactionnel – Nul doute que le fameux principe « se mettre dans la peau du lecteur » en inspire plusieurs. Les conseils prodigués en ce sens tournent autour de trois sous-thèmes principaux : connaître son lecteur, adopter un ton adéquat et valider son document. Allons-y de nouveau dans l’ordre.
Nous l’avons montré, se représenter le lecteur grand public nécessite une analyse détaillée de la situation de communication. Le rédacteur doit non seulement deviner ce que sait son destinataire du sujet, du médium utilisé, de l’émetteur, etc., mais de surcroît connaître en partie les processus de lecture en cause dans l’acte de lire, tout en gardant à l’esprit que chaque lecteur a sa propre identité socioculturelle. Dresser la liste des menus détails auxquels il doit réfléchir relève de la prouesse. On n’a qu’à penser aux facteurs psychosociaux pour s’en convaincre, dont l’âge, le deuil, la surdité, le stress, la maladie, la profession, l’origine ethnique, la confession, le statut social ne sont que quelques exemples.
Dans le corpus étudié, pour aider le rédacteur dans cette réflexion ardue mais réalisable, on formule des recommandations générales mais pressantes (les trois dernières sont tirées de la même source). Nous marquons en gras l’insistance.
Pour rédiger un texte en langage clair, vous devez commencer par faire l’effort de vous renseigner le plus possible sur les personnes qui le liront. Cela vous aidera à produire des documents vraiment utiles. [R-2]
Plus vous connaissez et précisez les besoins de votre clientèle, plus vous pourrez communiquer efficacement [R-69]
Pour être sûr d’être bien compris, vous devez garder constamment à l’esprit les personnes auxquelles s’adresse votre document. [paragr.] Si vous pensez aux destinataires, vous ferez spontanément des efforts pour demeurer clair. [idée déjà recensée : Et, avant d’écrire, vous aurez : - cerné les informations que vous souhaitez transmettre ; - déterminé qui sont vos lecteurs et, le cas échéant, leurs besoins ; - choisi la manière la plus claire de transmettre les informations. ] [R-121]
Il faut absolument que vous vous informiez des capacités de lecture de vos lecteurs : élevées, faibles, moyennes ou diverses. Comme vous l’avez lu un peu plus haut, vous devrez adapter votre style aux personnes dont les capacités de lecture sont les plus faibles. [R-122]
Écrivez comme si vous vous adressiez à quelqu’un, comme si vous tentiez de lui expliquer quelque chose. Vous ferez alors un effort pour être simple et compréhensible. Imaginez qu’on vous demande : « Mais qu’est-ce que ça veut dire ? » et répondez le plus clairement possible à cette question. [R-149]
Dans deux autres sources, on mise plutôt sur l’inférence du destinataire-rédacteur.
Il ne s’agit pas d’adopter un style puéril ou un vocabulaire pauvre, mais d’adapter le texte aux destinataires. [...] [intertitre] Adapter le texte au destinataire [/intertitre – suivi de questions portant sur le choix de l’information] [R-37]
[titre de partie] Accrochez votre lecteur [/titre de partie] [R-192]
[intertitre] Demandez-vous qui est votre lecteur (votre destinataire, votre public cible) [/intertitre] [R-193]
[intertitre] Adoptez le point de vue du lecteur, et non le vôtre [/intertitre] [R-201]
Quoi qu’il en soit, ce premier sous-thème est complété et renforcé par des conseils sur le ton et la façon de s’adresser au lecteur. On encourage ainsi le rédacteur à créer une certaine ambiance.
Nous vous recommandons d’y porter une attention particulière [au ton du message] . En somme, il s’agit d’écrire à son public, comme on lui parle. [R-91]
Déterminer quel ton convient à la clientèle et au message. [R-92]
Éviter la condescendance. - Éviter les mots qui pourraient être perçus comme ayant une connotation péjorative. [R-93]
Adopter un ton familier, lorsque les circonstances le permettent, pour donner au message un caractère plus personnel. [R-94]
le texte est libre de tout préjugé fondé sur le sexe ou l’appartenance à un groupe socioculturel, [R-33]
S’adresser directement au lecteur ou à la lectrice. [R-12]
[intertitre] Adressez-vous directement à votre lecteur [/intertitre] [R-195]
Pour désigner le lecteur du texte : employez « vous », « je » et le verbe à l’impératif. [...] [La 1re pers.] est préférable à la 3e personne si le lecteur est identifiable. [...] [ex. : Que dois-je faire pour obtenir un remboursement ?] L’avantage de cette formulation est de créer un lien personnalisé avec le destinataire de notre communication, qui se sent alors étroitement concerné par ce qu’il lit. [R-197]
On étaye finalement le tout en recommandant de vérifier si le texte correspond aux objectifs de simplification. Deux moyens sont surtout vantés : la grille de vérification et le test auprès du public cible.
Pour des guides destinés au rédacteur de l’État et de l’entreprise, la seconde méthode nous surprend quelque peu[50]. Si le praticien peut se permettre de consacrer une portion de sa tâche pour une validation personnelle à l’aide d’une grille, en revanche, il lui est généralement très difficile de planifier un test avec un groupe cible dans la chaîne de production. Comme nous le mentionnions plus tôt, les contraintes sur le terrain constituent fréquemment les principales embûches à la concrétisation de documents simplifiés selon, disons, les règles de l’art. Néanmoins, nous applaudissons ouvertement à cette proposition qui finira, peut-être, par faire son chemin. Les enquêtes menées auprès de la population révèlent d’ailleurs qu’il y a un monde de connaissances entre « la perception de sa compréhension » (croire que l’on a compris) et sa compréhension effective d’un document (voir entre autres à ce sujet JOHNSON & ROY 2003). Ces résultats ne peuvent que consolider la pertinence de tests auprès des publics cibles.
En guise de résumé, terminons sur ce troisième sous-thème avec quelques recommandations qui nous ont semblé plus originales.
[En complément à : Mettre le texte à l’essai avec un groupe-témoin de lectrices et de lecteurs. ] Demandez toujours à quelqu’un d’autre de lire ce que vous avez écrit et de vous faire des observations. [...] Consultez des personnes qui connaissent votre groupe-cible mieux que vous. Vous pourrez ainsi déterminer : - si votre texte intéresse votre groupe-cible, - si les membres de votre groupe-cible pourront lire votre texte, - si les membres de votre groupe-cible pourront se servir de l’information contenue dans votre texte. [R-20]
Une combinaison de ces trois outils assure une bonne validation. La grille de vérification prend en considération l’application des techniques. Les formules mathématiques et les logiciels apportent des données spécifiques sur la lisibilité d’un texte. La vérification auprès de la clientèle-cible évalue la compréhension du texte et détermine si les besoins ont été comblés. [R-117]
[titre de partie] Après la rédaction [/titre de partie] [intertitre] Relisez le texte à tête reposée [/intertitre] [R-273]
Nous avons enfin recensé pour cette catégorie des recommandations se rapportant à la démarche de rédaction proprement dite. Ces conseils prennent souvent la forme de listes de questions que le rédacteur doit se poser avant d’entreprendre son travail d’écriture. Toutefois, dans la source ES-95, on soulève indirectement un problème digne de mention, signalant qu’un « grand ménage de surface » ne suffit peut-être pas à simplifier les communications – mythe malheureusement largement répandu. Nous soulignons.
[...] On peut utiliser les techniques proposées ici pour simplifier un texte déjà écrit, mais il vaut mieux encore s’en servir dès le premier stade de la rédaction. [R-64]
[...] Lorsqu’on sait au départ qu’un document devra être écrit en deux langues, il est préférable que la rédaction se fasse en parallèle , c’est-à-dire par deux rédacteurs, soit un francophone et un anglophone. [R-65]
Aspect structurel – Dans cette catégorie comptant 18 unités, 9 recommandations portent sur le plan, 5 autres, sur le texte, et 4 renferment le mot paragraphe . Les sous-thèmes traités varient d’une source à l’autre, selon l’approche d’ensemble des auteurs.
À titre d’exemple, les auteurs de la source VMC-98 s’en tiennent à un sujet, le texte. Nous présumons que les deux grandes parties de ce manuel, l’oral et l’écrit, ont peut-être influencé ce choix. Pour leur part, les auteurs de la LSC-GR-96 ont préféré le plan. Dans un guide d’aide à la rédaction générale de ce genre, sans doute était-ce de mise. Mais nous ne nous avancerons pas davantage.
Grosso modo, la tradition se perpétue : en formation comme au travail, le rédacteur se le fera répéter encore et encore, il faut faire un plan ! Certains RP expérimentés prédiront aux débutants qu’à la longue, on n’a qu’à tracer les grandes lignes de la question ; d’autres se buteront toujours à l’exercice ; d’aucuns oseront confesser que leur plan se construit en cours de rédaction. Qu’à cela ne tienne, les manuels le préconisent (nous appuyons cette affirmation sur notre recherche exploratoire, voir p. 16-17) : un plan minimum est nécessaire pour structurer sa pensée[51].
Les auteurs de deux sources présentent leur recommandation à ce propos comme s’il s’agissait d’une évidence.
Il appartient au rédacteur de décider s’il veut exprimer ses arguments les plus importants au tout début (c’est la méthode habituelle) ou les réserver pour la fin – l’essentiel étant de les ordonner avec soin selon un plan. [R-40]
[intertitre] Comment présenter vos informations ? [/intertitre] Faites un plan, tout simplement. [R-126]
Les autres apportent des précisions en formulant leurs conseils autour du concept d’« organisation ». Par exemple,
[intertitre] Organiser les idées [/intertitre] Avant de commencer à rédiger, le rédacteur ordonne ses idées et choisit la façon dont il veut les présenter. Il s’agit pour lui : - De déterminer l’objet du document. - D’établir l’ordre de présentation des idées. [idée déjà recensée : - De décider s’il y a lieu de dresser une table des matières, dans le cas où le document sera d’une certaine longueur. ] [R-40]
Présenter l’information sous forme de questions et de réponses. [R-89]
[intertitre] Ordonnez vos idées [/intertitre] [R-128]
Commencez par les informations dont il [le lecteur] a besoin. [R-206[
Quant aux recommandations portant sur le paragraphe ou sur le texte, elles mettent partiellement en évidence l’importance de regrouper l’information par bloc notionnel et d’en assurer la cohérence, ce qui se rapproche de l’objectif même du plan de rédaction.
Exprimer une seule idée par paragraphe. [R-84]
Établir des liens logiques entre les idées exprimées dans les différents paragraphes. [R-85]
[titre de partie] Faites ressortir la structure de votre texte [/titre de partie] [R-246]
Prises individuellement, ces recommandations nous apparaissent assez timides. Elles ne frôlent que le début du commencement de l’explication dont aurait besoin un rédacteur, surtout un RF. Ensemble peut-être détaillent-elles un peu mieux ce que les spécialistes entendent par « structurer l’information ». Néanmoins, nous sommes d’avis que les auteurs demeurent flous quant au regroupement des idées, à la hiérarchisation et à l’ordonnancement de l’information, facteurs clés de la compréhension.
Selon Pepin, notamment, ces considérations relèvent du domaine de la grammaire du texte, où la cohérence est au première plan. Elle soutient entre autres que la linéarité du discours contraint le rédacteur à s’investir dans son rôle de guide auprès du lecteur. L’échec ou la réussite de la relation rédacteur-lecteur en dépend grandement.
En somme, le scripteur pourra généralement compter sur la collaboration de son lecteur. Mais il ne devra pas en abuser, c’est-à-dire qu’il ne devra pas mettre trop de poids sur les capacités inférentielles de son lecteur. Plutôt, il devra s’efforcer d’indiquer toutes les relations qui ne font pas partie des attentes naturelles du lecteur et que, selon son estimation, le lecteur ne pourrait inférer qu’avec peine et incertitude. (1998 : 7)
Si certaines recommandations jusqu’à maintenant discutées aidaient passablement bien le rédacteur à contrer les différents types de difficultés en lecture, nous estimons que celles que nous venons de commenter répondent moins bien à l’objectif.
Aspect informatif – S’il existe un aspect que nous qualifierions du « parent pauvre » de la simplification, l’aspect informatif serait malheureusement l’élu. Imprégné de son sujet, le rédacteur, spécialement le RF, oublie bien souvent que son quotidien se rattache à un domaine de spécialité. Les documents émanant des secteurs public et privé regorgent d’exemples probants attestant de ce point faible (GROUPE RÉDIGER 2002 et 2003). L’ennui est qu’il est réellement difficile de faire abstraction de ses propres connaissances en contexte de production, quel que soit le degré de sincérité avec lequel on entreprend de se mettre dans la peau de son lecteur. Le juste équilibre ne se laisse pas aisément atteindre.
Le danger est évidemment de surestimer ou de sous-estimer l’environnement cognitif des destinataires et de rendre la communication difficile à comprendre ou même incompréhensible, ou encore de les offenser en leur présentant un contenu trop simple ou trop explicite pour eux (Sperber, Wilson 1995 : 218). [CLOUTIER 2001 : 7].
« Une solution facile à tout ça ? Non, aucune. Au contraire, le “vrai” travail de simplification demande énormément de temps et d’énergie. » (KAVANAGH 2003 : 12). Cette notion d’investissement ne remporte cependant pas la palme pour cet aspect du texte à produire.
En vérité, en ce qui concerne la collecte et la sélection de l’information, les deux principaux temps de ce volet de la rédaction, nous avons constaté que les douze recommandations rassemblées dans cette catégorie renfermaient des pistes intéressantes pour le rédacteur, mais sans plus. On l’oriente principalement sur la façon dont il doit s’y prendre pour choisir l’information, matériel de base de sa communication.
Dans l’ensemble, tous les auteurs accompagnent leurs recommandations de quelques précisions dispersées dans le corps du texte. Quatre tendances se profilent.
D’une part, deux des sources fournissent des recommandations plutôt détaillées.
Dans un premier temps, le rédacteur se pose les questions suivantes : - Qui sont les destinataires ? - Quels sont les renseignements à transmettre ? (Les lecteurs ont-ils besoin de renseignements détaillés ou d’un simple résumé ? Doivent-ils connaître l’historique d’une décision ou seulement les conséquences que cette décision aura sur eux ? Sur quels aspects de la question doit-on mettre l’accent ?) - À quoi ces renseignements doivent-ils servir ? (S’agit-il d’informer les lecteurs, de les amener à prendre une décision ou de les inciter à participer à un programme ?) [R-38]
[titre de partie] Contenu [/titre de partie] Quel est l’objectif de votre communication ? Pourquoi écrivez-vous ce texte ? Quelle est l’information importante, nécessaire ? Que voulez-vous dire ? Comment transmettre l’information de façon concise et accessible ? Quels moyens prendre ? Comment communiquer l’essentiel le plus simplement possible ? Quelle est l’idée principale ? [pour conclure] Énumérez les informations que vous devez transmettre. [R-71]
D’autre part, dans trois sources, on conseille au rédacteur un point de départ « sûr » mais arbitraire : les besoins du lecteur.
Les deux étapes de la production d’un texte en langage clair sont les suivantes : - déterminer quelles sont les personnes qui liront le texte, afin d’y inclure les renseignements qu’elles doivent ou veulent avoir ; [idée déjà recensée - choisir quelques personnes qui font partie de votre groupe-cible et leur demander de lire votre texte pour vérifier qu’elles le comprennent bien. ] [R-3]
[intertitre] Quelles sont les informations essentielles ? Quelles sont les informations secondaires ? [/intertitre] Pour déterminer quels sont les renseignements les plus importants, mettez-vous à la place des destinataires et demandez-vous ce qu’ils chercheront en tout premier lieu dans votre texte. [R-125]
De façon générale, on adresse également au rédacteur quelques trucs pour l’aider à cibler ce qu’il convient de mentionner.
Présentez des renseignements pratiques et non des considérations générales sur les mérites ou les inconvénients d’un traitement. [R-8]
Retenir l’essentiel, c’est faire des choix. L’auteur ou l’organisme pour lequel il écrit doit effectuer ces choix. [R-72]
[Pour un programme, par exemple] [intertitre] Formulez les conditions en fonction du lecteur [/intertitre] Ici aussi, mettez-vous à la place du lecteur. [R-205]
[intertitre] Si le texte concerne un changement, insistez sur ce qui est différent [/intertitre] [on conseille d’accompagner cela d’un exemple] [R-252]
Par ailleurs, on explique brièvement comment ces informations devraient être amenées.
L’information présentée sous cette forme [en tableau] doit être précise et aussi complète que possible. [R-102]
En effet, si vous rédigez un manuel ou un guide, il sera peut-être nécessaire d’y inclure un petit glossaire de termes spécialisés ou d’ajouter une introduction qui fournira aux lecteurs des informations essentielles à la compréhension du document. [R-124]
Évitez de consacrer trop de place aux idées abstraites. Il est parfois important de parler, par exemple, des buts et des résultats d’une recherche. Mais n’oubliez pas de définir les termes techniques et de donner des exemples concrets. [idée déjà recensée : En outre, même si vous devez exprimer des idées abstraites, essayez d’utiliser des mots simples et concrets. ] [R-157]
Si une idée vous paraît essentielle [au sens de renseignement] , reprenez-la à plusieurs reprises pour bien l’ancrer dans l’esprit des personnes qui vous liront. [R-159]
Tâche capitale dans un contexte de simplification des écrits, le travail de collecte de l’information et de sélection des éléments essentiels à la transmission du message ne reçoit pas toujours l’attention qui lui revient. Ces quelques recommandations forment seulement la trame de fond du travail considérable que cet aspect présuppose.
En dernière analyse, nous remarquons que peu de recommandations se rattachent au genre de document à produire et au but de la communication. Pour les trois catégories structurel , informatif et rédactionnel , les auteurs invitent le rédacteur à entamer une réflexion, mais ils ne lui indiquent que quelques vagues repères sur la façon d’adapter le tâche d’écriture en fonction des genres de textes et des objectifs de communication.
Comme nous l’avons montré, la rédaction de textes utilitaires destinés au grand public procède d’un processus de réflexion qui conditionne chacun des choix posés en cours de production, qu’il s’agisse des aspects liés à la lisibilité ou de ceux liés à l’intelligibilité (l’étape de base étant l’analyse de mandat). Dans cet esprit, les recommandations formulées sous forme de questions nous apparaissent judicieuses. Bien que parfois sommaires, elles ont le mérite de susciter le questionnement chez le rédacteur.
En parallèle, nous comprenons fort bien qu’il soit délicat, voire paradoxal, pour les auteurs de prendre position concrètement sur certains points, peu importe les aspects du texte en cause. Depuis plus d’un siècle, les résultats des travaux en lisibilité et en intelligibilité sont fluctuants. En amont des définitions soumises par les chercheurs, les outils de mesure à préconiser sont constamment réévalués.
Historically, judgment preceded objective measurement and until the early 1900s was the most prevalent method used to estimate comprehension difficulty. The wide use of objective measurement began in the United States around the 1920s and it has been the predominant approach since then, although there has been a growing trend recently to return to judgment and qualitative techniques . (CHALL 1996 : 23).
À cela s’ajoutent les découvertes des sciences cognitives qui n’ont de limites que le développement technologique effervescent que nous observons. Selon plusieurs chercheurs (voir entre autres RQL 1996 ou BOYER 1992), il reste d’ailleurs de nombreuses recherches à mener pour que des outils de mesure adéquats, combinant l’évaluation des critères liés à la lisibilité et ceux relatifs à l’intelligibilité, soient mis au point. Cet état de chose fait finalement en sorte que les auteurs de manuels n’ont pas tout ce dont ils ont besoin pour formuler des recommandations efficaces sur tous les plans.
Nous croyons par ailleurs que les auteurs, même s’ils n’insistent pas sur la qualité de la langue (ou la norme) – recommandation qui, à notre avis, coule de source –, soutiennent l’importance de la lecture critique et de la révision linguistique. Recommander une syntaxe juste, un style vivant, un vocabulaire exact, la cohésion des unités de sens sont autant de façons de promouvoir qu’un texte précis suppose rigueur et retouches. Conseils qu’ils appuient en suggérant le recours à des grilles de vérification, des tests auprès du public cible ou la relecture par des pairs.
Au total, les recommandations avancées rejoignent les grands principes rédactionnels de base – bien sûr, surtout relativement aux aspects visuel et linguistique de l’écriture en gestation. L’utilisation que le rédacteur en fera dépend dès lors de son savoir-faire et de sa capacité à transposer ses connaissances dans un contexte de simplification.
Mais rappelons-le, il y aura toujours deux poids deux mesures – et nous conclurons sur ce cette partie. Le succès des recommandations liées à la lisibilité ne tient pas uniquement au fait que les auteurs des guides de rédaction en LCS y consacrent les deux tiers de leurs conseils. Cette popularité s’explique aussi par des arguments de nature économique. Sur ce point, nous rejoignons la position de Kavanagh.
Le seul moyen de rendre accessible de l’information complexe au plus grand nombre, c’est d’opter pour une simplification en profondeur [[52]], à partir du contenu et non seulement du texte. Le lobby autour de la simplification ne s’en prend souvent qu’au texte lui-même, qu’à la surface, laissant loin derrière le vrai problème. On comprend toutefois aisément que cette méthode soit populaire : c’est beaucoup moins coûteux en temps et en argent de simplifier les mots (ce qui n’est pas inutile, bien au contraire !) que de simplifier l’information de départ et la structure du texte [[53]]. C’est pourtant la condition sine qua non pour réussir la simplification de documents très complexes. (2003 : 12)
Dans ce contexte, il faut que décideurs et praticiens comprennent bien que la simplification des communications constitue un exercice délicat et exigeant, qui demande temps, argent et énergie. Une fois ce pas franchi, pour faciliter l’analyse de mandat nécessaire à leurs productions écrites, ils ont tout un programme de recherche et de vulgarisation documentaires à entreprendre. Par quels moyens communique-t-on avec sa clientèle ? Quels sont les documents produits par l’organisme ou l’entreprise ? A-t-on pensé à faire une typologie des principaux genres ? A-t-on sous la main un lexique des termes techniques à simplifier ? Sait-on globalement ce que la population pense de l’émetteur que l’on représente ? Tous les aspects du texte à produire doivent être enrichis d’une telle réflexion. Des recommandations liées à la rédaction en LCS principalement destinées au rédacteur ne dédouanent pas l’État et l’entreprise d’investir dans ce premier travail de recherche essentiel.
Au public comme au privé, des témoignages d’entreprises et d’organismes engagés dans le MSC confirment qu’il est possible de rentabiliser les investissements que l’on y consent (voir entre autres les sources VMC-98 et ES-95 ; ou FERNBACH 1990 et GUNNING 1968). Mais on doit savoir être patient, les résultats observés ne sont pas immédiats. Aussi la rédaction en LCS devrait-elle, selon nous, constituer une étape de la planification même du travail, un mode de gestion du service à la clientèle. À ce chapitre, tous les auteurs appuient leurs recommandations de passages, voire de sections entières, plaidant en ce sens. De tels commentaires ne sont n’y du ressort de la lisibilité ni de celui de l’intelligibilité.
Au point précédent, nous avons exprimé de façon générale nos premières impressions quant à la manière dont les auteurs ont choisi de présenter leurs recommandations liées à la lisibilité ou à l’intelligibilité. Y allaient-ils franchement ? Nuançaient-ils leurs propos ? Nous tentions de le signaler. Nous comptons maintenant porter notre attention sur notre deuxième critère de classement, les choix énonciatifs des auteurs[54].
Évidemment, nous ne nous lançons pas ici dans une analyse détaillée relevant des théories du discours. Loin s’en faut. Nous nous en sommes tenue à un objectif bien plus modeste : observer les tendances formelles. Avant d’en arriver aux résultats de notre dépouillement, nous illustrons les huit types d’occurrences que nous avons recensées. Par la suite, nous commentons sommairement leur répartition selon les aspects du texte à produire et selon les sources.
Voici les huit cas de figure possibles. Pour chaque recommandation, nous mettons en évidence les expressions qui justifient ces classements.
Il existe plusieurs types de tests qui peuvent servir à évaluer le niveau de langage de vos écrits. [...] Compte tenu de leurs limites, ces outils ne devraient être qu’un élément parmi d’autres de l’analyse de vos écrits. La meilleure chose à faire reste encore à examiner vos textes du point de vue des personnes auxquelles ils s’adressent. [R-29]
Pour rédiger un texte en langage clair, vous devez commencer par faire l’effort de vous renseigner le plus possible sur les personnes qui le liront. Cela vous aidera à produire des documents vraiment utiles. [R-2]
Il convient tout particulièrement de faire en sorte que les adjectifs possessifs ou démonstratifs et les pronoms soient bien appuyés, c’est-à-dire que leur antécédent, ou ce qu’il remplacent, soit clair pour le lecteur. [R-53]
Simplifiez votre mise en page et limitez-vous à des énumérations point par point, à des caractères gras ou au soulignement pour mettre en valeur certaines parties du texte. [R-7]
À première vue, nous avons constaté que les choix énonciatifs des auteurs ne diffèrent pas selon que leurs recommandations sont liées à l’un ou l’autre des concepts étudiés. Près de 80 % (163/205) des recommandations portant sur la lisibilité sont rédigées à l’impératif ou à l’infinitif ; du côté de l’intelligibilité, c’est environ 69 % (48/70) des recommandations[55]. Cet écart de quelque 10 % ne marque pas de différence significative, à notre avis. Même la répartition des recommandations à l’impératif et à l’infinitif est presque équivalente dans les deux cas : pour la lisibilité, le rapport est respectivement de 58 % contre 22 % ; pour l’intelligibilité, il est de 51 % contre 17 % .
Le tableau 12 montre la répartition des choix énonciatifs des auteurs en fonction de chaque catégorie liée aux aspects du texte à produire. Pour chacune de ces catégories, nous rappelons en gras le nombre total d’occurrences ; nous faisons de même pour les divers cas de figure quant aux formulations possibles. Les chiffres en gras des autres cellules indiquent les principales tendances.
Tableau 12 – Répartition des choix énonciatifs des auteurs selon les aspects du texte à produire
|
205 |
intelligibilité 70 |
||||
|
aspects du texte à produire choix énonciatifs |
visuel 85 |
linguistique 120 |
informatif 12 |
structurel 18 |
rédactionnel 40 |
|
verbe modal 20 |
7 |
8 |
2 |
0 |
3 |
|
verbe modal + vous 9 |
1 |
2 |
0 |
0 |
6 |
|
impersonnel 4 |
0 |
2 |
0 |
1 |
1 |
|
impersonnel + adjectif 10 |
5 |
2 |
1 |
1 |
1 |
|
à l’impératif 154 |
48 |
70 |
8 |
10 |
18 |
|
à l’infinitif 57 |
18 |
27 |
1 |
5 |
6 |
|
description à valeur illocutoire directive 17 |
5 |
8 |
0 |
1 |
3 |
|
verbe illocutoire directif 4 |
1 |
1 |
0 |
0 |
2 |
Nous aurions certes aimé décortiquer chaque recommandation pour en définir le degré d’insistance, mais une telle entreprise aurait consisté en un projet de recherche en soi. Une mise en garde de Bergeron a d’ailleurs particulièrement freiné nos élans d’exhaustivité : « L’analyste doit [...] éviter de s’enfermer dans un lien biunivoque entre une sous forme et un type d’acte illocutoire. » (2001 : 23). Les avenues où nous aurait conduite un corpus de 275 unités, composées en moyenne de plus de 30 mots, nous apparaissaient infinies.
La raison en est que tout choix énonciatif s’inscrit dans un environnement sémantique qui en module la visée directive. On le voit d’ailleurs dans les exemples suivants (tous liés à la lisibilité), où le degré d’insistance se situe au-delà du mode impératif du verbe employer ou de la nature du verbe à l’infinitif ou à l’impératif. Nous soulignons les variantes dans le degré d’insistance.
employez le mot technique et ajoutez « c’est-à-dire » suivi d’une explication ( au moins la première fois que vous employez ce mot technique). [R-216]
Employez les sigles uniquement si vous êtes absolument certain que tous vos lecteurs comprendront. [R-223]
[intertitre] ...concernant le style [/intertitre] Utiliser la voix active. [R-10]
[intertitre] Privilégier la voix active [/intertitre] [...] Il ne s’agit pas ici de frapper d’interdit la construction passive, qui est parfaitement admise en français et qui permet de donner un éclairage différent. [R-49]
[intertitre] Préférez la forme affirmative [/intertitre] [R-144]
[intertitre] Répétez les mots clés [/intertitre] En utilisant trois ou quatre mots différents pour désigner la même chose, vous risquez de perdre vos lecteurs en route. Ne craignez donc pas d’employer toujours le même mot. [R-158]
Nous voulions néanmoins aller un peu plus loin. Sans entrer dans une micro-analyse propositionnelle, nous nous sommes donc demandé si le contenu des recommandations pouvait influencer la formulation retenue. Et il nous semble que OUI.
Ce qui ressort le plus concrètement des différents choix énonciatifs des auteurs concerne surtout une portion donnée de notre corpus. Nous avons en effet identifié une tendance plus manifeste en cours d’analyse pour les sous-thèmes syntaxe , lexique et présentation visuelle .
Les choix énonciatifs des auteurs relatifs aux recommandations portant sur la syntaxe, comme nous l’avons fait remarquer, se singularisent en ce qu’ils offrent une gamme de nuances.
[intertitre] Simplicité et logique vont de pair [/intertitre] [...] D’après les études, il semble qu’une phrase devrait avoir en moyenne 15 mots. Bien entendu, il ne s’agit pas d’une règle impérative En variant la longueur de vos phrases, vous évitez la monotonie, vous rendez le texte plus harmonieux. [R-137]
Utilisez la structure de phrase : Si vous n’avez pas suivi la session, alors faites la demande [...]. De préférence à celle-ci : Faites la demande, si vous... [R-207]
En revanche, nous avons noté que ceux liés au lexique et à la présentation visuelle sous-entendent, disons, plus de « fermeté » ou d’« assurance ».
[intertitre] Éviter le jargon et les clichés [/intertitre] [...] Le lecteur moyen ne saisira pas non plus les termes et les expressions trop recherchés. [R-55]
Ne remplissez pas toute la page de texte ; laissez de la place pour des encadrés ou quelques lignes récapitulatives en caractères gras. Si vous présentez votre texte en colonnes, disposez-le en deux colonnes sur une page qui pourrait en contenir trois. Utilisez l’espace restant pour des photos, des encadrés, des croquis. [R-166]
Une analyse plus fine de ces particularités thématiques nous en aurait sans doute appris davantage. Or, puisque notre objectif premier ciblait une échelle plus large que le sous-thème abordé, nous nous limitons ici à ces commentaires généraux.
Avant de conclure, nous croyons pertinent d’ajouter quelques mots sur les choix énonciatifs des auteurs selon les sources. Le tableau 13 en présente la répartition en pourcentage. Les tendances les plus frappantes sont également en gras.
Tableau 13 – Répartition des choix énonciatifs des auteurs selon les sources
|
choix énonciatifs |
VMC-98 |
LCS-GR-96 |
ES-95[a] |
PSCS-93 |
RCS-00 |
|
Verbe modal |
3 % |
11 % |
15 % |
7 % |
4 % |
|
Verbe modal + vous |
8 % |
0 % |
4 % |
4 % |
1 % |
|
Impersonnel |
0 % |
11 % |
0 % |
1 % |
0 % |
|
Impersonnel + adjectif |
0 % |
4 % |
7 % |
7 % |
0 % |
|
À l’impératif |
39 % |
0 % |
7 % |
77 % |
94 % |
|
À l’infinitif |
31 % |
67 % |
50 % |
0 % |
0 % |
|
Faux descriptif |
19 % |
7 % |
9 % |
4 % |
1 % |
|
Performatif explicite |
0 % |
0 % |
7 % |
0 % |
0 % |
|
[a] Le 1 % manquant de cette source provient de décimales non calculées. |
|||||
De nouveau, nous ne pouvons nous étonner de cette distribution. Les auteurs de chaque source semblent – avec raison – avoir opté pour l’uniformité dans la formulation de leurs recommandations. Mais apportons pour terminer quelques précisions à ces portraits.
Les sources VMC-98 et ES-95 présentent une répartition plus variable. Nous expliquons cette tendance par le nombre plus élevé de sujets que renfermaient ces deux sources (voir tableau 9).
La VMC-98 représente la source où l’on emploie le plus de verbes modaux à la deuxième personne du pluriel. Les trois recommandations classées dans cette catégorie ont été recensées dans les premières pages. Peut-on y voir une intention plus marquée de responsabiliser le destinataire-rédacteur (professionnel de la santé) dans son rôle d’intervenant de première ligne ?
Dans la LCS-GR-96, l’emploi prédominant de l’infinitif, de même que l’absence de l’impératif, correspond au ton neutre généralement employé dans les ouvrages du genre. L’utilisation de verbes modaux à la troisième personne uniquement va dans le même sens.
Entre toutes, la ES-95 est la seule où nous avons trouvé des recommandations formulées avec des verbes performatifs explicites. La position de conseillers adoptée par les auteurs-émetteurs explique peut-être ces occurrences.
À l’inverse de la LCS-GR-96, dans la PSCS-93, le recours à l’impératif, ainsi que l’absence de l’infinitif, cadre avec le ton pédagogique du manuel. Rapportons en outre que, selon nous, les auteurs de cette plaquette ont apporté un soin jaloux à se rapprocher du destinataire. Serait-ce l’élément qui en explique la popularité ?
La RCS-00 se passe de commentaires quant à la prédominance du mode impératif. Les nombreuses mises en situation utilisées pour appuyer les recommandations appelaient sans doute ce genre de choix énonciatifs. Du reste, les cinq recommandations non formulées à l’impératif prenaient l’allure de mises en garde. À titre d’exemple, la R-221 : Attention aux termes qui, dans le même contexte, peuvent avoir plusieurs sens. [verbe modal].
À vrai dire, nous estimons que, compte tenu des limites de notre recherche, ce deuxième volet de notre classement nous permet de caractériser la position des auteurs-émetteurs des manuels et la relation rédacteur-lecteur qu’eux-mêmes ont tenté d’établir avec leur public cible. Il demeure que l’utilité première de ce travail de sélection et de classement était de recenser les énoncés correspondant à des recommandations.
[46] Il faut comprendre que le dépouillement que nous avons effectué nous sert à décrire la prise en compte de la lisibilité et de l’intelligibilité dans les manuels, quel que soit l’endroit où les auteurs auront choisi d’en tenir compte.
[47] Voici, à titre d’exemple, quelques recommandations types découlant des conclusions communes à plusieurs de ces chercheurs : utiliser judicieusement le gras , le souligné et l’ italique ; limiter l’emploi des MAJUSCULES ; utiliser une encre foncée sur un fond pâle, etc. Nous en avons parlé également à la p. 29, dans la note de bas de page no 40.
[48] Appel au jugement du destinataire-rédacteur.
[49] Nous commentons plus loin les autres recommandations de cet ordre.
[50] Notre présence au colloque Zoom sur une langue claire et accessible nous a confirmée dans la pseudo-hypothèse que nous avançons. Nombreux étaient les praticiens et les décideurs à constater que cette recommandation semble condamnée au rang des vœux pieux.
[51] Des recherches fort intéressantes sur la planification et l’intégration textuelle des connaissances sont d’ailleurs actuellement en cours, où l’élaboration du plan est analysée sous l’angle de l’individu-scripteur. Lors du Colloque de l’ACPRTS tenu à l’Université de Dalhousie (Halifax), dans le cadre du Congrès des sciences humaines et sociales de mai 2003, Denis Alamargot a prononcé une communication à ce sujet intitulée « Acquisition de connaissances au cours de l’écriture collaborative d’un texte argumentatif : effet de la personnalité des scripteurs ». Pour plus de détails, voir le site du Laboratoire langage et cognition (LaCo) :http://www.mshs.univ-poitiers.fr/laco/index.htm.
[52] Souligné par l’auteur.
[53] Nous soulignons.
[54] Comme nous l’avons expliqué (voir le point 4.2.1), nous avons établi les catégories qui particularisent les recommandations colligées à partir de la structure des actes directifs qu’expose Bergeron (2001).
[55] Le pourcentage des autres choix énonciatifs varie entre 7 % (verbe modal) et 1 % (impersonnel et performatif explicite). Nous n’avons pas jugé utile des les commenter plus avant au regard de cette répartition.