L'identité nationale exposée. Représentations du Québec à l'Exposition universelle de Montréal 1967 (Expo 67)

Curien, Pauline
Philosophiæ doctor (Ph.D.)
Université Laval
Doctorat en science politique
Département de science politique
FACULTÉ DES SCIENCES SOCIALES

Directeur(trice) de recherche : Forest, Pierre-Gerlier
2003-10

Copyright Pauline Curien 2003

Résumé

Pourquoi étudier l’identité du Québec à Expo 67? La réponse tient en une courte proposition : parce que l’Expo a fourni l’occasion d’une catharsis, constitutive de l’identité québécoise moderne. Je veux montrer que, dans l’ordonnancement rigoureux de l’exposition universelle de Montréal en 1967, se sont produits des failles et dérapages résultant en ce que j’appellerai une catharsis identitaire . De deux façons : 1) le portrait du Québec présenté dans son pavillon a damé le pion à la stratégie identitaire du gouvernement québécois; 2) les visiteurs québécois ont donné corps à une nouvelle identité québécoise. Au cours des années soixante, le Québec a vu s’accélérer l’évolution des représentations au point que l’image dominante du « Canada-français catholique » a cédé le pas au « grand récit collectif du Québec moderne ». L’Exposition universelle, en tant qu’espace-temps où se précipitent de multiples enjeux économiques, politiques et identitaires, fournit un laboratoire original et inédit pour illustrer ce passage d’un récit à l’autre, non pas en comparant deux récits en diachronie, mais en analysant leur coexistence en synchronie. Il s’agit donc d’une étude de cas, qui vise notamment à démythifier cette période et à mettre en évidence la possibilité d’une expression démocratique par adhésion plutôt que par conflits. Cette recherche est bifocale dans la mesure où son objet comporte deux « foyers » : l’image du Québec telle que la véhicule le pavillon du Québec (l’identité officielle), et celle que construisent sur place les visiteurs québécois de l’Expo (l’identité populaire). Compte tenu de l’ampleur des sources disponibles et des biais qui affligent toute méthode retenue, le corpus est limité, et la méthode de travail triangulée de la façon suivante : le pavillon du Québec fait l’objet d’une analyse du discours qui porte sur le contenu du pavillon (les exhibits et leur mise en scène) et sur le fascicule officiel du gouvernement québécois qui s’y trouve diffusé; des entrevues sont menées avec des témoins « experts » de l’époque; et deux focus groups recueillent les témoignages de visiteurs de l’Expo. La consultation des archives nationales (Canada et Québec) et du Centre d’histoire de Montréal unifie le tout. Il ressort de cette analyse que de nouvelles représentations du Québec sont advenues à Expo 67 et qu’elles ont perduré jusqu’à nos jours. D’une part, dans le portrait officiel (sous ses deux aspects : pavillon et fascicule), le Québec a pris le rang de nation moderne dans le concert des pays occidentaux, bien que plusieurs indicateurs révèlent un pays encore en train de se faire; du côté des visiteurs de l’Expo d’autre part, s’est édifié un nouveau « Nous », aussi soudain que gratifiant. Il y a donc une certaine convergence entre ces portraits. Ils ne se sont pourtant pas construits de la même façon : l’audacieux portrait diffusé dans le pavillon, relevant de l’œuvre d’art, a pu voir le jour grâce à l’inadaptation du l’appareil étatique québécois à prendre en charge le contenu discursif du projet, tandis que le portrait du fascicule, plus conformiste, émanait d’un organisme public; quant au portrait populaire, il s’est édifié à partir d’une appropriation symbolique des prouesses de l’Expo, appropriation exaltante qui a modifié les frontières symboliques entre « Nous » et les « Autres ». Au bilan, il faut reconnaître que le portrait du pavillon est fidèle à l’euphorie économique des années soixante, mais ne reflète rien de l’agitation politique qui règne à l’époque. Cependant, l’Expo dans son ensemble a sans doute produit un effet générationnel sur les Québécois, dans la mesure où elle a enfoncé le clou du nouveau récit collectif du Québec moderne.


Je dédie cette thèse à ma mère, Sophie Perier, qui fut le soleil de ma jeunesse, et à Yvon, l’étoile filante de ma vie d’adulte. Qu’ils reposent dans l’allégresse.

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