CHAPITRE 3 AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE ET ESPACES D’ACTION[16]

Table des matières

Résumé :

La technologie des SIG, couplée à l'analyse centrographique, est utilisée ici pour contribuer au développement d'une base de connaissances afin de mieux connaître les comportements et les stratégies de déplacements des individus. L’analyse centrographique permet d’établir la localisation, la dispersion et la forme des espaces d’action des individus et de procéder par la suite à des comparaisons. À l’aide d’identification de points d’ancrage (ex. maison et lieu de travail), nous pouvons analyser le décentrement des centres de gravité des espaces d'action, tels qu'établis par l’analyse centrographique, par rapport à ces points d'ancrage. Nous présentons les résultats de cette approche appliquée à une étude empirique sur les cyclistes. Nos principaux objectifs sont : 1) déterminer leurs espaces d’action et 2) établir les effets de l’organisation du territoire et du milieu de résidence sur leurs stratégies de déplacements.

Face aux problèmes croissants liés aux transports, la recherche d’alternatives à la voiture gagne de l’intérêt. Dans le but de réduire les effets négatifs des transports, tels que la congestion, la pollution et les gaz à effets de serre, des propositions ont été soumises quant à la gestion de la demande en transport et à la planification de l’aménagement du territoire. Ces dernières reposent, en partie, sur la modification des comportements de déplacements.

Parmi les mesures de gestion et de contrôle de la demande en transport, nous retrouvons les dispositions qui portent sur l’encouragement à la pratique du covoiturage, l’implantation de voies réservées au transport collectif, le péage urbain, la restriction de la circulation (plans de circulation pour éviter la circulation de transit), les politiques et tarification du stationnement, la mise en place d’horaires de travail « variables », la promotion du transport collectif, la création de stationnements incitatifs et l’implantation d’aménagements cyclables et d’équipements (stationnements, vestiaires, douches) pour les cyclistes. Les mesures mises en place favorisant l’usage de la bicyclette ont un impact souvent inférieur par rapport aux autres mesures. Des interrogations subsistent quant aux effets de ces mesures sur les comportements de déplacements des individus. Dans le cas des mesures prises concernant la bicyclette, il est nécessaire de se demander sous quelles conditions un individu modifiera ses habitudes de déplacements en faveur de la bicyclette. De même, il est nécessaire d’identifier les utilisateurs potentiels de la bicyclette et quels sont les avantages et les contraintes liés à son usage.

D’autres solutions permettant de mieux gérer la demande portent davantage sur l’aménagement du territoire et du milieu bâti. De nouvelles approches d’aménagement telles que le Nouvel Urbanisme et la mise en place de quartiers axés sur le transport collectif (Transit Oriented Neighborhood, TOD), visent la réduction des déplacements automobiles. Essentiellement, ces approches sont basées sur la manipulation de trois éléments dont le but est de favoriser la marche et la bicyclette soit : la densité, la diversité et la forme du cadre bâti, dans le but de favoriser la marche et la bicyclette. L’effet de la densité est reconnu depuis plusieurs années comme un bon indicateur du choix de déplacement. Toutefois, il y a une remise en question quant à sa contribution réelle puisque, souvent, ce sont plutôt les éléments spécifiques du cadre bâti accompagnant la densité qui jouent un rôle, et non la densité de population proprement dite. Les travaux de Frank et Pivo (1994) révèlent qu’une mixité des usages au point de départ et d’arrivée implique une réduction de l’usage de l’automobile en solitaire (sans passager) et augmente l’utilisation du transport collectif et la pratique de la marche. Handy (1996a) souligne, quant à elle, que la qualité de l’environnement construit semble être un facteur secondaire qui encourage la marche. Toutefois, la proximité, combinée à la qualité de l’environnement construit, apparaît déterminante pour l’adoption de la marche lors des activités de magasinage. Les effets identifiés sont modestes ou modérés, mais ceux-ci ont été repérés à partir de données généralement agrégées. Handy (1996b) recommande un raffinement des enquêtes et une période d’observation prolongée des comportements de déplacements (plus d’une journée) pour approfondir les connaissances sur les liens complexes qui existent entre l’aménagement du territoire et les comportements de déplacements.

Il faut donc se demander quels sont les besoins des individus en matière de déplacements, quels sont leurs comportements actuels et dans quelle mesure il est possible de modifier ces comportements ? Dans la perspective d’un report modal, la bicyclette offre une alternative intéressante à l’automobile, mais nous connaissons peu son usage et ses utilisateurs. Les cyclistes qui habitent des milieux aux caractéristiques différentes utilisent-ils de la même façon la bicyclette ? Quels sont les stratégies de déplacements et les espaces d’action des cyclistes ? Est-ce que l’organisation du territoire et du milieu de résidence influence l’usage de la bicyclette ?

Ce chapitre veut contribuer à une meilleure connaissance de l’usage de la bicyclette et de ses déterminants. Plus spécifiquement, nous tenterons d’identifier les espaces d’action des cyclistes et d’établir si ces espaces varient en fonction de l’organisation du territoire et des caractéristiques des individus. De plus, nous tâcherons de mieux connaître les principaux facteurs qui influencent ces espaces.

Dans la première partie du chapitre, nous présenterons l’enquête sur les activités et déplacements utilisée pour étudier les espaces d’action des individus, après avoir évoqué les possibilités qu'offrent les SIG et l’analyse spatiale pour réaliser cette étude. Ensuite, il sera question de la définition des espaces d’action et des suppositions que nous pouvons formuler concernant les effets du cadre bâti et des caractéristiques des individus sur la taille et la forme de ces espaces d’action. Pour terminer, nous présenterons les résultats des analyses et les interprétations que nous pouvons en tirer.

L’analyse du territoire a connu d’importants développements au cours des dernières années grâce à l’expansion des possibilités des systèmes d’information géographique (SIG). Ceux-ci permettent de colliger une grande variété de données concernant l’aménagement du territoire et de caractériser un milieu ou une région de façon très détaillée. Ils permettent, entre autres, d'analyser le rapport à l'espace des individus. Dans le domaine des transports, ils offrent tout particulièrement la possibilité d'analyser les stratégies et les comportements de déplacements au niveau même où les décisions sont prises, soit au niveau des individus. La technologie des SIG, couplée à des techniques d'analyse spatiale, entre autres l'analyse centrographique et l'analyse de réseau, peut contribuer de façon significative au développement d'une base de connaissances qui incorpore les variations dans les comportements individuels et permet de reconstruire, à un niveau de détail approprié, les comportements de mobilité des individus dans leur environnement. En facilitant l'analyse des décisions spatiales des individus, les SIG permettent de tenir compte des réactions des acteurs individuels aux interventions des pouvoirs publics en matière d'aménagement et de transport. Ici, le logiciel de SIG MapInfo™ sert de support à l'analyse «centrographique» des variations interindividuelles de comportements des cyclistes.

L'analyse centrographique permet d'obtenir les paramètres de tendance centrale, de dispersion et d'orientation dans l'espace de variables «géoréférencées», ce qui nous renseigne de façon très explicite sur plusieurs aspects de la répartition spatiale d'un phénomène, entre autres, sur son degré de concentration géographique. Il s'agit, en quelque sorte, de l'extension à des variables «spatialisées» des paramètres de base de la statistique classique (Kellerman, 1981). Ce type d’analyse est préférable pour l’étude de distributions spatiales explicitement organisées autour d’un centre, ce qui est le cas ici, par rapport à d’autres mesures de concentration géographique, l’indice de Tricot par exemple (Tricot, 1974), mieux adaptées à l’analyse de données non-concentrées. Marius Thériault (1998) a développé un module, appelé MapStat™, au sein de MapInfo, qui permet, entre autres, d'effectuer des analyses centrographiques de façon élégante et efficace. Le module calcule le centre de gravité et l'ellipse de dispersion d'une distribution spatiale. Le centre de gravité se situe à l'intersection du grand axe et du petit axe de l'ellipse. La superficie de l'ellipse nous renseigne sur le degré de dispersion de la distribution autour de son centre de gravité. Enfin, le degré d’aplatissement de l'ellipse et les angles entre les axes et l'horizontale nous renseignent sur la forme et l'orientation de la distribution spatiale à l'étude. Ici, la centrographie nous permet de mesurer la superficie, l'orientation et la forme des espaces d'action des individus pour différents modes de transport, à partir de l'information recueillie lors de l'enquête.

Il y a différentes façons d’étudier la mobilité et les déplacements. Généralement, beaucoup d'intérêt est porté à la notion d’accessibilité. Cette dernière est souvent centrée sur les lieux qui attirent les individus, soit les générateurs de déplacements. Toutefois, nous pouvons étudier l’accessibilité d’un autre point de vue, celui des individus (Dijst, 2000). Il est intéressant d’examiner les possibilités de déplacements et d’activités offertes à partir d’un point d’ancrage tel que le domicile ou le lieu de travail. Nous pouvons calculer l’accessibilité à partir des distances parcourues ou des durées de déplacements, mais dans le contexte de l’étude du territoire et de ses effets sur les comportements de déplacements, il peut aussi être très profitable de s’intéresser aux espaces d’action des individus.

Ces espaces constituent un bon indicateur de la consommation de territoire qui est faite par chacun des individus pour réaliser ses activités. En se référant à la notion d’espace géographique de Pumain et Saint-Julien (1997), ces espaces fonctionnels regroupent les destinations fréquentées et sont propres à chacun des individus. Les destinations incluses dans ces espaces sont interreliées. Souvent ces espaces d’action sont marqués par des points d’ancrage comme la maison et le lieu de travail. Dans le cas qui nous intéresse ici, nous avons choisi le lieu de résidence comme principal point d’ancrage, mais nous aurions pu aussi nous intéresser au lieu de travail. Nous pouvons penser que la forme et la taille de ces espaces peuvent varier selon leur position dans la région, les contraintes pesant sur les individus et les activités à réaliser. L’examen de l’organisation spatiale des déplacements d’un individu s’avère intéressant sur les bases d’une enquête sur plusieurs jours. Les comportements et les stratégies de déplacements sont très complexes et plusieurs facteurs peuvent les influencer. Dans le cas des cyclistes, nous sommes à un stade exploratoire, peu d’études ayant porté sur ce sujet.

Certaines caractéristiques de ces espaces d’action peuvent être mesurées à l'aide de l'analyse centrographique, soit leur superficie, leur forme, leur orientation et leur densité. Nous pouvons ensuite déterminer, à l’aide d’analyses multivariées, telles que les régressions linéaires, quels sont les facteurs ou les éléments qui influencent les caractéristiques des espaces d’actions.

Selon les modes de transport utilisés, les espaces d’action qui en résultent peuvent être bien différents. La marche, la bicyclette et l’automobile génèrent des déplacements qui n’ont pas les mêmes caractéristiques et qui ne sont pas soumis aux mêmes contraintes. La marche présente une autonomie de déplacement plus faible que la bicyclette ou l’automobile. Sa pratique est aussi influencée par les caractéristiques des milieux traversés et des lieux de destination. Les piétons semblent préférer les rues peu achalandées, la présence de trottoir, la proximité et l’implantation de commerces et services qui ont un accès direct à partir de la rue (Owen, 1994 ; Handy, 1996c). De même, l’autonomie de déplacement à bicyclette est plus grande qu'à pied, mais elle est nettement inférieure à l’automobile. Selon les modes de transport utilisés, les facteurs qui influencent les caractéristiques des espaces d’action vont varier. Aux fins des analyses de ce chapitre, nous avons regroupé les destinations en fonction du mode de transport utilisé (marche, bicyclette, automobile) afin de constituer trois types d’espace d’action par individu. Par ailleurs, aux fins de ces analyses, nous n’avons retenu que les déplacements à bicyclette à des fins utilitaires (c.-à-d. lorsque la bicyclette est utilisée comme moyen de transport) et non comme une activité récréative. La pratique récréative de la bicyclette est souvent jumelée à un déplacement automobile (chargement de la bicyclette) pour se rendre à un endroit où l’on fera une randonnée. Ces déplacements auraient pour effet d’introduire un biais quant à la taille de l’espace d’action et la localisation du centre de gravité. De la même manière, les déplacements à pied n’ont été retenus que dans le cas de boucles de déplacements à partir du domicile dont le seul mode de transport est la marche et dont le but n’est pas une promenade.

Des suppositions peuvent être formulées quant à la forme et à la taille des différents espaces d’action. Ces suppositions guideront nos analyses.

Figure 8 : Exemples d’analyse centrographique des espaces d’action à bicyclette de deux individus

Les études sur l’usage de la bicyclette ont davantage porté sur les distances parcourues, les durées de déplacements et sur la fréquence d’utilisation plutôt que sur la distribution spatiale des déplacements. Par contre, ces études peuvent contribuer à la formulation de suppositions sur les espaces d’action des cyclistes. Les travaux d’Aultman-Hall et al . (1997) traitent des habitudes de déplacements domicile-travail des cyclistes et des itinéraires empruntés. Même s'ils ne traitent pas de l’ensemble des déplacements qui peuvent être réalisés à bicyclette, ils nous offrent de bons indices sur les choix que font les cyclistes navetteurs. Cette étude suggère que ces cyclistes trouvent que les aménagements cyclables hors route sont peu attrayants et inadéquats (localisation) pour se rendre au travail et dans les établissements scolaires. L’étude révèle aussi l’adoption de deux types de comportements de choix de route : ceux qui recherchent des trajets directs sur les routes majeures et ceux qui tentent d’éviter les routes très fréquentées par les véhicules motorisés. Ampt et Rose (1994), quant à eux, ont utilisé une enquête par carnet sur une journée pour étudier l’usage de la bicyclette, mais aucune référence relative à la répartition spatiale n’est mentionnée. Il en ressort que 75 % des cyclistes sont des hommes et qu’ils sont plutôt jeunes. Une grande partie des déplacements ont pour but les études et le travail et la réalisation d’activités récréatives et de loisir. Le magasinage ne compte que pour une faible partie des déplacements à bicyclette. Dans 70 % des cas, la durée des déplacements est de 15 minutes ou moins et moins de 5 % sont de 30 minutes ou plus.

L’une des premières suppositions que nous pouvons formuler est que la superficie des espaces d’action à bicyclette peut être influencée par les possibilités d’utilisation d’une automobile par un cycliste. En effet, nous pouvons penser que les individus qui ont un accès restreint à un véhicule se déplacent sur de plus grandes distances à bicyclette que les cyclistes qui ont un accès exclusif à une automobile. Par ailleurs, les opportunités offertes à proximité des lieux de résidence peuvent conditionner la décision de réaliser un déplacement à bicyclette. À cette fin, une présence plus nombreuse de services et commerces à proximité du domicile pourrait avoir comme effet de réduire la taille des espaces d’action des cyclistes. La localisation du lieu de résidence du cycliste dans la région métropolitaine de Québec peut aussi influencer la superficie des espaces d’action des cyclistes. Plus les cyclistes habitent en périphérie du centre, plus la superficie de leur espace d’action risque d’être grande, puisque les lieux de destination sont dispersés et qu’il y a peu de mixité des usages.

La topographie du territoire et la structure du réseau routier et cyclable auront aussi un effet sur la superficie des espaces d’action. La topographie d’un milieu figure parmi la liste des facteurs déterminants de la pratique du cyclisme (Ashley et Banister, 1989). Des dénivellations importantes peuvent diminuer les déplacements à bicyclette, en raison de l’effort physique supplémentaire qui est demandé, et réduire ainsi l’espace d’action des cyclistes. Les cyclistes sont aussi sensibles à la structure et au type de routes qui composent le réseau routier. Ils recherchent des liens directs sur des rues plutôt locales et tendent à apprécier les aménagements cyclables. Tout comme pour la localisation des activités, la superficie peut s’agrandir par la présence d’aménagements cyclables à proximité du lieu de résidence par exemple (plus grande rapidité de déplacement et confort). En plus de l’accès à une automobile, d’autres caractéristiques des individus peuvent influencer la superficie des espaces d’action. Il est aussi possible de penser que l’âge du cycliste combiné à son accès à une automobile peut affecter la taille de l’espace d’action. Par exemple, les cyclistes les plus jeunes sont souvent prêts à parcourir de plus grandes distances. Les étapes de vie des individus peuvent aussi exercer une certaine influence sur la taille des espaces d’action. Le fait d’être à la retraite offre plus de temps aux cyclistes et ils sont moins contraints dans leurs activités, ce qui peut augmenter la superficie de leur espace d’action. Enfin, nous pouvons penser que plus un cycliste parcourt de kilomètres à bicyclette, plus il a des chances d’avoir un espace d’action plus grand.

En ce qui concerne la forme de l’espace d’action pour les déplacements à bicyclette, elle peut être attribuable à une combinaison de facteurs. Nous pouvons présumer que plus le centre de gravité de l’espace d’action est éloigné du lieu de résidence, plus l’espace d’action est allongé. Ceci peut dépendre de l’aménagement du territoire. Il est possible que les cyclistes qui habitent en périphérie du centre de la région aient des espaces d’action plus allongés que les autres, car la localisation des activités y est plus ségréguée, avec un plus grand éloignement entre les types d'activités et une concentration des activités commerciales par exemple. De même, certaines activités (services et commerces) sont regroupées sur certains axes et même dans des centres commerciaux. Par ailleurs, la structure du réseau routier et cyclable peut influencer les choix de route des cyclistes et provoquer, par exemple, un allongement des espaces d’action des cyclistes qui préférèrent utiliser un aménagement cyclable et réaliser leurs activités aux abords de cet axe cyclable. Par ailleurs, la présence d’une autoroute, qui constitue une barrière pour le cycliste, peut avoir une influence sur la forme de l’espace d’action de même que la présence d’un relief accidenté.

Pour les espaces d’action à pied, la principale supposition que nous pouvons formuler, à la lumière des travaux d’Handy (1996), est que la superficie peut être influencée par les opportunités d’activités disponibles à proximité du lieu de résidence. Plus les opportunités sont nombreuses à proximité du domicile, plus la marche pourra être utilisée et plus la superficie pourrait être grande. Moins il y a d’opportunités à proximité du lieu de résidence, moins la superficie pourrait être élevée puisque les individus pourraient choisir un autre mode de transport pour se rendre à leurs activités. Cette supposition peut être conditionnée par la structure du réseau routier qui joue aussi un rôle important dans la détermination de la superficie de l’espace d’action à pied. Par exemple, la présence d’autoroutes est une barrière pour un piéton qui peut réduire ses possibilités de déplacement et par conséquent réduire sa superficie d’espace d’action. Les quartiers centraux offrent davantage de possibilités que les quartiers en périphérie, car il y a au centre une plus grande mixité des fonctions commerciales et résidentielles. De plus, le type d’implantation des commerces peut y favoriser la fréquentation à pied, puisque ceux-ci sont localisés près de la rue avec un accès direct, sans de grands stationnements à traverser pour y entrer. En périphérie, les commerces se regroupent davantage à l’intérieur de centres commerciaux.

La forme des espaces d’action sera influencée par la présence de barrières telles que les autoroutes et les grands boulevards urbains. Plus les individus ont des autoroutes à proximité de leur lieu de résidence, plus leur espace d’action à pied aura tendance à prendre une forme allongée. De même, nous pouvons faire la supposition que la présence d’un centre commercial peut avoir un effet sur l’éloignement du centre de gravité du domicile et sur l’allongement de l’espace d’action dans la direction du centre commercial. Par ailleurs, les centres commerciaux sont considérés comme un point unique de destination qui n’inclut pas la marche à l’intérieur du centre commercial.

La principale supposition que nous pouvons faire relativement aux espaces d’action en automobile, est que la taille peut être influencée par le niveau d’accès à une automobile. Plus un individu y a accès, plus son espace d’action peut avoir tendance à s’agrandir puisqu’il a moins de contraintes. De plus, il est possible que les espaces d’action en automobile soient influencés par la présence d’accès à l’autoroute à proximité du lieu de résidence. Ces accès peuvent avoir pour effet d’augmenter la superficie de l’espace d’action puisque l’individu pourra, pour une même durée de déplacement, avoir accès à un plus grand nombre d’opportunités. De même, sa localisation dans la région aura un impact sur la superficie de son espace d’action. Les individus localisés loin du centre de la région peuvent tendre à avoir des espaces d'action plus grands puisqu’ils ont moins de possibilités à proximité et qu’ils doivent parcourir de plus grandes distances. D’ailleurs, cela aura aussi des effets sur la densité de leur espace d’action qui pourrait être plus faible que pour les individus résidant plus près du centre.

Quant à leur forme, les espaces d’action peuvent avoir tendance à s’allonger lorsque les commerces sont regroupés dans un centre commercial. Par ailleurs, l’enchaînement des déplacements, par exemple lors du retour du travail, pourrait contribuer à rendre les espaces d’action plus allongés.

Pour procéder à nos analyses, en plus d’utiliser les données de l’enquête auprès des cyclistes, nous avons tiré profit de diverses sources de données disponibles au Centre de Recherche en Aménagement et Développement (CRAD) de l’Université Laval. Ces données intégrées au SIG portent sur le réseau routier et cyclable, les commerces et les services dérivés du rôle d’évaluation municipale et la topographie du territoire. Le Tableau 21 présente les variables utilisées.

Tableau 21: Description des variables utilisées pour l’analyse des espaces d’action des cyclistes

VARIABLES

DESCRIPTION

Déplacements

 

Localisation du déplacement

Coordonnées géographiques (x,y).

Mode de transport utilisé

Automobile, bicyclette et marche.

Nombre de déplacements selon les modes

 

Nombre de lieux fréquentés

 

Kilomètres parcourus à bicyclette

Données recueillies à l’aide des tracés sur plan de ville des répondants et par la suite intégrées au système d’information géographique pour les 7 jours de l‘enquête.

Caractéristiques des individus

 

Niveau de scolarité

Regroupement en trois catégories sous la forme de variables binaires : 1) primaire et secondaire; 2) collégial et 3) universitaire.

Revenus du ménage

Regroupement des revenus en trois catégories sous la forme de variables binaires : 1) moins de 30 000$; 2) 30 000$ à 59 999$ et 3) 60 000$ et plus.

Type de ménage (étapes de vie)

Regroupement en quatre types sous la forme de variables binaires : 1) Cycliste vivant seul ou en couple, sans enfant; 2) Cycliste issu d’un ménage dont au moins un enfant a 12 ans et moins; 3) Cycliste issu d’un ménage avec enfant(s) de plus de 12 ans; 4) Cycliste retraité.

Âge du cycliste

 

Niveau d’accès à une automobile

Variable constituée à partir de la possession d’un permis de conduire par le cycliste, la possession d’une automobile par le ménage et le type de partage de l’automobile entre les membres du ménage. Regroupement en trois catégories sous la forme de variables binaires : 1) Cycliste sans voiture; 2) Cycliste issu d’un ménage avec automobile mais non-utilisateur, utilisateur occasionnel, utilisateur fréquent et 3) Cycliste qui utilise de façon exclusive une automobile.

Structure du réseau routier

 

Kilomètres de rues à partir du domicile

Calcul du nombre de kilomètres de rues à partir du domicile pour un rayon de 2km et 5km selon 6 catégories : les rues résidentielles locales : routes qui permettent d’accéder aux résidences à l’intérieur d’un quartier, le réseau local : routes qui permettent de relier les quartiers entre-eux et les résidences, le réseau collecteur : routes qui permettent de relier les agglomérations entre elles (moins de 5000 hab.) à celles qui sont plus importantes, le réseau régional : routes qui font le lien entre les agglomérations secondaires (5000 à 25000 hab.) et les agglomérations principales, le réseau national : regroupe les routes interrégionales et celles qui relient entre elles les agglomérations principales (+ 25000 hab.) et le réseau autoroutier : regroupe l’ensemble des infrastructures autoroutières.

Kilomètres d’aménagements cyclables

Calcul du nombre de kilomètres d’aménagements cyclables selon trois catégories : 1) chaussées désignées ; 2) bandes cyclables et 3) pistes cyclables à partir du domicile pour un rayon de 2km et 5km..

Aménagement du territoire

 

Nombre de commerces et services

Calcul du nombre de commerces et de services courants et semi-courants à partir du domicile pour un rayon de 2km et 5km..

Topographie

Application d’une grille constituée de carrés de 200 mètres de côté et calcul de l’écart entre l’isohypse minimum et l’isohypse maximum à l’intérieur de chacun de ces carrés. Par la suite, calcul de la moyenne des écarts pour un rayon de 2 km du domicile.

Distance entre le domicile et le centre de la région

Calcul de la distance entre le domicile et le centre de la région déterminé par un point.

Espaces d’action

 

Superficie

Superficie en km2 de l’ellipse calculée à l’aide de l’analyse centrographique.

Densité

Calcul du nombre de lieux fréquentés différents divisé par la superficie de l’ellipse.

Allongement

Ratio de la longueur de l’axe majeur divisé par la longueur de l’axe mineur.

Indice de fréquentation des destinations

Nombre de déplacements divisé par le nombre de lieux fréquentés.

Position du centre de gravité

Coordonnées géographiques (x,y).

Orientation de l’espace d’action

Mesure en degré à partir de l'horizontal de l’orientation de l’axe majeur de l’ellipse ( -90o à 90o).

Superficie de l’espace commun à l’automobile et la bicyclette

Ratio de la superficie de l’espace à bicyclette comprise dans l’espace automobile.

Afin de décrire les stratégies de déplacements, nous avons localisé les déplacements sur le territoire, identifié les modes de transport utilisés et calculé les kilomètres parcourus à bicyclette à des fins utilitaires. Cette mesure des kilomètres a été obtenue à l’aide des tracés réalisés par les répondants et intégrés au SIG. De plus, lors des rencontres avec les répondants pour leur expliquer la façon de remplir le carnet d’activités et de déplacements, nous en avons profité pour dresser leur profil socio-démographique et de mobilité. Outre les informations classiques soient : l’âge, le sexe, le niveau de scolarité et les revenus, nous avons pu déterminer le type d’accès à une automobile de chaque cycliste. En combinant trois variables relatives à leur mobilité soient: la possession d’un permis de conduire par le cycliste, la présence d’une automobile dans le ménage et le partage d’une ou des automobiles entre les membres du ménage, nous avons pu établir trois catégories d’accès : 1) les cyclistes issus de ménages sans automobile; 2) les cyclistes qui détiennent un permis de conduire, mais qui n’utilisent pas l’automobile du ménage, les cyclistes qui utilisent l’automobile du ménage à l’occasion, les cyclistes qui utilisent fréquemment l’automobile du ménage et 3) les cyclistes qui ont l’usage exclusif d’une automobile.

À l’aide du rôle d’évaluation municipale de la Communauté Urbaine de Québec (CUQ), nous avons dérivé le nombre de commerces et de services à proximité du lieu de domicile de chacun des cyclistes. Nous n'avons retenu que les commerces et services courants ou semi-courants (ex. épicerie, pharmacie, boutiques vêtements, quincaillerie, salon de coiffure, institutions financières, etc.) et nous les avons dénombrés dans des espaces tampons de 2km et 5km de rayon autour des domiciles des répondants.

Afin de caractériser le territoire, nous avons aussi utilisé des renseignements sur la composition du réseau routier où les segments (tronçons) sont hiérarchisés selon le type de rue (ex. locales, régionales, nationales, etc.). De même, les infrastructures cyclables (chaussées désignées, bandes cyclables et pistes cyclables) ont été répertoriées. Tout comme pour les services et les commerces, on a calculé les kilomètres de types de rues et d’aménagements cyclables dans les espaces tampons de 2km et 5km. Une autre mesure relative à la position du lieu de résidence dans la région a été définie à partir de la distance d’un point identifiant le centre de la région (colline parlementaire). Pour terminer, nous avons caractérisé la topographie autour des domiciles à partir des isohypses[17].

Pour constituer les espaces d’action, nous avons utilisé le module de statistiques spatiales développé par Marius Thériault et adapté aux besoins de notre étude par Pierre Lemieux au CRAD. Nous avons besoin d’au moins trois points dans le plan, ici trois destinations différentes, pour mener une analyse centrographique c'est-à-dire, en ce qui nous concerne, mesurer un espace d'action. En moyenne, nos espaces d'action reposent sur 5,8 destinations, avec une étendue allant de 3 à 21 destinations. Ainsi, 120 espaces d’action à bicyclette à des fins utilitaires, 64 espaces d’action à pied et 148 espaces d’action en automobile ont été constitués. Pour les résultats produits par l’analyse centrographique, nous nous sommes davantage intéressés à la superficie, au degré d’allongement, à la localisation du centre de gravité et à l’indice de fréquentation des lieux. À partir du Tableau 22, nous pouvons constater que les espaces d’action en automobile sont trois fois plus grands que les espaces d’action à bicyclette. D’ailleurs, les écarts-types nous indiquent qu’il y a une plus grande variation dans la taille des espaces à bicyclette. Les espaces d’action à bicyclette sont aussi les plus allongés, c’est à dire l’adoption de stratégie de déplacements plutôt sous la forme d’un corridor. Il est intéressant de constater que la distance entre le centre de gravité et le domicile est à peu près la même pour les espaces d’action à bicyclette que pour les espaces d’action en automobile. Les écarts-types sont moins élevés dans le cas des espaces d’action à bicyclette, malgré des coefficients de variation similaires. Quant à l’indice de fréquentation des destinations, ce sont les espaces d’action en automobile qui présentent l’indice le plus fort.

Pour poursuivre les analyses multivariées, il est intéressant de procéder à l’examen des corrélations entre les variables indépendantes et dépendantes. Les corrélations peuvent nous en apprendre beaucoup sur les relations qui existent parmi les caractéristiques du territoire et entre celles-ci et les caractéristiques socio-démographiques d’une population. Une bonne connaissance de ces relations contribue grandement à une meilleure compréhension des relations multivariées liées aux espaces d’action. Le Tableau 23 résume les principales corrélations observées pour les sous-groupes de cyclistes, selon les différents modes de transport utilisés pour lesquels nous avons constitué des espaces d’action.

a (Nb. déplacements / Nb. lieux fréquentés )

Parmi les corrélations observées (Tableau 23), plusieurs sont liées à la localisation des individus par rapport au centre de la région. En effet, un lien existe entre la position par rapport au centre de la région et la présence de commerces à proximité du domicile. Plus un domicile est éloigné du centre de la région, moins il y a de commerces à moins de 2 km du domicile. De plus, la structure du réseau routier et cyclable est influencée en fonction de la distance du centre de la région. Il y a une présence accrue de rues locales (résidentielles) à l’intérieur de 2 km du domicile en s’éloignant du centre. Il y a aussi une réduction du nombre de kilomètres d’artères et de boulevards urbains en périphérie du centre. La ségrégation des fonctions résidentielles et commerciales en périphérie explique en partie cette corrélation. Quant au réseau cyclable, plus on s’éloigne du centre de la région, moins il y a de chaussées désignées et plus la présence de bandes cyclables est grande à moins de 2 km de la résidence. Cela se justifie par le fait qu’en milieu plus central, le réseau routier, par ses rues plus étroites et des vitesses plus lentes, permet davantage la mise en place de chaussées désignées. De plus, avec le manque d’espaces de stationnement sur rue dans les quartiers centraux, il est difficile de retrancher du stationnement pour implanter une bande cyclable. Une autre corrélation nous indique que la topographie varie selon la distance du centre de la région, plus on s’éloigne, moins le terrain est accidenté, essentiellement à cause de la falaise qui est située au centre. Du côté des caractéristiques socio-démographiques, les faibles revenus se concentrent davantage au centre de la région tout comme les cyclistes sans automobile. Il semble ici que ces cyclistes se sont positionnés en prenant en compte leur condition. De même, nous observons une corrélation entre les cyclistes sans voiture et la présence de nombreux commerces à proximité du domicile (2 km). La même corrélation est observée chez les cyclistes qui ont de faibles revenus. Par ailleurs, la fréquence de déplacements en automobile augmente avec un éloignement du centre. Il est aussi important de souligner que la superficie des espaces d’action à bicyclette et en automobile a tendance à se réduire avec une présence plus forte de commerces entre 2km et 5km autour du lieu de résidence.

Tableau 23: Corrélations observées selon les différents espaces d’action des cyclistes pour différents modes de déplacements

Variables corrélées

Répartition des individus dans les espaces d’action selon le mode de déplacement

Significatives au niveau

* 0,01 et ** 0,05

Bicyclette

n= 120

Marche

n= 64

Automobile

n= 148

Distance du centre de la région * Somme des commerces à 2 km et moins

-0,866**

-0,756**

-0,868**

Distance du centre de la région * Km de rues locales à 2 km et moins

0,534**

n.s.a

0,607**

Distance du centre de la région * Km de réseau local à 2 km et moins

-0,660**

0,251*

-0,666**

Distance du centre de la région * Km de réseau régional à 2 km et moins

-0,305**

-0,439**

-0,377**

Distance du centre de la région * Km de réseau national à 2 km et moins

-0,851**

-0,809**

-0,820**

Distance du centre de la région * Km de chaussées désignées à 2 km et moins

-0,405**

n.s.a

-0,536**

Distance du centre de la région * Km de bandes cyclables à 2 km et moins

0,376**

0,516**

0,219**

Distance du centre de la région * Topographie à 2 km et moins

-0,427**

-0,610**

-0,287**

Distance du centre de la région * Faibles revenus (29 999$ et moins par ménage)

-0,416**

-0,376**

-0,267**

Distance du centre de la région * Cycliste sans voiture

-0,458**

n.s.a

-0,375**

Distance du centre de la région * Déplacements automobiles

0,389**

n.s.a

0,225**

Somme des commerces à 2 km et moins * Km de rues locales à 2 km et moins

-0,673**

-0,571**

-0,733**

Somme des commerces à 2 km et moins * Km de réseau local à 2 km et moins

0,757**

-0,630**

0,792**

Somme des commerces à 2 km et moins * Faibles revenus (29 999$ et moins par ménage)

0,446**

0,285*

0,334**

Somme des commerces à 2 km et moins * Cycliste sans voiture

0,390**

0,264*

0,319**

Superficie de l’espace * Somme des commerces entre 2 et 5 km

-0,498**

n.s.a

-0,632**

a corrélation non significative

Comme nous pouvons le constater dans le Tableau 23, il y a peu de corrélations significatives qui sont observées pour les espaces d’action à pied. Après un examen de la répartition spatiale, il y a un regroupement de ces espaces d’action près du centre de la région). Les milieux où se regroupent ces espaces d’action possèdent des caractéristiques similaires, il est donc difficile d’identifier des différences significatives. Cependant, cette situation nous indique que les cyclistes qui habitent en périphérie du centre pratiquent très peu la marche à partir de leur domicile. Pour la suite des analyses, nous n'exploiterons que les espaces d’action à bicyclette et en automobile.

Des analyses de régressions linéaires multiples[18] ont été menées pour essayer de mieux comprendre la façon dont la superficie et la forme des espaces d’action des cyclistes sont influencées par différents facteurs liés à l’aménagement du territoire et aux caractéristiques des individus. Les modèles statistiques obtenus n’ont pas pour but de prédire le phénomène. Il s'agit d'une démarche qui est plus exploratoire que prédictive, étant donné que nous avons jusqu’à présent peu de connaissances sur les effets de l’aménagement du territoire sur l’usage de la bicyclette. Certaines variables, tant indépendantes que dépendantes, ont dû être transformées pour rencontrer les exigences de normalité[19], linéarité[20] et homoscédasticité[21] de l'analyse de régression.

Figure 9Figure_9: Répartition des cyclistes qui ont fréquenté plus de 2 lieux différents à pied à partir du lieu de résidence

En ce qui concerne la superficie des espaces d’action à bicyclette, six variables se sont avérées significatives lors de la régression multiple (Tableau 24). La superficie de l’espace est principalement influencée par la localisation du lieu de résidence par rapport au point central. Plus on s’éloigne du centre, plus les espaces d’action sont grands. La pratique plus intense de la bicyclette (kilomètres parcourus à des fins utilitaires) et l’accroissement du nombre de commerces à moins de 2 km du domicile contribuent aussi à l’augmentation de la superficie de l’espace d’action à bicyclette. Un peu plus surprenante est la relation entre l’usage accru d’une automobile et l’agrandissement de l’espace d’action à bicyclette, une fois prises en compte les autres variables indépendantes. La superficie des espaces d’action des cyclistes a tendance à se réduire chez les cyclistes qui ont moins accès à une automobile, comparativement aux cyclistes qui ont un accès exclusif à une automobile. Ceci requiert des investigations supplémentaires : par exemple, ceux qui ont un usage exclusif de l'auto semblent avoir des déplacements à bicyclette plus longs, mais une fréquence de déplacements à bicyclette et un indice de fréquentation des destinations plus faibles que ceux qui ont un accès restreint à une automobile. Les étapes de vie ont aussi un effet significatif sur la taille de l’espace d’action à bicyclette. La présence d’au moins un enfant de 12 ans et moins a tendance à réduire l’espace d’action comparativement aux espaces d’action des cyclistes vivant seuls ou en couple, sans enfant. La présence d’un jeune enfant amène certaines contraintes quant aux activités à réaliser et au temps qui est disponible pour se déplacer. Les destinations risquent donc d’être plus près ou bien un autre mode de transport que la bicyclette sera choisi. La distribution des résidus de cette régression n’indique pas d’asymétrie.

L’allongement de l’espace d’action à bicyclette est, quant à lui, significativement influencé par cinq variables (Tableau 25). La topographie accidentée et la forte présence de pistes cyclables à moins de 2km du domicile tendent à augmenter l’allongement de l’espace d’action à bicyclette. Les dénivellations constituent une barrière à la pratique du cyclisme dû à l’effort que les cyclistes doivent fournir. Les cyclistes choisissent alors un itinéraire qui évite ces dénivellations, ce qui a souvent pour effet de restreindre leurs possibilités et de constituer un espace de déplacement en forme de corridor. Les pistes cyclables sont implantées en site propre et le cycliste ne peut les quitter facilement, ce sont en quelque sorte des corridors qui contribuent à l’allongement des espaces d’action. Deux autres variables relatives à la présence de commerces contribuent à l’explication de la forme de l’espace d’action. Les nombreux commerces à moins de 2 km du domicile ont tendance à réduire l’allongement, alors que la présence de nombreux commerces entre 2km et 5km a pour effet d'allonger l'espace d'action, car les cyclistes doivent se déplacer sur de plus grandes distances pour réaliser leurs activités. L’accès restreint à une automobile est le dernier facteur qui influence la forme de l’espace d’action. Les cyclistes avec un accès restreint à une automobile ont des espaces d’action plus allongés que les cyclistes qui ont un accès exclusif à une automobile. Il est possible que les cyclistes qui ont un accès restreint à une automobile pratiquent davantage des déplacements de type « navettage » que les cyclistes qui ont un accès exclusif à l’automobile, puisque nous observons un indice de fréquentation des destinations chez les cyclistes avec un accès restreint. Il est à noter que la présence d'hétéroscédasticité dans les résidus affaiblit un peu l’analyse.

a Transformation par l’application d’un logarithme

b Transformation par l’application d’une racine carrée

a Transformation par l’application d’une racine carrée

Pour ce qui est des espaces d’action en automobile, quatre variables conditionnent la taille de l’espace d’action dont trois qui sont davantage liées aux comportements et aux caractéristiques des individus (Erreur ! Source du renvoi introuvable.). Toutefois, la variable qui contribue le plus à l’explication de la variation de la taille est la distance entre le centre de gravité et le domicile. Plus cette distance est grande, plus l’espace d’action est grand. La deuxième variable qui exerce le plus d’influence, est le nombre de déplacements automobile. Plus un cycliste réalise de déplacements en automobile, plus la taille de l’espace est grande. Une explication à ces deux constatations est la possibilité que ces cyclistes résident davantage en périphérie où ils sont un peu isolés, dans un milieu où les usages sont ségrégués, ce qui demande des déplacements plus longs pour réaliser des activités qui sont souvent regroupées dans des pôles tels que les centres commerciaux. Les deux dernières variables du modèle contribuent à la réduction de la superficie des espaces d’action. Les cyclistes qui ont un accès restreint à une automobile ont des espaces d’action plus petits que les cyclistes qui ont un accès exclusif à une automobile. De plus, les faibles revenus des cyclistes semblent exercer un effet à la baisse sur la taille de leurs espaces d’action en automobile. Nous avons observé une corrélation entre les faibles revenus et la proximité du centre de la région où il y a aussi davantage de commerces et services près des domiciles (2 km).

a Transformation par l’application d’un logarithme

b Transformation par l’application d’une racine carrée

L’analyse de l’allongement de l’espace d’action en automobile, quant à lui, a nécessité l'application d'une fonction inverse suivie d’une racine carrée pour normaliser la variable dépendante (mesure de l’allongement), ce qui n’était pas nécessaire pour l’allongement de l’espace d’action à bicyclette au tableau 25 (Tableau 27). Les résultats doivent donc être interprétés en inversant les signes des coefficients standardisés comparativement au tableau 25. Quatre variables significatives ont été identifiées. Tout comme pour la taille de l’espace d’action en automobile, c’est l’accroissement de la distance entre le domicile et le centre de gravité qui contribue à l’allongement de l’espace d’action. De plus, la présence de nombreux commerces entre 2km et 5km du lieu de résidence contribuent à l’allongement de l’espace d’action. Les deux autres variables sont liées à l’accès à une automobile. Les cyclistes issus d’un ménage sans automobile ou qui ont un accès restreint à une automobile, ont des espaces d’action plus allongés que les cyclistes utilisateurs exclusifs de l’automobile. Cela peut s’expliquer par la moins grande fréquence de déplacement et la moins grande variété des destinations que chez les cyclistes qui ont un accès exclusif à une automobile. Une autre variable, presque significative, mérite tout de même une attention, c’est l’effet de la présence accrue de commerces à proximité du domicile (2km) qui contribue à produire des espaces d’action moins allongés. Cette constatation démontre bien l’importance des opportunités à proximité du domicile pour réduire l'espace d’action en automobile et même offrir la possibilité d’utiliser d’autres modes de déplacements que l’automobile, tout comme c’était le cas pour les espaces d’action à bicyclette.

a Transformation par l’application d'une fonction inverse et d’une racine carrée (voir texte)

b Transformation par l’application d’un logarithme

c Transformation par l’application d’une racine carrée

La méthodologie adoptée dans cette recherche nous permet de pousser la réflexion plus loin que ne l'ont fait les travaux antérieurs. Elle nous apporte une meilleure connaissance de la pratique du cyclisme et de ses déterminants. Nos analyses ont même permis d’établir les espaces d’action à bicyclette et en automobile des cyclistes, de dresser les différences entre ces derniers et d’identifier les facteurs qui les influencent. Nous pouvons même confirmer certaines de nos suppositions de départ.

Ainsi, les résultats obtenus ont permis d’éclaircir l’influence de l’organisation du territoire, quant à la présence de commerces, à la topographie, à la présence d’aménagements cyclables, ainsi qu'à la position du domicile dans la région. Toutefois, l’effet de l’accès à une automobile sur la taille de l’espace d’action n’est pas celui escompté et une exploration plus poussée des données demeure nécessaire pour clarifier cette relation. La présence de commerces (2km) a un effet plus prononcé sur la forme des espaces d’action à bicyclette que sur leur taille. Les caractéristiques des individus ont moins d’impact que prévu, alors que les traits du cadre de vie en ont davantage ; ce qui suggère que la prise en compte de l’aménagement du territoire pour l’étude des comportements de déplacements à bicyclette est pertinente et nécessaire.

En ce qui concerne les espaces d’action en automobile des cyclistes, les caractéristiques des individus et leurs comportements de déplacements occupent sensiblement plus de place dans la compréhension de la taille et de la forme des espaces que pour les espaces d’action à bicyclette. Plusieurs des suppositions formulées ont pu être confirmées, là aussi, surtout relativement aux effets liés au nombre de déplacements automobile et aux opportunités disponibles (présence de commerces). Cependant, la structure du réseau routier, en particulier la présence d’autoroute, n’a pas été un élément qui influence significativement les espaces d’action en automobile comme nous l’avions anticipé. Est-ce que la forte présence d’autoroutes dans la région a pour effet de favoriser toute la population, et ce, de la même manière ? Est-ce que la mesure adoptée pour quantifier le réseau routier a permis d'en capter l'effet ?

Par ailleurs, il est nécessaire de pousser plus loin la comparaison des espaces d’action en regard des différents modes, et ce, pour un même individu. Est-ce que les espaces d’action à bicyclette ont la même orientation que les espaces d’action en automobile ? Quelles sont les proportions de ces espaces qui sont communes aux deux modes ? Déjà, en examinant à l’aide d’une régression multiple, les écarts dans l’orientation des ellipses, nous pouvons établir que l’accès à une automobile, la topographie et les étapes de vie, ont une influence sur les écarts d’orientation des espaces d’action à bicyclette et en automobile. La présence d’enfants dans les ménages augmente les écarts, tandis que la présence d’une topographie accidentée les réduit. L’accès restreint à une automobile a aussi tendance à réduire les écarts comparativement à l’usage exclusif d’une automobile. Nous avons analysé dans ce chapitre les espaces d’action en automobile et à bicyclette pour les mêmes individus, 88 des cyclistes de l’étude ont réalisé assez de déplacements à bicyclette et en automobile pour constituer des espaces d’action. Il est intéressant de constater que la coexistence entre l’automobile et la bicyclette est possible, alors que cela est souvent perçu comme deux modes de vie distincts. Par ailleurs, nous avons pu constater que la répartition entre l’usage de la bicyclette et de l’automobile peut varier selon le lieu de résidence. Il y a donc lieu de pousser plus loin les analyses quant aux espaces communs entre l’usage de la bicyclette et l’automobile.

D’un point de vue méthodologique, le niveau de détail des données sur les déplacements et les destinations obtenues à l’aide des carnets de déplacement et d’activité sur sept jours nous ont permis de mener des analyses qui n’auraient pas été possibles avec des données plus agrégées. Toutefois, il nous apparaît souhaitable d’améliorer le traitement des données concernant les commerces et services pour être en mesure de qualifier la variété des commerces, les types d’implantation et leur superficie. Par ailleurs, il serait intéressant de mesurer la concentration de ces commerces sur le territoire et selon les lieux de résidence. Enfin, la combinaison de l’analyse centrographique à d’autres types d’analyses spatiales serait souhaitable afin de raffiner les mesures relatives à la forme des espaces d’action, et les SIG nous offrent ces possibilités. Il est nécessaire d’aller plus loin qu’une seule mesure relative à l’allongement.

  1. L. et G. Rose (1994). Non-motorised transport: the forgotten modes? Proceedings 17th ARRB Conference, Gold Coast, Queensland : Australian Road Research Board.

  2. C. A. et C. Banister (1989). “Cycling to work from wards in a metropolitan area: 1. factors influencing cycling to work.” Traffic Engineering + Control(June): 297-302.

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  9. A. (1981). Centrographic measures in geography. London.

  10. N. et M. E. H. Lee-Gosselin (2000). Urban form, road network design and bicycle use: the case of Quebec city's metropolitan area. Velomondial 2000, Amsterdam : Vélo Mondial Secretariat.

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  15. C.,C. Raffestin,et D. Bachmann, (1974). «Élaboration et construction d’un nouvel indice de concentration» L’Espace géographique , 3 (4): 303-310.



[16] Publié : Noël, N., P.Y. Villeneuve, M. Lee-Gosselin (2001). « Aménagement du territoire et espace d’action : identification des déterminants des stratégies de déplacement des cyclistes de la région de Québec à l’aide d’un SIG », Revue Internationale de Géomatique, 11 (3-4) : 73-96.

[17] Nous avons appliqué au territoire une grille constituée de carrés de 200 mètres de côté. Nous avons calculé l’écart entre l’isohypse minimum et l’isohypse maximum à l’intérieur de chacun de ces carrés. Par la suite, nous avons procédé au calcul de la moyenne des écarts à l’aide d’une zone tampon autour des domiciles. Donc, plus une moyenne est élevée, plus le terrain est accidenté.

[18] La régression multiple permet d’étudier simultanément l’effet de plusieurs variables indépendantes sur une variable dépendante.

[19] La normalité est une mesure qui permet de vérifier la distribution normale de chacune des variables, i.e. joue un rôle important dans la symétrie en forme de cloche.

[20] La linéarité est une mesure qui permet de vérifier que la relation entre une variable indépendante et une variable dépendante est linéaire (une vérification qui commence typiquement par la visualisation du nuage de points).

[21] L’homoscédasticité est une mesure qui permet d’établir s’il y a une égalité des variances d’une même variable dans différents sous-groupes.